Quand Antoine, Chrystelle et Meddhi arrivèrent chez Candice, il était presque midi. La chaleur commençait à se faire sentir. En se garant dans la rue, Antoine réalisa qu'il n'était pas revenu ici depuis le jour de la mort de Canovas. Il constata que tout avait été soigneusement nettoyé, la boite aux lettres remplacée et les thuyas arrachés laissant place à un parterre de fleures. Le quartier était particulièrement calme à cette heure-ci. Il se plaça devant la porte, jeta un coup d'œil à ses collègues, comme pour s'assurer qu'il faisait bien, puis appuya sur la sonnette. La porte s'ouvrit sur Candice. Elle portait un pantalon d'intérieur rose bombon et un petit pull blanc très léger et transparent au dessus d'un débardeur blanc également. A la vue de ses collègues de la BSU, elle sourit.

- Quand vous vous déplacez c'est en groupe ! Dites-moi, je vous manque tant que ca ? dit-elle sur le ton de la plaisanterie.

Elle s'effaça pour les laisser entrer. Ils eurent tous trois un petit sourire gêné puis pénétrèrent chez Candice.

- Ca doit être grave dite donc, je vous sers quelque chose ? Candice les installa dans le salon.

- Ecoute Candice, en faite, on est là pour une enquête.

- Ca tombe mal parce que jusqu'à nouvel ordre, je suis suspendue !

Candice feignait la plaisanterie et la légèreté, mais elle ne savait pas combien de temps elle tiendrait avant que le masque ne tombe. Antoine et Chrystelle échangèrent un regard qui disait à l'autre « J'y vais ? » « ou plutôt toi t'y vas ? ». Meddhi prit alors la parole.

- Non, mais, tu vois, c'est qu'on a retrouvé une élève de Terminale du lycée assassinée chez elle dans la nuit de mardi à mercredi.

Candice attendait patiemment la suite.

- Et il se trouve que c'était une amie d'Emma.

- Elle ne m'en a pas parlé, s'étonna Candice. C'est quoi son nom ?

- Je suis sûre qu'elle n'a pas voulu t'inquiéter, dit Antoine du tac-au-tac. Elle s'appelle Alice Le Grand–Vermont. Mais du coup on aimerait lui parler pour comprendre un peu mieux qui était Alice.

- C'est étrange, ce prénom ne me dit rien du tout.

- Elle a certainement beaucoup d'amie, c'est normal, non ? Tenta Chrystelle.

- Donc, Emma est ici ? Poursuivit Antoine.

- Elle révise son BAC dans sa chambre, le lycée leur a aménagé un emploi du temps allégé vu qu'ils sont en avance sur le programme. Je l'appelle.

Candice se dirigea vers l'escalier pour appeler sa fille. Celle-ci apparue dans le salon dans les secondes qui suivirent.

- Qu'est-ce qui se passe ? Fit Emma très étonnée de trouver les collègues de sa mère ici à cette heure de la journée.

- C'est à propos d'Alice Le Grand–Vermont. Je suppose que tu es au courant, on voudrait te poser quelques questions comme on l'a fait avec tes autres camarades de classe, précisa Antoine.

Emma transpirait. Si sa mère apprenait qu'elle lui avait menti, ca allait faire un scandale.

- Bien sûr, mais on peut peut-être aller dans ma chambre parce que maman doit se reposer.

- Je t'en prit Emma, c'est bon, rétorqua Candice vexée.

- Elle a raison Candice, de tout façon on n'en pas pour longtemps, objecta Meddhi qui emboitait le pas à Emma et Antoine dans l'escalier.

- Et moi je vais rester avec toi, t'as mangé ? Tu veux que je nous prépare quelque chose ?

- Non, c'est gentil Chrystelle.

Ca y est, le masque tombait et la fatigue la reprenait. Candice se sentait comme aspirée dans un puits sans fond tentant désespérément de s'accrocher aux parois mais retombant inlassablement de deux mètres quant elle en avait escaladé un.

Dans la chambre, Emma s'était assise sur le lit, Antoine à sa droite, et Meddhi sur la chaise de bureau leur faisant face.

- Il paraît que tu t'es disputée avec Alice, c'est vrai ? Commença Antoine.

- C'était il y a longtemps, on se parlait plus vraiment depuis des mois.

- Mais c'était quoi cette dispute ? Insista-t-il.

- En faite, à l'époque j'étais avec Thomas depuis plusieurs mois et je me demandais si…

Emma fit une pause, elle regardait ses mains entrelacées sur ses genoux.

- Je ne vais pas vous faire un dessin.

- Quoi ? Elle était amoureuse de ce garçon aussi ?

- Mais non pas du tout, s'agaça Emma, mais elle ne voulait pas que je couche avec lui. Alice s'était une vraie prude, elle m'a prit la tête avec ses idées totalement dépassées, comme quoi « il fallait pas faire ca » « le sexe c'est mal ».

- Et vous vous êtes disputées pour ca ? Meddhi était incrédule, ca tenait à pas grand chose l'amitié entre ado.

- Ben, youai.

Apparemment Emma s'en voulait un peu.

- C'était une fille bien Alice. Mais elle pouvait pas supporter que les filles sortent avec des gars. C'était assez étrange en faite.

- Et est-ce que tu penses qu'elle aurait pu prendre de la drogue ou prendre part à des affaires louches ? Questionna Antoine.

- Non, Alice c'était pas du tout le genre. C'était une fille hyper discrète, toujours entrain de bosser. Je me souviens qu'en Première elle rêvait déjà d'être à la fac. Elle voulait monter à Paris.

- Bon, ben, c'est tout alors. S'il y a quoi que soit qui te revient tu nous appelles à la BSU, dit Meddhi en se levant.

Antoine lui fit un signe de tête signifiant que lui restait encore un peu avec la jeune fille.

- Pourquoi tu sèches les cours Emma ? demanda doucement Antoine.

Emma évitait soigneusement son regard.

- Parce qu'au cas où ca t'intéresserait, ma mère n'est pas au mieux de sa forme.

Elle fixait les lattes du plancher. Elle en voulait à Antoine. Elle lui en voulait d'être absent au moment où sa mère en avait le plus besoin.

- Bien sûr que ca m'intéresse, pourquoi tu dis ca ?

- Tu étais où ces quinze derniers jours ? Quand il s'agissait de s'amuser avec ma mère derrière le dos de David, là il y avait du monde, et maintenant qu'elle est seule, qu'elle est mal, il y a plus personne !

Elle l'avait regardé dans les yeux cette fois-ci.

- Mais de quoi tu parles ?

- Vous nous prenez vraiment pour des cons.

Une pause.

- Tu crois qu'on vous a pas grillé ? Toi qui débarques en pleine nuit et repars au petit matin.

Emma soufflât.

- Tout ca pourquoi ? Pour la laisser tomber. Pauv'con !

- Ce n'est pas ce que tu crois, se justifia Antoine. Ta mère et moi, c'est compliqué. Et je ne l'ai pas abandonné. C'est elle qui m'a demandé de prendre mes distances, au moins pour un temps, pour qu'on fasse le point chacun de notre côté, expliqua Antoine doucement.

Emma s'était mise à pleurer. Elle souffrait de voir sa mère dans cet état.

- Candice est une femme solide. Elle va aller mieux. Fait lui confiance. Et moi, et Chrystelle et Meddhi bien sûr, on n'est pas loin. Je te promets qu'on sera plus présent à l'avenir, continua Antoine posant son bras autour des épaules d'Emma.

Meddhi était resté dans le couloir, pour ne pas éveiller les soupçons de Candice, qui aurait sûrement demandé pourquoi Antoine discutait maintenant seul avec sa fille. C'est donc presque que par mégarde qu'il s'était surprit à écouter la conversation entre Antoine et Emma. Il en était resté bouche bée. Antoine et Candice ? Noooonnn. Ca lui paraissait absolument invraisemblable, il devait faire erreur.

Dans le salon, Candice et Chrystelle s'était assise côte à côte dans le canapé. Candice n'avait pas la force d'initier une conversation.

- Alors, qu'est-ce que tu fais de tes journées ? Tenta maladroitement Chrystelle.

- Je m'occupe. Je fais du rangement, j'essaie de cuisiner un peu, répondit Candice avec un petit sourire mais peu convainquant.

Le silence s'installa à nouveau. Après quelques minutes Chrystelle lâcha :

- Je suis désolée Candice.

- Pour David ? Tu n'as rien avoir avec ca.

- Non, enfin aussi, mais, non. Je suis désolée pour ce que je t'ai dit sur Antoine et toi. J'aurais pas dû. C'est votre histoire.

- Tu avais raison. C'est moi qui refusais de le voir.

Candice parlait lentement le regard fixé au loin.

- Non, Candice, j'avais pas raison.

Sur ces entrefaites Meddhi, Antoine et Emma firent à nouveau irruption dans le salon.

- Merci, Emma pour ton aide précieuse. On va y aller.

- Je vous raccompagne, dit Candice.

Emma remonta dans sa chambre, Meddhi et Chrystelle étaient sortis et avaient prit les devants pour rejoindre la voiture. Candice et Antoine étaient encore sur le pas de la porte. Antoine profita de ce moment pour saisir la main de Candice.

- Est-ce que je peux passer te voir ce soir ?

- Ce n'est pas une bonne idée.

- S'il te plait ?

- D'accord, avait-elle finalement dit.

Il déposa un baiser à la commissure de ses lèvres, de loin, d'aucun aurait juré qu'il lui avait simplement déposé une bise sur la joue.

Merci pour tous vos commentaires, c'est super gentil. J'aurais moins le temps la semaine prochaine alors un peu de patience...