Deux semaines plus tard.

L'été était enfin là. Il fallait en profiter avant l'arrivée des touristes. Les mois de juillet et août étaient tous les ans des mois de tension à la BSU. Recrudescence des vols et cambriolages, des disparitions suspectes, et des plaintes pour tapage souvent en raison de vacanciers parisiens qui oublient que leurs « locaux » de voisins eux ne le sont pas forcement, en vacances. Il n'y avait pas foule dans ce petit quartier rupin du centre ville de Sète en ce milieu d'après-midi. Antoine, Chrystelle et Meddhi se dirigeaient vers un immeuble bourgeois dont l'imposante porte cochère est entrouverte.

- rappelez-moi le nom de la victime ? demanda Antoine.

- Alice Le Grand–Vermont, 17 ans, elle a été retrouvée morte dans l'appartement par une voisine. C'est une copine de sa classe de Terminale qui s'inquiétait de pas l'avoir vu en cours, elle répondait pas à son portable. Elle est venue jusqu'ici, elle est rentrée dans l'appartement avec une voisine, et c'est la voisine qui l'a trouvé allongée sur son lit, répondit Meddhi d'une traite traversant la cours pavée à l'air particulièrement étouffant pour rejoindre la porte de l'immeuble du fond. Quand il parle comme ca on a toujours l'impression qu'il va s'étouffer.

Les trois collègues avaient gravi la dizaine de marches qui menait à l'entrée de l'appartement.

- Ils ont les moyens les Le Grand–Vermont. C'est chic-osse cet immeuble, s'exclama Chrystelle pointant la moquette sur l'escalier en marbre et les peintures de scènes de chasse sur les murs.

- Comme quoi l'argent ne fait pas tout. Les parents sont au courant pour leur fille ?

- Oui, ils étaient dans les Pyrénées en vacances, ils sont en chemin, répondit Chrystelle en inspectant attentivement l'entrée de l'appartement un peu agacée par la question d'Antoine.

C'est lui qui l'avait chargé de trouver et de joindre les éventuels parents de la victime. Mais il n'est pas en forme ces temps-ci. Elle décida de ne pas relever et salua d'un signe de tête les collègues déjà sur place.

- Aline ? Mais qu'est-ce que tu fais là ? Sursauta Meddhi.

- Je reprends du service ! Dit Aline avec un grand sourire. Moi aussi vous m'avez manqué !

La quinquagénaire s'était éloignée provisoirement du corps de la victime qui gisait sur le lit disposé en face de la porte de la chambre contre le mur. La victime portait un pyjama bleu et blanc, allongée sur le ventre et seul le coté droit de son visage était partiellement visible.

- Euh, non, pardon, bien sûr, bon retour parmi nous ! Se reprit Meddhi tout à coup conscient de sa maladresse.

- La blonde n'est pas avec vous ?

La question d'Aline provoqua un visible embarras. Antoine se dirigea vers la salle de bain attenante à la chambre de l'adolescente alors que Meddhi se penchait par la porte fenêtre à gauche du lit, grande ouverte. Elle donnait sur un jardin. Peu de chance que quelqu'un ait vu ou entendu quelque chose par là.

- Candice est toujours en arrêt. Elle attend l'avis favorable du psy avant de pouvoir reprendre du service, bredouilla Chrystelle. Enfin c'est la version officielle se dit-elle.

- Ah, se contenta Aline.

- Des détails sur notre victime ? Lança Antoine pressé de changer de sujet.

- Elle a été tuée la nuit dernière, je dirais vers les 2h, par trois coups de couteau, l'assassin a laissé l'arme du crime sur place à coté du lit, dit Aline en désignant la tache de sang sur le parquet à ses pieds. A première vue, pas d'empreinte. Il n'y a aucune trace de lutte. Soit la jeune fille n'a pas eu le temps de se réveiller soit elle connaissait très bien son agresseur. Difficile à savoir pour le moment. A confirmer, mais je dirais qu'il n'y a pas eu de rapports sexuels.

- Un cambriolage qui a mal tourné ? Proposa Meddhi.

- Probable… mais pourquoi la tuer si elle dormait ? Elle n'était pas exactement un témoin gênant, rectifia Chrystelle.

- Bon, Chrystelle, tu finis d'inspecter l'appartement. Meddhi et moi, on va interroger le voisinage.

Antoine quitta l'appartement, Meddhi dans ses pas.

- C'est pas la grande forme Antoine. Je l'ai connu plus souriant.

- Depuis la mort de Canovas et le départ de Candice, il est pas dans son assiette. Mais tu le connais, ca va revenir. Chrystelle avait prononcé cette dernière phrase comme une incantation, pour se convaincre elle-même, que bientôt, tout allait s'arranger.