Antoine leva la tête de son écran d'ordinateur. La pendule indiquait neuf heures moins le quart. Il était dans le bureau seul depuis plus de deux heures. Ne voulant pas croiser les enfants de bon matin, il avait réglé son téléphone pour sonner à cinq heures. Au réveil, il avait trouvé Candice assise dans le lit. Depuis combien de temps était-elle dans cette position ?
- Ca va ? Avait-il simplement demandé.
- Je suis réveillée depuis une demi-heure mais oui, et toi, bien dormi ?
- Je t'avouerai que je me ferais bien porter pale aujourd'hui !
Et joignant les actes à la parole, il la saisie par la taille pour la faire basculer contre la tête de lit, se plaçant stratégiquement sur Candice de tout son long. Il déposait avec gourmandise des bisous dans son cou, sur ses joues, et ses lèvres. Candice entreprit alors de lui retirer son caleçon, entreprise qu'elle mena avec brio. Antoine sourit et s'arrêta pour la regarder. Cette femme le rendait fou. Il voulait la posséder. Pas juste lui faire l'amour comme à une autre femme, non, il voulait que son corps à elle l'appelle, et que lui en retour le marque de son passage. Il s'écarta quels instants pour libérer sa partenaire de son pyjama. Allongé dans ce lit, les premiers rayons de l'aube éclairant la peau claire de Candice, il joignit leur corps d'un seul mouvement, donnant naissance dans la gorge de sa compagne à une longue plainte de plaisir. Il n'avait pas tenu très longtemps, mais l'intensité de leur ébat était assommante. Il avait eut un mal fou à la quitter.
Maintenant, il avait un mal fou à chasser la vision de Candice de son esprit. Pourtant, il voulait résoudre cette affaire. Qui avait bien pu en vouloir à cette petite Alice au point de la tuer. Il ne pouvait s'empêcher de repenser aux parents. Cette famille avait quelque chose qui ne tournait pas rond, mais il n'arrivait pas trouver quoi. Alice semblait avoir tout pour elle. Elle était intelligente, brillante même. Les élèves de sa classe, bien que pas vraiment amicaux, ne lui semblaient pas non plus totalement hostiles. Elle ne manquait pas d'argent, ses parents étaient encore ensemble, un cas rare de nos jours. Cependant d'après Emma elle ne rêvait que d'une chose partir à Paris. Pourquoi ? Si ce n'était pas à cause du lycée, il devait forcément se passer quelque chose chez elle qui la poussait à vouloir partir.
Meddhi entra dans le bureau en sifflotant, il sursauta à la vue d'Antoine, puis regarda la pendule.
- Tu es déjà là ? J'étais sûr que je serais le premier, merde alors, lança Meddhi tout sourire feignant d'être déçu.
- Salut content aussi de te voir. Bon, est-ce que tu peux me convoquer Madame Le Grand–Vermont, je voudrais l'interroger seule sans son mari dès que possible.
- Je lui dis quoi au mari s'il veut venir ?
- Je ne sais pas, trouve une excuse Meddhi !
- Et ben dites donc, y a une épidémie d'insomnie à Sète ou quoi ? S'exclama Chrystelle en entrant à son tour dans le bureau.
- Non, un meurtre d'une gamine de 17 ans qu'il faudrait résoudre, ca te dit quelque chose ?
- Toujours d'aussi bonne humeur à ce que je vois, bonjour à toi aussi.
- Chrystelle, j'ai besoin que tu vérifies l'alibi des parents plus en détails. Pourquoi est-ce qu'ils étaient une semaine dans les Pyrénées à quinze jours du bac de leur fille unique ? Ca vous paraît bizarre à vous ? Leur fille passe le bac, et eux ils se barrent. Tiens, j'ai une idée, tu n'as qu'à interroger le mari pendant que je m'occupe de la femme. Tu vois Meddhi, problème résolu, tu me convoques les deux parents, je veux les voir au plus tard en fin de matinée.
Pour ne pas éveiller trop de soupçons, ils avaient décidé que Chrystelle interrogerait Monsieur dans le grand bureau, pendant qu'Antoine s'entretiendrait avec Madame dans le bureau de Candice. Madame Le Grand–Vermont était dans le même état que la veille, elle faisait l'effet d'une marionnette désarticulée.
- Madame Le Grand–Vermont, est-ce que vous vous entendiez bien avec votre fille ?
- Oui, elle était une enfant très facile vous savez.
Elle avait une voix douce mais effacée, elle parlait comme si le souffle lui manquait.
- On n'a plusieurs personne qui nous rapport un changement de personnalité chez Alice depuis quelques années, l'aviez vous remarqué ?
- Oh, oui, bien sûr, mais c'était une adolescente.
- Excusez-moi de vous poser cette question, mais compte tenu de la différence d'âge, je me permet de vous demander, votre mari était-il le père biologique d'Alice ?
- Mais bien entendu, qu'est-ce que vous allez chercher ? D'ailleurs s'il ne l'avait pas été il n'aurait jamais été mon mari.
Elle s'arrêta quelques secondes pour reprendre ses esprits, mais Antoine sentait qu'elle allait continuer.
- C'est mon père de son vivant qui a exigé que l'on se mari. Peur de l'image qu'un enfant bâtard donnerait de la famille.
- Si je comprend bien ce n'est pas un mariage d'amour ?
- Non, mais je n'ai jamais regretté ma fille. Elle était mon trésor, la fin de sa phrase s'étouffa dans un sanglot. J'ai tellement bien dormit la nuit de sa mort, Madame Le Grand-Vermont pleurait à chaud de larme, ma fille mourrait et moi je dormais !
- Vous ne pouviez pas savoir, se contenta Antoine impuissant face à cette souffrance.
Dans le grand bureau, Chrystelle interrogeait Monsieur, sous l'œil curieux de Meddhi.
- Pourriez-vous me dire la raison pour laquelle vous vous êtes rendu à, Chrystelle relisait la déposition, à Serdinya pour y passer une semaine, excusez-moi d'être indiscrète.
- Non, écoutez, ca n'allait pas très bien entre ma femme et moi depuis quelques temps, je cherchais disons, à recoller les morceaux. Un ami à moi m'a recommandé ce petit hôtel charmant et reculé, exactement ce que je recherchais.
- Et à quelques semaines du bac ca ne vous a pas dérangé ?
- Voyons notre fille était très bonne élève, elle aurait eut son bac sans problème.
Monsieur Le Grand–Vermont était impassible, sans émotion, s'il était triste d'avoir perdu sa fille, il se contenait très bien.
- Et vous ne vous rappelez pas que votre fille vous ait parlé de se sentir menacée ?
- Non, tout allait très bien, elle passait ses soirées à regarder les annonces de studio sur Paris pour quand elle partirait à la faculté en septembre, précisa le père.
On détectait dans sa voix une pointe d'agacement.
- Vous en pensiez quoi ?
- Quoi, j'en pensais quoi ? La faculté de Montpellier est à quelques kilomètres, elle n'avait aucun besoin de partir à Paris. C'était jeter l'argent par les fenêtres !
- Je vois, conclu Chrystelle. Ce sera tout pour le moment, merci d'être passé aussi rapidement.
Chrystelle, Aline, Antoine et Meddhi déjeunaient au petit bistro à droite en sortant du commissariat, au nom très original dans la région « le bistro du pêcheur ». L'ambiance était un peu morose. Cette enquête piétinait, et il n'avait aucune piste sérieuse.
- Bon faite pas cette tête, vous aller bien la résoudre cette enquête, encouragea Aline.
- Avec aucune empreinte sur la scène du crime ca nous aide pas beaucoup ! Avait osé Meddhi.
- Au contraire, si tu veux des empreintes j'en ai plein !
Ses trois collègues sortirent la tête du menu qui semblait tous les absorber.
- Juste ce sont celles d'Alice et de ses deux parents !
Déçus chacun étudiait à nouveau le menu.
- Quand même, il avait quelque chose qui ne tournait pas rond autour de cette gamine, s'ému Meddhi. Pourquoi est-ce qu'elle voulait tellement aller à Paris ? Franchement, ca craint là-bas, moi j'ai tout fait pour ne pas y être envoyé.
- Non, mais t'as entendu son père, ca n'allait pas avec sa femme, ses parents devait se disputer sans arrêt, proposa Chrystelle. Et puis la pauvre, même si elle était encore en vie pas sûr que son paternel l'aurait laissé partir à Paris.
- J'avais une amie quand j'étais au lycée qui rêvait aussi de partir à Paris, au bout d'un an elle s'est défenestrée la pauvre, rue Aubert, en face de l'Opéra Garnier, un magnifique saut de l'ange. La police a découvert en lisant son journal intime que son oncle l'avait violé toute son adolescence.
Antoine croisa le regard de Chrystelle. Il venait d'avoir la même idée.
- Est-ce qu'on a appelé l'hôtel ou était les parents ? Questionna Antoine.
- Jusqu'ici on n'avait pas raison. J 'y vais ! Répondit Chrystelle qui sauta sur ses deux jambes.
- Je viens avec toi.
Antoine et Chrystelle s'étaient volatilisés en une fraction de seconde.
- Je crois qu'on devrait les suivre, avait fini par conclure Aline.
