Chrystelle marchait aux côtés de Monsieur le Proviseur, Antoine et Meddhi dans leurs pas. C'était la seconde fois en quelques mois qu'elle venait ici, pensa Chrystelle. La première fois, se dit-elle avec une note de nostalgie, c'était avec Candice pour l'affaire du drone.

- Je suis bouleversé pour cette jeune fille. Vraiment c'est une tragédie. Et puis à quelques semaines des épreuves du BAC, je n'ose imaginer l'impact sur ses camarades de Terminale.

- Connaissez-vous personnellement Alice Le Grand–Vermont ?

- On ne pas vraiment dire ca. En faite, c'était une très bonne élève. Et malheureusement, en tant que Proviseur j'ai plus facilement à faire aux éléments perturbateurs, admit-il avec une petite moue désolée. Mais j'ai eu l'occasion de m'entretenir avec elle il y a un an et demi de ca je dirais.

- Pour qu'elle occasion ? S'enquérit Chrystelle.

- Et bien, elle s'était disputée avec une camarade de Première, des histoires de gamines vous savez. Mais son professeur principal de l'époque, une jeune collègue qui a depuis quitté l'établissement, m'avait sollicité pour lui parler, vérifier que tout était normal.

- Vous vous rappelez de quelque chose en particulier ?

- A vrai dire oui. C'était une jeune fille très mature pour son âge. Elle m'avait parlé de « décalage », oui, c'est ca, elle se sentait en décalage par rapport aux jeunes de son âge.

Il s'arrêta au milieu d'un couloir.

- Voilà, j'ai réquisitionné ces trois pièces pour que vous puissiez vous entretenir avec les élevés. J'ai fait réunir les deux classes de Terminale S, soit 61 élèves, dans les deux salles de permanence au bout du couloir.

Le Proviseur pointa la direction en question.

- On va se diviser pour interroger chaque élève individuellement. Merci de votre collaboration, ajouta Antoine en direction du Proviseur. Au travail.

Chrystelle, Meddhi et Antoine s'installèrent, chacun dans une salle.

Les élèves défilèrent les uns après les autres. Certains en état de choc. Des jeunes filles pleuraient en entrant dans la salle avant même d'avoir commencer à discuter avec les policiers. D'autres étaient mutiques. Et d'autres encore ne réalisaient pas la situation, comme si tout cela n'était qu'une farce qu'on leur jouait.

Chrystelle s'entretenait avec Anna Le Briault élève en Terminale S1 avec Alice.

- Donc tu connaissais bien Alice.

- Oui, parce qu'on était ensemble au collège, et puis encore en Première et en Terminale.

- Il paraît que l'année dernière elle s'est disputée avec une autre élève, c'était toi, n'est pas ?

Chrystelle prêchait le faux dans l'espoir d'obtenir enfin le nom de l'« ex »-copine d'Alice. Jusqu'ici personne ne se souvenait de cet évènement.

- Ca va pas non, pas du tout ! Avec Alice on n'a jamais été amies. Ca allait qu'en on était au collègue mais depuis qu'on est entré au bahut, elle était vraiment bizarre, avec tous ses trucs d'intello.

- Pourtant c'est toi qui t'es inquiétée de son absence et qui a appelé la voisine ?

- On était binôme pour un exposé. Et Alice sécher les cours c'était pas vraiment son style.

- C'était avec qui alors cette dispute l'année dernière ?

- Bien c'est vrai que jusqu'à l'année dernière la seule personne avec qui elle s'entendait bien s'était Emma.

- Emma ?

- Ben, Emma Renoir, elle est dans notre classe, sa mère est flic.

Chrystelle n'en croyait pas ses oreilles. La jeune fille qu'elle cherchait n'était autre que Emma Renoir. Elle prit une grande respiration pour ne pas montrer à son interlocutrice son embarras.

- Oui, c'est vrai. Bon, ben, merci et du coup, est-ce que tu peux demander à Emma de prendre ta place ?

- Ah, ben, ca va pas être évident, elle est malade depuis le début de la semaine.

- Ah, ok. Bon, euh, merci alors.

Chrystelle se leva, accompagnant la jeune fille jusqu'à la porte. Elle la regarda s'éloigner puis quand celle-ci entra dans la salle de permanence, Chrystelle entra dans la salle où se trouvait Antoine.

- J'ai du nouveau, tu peux venir, s'il te plait ?

Antoine lui fit un signe indiquant deux minutes, le garçon avec qui il s'entretenait était visiblement bouleversé. Chrystelle renouvela l'opération avec Meddhi puis attendit ses collègues dans le couloir.

- La dispute dont nous a parlé le Proviseur, c'était avec Emma Renoir ! Murmura Chrystelle, soucieuse de ne pas se faire entendre des élèves.

- C'était il y a un an et demi ! Tu ne crois pas tu fais une fixation sur ce truc Chrystelle ? Parce que moi je viens d'interroger quatorze gamins, et tous sans exception sont prêts à me juger sur leur tête qu'Alice Le Grand-Vermont n'avais rien à voir de près ou de loin avec la drogue.

- Ok, je ne pense pas non plus qu'elle se droguait, admit volontiers Chrystelle. Mais on n'a pas de piste, et le seul élément qu'on ait jusqu'ici, c'est que tout les gens qui ont connu cette gamine nous disent que quelque chose a changé. Alors moi, je veux savoir quoi. Et si ca n'a rien à voir avec son meurtre, et bien tant pis, dit aussi calmement que fermement Chrystelle.

- Chrystelle a raison, ajouta Meddhi un peu gêné, on a rien pour l'instant.

Antoine réfléchit un moment.

- D'accord. Ca veut dire qu'il faut qu'on interroge Emma pour comprendre qui était Alice. Je m'en charge. Envoi la moi, finit pas abdiquer Antoine.

- Euh, ca va pas être possible.

Ses deux collègues la regardèrent interloqués.

- Elle n'est pas venue en cours depuis lundi. Elle est malade.

Antoine passa sa main sur son visage, il gigota sur place passablement agacé.

- Donc on va chez Candice, conclut-il d'un seul souffle.

Et chacun retourna collecter ses affaires, il fallait abroger les entretiens avec les élèves et remercier le Monsieur le Proviseur avant de quitter l'établissement.