Je suis désolée pour le long silence, j'étais en voyage, merci pour vos messages !

« Madame Renoir, reprenons, là où nous nous étiez arrêté, vous voulez bien ? »

Candice hocha la tête. Elle s'était installée dans le canapé. La nuit avait été courte, elle avait envie de s'allonger, mais elle se retenait. Dans la voiture, en chemin vers le cabinet du psychiatre, elle s'était surprise à chantonner sur un air entrainant qui rappelait que l'été bâterait bientôt son plein avec sa liste d'inconvénients, et parmi ceux-ci, celui qui l'agaçait le plus : les embouteillages !

- Il y a deux jours, vous m'avez dit que vous n'aimiez pas les personnes jalouses. Pourquoi ca ? interrogea le Dr Meyer.

- Ca vient de mon père, elle fit une pause. L'évocation de son père était toujours douloureuse, même après de si longues années. Il battait ma mère. Et ne me demandez pas pourquoi, mais j'ai toujours pensé que c'est parce qu'il était jaloux. Peut-être que ca n'avait rien à voir en faite, sa phrase restait en suspend.

- A-t-il levé la main sur vous ?

- Assez rarement en faite. C'était plus par « accident », s'il lui arrivait de frapper mon frère, ma sœur ou moi, c'est parce que nous étions dans le chemin en quelque sort. Quand j'étais petite, la violence de mon père, c'était quelque chose de normal. Il y avait de longues périodes où tout était calme, et puis un jour, vous ne savez pas pourquoi mais ca revient.

- Pensez-vous que votre ex-compagnon aurait pu lors qu'une « crise » de jalousie lever la main sur vous ?

- Non, répondit Candice du tac-au-tac. David n'aurait jamais fait une chose pareille, et je ne me serais pas laissée faire.

Les yeux de Candice s'étaient subitement remplit de larmes. Elle dirigea son regard vers la fenêtre entrebâillée espérant que le peu d'air qui pouvait circuler sècherait ses joues maintenant humides.

- David était un homme formidable. Ce qui lui est arrivé est injuste.

- Permettez-moi une indiscrétion, mais pourquoi vous étiez vous séparé alors ?

- Parce que je ne l'aimais plus, voilà tout. C'est aussi simple que ca.

Il y eu un long silence. Puis Candice commença :

- J'ai une relation avec mon adjoint, Antoine. Ca fait un peu plus d'un mois. Nous avons essayé d'y mettre fin. Mais c'est impossible. Il est la première personne pour qui je ressens une telle passion depuis mon mari, et à l'époque j'avais 17 ans.

- Pourquoi voudriez-vous mettre fin à cette relation ?

- Parce que c'est un collègue, sous mes ordres en plus ? rétorqua Candice un peu dubitative.

- Ce sont des choses qui arrivent, il y a toujours la possibilité de faire des mutations, non ? C'est possible ca dans la police ?

- Oui, esquissa Candice mollement.

L'idée d'une nouvelle mutation d'Antoine pour un autre service que la BSU de Sète était loin de séduire le commandant qu'elle était. Non vraiment, cela avait été assez pénible la première fois, elle ne voulait pas en entendre parler. Et puis il y avait aussi eu la période où Antoine fleuretait avec la BRI, tout aussi désagréable. Pourquoi fallait-il, qu'ils se séparent sur le terrain ? Cela n'était pas nécessaire et à vrai dire de toute façon prématuré.

- Il y a un plus gros « problème », enfin, non, un soucis plutôt. Sa compagne est enceinte. Il n'était pas au courant lors que nous avons… enfin bref c'est un accident. Mais elle garde le bébé, puis elle finit par ajouter, elle n'est pas encore au courant.

Candice s'était passé la main sur le front. C'était ce qu'on appelle un vrai « sac de nœuds ». Le simple fait de parler de cette situation l'avait rendu mal. Elle se sentait comme dans un manège, incapable de distinguer les formes autour d'elle, seule les couleurs toutes entremêlées lui parvenaient encore, un flou continu d'informations indéchiffrables.

- Je crois que vous êtes fatiguée Madame Renoir, nous arrêtons là pour aujourd'hui. On se voit la semaine prochaine ? Mardi 10 heures ?

- Oui, bien sûr. Mardi 10 heures. Je vous remercie Docteur, avait doucement articulé Candice en se levant, récupérant son sac sur la chaise translucide, et prenant la direction de la porte.

- Madame Renoir, stoppa le Dr Meyer, vous oubliez quelque chose.

Candice fit volte-face, le médecin lui tenait un papier, toujours assis dans son grand fauteuil en cuir blanc derrière son large bureau en bois sombre. Candice s'approcha. S'était une ordonnance pour sa reprise. Elle la toucha sans la prendre tout a fait.

- Vous-êtes sûr docteur ? demanda Candice incrédule.

- A Mardi, puis il ajouta lentement, 10 heures !

- Merci, lui-dit Candice droit dans les yeux avant de saisir le papier et de sortir du cabinet.