La majorité des livres étaient conservés sur un support numérique, de nombreux datapads rangés et classés dans d'immenses bibliothèques qui rassemblaient des milliers d'ouvrages dans un espace bien moins important. Il existait cependant encore des bibliothèques où il était possible de trouver de « vrais » livres. C'est généralement celles-ci que Liara fréquentait, trouvant un côté apaisant à l'ambiance dégagée par les rayonnages emplis de volumes ouvragés, aux pages jaunies par le temps et à cette odeur particulière qui n'appartenait qu'aux livres.

Le fait qu'elle trouvait l'humaine qui travaillait dans l'une de ces bibliothèques à son goût n'avait absolument rien à voir avec ce choix. Il lui était arrivé de cesser de fréquenter sa bibliothèque préférée pendant quelques temps – généralement après des moments bien embarrassants où elle avait tenté de flirter avec la bibliothécaire en question pour se ridiculiser. Mais elle y était toujours revenue. Après tout, ce n'était pas sa bibliothèque préférée pour rien.

Mais voilà, elle était installée à sa table habituelle entourée d'une dizaine de livres avec ses affaires éparpillées tout autour d'elle sur la table pour « faciliter » la prise de note – elle avait perdu le compte du nombre de fois où elle avait cherché le datapad sur lequel elle prenait des notes sous les livres qui finissait invariablement par le recouvrir. Dans le tas d'ouvrages, il y avait celui qu'elle empruntait presque à chaque fois – et elle était presque certaine d'être la seule à le consulter de manière aussi régulière. Et lorsqu'elle l'avait ouvert, elle avait failli manquer la petite note derrière la couverture avec les contacts d'un omnitool.

Ceci expliquait donc le fait qu'elle n'ait pas encore commencé à travailler et qu'elle fixe intensément la note, comme pour en percer les secrets. Il était bien connu que si on fixait suffisamment longtemps un morceau de papier, celui-ci commençait à parler et révéler des informations primordiales. Oui bon, elle rêvait sans doute si elle y croyait mais en même temps, il n'y avait pas des milliards de personnes étudiant les prothéens et encore moins qui fréquentait cette bibliothèque – depuis le temps qu'elle y venait, elle le saurait tout de même.

Ca n'expliquait pas qui avait bien pu laisser cette note là… à moins que… L'asari lança un rapide regard en direction de la bibliothécaire, son cœur battant soudainement beaucoup plus vite qu'il n'avait l'habitude de le faire. Ses yeux retombèrent sur la mystérieuse note, incapable de se concentrer sur autre chose. Qu'est-ce qu'elle risquait ? Au pire, elle se trompait et elle appelait une personne qu'elle ne connaissait pas. Au mieux… ses tentatives désastreuses de flirt avaient d'une façon ou d'une autre fonctionné.

Avec un soupir, elle entra le numéro dans son omnitool et laissa son doigt suspendu au-dessus du bouton d'appel, hésitant une nouvelle fois. Après un nouveau regard rapide en direction d'une humaine qui semblait se cacher à moitié derrière un livre – fait suffisamment rare pour que Liara le note – elle se décida, se levant, elle rangea ses affaires avant de partir, une fois à une distance qu'elle estimait suffisante, elle appuya finalement sur le bouton de son omnitool.

Presqu'immédiatement, le désir de raccrocher, éteindre son omnitool, le jeter puis l'écraser pour faire bonne mesure se firent ressentir, vaillamment, elle ignora ses peurs en dansant d'un pied sur l'autre en écoutant les tonalités, priant presque pour que la mystérieuse personne ayant laissé son numéro ne décroche pas, qu'elle puisse raccrocher sans être malpolie ou passer pour une dégonflée et tout oublier de ce coup de fil.

- Salut, je vois que tu t'es décidé à m'appeler !

La voix était définitivement celle de la bibliothécaire et Liara n'avait aucun mal à entendre le sourire dans cette voix. Elle sentit ses joues chauffer, certaine qu'elle avait pris la bonne décision en n'appelant pas avant d'être suffisamment éloignée de la bibliothèque.

- Euh… oui, je…

Et bien entendu, elle bafouillait… Sur le moment, elle avait juste envie de creuser un trou et de s'y enterrer jusqu'à ce qu'elle soit sûre que personne ne se souviendrait de cet instant. Elle était presque surprise que Shepard – comme elle avait appris que la bibliothécaire se nommait – ne raccroche pas sur le champ.

- Je comprends, ne t'en fais pas. Ceci dit, je me disais qu'on pourrait… je sais pas, aller boire… un café un de ces jours ? Si tu es d'accord je veux dire…

Apparemment, elle pouvait bafouiller aussi et Liara pouvait presque imaginer le rouge monter aux joues de l'humaine, souhaitant soudainement être en sa présence pour la voir rougir et voir ce léger sourire en coin qu'elle arborait si souvent. La réponse s'imposait donc d'elle-même.

- D'accord.