Les murs de la bergerie, faits de pierres sèches agencées les unes sur les autres, étaient en partie effondrés. Les lauzes ne recouvraient plus que partiellement le toit. L'illusion était admirable mais ne trompa pas Aziraphale. Malgré les apparences, le bâtiment avait été récemment et parfaitement remis en état.
Assis sur un banc, le dos appuyé contre la façade et les yeux fermés, Crowley prenait le soleil, semblant en absorber la chaleur tel un reptile. Il souleva paresseusement les paupières quand l'ange descendit de cheval.
« Je te préviens, je ne sais pas à quoi tu joues, mais Accord ou pas, je ne vais pas te laisser continuer, » menaça Aziraphale en attachant sa monture baie près d'un autre cheval de taille moyenne lui aussi, mais noir. De ce côté de la bâtisse, les animaux n'étaient pas visibles depuis le chemin.
« C'est précisément pour cette raison que je t'ai demandé de venir, » dit tranquillement Crowley en se levant. « Entre. »
Lorsque ses yeux se furent accoutumés à la demi-pénombre de la bergerie, Aziraphale découvrit avec surprise un intérieur cossu, meublé d'un divan, d'un lit d'apparence on ne peut plus confortable, d'une table et d'une chaise. Des tapis moelleux recouvraient le sol de terre battue. D'épaisses tentures devaient, une fois tirées devant les étroites fenêtres, isoler du froid à la mauvaise saison et pendant la nuit.
« Une bergerie abandonnée, mmmh ? »
« J'ai apporté deux-trois améliorations, » concéda Crowley. « Tu n'aurais quand même pas voulu que je me les gèle depuis presque trois ans ? »
« Et personne n'a jamais mis les pieds ici ? Même lors des battues ? »
« Etrangement, les gens ressentent un impérieux désir d'éviter le coin, » ricana le démon. « L'aspect extérieur n'est qu'une précaution supplémentaire. » Il désigna le divan : « Assieds-toi. Vin, armagnac, calvados ? »
L'ange hésita. Il n'avait pas envie de se laisser amadouer. Cette fois, le démon avait dépassé les bornes. Tenter les humains, se servir de leur libre arbitre pour les pousser à corrompre leur âme, ce n'était pas joli-joli, mais ça faisait partie des règles du jeu. Massacrer des enfants, non. Aziraphale se sentait empli d'un juste courroux qu'il se devait de conserver, même si c'était toujours difficile face à Crowley. De plus en plus, d'ailleurs. Les choses étaient plus simples au début, il y avait longtemps.
Crowley attendait sa réponse, arborant son expression favorite, celle qu'il espérait indéchiffrable. Mais, après des millénaires de pratique, Aziraphale parvenait à lire assez justement la moindre crispation des muscles de son visage. L'assurance affichée par le démon était aussi illusoire que l'aspect délabré de la bâtisse. Il était aux abois. Il semblait redouter la réaction de l'ange tout en éprouvant un certain soulagement à le voir là. Presque malgré lui, Aziraphale répondit :
« Calvados, merci. »
Crowley matérialisa une bouteille et deux verres, qu'il emplit généreusement avant d'en tendre un à son invité. Avant que ce dernier puisse dire quoi que ce soit, le démon le devança :
« Je sais ce que tu penses. Ce n'est pas moi. » Aziraphale fronça les sourcils. « Enfin… si, c'est moi. Mais je n'ai pas eu le choix. »
« Explique, » dit froidement l'ange.
« Tu vois bien que ce ne sont pas mes méthodes. Tu me connais mieux que ça ! Et tu crois vraiment que j'aurais choisi de m'enterrer dans ce trou perdu ? » plaida Crowley.
« Ce que je crois à ton sujet n'a aucune importance. Je t'ai demandé des explications. »
A ce ton sec, le visage du démon se ferma. Ses lèvres se serrèrent en une ligne dure. Il s'assit sur la chaise.
« Très bien. Hastur m'a envoyé ici avec un de ses molosses. Le chien devait semer le trouble dans la région. J'étais seulement chargé de m'occuper du toutou et de vérifier que tout se passait comme prévu. Sauf que je pensais qu'il allait attaquer des moutons, des vaches, ce genre de choses. Et faire quelques apparitions pour effrayer les gens. Mais manifestement, le chien a reçu d'autres ordres. »
« Et tu n'as pas essayé de l'en empêcher ? »
« Ce n'est pas exactement comme si je parvenais à m'en faire obéir, figure-toi. »
« Débarrasse-t'en, alors. »
« Je ne demanderais pas mieux ! Ca mettrait fin à ma mission et je pourrais enfin retourner à la civilisation ! Mais seul son maître a le pouvoir de le rappeler en enfer. L'autre solution serait de tuer le molosse. Je doute qu'Hastur envoie une autre de ses précieuses bestioles après ça. Mais en dehors du fait que c'est loin d'être facile, le lien magique qui unit le chien à celui qui lui a donné son nom permet à ce dernier de savoir qui a tué son animal. Et je ne peux pas me permettre d'énerver Hastur. »
« Bref, tu es en train de me dire que ce sont les enfants ou toi, c'est ça ? » dit Aziraphale, glacial.
« Exactement. Et tu m'excuseras, mais j'ai choisi mon camp. Après tout, ces paysans vivent rarement au-delà de trente ans. Quelques années de plus ou de moins… »
« Je vois, » fit l'ange, contenant sa colère à grand peine.
« Tu sais de quoi ils sont capables, En Bas. Et ils peuvent te le faire subir éternellement. »
Crowley faisait de son mieux pour paraître maître de lui, mais sa voix avait subitement monté d'une octave, comme toujours quand il était terrifié. Aziraphale se pinça l'arête du nez.
« Pourquoi Hastur aurait-il ordonné au chien d'attaquer les bergers ? Qu'ils soient tués par un molosse infernal ne change rien au fait que si leur âme est pure, elle n'ira pas en enfer. Et comme ce sont essentiellement des enfants… »
Apparemment un peu rasséréné par le fait que l'ange pose une question au lieu de partir sur-le-champ, le démon expliqua :
« La leur, non. Mais tu sais ce que les gens sont prêts à faire dans un tel climat de peur. Fausses accusations de lycanthropie, petites vengeances… Et puis, quand tu as beau prier et que ça n'arrête pas les meurtres, ta foi s'érode. Surtout quand l'évêque dit que tu mérites ce qui t'arrive. Et n'oublions pas les opportunistes. »
L'ange leva un sourcil.
« Oh, allons, ce n'est pas la première fois qu'on voit ça. Une série de morts violentes, quoi de plus pratique pour camoufler un ou deux assassinats ? Ni vu, ni connu, c'est la Bête. »
« C'est arrivé ? »
« On a gagné trois âmes, comme ça. Deux cas banals, et le maniaque. »
« Quel maniaque ? »
« Un villageois des environs, j'imagine. Tu n'as pas entendu parler de corps retrouvés nus et décapités ? »
« Les journaux ont mentionné ça, oui. Je pensais qu'ils cherchaient à faire dans le sensationnel. »
« Eh bien non. Je dirais qu'il y en eu au moins une douzaine. On les a imputés à la Bête, évidemment. Mais la bestiole a beau être vicieuse, ce n'est pas son ouvrage. »
« Cet homme non plus, tu n'as pas cherché à l'arrêter, apparemment… »
« Plus son âme se corrompt, mieux c'est. Quoi ? Tu vois une auréole au-dessus de ma tête, peut-être ? » demanda agressivement le démon en voyant l'expression d'Aziraphale.
Ils se dévisagèrent un instant dans un silence tendu. L'ange céda le premier :
« Ca me paraît quand même un faible rendement pour trois années de travail. »
« Peut-être qu'Hastur a une autre raison de vouloir déstabiliser la région. Je ne suis pas son confident. Je ne fais qu'obéir aux ordres. »
« Pourquoi toi ? Comme tu l'as dit, ce ne sont pas vraiment tes méthodes habituelles. Et tu as horreur des animaux… » Aziraphale entrevit la grimace fugace de son interlocuteur. « Oh. C'est justement pour ça, n'est-ce pas ? C'est une sanction ? »
Le démon grogna.
« Je comprends mieux la durée. Toi qui détestes vivre loin du confort des villes. Tu es censé rester coincé ici combien de temps ? »
« "Jusqu'à ce que ça ne m'amuse plus", il a dit. »
« Qu'est-ce que tu as fait, encore ? »
« Aucune importance. »
« Raconte. »
« Non. »
« Je ne t'aiderai pas si je ne connais pas tous les détails de cette affaire. »
« C'est du chantage ! » s'indigna Crowley. « De la part d'un ange ! Tu devrais avoir honte ! »
Le rictus que fit Aziraphale était tout sauf contrit.
« J'attends. »
Crowley jura.
« Il me soupçonne d'avoir falsifié un rapport. Il n'en est pas certain, sinon je serais attaché à un chevalet de torture mais, dans le doute, il a opté pour un avertissement. »
« Et c'est vrai ? »
« Ouais, » grommela le démon avec réticence.
« Et tu as falsifié un rapport concernant… ? »
Crowley se racla la gorge.
« J'ai fait un peu plus que le falsifier. Je l'ai inventé de toutes pièces. J'ai dit que l'idée de la traite des esclaves vers les colonies du Nouveau Monde, ça venait de moi. »
Aziraphale lui lança un regard noir. Le démon bafouilla :
« Tu sssais bien que c'est faux ! »
« Evidemment, que je le sais ! Sinon, je ne serais pas en train d'essayer de me retenir de te botter les fesses à grands coups de puissance céleste ! Que tu ne démentes pas quand ils t'adressent des félicitations infondées, comme avec l'Inquisition, passe encore. Mais que tu t'attribues sciemment les mérites d'une telle infamie, je trouve ça petit, même venant de toi ! »
Crowley prit un air vexé.
« Ca ne change rien pour les esclaves, et j'avais besoin de mettre un gros coup à mon actif. »
« Pourquoi ? »
« Je me disais qu'après un truc d'une telle ampleur, je pourrais obtenir un congé. »
« Pourquoi veux-tu un congé ? »
Le démon explosa :
« Je n'en peux plus ! J'en ai jusque-là ! Ras-le-bol, si tu veux savoir ! Les humains passent leur temps à inventer des choses bien pires que tout ce que je pourrais leur souffler. Je ne sers à rien ! Et j'en ai assez de voir ce qu'ils arrivent à sortir de leurs petits cerveaux tordus. J'ai besoin de vacances ! »
Aziraphale le considéra un instant pensivement.
« Mais tu ne supportes pas les Enfers… »
« J'ai pas dit que je voulais y retourner. »
« Alors, que ferais-tu de tes vacances ? » interrogea l'ange, sincèrement curieux. Il n'y avait que Crowley pour avoir des idées aussi fantasques. « Tu voyagerais ? »
« Pour quoi faire ? Vérifier dans quel pays ils sont les plus créatifs pour se faire du mal les uns aux autres ? J'avais plutôt dans l'idée de voir combien d'alcool je peux avaler sans finir désincorporé, puis de dormir le plus longtemps possible. »
« Dormir ? » s'étonna Aziraphale.
« Histoire d'avoir la paix. »
Sans qu'il comprenne bien pourquoi, Aziraphale se sentit un peu blessé par ce projet. Il y eut un nouveau silence inconfortable. Le démon le scrutait avec appréhension. L'ange détourna les yeux et poussa un long soupir agacé.
« Aziraphale. J'ai vraiment besoin de toi, sur ce coup-là, » dit Crowley à mi-voix, comme si chaque mot lui était arraché de la bouche.
En pensées, Aziraphale blâma son optimisme angélique qui lui faisait entendre un « s'il te plaît » non formulé. De toute façon, pouvait-il refuser d'intervenir et quitter la région en sachant que les meurtres allaient continuer ? Même si sa décision était prise, il ne répondit pas tout de suite, conscient que son ressentiment le poussait à jouer mesquinement avec les nerfs du démon. Il mériterait de rester ici encore quelques années. Après tout, ce n'est pas exactement une prison, songea-t-il en balayant du regard les étoffes et les meubles luxueux. Brusquement, il réalisa qu'il était probablement la première personne à qui Crowley parlait depuis trois ans. Les étrangers ne passaient pas inaperçus dans ces petits villages. A fortiori s'ils dissimulaient en permanence leurs yeux dans l'ombre d'une capuche trop grande. Le démon n'avait sûrement pas pris le risque. Et parmi les innombrables choses que Crowley détestait, l'ennui et la solitude figuraient en haut de la liste.
« Très bien. Je vais m'occuper du chien, » fit Aziraphale, résigné. Le visage du démon s'éclaira. « Mais je le fais seulement pour arrêter ce carnage, pas pour toi. »
Crowley se rembrunit un peu.
« Peu importe pourquoi tu le fais, tant que je peux me tirer d'ici. Tu sais comment on tue un molosse infernal, je suppose. »
L'ange acquiesça :
« Une épée céleste ou, à défaut, une lame bénite. »
« Et vu le soin que tu as pour tes affaires, on va devoir se contenter de la deuxième solution. » Aziraphale choisit de ne pas relever. « Elle est un peu moins efficace. Il faut bien viser le cœur, du coup. »
« Avec l'évolution des armes humaines, une balle bénite devrait faire l'affaire aussi, non ? »
« Sans doute. C'est ce que certains chasseurs superstitieux se sont mis à utiliser lors des battues, après avoir constaté que les balles ordinaires touchaient la Bête sans lui faire le moindre mal. Mais leurs fusils n'ont pas l'air très précis. Ou alors ils ne sont pas doués. Et ce n'est pas faute d'avoir tenté de les aider. Tu es bon au tir ? »
« Aucune idée. Je n'ai jamais essayé. »
« Tenons-nous-en à la lame, alors. Quelque chose dans ce genre-là, ça te conviendra ? » demanda Crowley en désignant, sur la table, une longue dague effilée.
« Oui mais…tu n'aurais rien qui ne nécessite pas d'approcher d'aussi près ? Une lance, une épée, je ne sais pas, moi… »
« Bonne idée, la lance. Occupe-t'en. Mais si le chien te saute dessus, tu seras content d'avoir aussi une arme plus courte adaptée au corps à corps, » expliqua nonchalamment le démon en matérialisant une lame assez semblable à la sienne, qu'il tendit à Aziraphale.
« Comment ça, s'il me saute dessus ? J'ai vu une cage, à l'extérieur, quand j'ai attaché mon cheval. » Comme pour vérifier qu'il n'avait pas rêvé, l'ange sortit. La lumière du soleil le fit cligner des yeux. Il contourna le bâtiment. Il y avait effectivement là une solide cage de métal, vide. Il se tourna vers le démon qui l'avait suivi : « On ne va pas l'enfermer d'abord ? »
« Tu peux essayer. Bonne chance. »
Aziraphale se rendit compte qu'il avait sous-estimé le problème. Il dit lentement :
« Tu veux dire que tu n'as vraiment aucun contrôle sur ce chien ? »
« Au début, il revenait quand je l'appelais. Mais il en a eu vite assez de la cage. »
« Tu as essayé de l'appâter avec de la viande ? »
Crowley regarda l'ange comme si celui-ci venait de le traiter de débile.
« Evidemment. Mais depuis qu'il a goûté à la chair humaine, il s'en fiche, de la viande. Même quand il tue un mouton, il ne le mange pas. »
L'ange réfléchit.
« Un élément m'échappe. Comment es-tu parvenu à le faire se tenir tranquille pendant un mois, s'il ne t'obéit pas ? Les meurtres ont pourtant bien cessé un temps, quand monsieur Antoine a cru avoir tué la Bête, non ? »
« Juste après son départ avec son cadavre de loup sous le bras, j'ai réussi à capturer Dévoreur… oui, c'est son nom… et à l'enfermer à nouveau. »
« Comment ? »
« Avec un appât. »
« Mais tu viens de me dire que… »
« Pas de la viande. »
« Quoi, alors ? » questionna Aziraphale d'un ton suspicieux.
« Peu importe. J'ai réessayé depuis, et il ne s'est pas fait avoir une deuxième fois. Il est malin. Je suis sûr qu'Hastur m'a refilé le plus rusé et le moins obéissant juste pour se payer ma tronche. »
Aziraphale croisa les bras et répéta, obstiné :
« Avec quoi l'as-tu appâté ? »
Crowley détourna la tête et répondit avec mauvaise humeur :
« A ton avis ? Avec ce qu'il mange, tiens ! Un mioche. »
L'ange blêmit.
« Tu n'as pas fait ça ? »
« Rhooo, ça va, il ne lui est rien arrivé ! Je me suis introduit discrètement pendant la nuit dans une maison en bordure du village, j'ai utilisé mes pouvoirs pour que le morveux ne se réveille pas et je l'ai déposé près de la forêt. Quand le chien s'est approché, j'ai réussi à l'attraper avec un filet. Ca n'a pas été une mince affaire de le traîner jusqu'ici tout en portant le mioche. J'ai remis le molosse dans sa cage et j'ai ramené l'enfant dans son lit. Il ne lui manquait même pas un cheveu sur la tête ! »
« Ca aurait pu se terminer moins bien… » fit remarquer Aziraphale, grinçant.
Crowley sembla prendre cette éventualité en considération pour la première fois. Il dit doucement :
« Possible. Mais si Dévoreur était resté enfermé, il n'aurait plus tué personne. Grâce au sacrifice d'un seul enfant. Tu sais…les omelettes, les œufs, tout ça. »
L'ange ouvrit la bouche mais ne trouva pas quoi opposer à ce raisonnement.
« Que s'est-il passé ensuite ? Le chien s'est échappé ? »
« J'ai été forcé de le libérer. Hastur m'a demandé pourquoi Dévoreur n'avait rien tué depuis un mois. J'ai dit que je n'en savais rien, que je ne savais pas où il était. Il a dit que j'avais intérêt à ce que son chien massacre quelque chose rapidement. Qu'est-ce que tu voulais que je fasse ? »
« Il n'a pas vu qu'il était dans la cage ? »
« Heureusement pour moi, il n'est pas venu en personne. » Crowley fit un drôle de petit sourire. « Crois-moi, une marmotte qui te parle avec la voix d'Hastur, c'est un truc dont tu sais que tu te souviendras jusqu'à la fin des Temps. »
« Une marmotte ? »
« Une marmotte. »
Aziraphale se représenta mentalement la scène. En dépit de ses efforts pour garder son sérieux, il fut soudain pris d'un fou-rire nerveux, qui contamina bientôt le démon. Chaque fois que l'un réussissait à retrouver son calme, il suffisait que son regard croise celui de l'autre pour qu'il reparte dans une hilarité incontrôlable. Ils finirent par reprendre leur souffle et s'essuyer les yeux.
Un peu radouci, l'ange annonça :
« Bon, je vais bénir cette dague, puis tu m'expliqueras comment m'approcher suffisamment de cet animal pour la lui planter dans le cœur. »
Crowley l'arrêta d'un geste.
« Je préférerais que tu fasses ça ailleurs. Et je ne sais même pas comment trouver ce foutu chien. »
« Il doit y avoir moyen de le pister, non ? »
« Les limiers refusent de suivre sa trace. J'ai essayé de localiser son aura infernale mais il est rapide. Il couvre de grandes étendues. Et le terrain est difficile. Mais peut-être que tu y seras plus sensible que moi et que tu pourras le repérer de plus loin. C'est là-dessus que je compte, en tout cas. Reviens demain, à l'aube. Autant s'y mettre tôt si on veut éviter de passer la nuit dehors. »
Aziraphale tâcha de se montrer confiant. Il remonta en selle et suivit le chemin de pierrailles qui serpentait en descendant vers le village. Au bout de quelques minutes, il se retourna. Crowley avait repris sa place sur le banc, adossé contre le mur. Aziraphale sentit le regard du démon fixé sur son dos jusqu'à ce qu'il soit hors de vue.
