Le démon avait raison, à propos des prochains morts. Evidemment. On pouvait toujours compter sur lui pour appuyer là où ça faisait mal. Chez le curé ravi de son retour, Aziraphale se retourna dans le lit où il feignait de dormir. L'image des petits corps mutilés flottait devant ses yeux. Son hôte lui avait appris que le jour où l'enfant s'était fait tuer à Chanteloube, un garçon de quinze ans avait subi le même sort à Servières.
Il ne pouvait pas rentrer à Paris. Même s'il avait été tenté, l'espace d'un instant. Il y avait tous les jours des massacres bien pires quelque part dans le monde, avait-il pensé lors de la battue. Pourquoi s'occuper de celui-ci au détriment d'un autre ? S'il partait, Crowley serait coincé dans ces montagnes pendant Dieu sait combien de mois ou d'années encore – Aziraphale soupçonnait Hastur de ne pas être près de se lasser de ce petit jeu - et, pendant ce temps, on pouvait espérer que le reste de la planète se porte un peu mieux. Ce ne serait pas la première fois que l'ange fermerait les yeux sur une manœuvre d'En Bas, après tout. N'était-ce pas le fondement même de l'arrangement auquel il avait lâchement consenti ?
La simple évocation de l'Accord l'avait fait immédiatement changer d'avis. Il avait déjà détourné le regard devant trop d'ignominies. Trahi beaucoup trop de ses principes. Par paresse. Pour rester plongé dans ses livres plus longtemps. Parce qu'il s'était demandé si, au final, ça changeait vraiment quelque chose. Comment n'avait-il pas déchu à la minute même où il avait accepté cet arrangement ?
Et, comme si ça ne suffisait pas, il était tombé plus bas encore en sauvant la vie du démon. C'était une trahison envers son propre camp, ni plus ni moins. Et pour quelle raison ? L'Accord aurait pu se résumer en « laisser faire ». Jamais il n'avait stipulé qu'ils devaient se prêter main forte, s'inquiéter l'un pour l'autre ou, pire, se protéger mutuellement. Comme si Crowley s'en faisait pour lui ! Alors, pourquoi ? Parce que, et il sentit ses joues s'empourprer de honte en se l'avouant, il appréciait la compagnie du démon.
Sa mâchoire contractée finit par lui faire mal. Il était temps de se rappeler son devoir. Repérer les manigances de l'Ennemi et les déjouer. Il allait convaincre les villageois que la Bête était bien envoyée par Satan, s'en débarrasser, puis mettre sa mort en scène pour qu'elle ressemble à l'idée que les humains se faisaient d'un miracle – avec tout le tremblement : ange en robe blanche, lumière aveuglante et chants célestes. Il grimaça en se représentant le spectacle. Mais il fallait ce qu'il fallait. Les habitants chanteraient les louanges de Dieu pendant des années, et Hastur en serait pour ses frais. Quant à Crowley… Aziraphale s'obligea à chasser cette pensée.
Il passa la journée à réfléchir à un plan pour approcher l'animal. Il arpenta les pâturages autour du village, gardant un œil sur les enfants qui, la plupart du temps, regroupaient désormais leurs troupeaux pour ne pas constituer des cibles isolées. Ils allaient ainsi par petites bandes de cinq ou six, armés de bâtons et de piques. Souvent, leur insouciance reprenait le dessus et ils s'en servaient pour jouer à la guerre, criant et riant, jusqu'à ce qu'un bruit inhabituel ou un bêlement plus aigu les fasse se figer, aux aguets, les mains serrées sur leurs armes de fortune.
A un moment, Aziraphale put sentir le molosse mais de façon lointaine et si passagère qu'il n'eut même pas le temps d'envisager d'essayer de le rejoindre. La journée se termina sans qu'il soit parvenu à élaborer une stratégie valable. Il n'avait pas les idées assez claires pour raisonner sereinement.
Le lendemain, un pèlerinage était organisé pour prier Notre-Dame d'Estours de mettre fin aux agissements de la Bête. L'ange s'y joignit pour sonder l'état d'esprit des participants. Le peu qu'il réussit à tirer de ces gens lui fit comprendre que les anciens approuvaient l'évêque. Selon eux, les mœurs s'étaient dissolues, les jeunes n'étaient pas assez pieux, et Dieu cesserait son châtiment quand ils seraient revenus dans le droit chemin. C'était le même discours à chaque génération qui vieillissait, songea Aziraphale. L'incompréhension dominait en revanche chez leurs cadets. Ils allaient à la messe, ils travaillaient dur et ils ne comprenaient pas ce qu'ils faisaient de mal. Leur vie n'était-elle pas déjà assez difficile comme ça ? Même si les idées des Lumières n'étaient pas arrivées jusque dans ces contrées illettrées, le doute commençait à gagner doucement du terrain. Aziraphale apprit aussi que, contrairement à d'autres régions où les troubles provoqués par la crise du blé se multipliaient, le Gévaudan restait fidèle au Roi. Mais le refus de ce dernier de continuer à les aider à lutter contre la Bête faisait tout de même grincer des dents, de plus en plus nombreuses. Était-ce là l'objectif caché d'Hastur ? Et dans quel but ? Crowley avait pourtant souvent déploré son manque de vision d'ensemble. Peut-être le plan venait-il de plus haut – enfin, de plus Bas.
En l'absence de tactique, la seule chose à faire était de continuer à traquer le molosse. Aziraphale s'y employa les jours suivants, réitérant les précautions que Crowley et lui avaient prises la semaine précédente. Le jour, il marchait. La nuit, il volait à faible altitude, couvrant ainsi rapidement un territoire étendu. La lune était dans son dernier croissant et souvent masquée par des nuages. Il ne voyait presque rien du paysage qui défilait sous ses ailes et ne pouvait se fier qu'à ses perceptions. La vision du démon lui aurait été utile. Il se persuada que c'était bien la seule raison pour laquelle il regrettait son absence.
Il réussit toutefois à localiser Dévoreur à plusieurs reprises. Une fois, en volant, il put même s'en approcher à une lieue environ. Mais le chien disparaissait toujours aussitôt. Ca ne pouvait décidément pas être un simple hasard. Ainsi que l'avait supposé Crowley, le molosse parvenait d'une façon ou d'une autre à savoir où son poursuivant se trouvait et jouait avec lui. Comment faisait-il ?
Un second pèlerinage eut lieu vers Beaulieu le 14 juin. Les gens semblaient reprendre espoir. « Depuis le pèlerinage à Notre-Dame d'Estours, la Bête n'a plus tué personne ! » disaient, autour d'Aziraphale, les marcheurs qui récitaient des prières d'un air reconnaissant. Peut-être avait-il suffisamment maintenu Dévoreur aux abois pour l'empêcher d'attaquer, se réjouit l'ange. Jusqu'à ce qu'un homme qui dépassait leur petit groupe entende ces propos et lâche d'un air méprisant : « Ne rêvez pas, une fillette de neuf ans s'est fait dévorer il y a deux jours aux Couffours. Il n'en est pour ainsi dire rien resté. » Un silence consterné s'abattit sur les pèlerins. La procession continua, mais la ferveur était retombée. A Beaulieu, Aziraphale revit le même homme, qu'on lui dit se nommer Jean Chastel, faire bénir trois balles qu'il affirmait avoir fondues à partir de ses médailles de la Vierge. L'ange s'interdit de repenser à la balle qu'il avait déviée.
Le soir suivant, après avoir partagé le repas du curé, Aziraphale éprouva le besoin de marcher pour mettre de l'ordre dans ses idées. Ses pas le menèrent au cimetière. Absorbé dans ses réflexions, il ne prêta pas vraiment attention aux tombes jusqu'à ce qu'il passe devant le caveau où Crowley l'avait attendu le soir de son arrivée. Aziraphale scruta les ténèbres à peine dissipées par sa lampe, recherchant malgré lui les yeux jaunes qui ne le mettaient plus mal à l'aise depuis longtemps. Mais il n'y avait cette fois aucun démon essayant de le surprendre en dissimulant… son aura… L'ange se retint in extremis de jurer. C'était ça ! Bien sûr ! Comment n'y avait-il pas pensé ? Dévoreur pouvait sans doute percevoir son aura. L'ange n'avait jamais entendu parler d'une telle capacité chez les chiens des enfers, mais après tout, puisque lui était capable de localiser le molosse de cette façon, l'inverse était peut-être possible également. Idiot ! Imbécile ! Il venait de perdre presque un mois et quatre enfants étaient morts à cause de sa sottise.
Il résolut de ne pas gaspiller davantage de temps. Il était sorti avec la dague bénite dissimulée sous son vêtement, prêt à toute éventualité. Y compris à se faire attaquer par Crowley maintenant que l'ange avait révoqué leur Accord – il s'était cependant soigneusement abstenu de se demander s'il serait capable de se servir de son arme contre le démon. Il s'éloigna discrètement du village, dissimulant la lumière de sa lampe autant que possible. Il l'éteignit avant de la cacher dans un buisson, puis transforma son habit noir en ce qu'il avait pris d'habitude d'appeler sa tenue de chasse.
Il était certain de n'avoir jamais laissé rayonner pleinement son aura pendant qu'il poursuivait Dévoreur en compagnie de Crowley. Depuis qu'ils avaient conclu une trêve – quand la trêve avait cours, se corrigea-t-il – ils contraignaient toujours leur aura en présence l'un de l'autre, sans quoi chaque rencontre se serait accompagnée d'une migraine tenace et d'une sensation d'étouffement particulièrement désagréable. Si le molosse avait été capable de la percevoir quand même, c'est qu'il fallait faire davantage que la restreindre. Aziraphale s'y essaya tant bien que mal. C'était comme tenter d'attraper des filaments de lumière pour les contenir dans une petite boîte. Il n'était pas sûr d'y être parvenu entièrement. Si le démon avait été là, il aurait pu lui dire s'il sentait une différence. Mais il allait falloir se passer de cette vérification. Aziraphale s'envola.
Après plusieurs heures à survoler la région des trois monts, il fut forcé de se rendre à l'évidence : le chien ne s'y trouvait pas. Il s'était donc éloigné de son terrain de chasse habituel. A moins que… Aziraphale élargit son périmètre de recherche en se demandant avec inquiétude si, comme lui, Dévoreur était capable de dissimuler son aura.
Là ! A mesure qu'il comblait la distance le séparant du molosse, la sensation se faisait plus prégnante et plus nette. Une bouffée d'euphorie envahit l'ange quand il constata que l'aura sombre et poisseuse ne s'éloignait pas à son approche. Cette fois, il allait l'avoir. Il peina à se poser dans l'obscurité, mais il y arriva sans un bruit, veillant à se placer face au vent. Il n'y voyait goutte mais d'après ce qu'il ressentait, il situait le chien à une bonne dizaine de toises devant lui. Il serra fermement sa dague, regrettant amèrement la lance laissée à la bergerie. Il se mit à avancer prudemment. Huit toises. Six.
Il sut qu'il avait été repéré en sentant l'aura de l'animal tressaillir. Perçant les ténèbres, deux prunelles écarlates étincelèrent de haine. Un grondement grave monta, sourd et menaçant, plus profond qu'aucun animal terrestre n'aurait pu en produire. Aziraphale continua à avancer. Il distingua une forme vague, énorme, et l'éclat luisant de crocs blancs.
La Bête se ramassa sur elle-même et l'ange se campa solidement sur ses jambes, prêt à recevoir l'assaut. Mais l'animal fit volte-face et s'enfuit à une vitesse phénoménale. Son aura décrût et se perdit dans la nuit avant qu'Aziraphale parvienne à s'élancer dans les airs à sa poursuite.
Il retint un juron pour la deuxième fois en quelques heures. Il eut beau ensuite survoler la zone, suivant la direction dans laquelle le chien avait disparu, il lui fut impossible de le retrouver. Etouffer son aura pendant autant de temps l'avait épuisé, et il avait l'impression que celle-ci sourdait autour de lui malgré ses efforts. A contre-coeur, il décida de retenter sa chance après une journée de repos. Le progrès était tout de même encourageant.
Il rentra subrepticement à la cure et se coucha une heure à peine avant que son hôte se lève, en même temps que le soleil. Trainant les pieds, l'ange le rejoignit à la cuisine où il fut accueilli par un sourire, une tartine et un bol de lait. Heureusement qu'il n'avait pas d'âme, sinon il aurait été tenté de la céder contre une tasse de thé.
Le temps était chaud. Aziraphale se promena mollement autour du village et finit par s'asseoir à l'ombre d'un châtaignier isolé en bordure de pâturage. Non loin, quatre petits bergers, trois garçons et une fille d'une dizaine d'années, jouaient plus qu'ils ne surveillaient leurs brebis. Pour être honnête, d'habitude, l'ange appréciait surtout les enfants quand ils restaient à une distance respectable – ils étaient bruyants et posaient leurs petites mains sales sur tout ce qui passait à leur portée, livres y compris. Mais il trouva une certaine distraction dans leurs pantomimes. Comme ils se poursuivaient en riant, le plus grand se pencha soudain en avant, les mains presque au sol, faisant semblant de se déplacer à quatre pattes, et il s'exclama : « Regardez-moi, je suis la Bête ! Sauvez-vous ou j'vous mange tout crus ! » Il poussa un hurlement de loup. Deux de ses camarades se sauvèrent en criant, davantage de plaisir que d'effroi, et il courut après eux. Mais le troisième se saisit de son bâton et lui bloqua le passage.
« Tu m'fais pas peur, Bête. J'suis Jacques Portefaix, et je vais t'mettre en fuite ! »
« C'est ça, Guillaume, » se moqua la prétendue Bête. « Et après, le Roi va t'payer des études à toi aussi, et tu seras bien malheureux de devoir apprendre à lire plutôt que d'jouer avec nous ! »
Aziraphale prêta l'oreille. L'histoire du courageux petit Portefaix, qui avait évité à six de ses camarades d'être dévorés par le monstre du Gévaudan, avait en effet fait le tour du pays en 1765. Quand Louis XV en avait eu connaissance, il avait décidé de récompenser le jeune berger pour sa bravoure.
Un simulacre de combat s'engagea entre les deux enfants, que la Bête, bonne joueuse, accepta de perdre, s'enfuyant d'un air penaud à grands renforts de couinements. La fillette leur lança :
« C'est pas comme ça que ça s'est passé ! »
« Oh, Madeleine, tu vas pas recommencer ! »
« T'y étais pas, toi, d'abord, » répliqua la gamine.
« Et toi, tu pissais de peur derrière ton rocher, alors t'as pas bien vu. »
« Si, j'ai vu ! »
« Nan ! Pis la preuve, c'est que tous les autres qu'étaient là, y disent comme Jacques. Alors viens pas encore nous casser les oreilles avec ton histoire. »
Elle passa la langue et leur tourna le dos, boudeuse. Son regard croisa celui d'Aziraphale. Sans doute en quête d'un auditeur plus complaisant, elle vint s'asseoir sous l'arbre à côté de lui.
« Personne y m'croit jamais », râla-t-elle. « Y disent que j'fais mon intéressante pour faire oublier que j'me suis cachée quand la Bête est arrivée. »
« Je ne te jette pas la pierre, » dit doucement Aziraphale. « Je suis sûr que je me serais caché moi aussi. »
« Pour de vrai ? Ha, ben j'leur dirai, ça ! » s'exclama la fillette. Elle reprit en baissant les yeux : « Mais c'est vrai que Jacques, il a été plus courageux que moi. Quand la Bête, elle a arraché la joue de Joseph, on voulait s'enfuir mais Jacques, il a pas voulu le laisser et il a pris sa pique et les autres, ils ont fait comme lui, même ma cousine Jeanne. C'est pour ça que j'étais à Villeret, moi, tu vois ? Euh… vous voyez… heu, mon Père. Parce que j'avais été aider ma cousine parce que sa maman allait encore avoir un bébé et… »
« Et Jacques a réussi à chasser la Bête ? » fit l'ange en souriant pour recentrer le récit.
Elle se pencha vers lui avec un air très sérieux de conspirateur.
« Oh non, c'est pas lui. Y ment, et tous les autres aussi. Même Jeanne. Mais c'est bizarre : j'crois qu'elle se rend pas compte qu'elle ment. On dirait qu'elle croit vraiment ce qu'elle raconte. »
« Et que s'est-il passé, en réalité ? » chuchota Aziraphale, entrant dans le jeu de l'enfant pour lui faire plaisir.
« En vrai, y a un homme qu'est arrivé. J'l'ai pas reconnu, parce qu'il avait un grand capuchon. Mais j'crois que j'l'avais jamais vu. » Le sourire d'Aziraphale se figea, incertain. « Il a crié quelque chose, mais j'ai pas compris. La Bête, elle l'a regardé. Puis, elle a recommencé à grogner sur Jacques. Elle allait lui sauter dessus, mais l'homme, il l'a empoignée et il a réussi à la retenir. Pas longtemps, parce que la Bête, elle est rudement forte. Mais assez longtemps pour que Jacques et les autres, y puissent se sauver. Même que l'homme, y s'est fait mordre au bras. »
« Et après ? » interrogea Aziraphale dans un souffle.
« Après, il a réussi à dégager son bras et à filer un grand coup sur le museau d'la Bête et elle a fiché le camp. Il a fait un drôle de signe avec sa main, comme s'il faisait au revoir à mes copains mais bon, ils étaient déjà loin. J'ai attendu qu'y parte pour sortir de ma cachette parce que, quand même, y me faisait un peu peur. »
Comme l'ange ne disait plus rien, Madeleine lui tira la manche et lui demanda :
« Vous, vous me croyez, hein, mon Père ? »
« Oui. Oui, je te crois, » répondit distraitement Aziraphale.
La fillette se releva d'un bond et courut rejoindre ses amis en chantonnant fièrement :
« Le Père, y m'croit-euh, nananère ! »
Les questions se bousculaient dans la tête d'Aziraphale. Pourquoi ces enfants et pas les autres ? Crowley était-il arrivé par hasard à ce moment-là ? Ou d'autres témoignages de rescapés étaient-ils eux aussi de faux souvenirs ? Et surtout, pourquoi un démon ferait-il une chose pareille ? Comment Crowley pouvait-il être capable à la fois de tuer froidement et de sauver ces enfants ?
L'impossibilité de faire entrer Crowley dans une des cases auxquelles l'ange était accoutumé était perturbante. C'était plutôt ironique que le démon raille le terme « ineffable » alors qu'il s'appliquait parfaitement à lui. Oh. Et si… Et si ce n'était pas seulement pour des raisons personnelles qu'Aziraphale l'avait sauvé mais aussi pour des raisons… ineffables ? Peut-être même que ça expliquait pourquoi il avait pu conclure leur Accord sans être châtié. Parce qu'Il était forcément au courant, n'est-ce pas ? Allez donc cacher quelque chose à un Etre omniscient ! S'Il avait laissé faire, c'était peut-être, sans doute, forcément, parce que Crowley avait un rôle à jouer dans le Grand Plan, à un moment donné. Il était même possible que l'Accord soit nécessaire, que l'ange doive voir en Crowley davantage qu'un démon à éliminer pour que celui-ci puisse remplir ce rôle, un jour ou l'autre. Sinon, quelles auraient été les chances d'entendre justement par hasard l'histoire de Madeleine ? Il n'y avait que les humains pour appeler « coïncidences » des signes divins.
Aziraphale adressa une pensée reconnaissante vers le ciel, se leva tellement vite qu'il faillit se prendre les pieds dans sa soutane, souleva la fillette au passage, l'embrassa sur le front avant de la reposer, éberluée, puis se mit à courir pour aller chercher son cheval au village.
