Quand Chrystelle pénétra dans le bureau, Meddhi était plongé dans son écran d'ordinateur, et Antoine pestait contre son téléphone portable, apparemment agacé de recevoir un énième message. Vraisemblablement Jennifer pensa Chrystelle. Il était d'une humeur massacrante ces jours–ci.

- Bon, euh, j'ai du nouveau ! s'exclama Chrystelle.

- Ca tombe bien, parce que nous on patauge. Personne n'a rien vu, rien entendu. Ah, si, pardon ! La voisine qui a trouvé le corps, qui sert en faite de concierge pour l'immeuble, croit se souvenir que « peut-être » ce matin la fenêtre de la chambre de la petite était ouverte quand elle est partie à la boulangerie vers 7h30. Enfin elle avait l'air tellement sûr d'elle, peut-être que c'était le mois dernier.

Antoine souffla puis reprit.

- Et j'ai rencontré les parents à l'hôpital. Je confirme qu'ils étaient dans les Pyrénées à 2h30 de route pour la semaine. Je les ai convoqués demain après-midi pour les interroger plus longuement.

Il avait imagé son discours avec ses mains, une manie quand il est énervé.

- Et bien de mon coté, j'ai appelé les propriétaires de l'appartement vide qui se trouve au dessus de chez les Le Grand–Vermont. Ils habitent à Lyon depuis six mois. Mais ils connaissent très bien la famille, ils ont vécu dix ans dans l'immeuble. Alice a même été la baby-sitter de leur fille.

- Très bien Chrystelle, s'empressa Antoine d'un ton sarcastique, et sinon de Lyon ils se sentent de nous faire un portrait robot de l'assassin ?

- Non, répondit Chrystelle vexée, mais par contre ils m'ont décrit une jeune fille pétillante et pleine de vie qui s'est soudainement assombrie il y a trois ans.

- Il y a trois ans elle a eu quatorze ans Chrystelle ! L'adolescence ca te dit quelque chose ? Attaqua Antoine, perdant patience.

- Non, mais, pas la peine de s'énerver là, lança Meddhi d'un ton faussement enjoué. Ca se trouve vous avez tous les deux raison. Meddhi prit une minute pour réfléchir. Peut-être que c'est l'adolescence, mais, euh, peut-être qu'elle est tombée dans la drogue ou qu'elle trainaient avec des mecs louches, c'est pas ca qui manque des mecs louches, tenta désespérément Meddhi, puis réalisant qu'il tenait peut-être un truc, et c'est pour ca qu'elle s'est fait tuer, c'est une gosse de riches, ils savent que ses parents sont partis pour le weekend, si elle a volé ou emprunté de l'argent, ils sont venus le récupérer !

- C'est une piste, franchement tiré par les cheveux, mais c'est une piste, abdiqua Antoine. On n'en sera pas beaucoup plus avant d'avoir le rapport du légiste. Donc on va vérifier votre piste, demain matin rendez-vous au lycée pour interroger ses camarades de classe. Si elle prenait de la drogue, ca ne devrait pas être difficile à vérifier.

Sur ce, Antoine commença à rassembler ses affaires. Chrystelle lança un regard à Meddhi lui signifiant de débarrasser le plancher. Message reçu cinq sur cinq par le brigadier Badou. Puis Chrystelle s'approcha d'Antoine.

- Qu'est-ce qui va pas Antoine ? C'est Jennifer ?

- Mais non, Chrystelle, je suis fatigué c'est tout, rétorqua-t-il sans la regarder.

Puis il contourna son bureau pour partir. Chrystelle le retient par le bras.

- C'est le bébé ? Ca se passe pas bien ?

Antoine sursauta à l'évocation de son enfant.

- Tu me fais chier, putain, Chrystelle ! Est-ce que je t'ai prit la tête quand j'ai apprit que t'avais abandonné ton gamin ? Antoine avait haussé le ton plus qu'il ne l'aurait souhaiter.

Il était allé trop loin, il se radoucit. Chrystelle avait lâché son bras. Il était visiblement troublé, perturbé, fatigué. Elle ne l'avait jamais connu comme ca. Même pas quand il était accro aux médicaments. Il avait été agressif, soupe-au-lait mais là c'était diffèrent. Il était triste. C'est ca. Elle avait trouvé. Il était profondément triste.

- Je ne veux pas en parler, Chrystelle, c'est assez compliqué comme ca.

- D'accord, avait-elle simplement répondu.