Ses yeux sont prédateurs, il tend une main vers mon visage et la dépose sur ma joue. Il pourrait tout aussi bien me tuer, là, maintenant. Enfin il parle :

-Tout va bien Will, détend toi. Tu m'as surpris encore une fois. J'aurais pu te blesser ou te tuer. Ton honnêteté et ta culpabilité face à cette trahison d'une certaine manière me prouvent ta fidélité. Ton petit jeu t'a fait réaliser des choses, tu te voies de plus en plus tel que tu es sans mon aide. J'en suis fière.

Je laisse mon front tomber contre le sien et chuchote :

-Que vas-tu faire?

-Te pardonner.

Sa main possessive descend derrière ma nuque et agrippe une petite partie de mes cheveux. Je ne contrôle absolument pas la situation, je n'ose ni bouger ni respirer. Mon cœur menace de sortir de ma poitrine tant il bat rapidement. J'ai toujours été habitué aux contacts particuliers avec Hannibal mais c'est la première fois que je suis totalement présent sans être absorbé par des pensées troubles. La réalité est là, devant moi et je ne peux y échapper. Sa bouche semble s'approcher de la mienne lentement, très lentement, trop lentement. J'entends les battements de mon cœur, aucun son extérieur ne parvient à mes tympans. C'est là que je sens une pression sur mes lèvres, je ne prends pas tout de suite conscience de ce qui arrive. J'y réponds quelques instants plus tard tout en essayant de reprendre le contrôle de moi-même. Au départ, je dois avouer être timide, ne pas me dévoiler entièrement de peur de faire quelque chose de mal. Lorsqu'il déguste mes lèvres avec plus d'intensité je me donne la permission d'oser un peu plus. Sa langue vient caresser la mienne d'une délicatesse remarquable, leur danse n'est pas grossière; c'est une valse gracieuse et intense. Ses dents mordillent mes lèvres tout comme je taquine les siennes. Je réalise à peine ce qui se passe, je dois revenir sur terre; ce qui signifie me détacher de lui le plus rapidement possible. À contrecœur je m'éloigne, je m'éloigne à un tel point que je finis par sortir du salon. J'acceptais déjà terriblement mal notre amitié malsaine, ce qui vient de se passer me trouble, me touche. Il comprend sans que j'aie besoin de dire un seul mot et me raccompagne chez moi dans le silence total.

Je passai l'après-midi assit sur mon lit à fixer le vide, me remémorant chaque moment de la journée, sentant encore sa bouche contre la mienne qui me procurait des frissons. Je suis maintenant face à mes élèves qui m'écoutent avec attention. Je parle sans réfléchir à mon cours trop occupé à me remettre des évènements précédents.

Même en reprenant ma routine quotidienne pour faire comme si tout était normal, aujourd'hui je dois le voir, notre rendez-vous de 19h30 approche rapidement. Deux jours ont passés et je dois y faire face. Comme à l'habitude je m'assois sur un siège de sa salle d'attente, cette fois-ci je dois avouer être plus anxieux qu'à l'habitude. Je me lève au moment où la poignée de porte tourne. Je tombe sur le même homme étrange que la dernière fois, je crois les doigts pour qu'il m'ignore mais il m'adresse la parole dès qu'il m'aperçoit :

-Rebonjour joli visage, dit-il en déposant fortement une main sur mon épaule.

Sa voix est toujours aussi narquoise. Je me force pour répondre et le regarder pour ne pas paraître inférieur à ses yeux :

-Bonjour M. Verger...

-Comme mon nom sonne bien dans ta bouche! Bon, j'admets que j'ai quelque chose pour toi!

Il me donne une enveloppe que j'attrape après un moment d'interrogation, il m'explique brièvement que c'est une soirée qu'il donne en son honneur et que tout ceux qu'il a rencontré au moins une fois dans sa vie sont invités. Une phrase s'échappe de ma bouche sans prévenir;

-Qu'avez-vous fait pour mériter de l'honneur?

Il semble amusé par mon manque de tact;

-Absolument rien! Je suis riche, j'ai des cochons, un immense manoir… Pourquoi pas?

-Je vois…

Tout en se dirigeant vers la sortie il dit :

-Vous pouvez apporter quelqu'un et n'oubliez pas de mettre votre plus bel ensemble!

J'entre rapidement dans le bureau d'Hannibal;

-Ne te laisse pas perturber par cet homme Will.

-Uhm, j'essaie. Je ne crois pas vouloir aller à cette espèce de soirée.

-Dommage, il m'a invité aussi et puisque tu n'es pas très à l'aise en public j'avais pensé pouvoir y aller avec toi.

Je m'appuie contre son bureau et réponds :

-Seulement parce que je ne suis pas à l'aise en public?

-Non, parce que j'aime ta compagnie.

-Tu devrais inviter Alana, ce serait plus approprié et compréhensible puisque c'est ta compagne.

-Que considères-tu comme étant inapproprié?

-Tu sais de quoi je parle. Tu es mon psychiatre, je suis ton patient et tu sors avec quelqu'un. C'est aussi idiot que deux hommes attirés par des femmes se soient rapprochés de la sorte!

-Idiot? Will, l'amour n'a pas de sexe selon moi. De plus je ne suis pas officiellement ton psychiatre.

-L'amour? Que peux-tu y connaitre? Tu sors avec une femme que tu n'aimes même pas, tu tues des gens, tu m'as mis sur le dos tous tes crimes et tu manipules tous ceux que tu rencontres!

-Je dois admettre que parfois ma façon de prouver mon amour peut être subjective et difficile à comprendre.

-Il y a une chose pour l'instant qui me préoccupe; que ressens-tu pour moi?

Il s'avance vers moi jusqu'à quelques centimètres de distance.

-Je ressens de la fascination, de l'intérêt et un sentiment que je n'avais pas ressenti depuis longtemps. Quoique orienté d'une manière différente, à la base il reste le même.

-Depuis longtemps?

-Depuis Misha.

Une chaleur monte dans mes joues, je reste sans immobile et légèrement confus. Il m'attrape par la main et m'attire vers lui. Mes jambes tremblent, je vais tomber. Je m'accroche à son cou pour rester stable. Mes bras s'enroulent autour et cette fois-ci c'est moi qui l'embrasse en premier. Une de ses mains est sur ma taille et l'autre sur ma fesse droite. Sa bouche s'éloigne un instant et il murmure :

-M'accompagneras-tu?

-Oui, d'accord.

Je me détache de lui, craignant d'aller trop vite ou de m'attacher encore plus. Un côté de moi essais encore de résister. Je m'assois sur un fauteuil et comme si rien n'était arrivé nous commençons à discuter comme à l'habitude. Je vois qu'il fait un effort pour respecter ma décision.