Trouver Tsukishima n'est pas difficile : après avoir vérifié au réfectoire et dans la chambre attribuée à Karasuno, Kuroo repère Tsukishima à l'extérieur, à écouter de la musique sur les marches d'un des gymnases.

"Yo, Tsukki.
- Laissez-moi tranquille.", se contente de dire Tsukishima.
"Je viens m'excuser. Désolé d'avoir gâché ton repas.", dit-il en posant les onigiri et la boîte de gâteaux sur les marches, à côté du lycéen.

Celui-ci regarde délibérément ailleurs mais ne répond rien et ne se lève pas. Kuroo en déduit qu'il veut bien de ses excuses et il s'assied à distance plus que raisonnable.

"Pardon. Je voulais pas te vexer. Comme tu me chambres aussi, je me disais que je pouvais pousser le bouchon et... j'ai abusé.", s'excuse Kuroo, sincère. "Je voulais pas gâcher ton repas."

Tsukishima ne répond toujours pas et Kuroo commence à se demander s'il entend vraiment quelque chose, avec son casque sur les oreilles. Malgré ça, il préfère ne rien ajouter... vu qu'il a tendance à en faire trop, il peut gâcher des excuses qui auraient pu être acceptées sinon.
Au bout de quelques instants, Tsukishima se tourne légèrement, regarde l'offrande déposée par Kuroo et attrape un onigiri.

"Tu acceptes mes excuses ?
- On va dire que oui. J'aime pas trop les soba, de toute façon. Comme ça au moins j'ai eu un menu de substitution à l'œil.", annonce Tsukishima en baissant son casque dans son cou avant d'ouvrir le paquet du premier onigiri.

OK. Casque baissé signifie sûrement "je suis prêt à te parler".
En même temps si Tsukishima est genre gay au fin fond du placard dans sa campagne profonde, il a peut-être personne à qui causer de ces choses-là et ça lui dirait bien des conseils de sempai sur ce sujet ?
En fait Kuroo doit admettre qu'il ne comprend pas ce qui se passe dans la tête de Tsukishima, en règle générale.

"... comment vous avez deviné ?", finit par demander Tsukishima.
"Je sais pas, c'est l'impression que tu donnes. Enfin, en ce qui me concerne... si ça peut te rassurer, ça doit pas être évident pour tout le monde, je pense.", répond Kuroo, omettant soigneusement qu'il a déjà balancé l'homosexualité de Tsukishima à son capitaine.
"... ok.
- Tu savais, pour moi ?
- Non.
- Il faut que je me trouve un signe distinctif. Personne devine. C'est pas comme ça que je me trouverai un copain."

Tsukishima se met à rire doucement, les joues peut-être un peu rosées. Il attrape un autre onigiri et défait le paquet avant de reprendre la parole.

"C'était votre but aujourd'hui ? Faire votre coming-out à tout le monde pour vous trouver un copain ?", demande Tsukishima sur un ton légèrement désobligeant.
"Sawamura a même cru que je lui demandais de sortir avec moi.
- ... il est trop bien pour vous.
- Oh ?", demande Kuroo, un sourire se dessinant sur ses lèvres. "Tsukki, tu as un crush sur ton capitaine ?
- Ah, non... non.", dénie Tsukishima, les joues rouges, le deuxième onigiri non entamé dans ses mains.
"Taches de rousseur, alors ?
- Il aime les filles.
- Ca ne veut pas dire que tu ne l'apprécies pas.
- Sauf que non. Je dis pas que je dirais forcément non si c'était envisageable mais... je crois pas que ça donnerait quelque chose.
- Vraiment ?
- Oui. Parce qu'il m'apprécie un peu trop pour son propre bien.
- Je vois ce que tu veux dire. En fait il donne l'impression de t'aimer plus que toi tu l'aimes alors que c'est toi qui es gay.", conclut Kuroo et Tsukishima le regarde d'un air étonné.
"... probablement. Je n'ai jamais réfléchi à la question.", dit Tsukishima d'un air songeur en entamant le deuxième onigiri. "Et alors, vous avez trouvé quelqu'un aujourd'hui ?
- Ben, mister lunettes, désolé de te dire, mais je crois qu'on est entouré d'hétéros. Bon, après, j'ai pas sondé tout le monde et Bokuto m'a pas répondu clairement.
- Pas mon genre de toute façon.", répond Tsukishima.
"Akaashi, par contre...?", propose Kuroo en levant les sourcils.
"Beau garçon, j'admets. Un peu trop taciturne, non ?
- C'est clair que toi tu as une personnalité enjouée, hein.", ironise Kuroo.
"Au moins moi je ne me suis pas pris trente râteaux aujourd'hui.
- Oh, trente, tu exagères. Quinze, à tout casser. Et ils étaient tous flattés.
- Mais pas intéressés.
- Pourtant ça va, quoi, y a pire, non ?", demande Kuroo.
- Que quoi, que vous ?
- Hm."

Tsukishima fait mine de réfléchir, finit son deuxième onigiri, attrape le troisième sans rien ajouter.

"Rô, c'est bon, t'en rajoutes.", finit par râler Kuroo.

A dire vrai, il a rarement eu l'avis de quelqu'un qui pourrait se sentir à peu près concerné par la question et aurait bien aimé avoir une réponse de Tsukishima sur ce point.

"Vous avez un côté supérieur assez chiant, en fait. Bokuto aussi se la pète, mais avec vous c'est plus dégradant. J'imagine que ça refroidit vite.", annonce Tsukishima en reposant le troisième onigiri sans l'ouvrir.
"Vraiment ?", demande Kuroo, un peu vexé. "Mais c'est de l'humour...
- En général quand je fais de l'humour, les gens ont envie de me taper dessus, donc je vais pas vous faire la leçon.
- Bon, et côté physique ? Plus ou moins beau que Akaashi ?
- C'est devenu la nouvelle référence ?", rigole Tsukishima. "Moins mignon mais plus jolies fesses.
- Oh, Tsukki, je ne te pensais pas comme ça.
- Comme quoi ?
- Amateur de jolies fesses ?
- Qui vous dit que j'aime ça ?
- Tu as remarqué les miennes.
- J'en ai déjà vu des mieux."

Kuroo ouvre le paquet de gâteaux, se sert et le repose entre lui et Tsukishima.

"Vous pouvez prendre l'onigiri, si vous voulez. Je n'ai plus faim.
- Tu as à peine mangé.
- Je n'ai pas un gros appétit.
- C'est le moins qu'on puisse dire. Garde-le pour plus tard. Si tu as un creux cette nuit.
- ... quelle générosité."

Kuroo mange un gâteau et un silence s'installe, pas vraiment pesant.
C'est un peu étrange, de discuter avec quelqu'un qui a l'air de se sentir concerné quand il parle de beaux garçons.

"Hey, Tsukki ?
- Tsukishima.
- Mais ça te va bien, Tsukki.
- C'est quand même Tsukishima.", réprimande le garçon.
"Moi je préfère Tsukki. Ca te va mieux.
- Je vous appelle pas "connard" juste parce que j'ai décidé que ça vous allait mieux, hein.", explique Tsukishima, un sourire au coin des lèvres.
"Tsukki", commence Kuroo en ignorant totalement la remarque. "Si un jour tu as envie de discuter comme ce soir... n'hésite pas, hein.
- Je suis pas sûr que vous soyez l'interlocuteur idéal, hein.
- Pour discuter des fesses d'Akaashi ?
- Pour donner des conseils utiles.
- Hey, en volley, je t'ai donné des conseils utiles. Tu pourrais me voir comme un bon sempai.
- Vous en avez, des conseils à me donner ? ... sur ce sujet, je veux dire.", ajoute Tsukishima, un peu moins fort.
"Je pense que tu peux le dire à quelques personnes, non ? Peut-être Taches de rousseur ? Je suis sûr que Sawamura a deviné, aussi.", ajoute Kuroo en se disant que ça couvrirait sûrement sa révélation de tout à l'heure. "Crois-moi, ça te soulagera.
- ... je m'attire déjà assez de rancœur sans ajouter ça, hein.
- Moi aussi, mais que veux-tu, y a que la vérité qui blesse. Si y a des mecs qui peuvent pas t'encadrer, c'est jamais que leur problème.
- Je sens que vous avez une grande expérience en matière de "mecs qui peuvent pas vous encadrer"...
- On devient pas le roi de la provoc sans casser des œufs.
- On ne fait pas d'omelette sans casser des œufs.", corrige Tsukishima. "Comme ça ça veut plus rien dire.
- Ouais, c'est bon, j'ai voulu sortir un truc classe et je me suis lourdé, pas besoin de me le dire.", rigole Kuroo et Tsukishima se met à rire aussi, dans un rire franc que Kuroo ne lui a jamais entendu.

A y réfléchir, si on enlève le fait qu'il soit insupportable, Tsukishima est plutôt mignon.