La maison était étonnamment silencieuse. Emma était rentrée du lycée de bonne heure, apparemment contente de pouvoir profiter de sa mère pendant quelques minutes seule, avant l'arrivée des garçons. Elles avaient bu un thé dans le salon, discutant de tout et de rien, avant que la jeune fille ne monte dans sa chambre réviser son bac qui approchait. Candice faisait des efforts pour être présente au près de ces enfants. La semaine passée ils avaient tous les quatre insistés pour l'accompagner à l'enterrement de David. Ils iraient tous ensembles avaient-ils dit. Laurent aussi était venu. Bien que les deux hommes aient été très différents, ce dernier avait apprécié la présence de David au près de ces enfants. Il s'en voulait de l'avoir jugé trop vite au premier abord. C'était un chic type, qui avait aimé sa femme, enfin son ex-femme, et ses quatre enfants.
Jules s'activait aux fourneaux, avec son éternel tablier autour du coup. Sa mère avait raison, même si cela lui faisait du mal de l'admettre. Plus il grandissait, plus il ressemblait à son père, son père à elle. Son petit garçon devenait chaque jour un peu plus un homme, un bel homme. De leur coté, les jumeaux se disputaient mais en silence pour une fois, autour d'un exercice de math dont Martin refusait de donner la solution à Leo « parce que c'est trop facile sinon » à quoi Leo rétorqua un « à quoi ca sert de pas être dans la même classe alors ? ».
Candice assise dans le fauteuil du salon, regardant par la fenêtre le spectacle du vent dans les branches des pins, fut sortie de sa rêverie par le bruit de la sonnette.
- Va ouvrir Martin, c'est ton tour, fit Leo.
- Bien tenté, même pas en rêve, répondit Martin en déplaçant encore un peu plus son cahier vers l'autre extrémité de la table.
- J'y vais, dit Candice en se levant lentement.
Leo lança un regard de reproches à son jumeau. Martin haussa les épaules.
- Surprise !
- Aline ? Candice eu un léger sourire. Tu es de retour ?
- Et oui ! Et j'avais amené ca à la BSU, désignant la bouteille de rhum qu'elle tenait à la main, pour célébrer ca, mais on m'a dit que tu étais en arrêt. Qu'à cela ne tienne ! Je peux entrer ?
- Heu, bien sur, fit Candice avec un sourire tout en la laissant passer. Tu manges avec nous ?
- Avec plaisir.
Le repas fut une bouffée d'oxygène pour tous. Aline n'avait pas son pareil pour raconter les histoires avec toujours une fine touche d'humour et de provocation. Les enfants étaient captivés par ces anecdotes de militante gauchiste prête à en découdre et par l'incroyable liste de ces fracas dans le seul but de faire bondir son militaire de père. La source était intarissable. Candice était heureuse. C'était la première fois en quinze jours, elle entendait ses enfants rire de bon cœur.
Plus tard quand les enfants furent montés dans leurs chambres, elles s'installèrent au salon.
- Dis-moi comment ca va ? Pour de vrai, fini par lâcher Aline.
- Je ne sais pas Aline. Je ne sais pas ce qui m'arrive. Je suis déconnectée.
- C'est normal, Candice, ca va revenir. Donnes-toi un peu temps. David était un collègue, ton mec, il est mort chez toi, ca fait beaucoup de choses à digérer.
- C'était plus mon mec.
Candice fit une pause.
- On avait rompu quinze jours plutôt.
- Ah bon ? S'étonna Aline.
- Il avait découvert que je l'avais trompé.
Aline resta muette, comme sonnée par ces révélations. Elle ne s'était absentée que cinq semaines. Enfin, c'est ce qu'elle croyait.
- Tu as quoi ?
- J'ai trompé David.
- Mais enfin, mais, mais avec qui ?
Il n'y avait pas l'ombre d'un jugement dans la voix d'Aline juste une immense surprise. Candice hésita brièvement, puis poursuivit.
- Avec Antoine.
- Ah, se contenta Aline.
Tout se mettait en ordre dans sa tête, elle y voyait beaucoup plus clair. Voici donc d'où venait la culpabilité de son amie et l'humeur exécrable d'Antoine.
- Ecoutes, ce sont des choses qui arrivent. Ca ne te rend pas pour autant responsable de sa mort.
- Je sais. Merci.
Elles profitèrent d'un silence complice.
- Et toi, où étais-tu passée ces dernières semaines ?
- Après que j'en ai eu fini avec les interrogatoires et les rapports, je suis partie rejoindre une vieille amie en Martinique. Elle est infirmière là-bas depuis vingt ans. Vraiment, les Antilles, je te le recommande, les mecs sont chauds comme la braise ! S'exclama Aline avec sa malice habituelle.
Candice sourit. Elle était heureuse de retrouver son amie. Elle réalisait soudain à quel point elle lui avait manqué.
