Merci à YuuKyun pour la relecture !


Harry Pottter appartient à JK Rowling


Chapitre deux : Le monde souterrain


Trois ans et un mois plus tard, Harry courait.

Harry courait comme si sa vie en dépendait. Une habitude, chez lui. Plus vite. Ne t'arrête pas. Plus vite. Le sang lui battait aux tempes, un bruit sourd et constant. Ne te retourne pas. Bien sûr qu'ils sont toujours derrière toi. Idiot. Harry continua à courir. Va plus vite. La sueur et la peur commençaient à couler le long de son échine. Cours ; tu ne seras en sécurité qu'une fois sorti des cachots. Accélère.

L'escalier est en face de toi ; si tu ne dépêches pas, il tournera et tu le rateras. Et si tu le rates, ils te rattraperont. Harry avait un point de côté, mais s'entêta. Ses pieds volaient pratiquement sur la pierre froide, sans faire un seul bruit. Le silence était une des seules choses à qui il pouvait se fier en ces lieux. Silence, invisibilité et vitesse. Il savait parfaitement jouer de ses quelques atouts en ce début de quatrième année, mais parfois l'adversaire avait tout de même un meilleur jeu... La première marche de l'escalier était proche. Tout comme les foulées d'Henry Crabbes et Martin Dolohov. Eux n'avaient pas à se soucier d'être silencieux, c'étaient leur terrain de chasse. Les sons de leur course étaient assourdissants à ses oreilles. Ils gagnaient du terrain à une vitesse alarmante.

Cours encore. À bout de souffle, Harry vit l'escalier commencer à s'ébranler pour se déplacer. Putains d'escaliers magiques. Putains de cachots serpentards. Putain d'école. Putains de quatre ans restants sur les sept. Dans un dernier effort, Harry sprinta, pris son élan et sauta sur la marche qui venait à peine de décoller. Son sac tangua violemment à son épaule, lui faisant presque perdre l'équilibre. Il y était !

Sauvé. Le mouvement de l'escalier s'enclencha plus franchement. Harry enregistrait distraitement les insultes et les moqueries des deux brutes qui avaient abandonné la poursuite, debout dans le couloir dont il venait de s'échapper. Il se sentit quitter le sol, le mouvement en spirale l'entraînant vers le haut.

Appuyé aux marches, il avalait péniblement et à grandes bouffées l'air frais des cachots, quand un frisson le parcourut. Après ces trois années de chasse constante, Harry avait fini par développer presque un sixième sens pour le danger, et en ce moment, il en était certain : l'Autre approchait. Il avait perdu. Encore une fois, une défaite parmi des dizaines, des centaines… il ne suivait plus le compte. Sa panique revint, épaisse et âcre, raccourcissant un peu plus son souffle. Harry s'agrippa au peu de contenance qu'il lui restait, et renversa la tête en arrière, la peur débordant dans ses yeux sans qu'il puisse l'en empêcher. Il ne pouvait pas la contenir contre cet Autre-là... Il se calma légèrement en sentant le crucifix de son pendentif contre sa clavicule.

Quelques marches au-dessus de lui, descendant négligemment l'escalier, un jeune homme un peu plus âgé que lui le fixait, un insigne vert et argent sur la poitrine. Arrivé à sa hauteur, l'élève eu un sourire doux avant de caresser les cheveux noirs en bataille. Ses doigts glissèrent le long de la chaine dans son cou, avant d'effleurer le bijou.

« Eh bien, Harry, tu ne retournes pas dans ta salle commune ? »

Et sur ces mots, le nouveau venu lui balança un coup de pied en pleine poitrine, le rejetant sur le sol qu'ils venaient de quitter.

La chute, d'environ un mètre, le sonna brièvement. Harry rouvrit les yeux, pour voir l'autre sauter souplement au sol à côté de lui et épousseter son uniforme impeccable et taillé sur mesure. Lui-même ne fit pas l'effort de se relever ; il allait finir par terre lorsque la partie s'achèverait, inutile de s'infliger un coup de plus.

Il se contenta de regarder, résigné, son tourmenteur. Son adversaire dans leur jeu cruel.

En cinquième année, déjà grand, brun aux yeux bleus, le visage volontaire, Justinian Nott était son cauchemar attitré. Pour n'importe qui d'autre, il était tout ce qu'on pouvait rêver d'être : charmeur, charismatique, spirituel et intelligent, bon élève, préfet, Sang-pur, faut-il le préciser ? Mais la perfection de Justinian avait en effet tout d'un songe. Un songe qui était également implacable, intransigeant et sans pitié. Violent même lorsqu'il pouvait se le permettre. Des qualités nécessaires pour devenir le prince tout puissant de Serpentard. Au sommet de la hiérarchie de sa maison, il était le maître incontesté de ses intrigues. L'aîné des Nott était enfin l'héritier chéri et prometteur de son clan, dont il se préparait déjà à prendre le contrôle, et qu'il dirigerait sans doute de la même main de fer que ses camarades. Sans compter l'ombre lourde de menaces que sa volonté jetait déjà sur la direction de l'école jusqu'au ministère. On ne pouvait dire non à cet adolescent trop influent pour son âge, et lui-même ne se refusait rien non plus. Ses caprices étaient même parfois la seule chose qui l'intéressait, outre le pouvoir. Il représentait un avenir assuré de la société magique.

Harry ne parvenait pas à décider si leur étrange relation était un avantage relatif dans sa situation ou une malédiction. Justinian faisait de sa vie un enfer, sans avoir besoin d'une raison autre que son sang, et parce qu'il le pouvait et que cela l'amusait. Il avait édicté les règles, et Harry les avait acceptées, autorisant la chasse. Mais il avait fait de lui sa proie attitrée, repoussant les autres élèves qui tentaient de le prendre pour cible. Enfin, sauf s'il estimait que regarder Harry se débattre et se défendre tout seul était distrayant, alors il l'abandonnait à son sort. Et parfois, quand Dolohov et Crabbes les laissaient seuls, le Prince de Serpentard se mettait à lui parler de tout et de rien, en regardant le sang s'écouler des blessures qu'il lui avait lui-même infligées. Puis les deux Serpentards s'imprégnaient juste du silence dans une proximité confortable en regardant les étoiles, avant que Justinian ne le dépose devant la porte de l'infirmerie, comme on abandonne un orphelin sur le parvis d'une église. Et la fois suivante, quand la colère l'aveuglerait, ou qu'il n'en pourrait plus de l'ennui qui l'étouffait, le respectable Sang-pur retrouverait Harry pour un nouveau tour.

Sa voix grave coupa justement le plus jeune dans ses pensées et le ramena à la réalité.

« Eh bien, tu as encore essayé de t'enfuir ? L'espoir vous fait vivre, vous autres sang-de-bourbes. Un point de plus pour moi. »

Les ricanements de l'ainé des Crabbes et de Dolohov les rejoignirent.


Lorsque Severus Rogue, professeur de potion redouté unanimement, corrigeait un paquet de copies, il le faisait avec un air de sérénité trompeur. Il n'utilisait pas d'encre rouge, mais une encre si noire qu'elle luisait sur les parchemins remplis d'âneries. Sa plume ne crissait pas, il ne raturait pas pour exprimer son agacement devant de telles stupidités. Il se contentait de rayer d'une ligne parfaitement droite chaque erreur. Voire des paragraphes entiers. Une fois même, il avait éradiqué ainsi la copie complète d'un Weasley, jusqu'à son nom : l'idiot avait laissé tomber un aliment quelconque dessus, et son encre s'était mélangée à une grosse tâche de gras. Pour finir, il calligraphiait soigneusement, de son écriture petite et serrée, un commentaire lapidaire en bas de la copie, accompagné de la note. Il traça un 2 en bas du rouleau puis le replaça sur le tas. Suivant. Il jeta un coup d'oeil au nom, qui lui arracha un soupir : Granger. Il savait déjà qu'il allait devoir mettre au moins la moyenne, et qu'il lui faudrait se concentrer pour trouver la moindre chose à barrer. Enfin, c'était au moins une sorte de challenge qui le distrayait un peu de la monotonie des autres cancres. Un peu comme un « trouver l'erreur ». Il était si concentré qu'il n'entendit d'abord pas le toc toc à sa porte.

La personne de l'autre côté toqua plus fort, et finit par entrer sans attendre son accord. « Severus. » Pomona Pommfresh, l'air las, s'installa sans plus de cérémonie de l'autre côté de son bureau.

- Oui ? Il te manque des potions ?

- C'est ça. Je te laisse deviner lesquelles.

Severus se pinça l'arête du nez, devinant immédiatement à qui les médicaments étaient destinés, avant de se diriger vers sa réserve. Il énuméra :

- Philtre de paix, pommade décapématome, philtre de sommeil sans-rêve, pâte cicatrix...

- Et du Poussos, s'il te plait, intervint Pomfresh. Severus grimaça. Ça ne devait pas être beau à voir. Les bras chargés de flacons, il retourna vers l'infirmière.

- Tiens.

Elle ouvrit la bouche pour dire quelque chose, et resta hésitante un instant.

- Severus...à propos du petit Potter... Tu es sûr que tu ne peux rien faire pour lui ?

- J'ai essayé, Pomona. Mais tu sais bien qui paie les factures de l'école. De nombreux clans de Sang-purs exigent son renvoi depuis sa première année, et beaucoup des autres familles donatrices les soutiennent, volontairement ou non. J'ai déjà eu un mal fou à le faire rester, et ce n'est que parce que ni la famille Nott, ni la famille Malfoy ne s'y sont opposé. S'il dérangeait l'une d'entre elles, personne ne pourrait plus rien faire pour lui.

- Ça serait peut-être le mieux, qu'il parte...

- Pour aller où ? Tu sais très bien que ce serait pire à Durmstrang, et tu as vu son niveau en cours ? Comment veux-tu qu'il arrive à apprendre le russe pour aller là-bas ? Je ne dis pas qu'il est stupide, mais bon... Severus pinça les lèvres ; si le Choixpeau avait décidé d'envoyer un Sang-de-bourbe à Serpentard, il aurait au moins pu en choisir un brillant. Potter semblait n'atteindre que péniblement la moyenne.

- Et s'il retournait chez les Moldus ? tenta Pomfresh. Il secoua la tête.

- Il ne pourrait sans doute plus revenir dans le monde sorcier après ses études, et je ne crois pas que sa famille ait les moyens de lui payer un tuteur magique.

- On pourrait quand même lui demander, insista-t-elle. Tu ne vois pas dans quel état il est à chaque fois... il vient plusieurs fois par semaine, et encore, je suis sûre que c'est son amie Hermione Granger qui le force à venir ! Il y a des fois où il doit se soigner tout seul !

- Franchement, Pomona, même si c'est le cas, n'importe qui choisirait quand même le monde magique ! Quel sorcier abandonnerait la magie pour toute sa vie volontairement ?! Je suis certain qu'il préfère encore rester ici. Mais si on lui propose le choix, il serait capable de céder à la peur et de faire le mauvais choix, juste pour fuir, sans penser aux conséquences. On ne peut pas lui demander de décider de toute sa vie quand il n'est encore qu'un garçon immature.

Elle finit par acquiescer, et se leva lentement.

- Tu as sans doute raison... Merci pour les potions, je repasserai sans doute ce week-end. À ce soir au dîner." Elle sortit doucement, faisant léviter les médicaments devant elle.

Une fois seul, Severus repensa une dernière fois au cas Potter, qui embarrassait tout Poudlard depuis plus de trois ans. Harry Potter, à présent en quatrième année, n'avait pas réussi à s'intégrer parmi ses condisciples, ni dans sa Maison, ni dans l'école en général. Il n'adressait la parole qu'à Granger, et n'essayait pas de tisser des liens avec qui que ce soit d'autre. Il s'était même débrouillé pour se faire détester pas ses camarades de dortoir, en insultant Draco Malfoy dès la première semaine et en refusant son amitié et son aide, devant tout le couloir où ils se trouvaient. Il devait être aussi peu aimable avec sa famille, puisqu'il ne rentrait à aucune vacance.

En seconde année, après un problème lors d'une retenue dans la Forêt Interdite, Severus leur avait écrit pour les mettre au courant des difficultés que traversait leur neveu. Il avait reçu en retour une lettre extrêmement polie d'une certaine Pétunia, qui l'avait beaucoup éclairé sur les causes du comportement d'Harry. Apparemment, il était le fils de deux ivrognes, au chômage, et le père semblait avoir été un adepte de la violence conjugale sur sa femme avant que les deux parents ne se tuent dans un accident de voiture. Par miracle, ce soir-là, ils avaient pensé au siège bébé, ce qui avait sauvé la vie de l'enfant. Malheureusement, lorsqu'il arriva après une longue errance dans les services sociaux chez sa tante, trop de mal avait été fait : n'ayant connu que la violence, Potter avait des retards de développement, pleurait sans cesse, frappait et tirait les cheveux de tous ceux qui l'approchaient. Il était particulièrement agressif envers son cousin. Ce comportement associable, renfermé et violent avait perduré avec l'âge. Pétunia était désolée de devoir écrire qu'Harry avait déjà eu ce genre de problèmes en primaire, rejetant ou provoquant les autres enfants qui finirent par le brutaliser.

Il y avait peu de chances qu'il finisse par s'adapter à la vie en société un jour, mais Severus ne pouvait s'empêcher d'espérer, que plus tard, peut-être, il trouverait sa place et se remettrait en question pour vivre avec les autres.

Le professeur de potion soupira une dernière fois et se replongea dans la copie de Granger. Il fallait qu'il termine sa correction le jour même, il devait rendre les devoirs à la classe le lendemain matin.


Sur son lit, Draco Malfoy avait délaissé son livre de potions et regardait les ombres vertes danser au fond du lac. Un strangulot vint coller son affreux sourire à la vitre, et le quatrième année ferma les rideaux d'un coup de baguette.

Son regard erra un moment autour de la pièce, s'arrêtant à peine sur le cinquième lit, dans le coin le plus près de la porte et aux rideaux toujours tirés. Aucun vêtement, aucun objet personnel ni même un livre n'était en vue. C'était comme si un fantôme habitait avec eux dans le dortoir des quatrièmes années. Silencieux et invisible. Le cinquième était toujours levé avant eux, et lorsqu'il venait se coucher, il s'arrangeait pour disparaître le plus rapidement possible derrière le baldaquin. Draco réprima un mouvement d'irritation à l'encontre de ce dernier occupant.

Potter... Une rancœur familière l'envahit, alors que le souvenir de leur première rencontre remontait à la surface. Ils étaient à Poudlard depuis une semaine, et le Sang-de-bourbe avait déjà subi les premiers sévices.

Draco n'avait jamais aimé la violence gratuite, un trait hérité de sa mère sans doute. Quant à son père, il l'entendait souvent se moquer des idiots qui ne se reposaient que sur la pureté de leur sang et sous-estimaient les autres, sous prétexte qu'ils étaient moldus. La famille Malfoy, elle, trempait aussi bien dans les affaires sorcières que non-magiques, et son emprise n'en était que plus profonde et plus obscure.

Draco n'avait donc pas hésité longtemps avant de lui offrir sa protection ; rien qu'en première année, il avait l'influence nécessaire à Serpentard pour calmer même les ardeurs de l'ainé des Nott. Potter pouvait faire partie de sa cour, et cela lui éviterait les ennuis. Pourtant, ses haillons et son air de pouilleux le dégoutaient à l'époque. Pourtant, Draco avait accepté de le toucher, et avait essayé de lui serrer la main. En réalité, il n'était question que d'une partie de Potter, ses yeux.

Draco avait toujours aimé les pierres précieuses, et les iris de l'autre avait éveillé sa convoitise, il n'y pouvait rien. Il était pire qu'une pie, lui répétait souvent Narcissa quand, petit, il se mettait sur la pointe des pieds pour regarder dans sa boite à bijoux. C'était une obsession d'enfant pour les cailloux qu'il avait conservé, le genre de passion qui vous fait demander des grimoires sur les minéraux et collectionner les pierres. Et Potter avait définitivement quelque chose qui l'intéressait. Ces yeux verts, si mal assortis sur le visage du né-moldu, lui rappelaient les parures de sa mère. S'il ne pouvait les déloger du corps rachitique dans lequel ils étaient enfoncés, il obtiendrait au moins leur attention complète. Draco, en y repensant aujourd'hui, se faisait la réflexion qu'il avait eu des idées assez effrayantes pour son âge.

Potter aurait fini comme un papillon sur une page, ou bien sagement rangé dans une de ces boites pour trier ses précieux trésors, entre les jades et l'émeraude, à tirer pour les contempler à loisir en connaissant leurs propriétés magiques sur le bout des doigts. Sa passion pour les collections lui était passée, Merlin merci. Quoiqu'il ne se séparerait jamais des richesses qu'il avait accumulé jusqu'alors.

Seul Potter, qui avait échappé à ses boites, continuait à retenir son attention. Il se promenait encore impunément hors de l'ordre de la classification.

Naturellement, il avait essayé de remédier au problème.

Quand Draco avait tendu le bras, Potter s'était d'abord contenté de le regarder, surpris. Il l'avait longuement dévisagé, et un frisson de plaisir avait parcouru le blond alors que les yeux de Potter prenaient une profondeur nouvelle, se reflétant sur son visage dans une moue terriblement sérieuse pour son âge. Sa propre expression, en comparaison, n'avait plus rien de mature et ne semblait plus qu'arrogante, suspectait-il. Il avait été désarçonné devant l'amertume de vieillard qui transparaissait. Il se rappelait encore ce moment, pourtant déjà lointain. Puis les traits du Sang-de-bourbe s'étaient tordus en une grimace de dégoût aigri. Il avait semblé se camper sur une fierté absurde, sortie d'on ne sait où, et l'avait congédié. Heureusement qu'il avait fait tout en son pouvoir pour changer depuis, et remonter dans sa propre estime en gommant le sentiment d'inadéquation qu'il lui avait fait ressentir. Mais il ne pouvait pas s'empêcher, dans un cocktail acide et trop fort, de mélanger le ressentiment qu'il avait contre le brun pour l'avoir confronté à cette réalité en premier lieu, sa propre humiliation, et la vexation d'avoir vu ses efforts pour s'améliorer complètement ignorés depuis. Il aurait pensé que sa proposition aurait au moins laissé un arrière-gout de curiosité, mais l'autre n'avait jamais essayé de faire un second pas vers lui. Et Draco était sûr qu'il aurait accepté, ce qui était peut-être pire.

Il espérait qu'il s'en mordait les doigts maintenant, en imaginant combien sa vie aurait été plus simple s'il avait ravalé sa fierté et accepté l'offre de l'enfant gâté qu'il admettait avoir été. Il aurait été insupportable au début, mais ça lui serait passé, ou Potter aurait pu l'aider à changer de route. A la place, Potter était à présent méprisé par ses condisciples. Voire haïs. On l'ignorait, on le rabaissait, on l'insultait. Et Draco se doutait bien que Justinian Nott lui faisait payer la tâche qu'il imposait à leur Maison. Crabbes et Dolohov s'en vantaient souvent, sous le regard bienveillant du Prince. Curieusement, cela dit, personne d'autre ne semblait le battre.

Le blond ne prenait pas part à sa torture. Il se contentait de lui faire sentir tout son mépris, rien que par le poids de son regard, en espérant secrètement revoir l'éclat incroyable de ses iris. Elles le fascinaient toujours autant, comme un trésor à portée de main mais inatteignable. Et le brun gardait la tête baissée, sans croiser ses yeux, en courbant un peu plus l'échine. Les rôles avaient été inversé, et Potter avait clairement perdu la main depuis.

C'était un tel gâchis. Le premier Né-moldu à Serpentard, et cela ne servirait qu'à exacerber un peu plus la haine des Sangs-purs à l'égard de ceux-ci, sans même faire bouger les lignes. Draco avait grandi en apprenant que si quelque chose ne lui plaisait pas, il le changeait. Potter devait être un imbécile. Il ne comprenait pas comment on pouvait supporter cela. Il pensait au début que l'autre aurait dû reconnaître l'occasion et la saisir pour faire quelque chose. Avec le temps, il se rendait compte que peut-être que son camarade n'en avait rien à faire de l'avenir du monde sorcier, et que le changer pour le meilleur n'était pas son problème. Mais il pourrait le faire au moins pour lui ! Où était-elle passée, sa prétendue fierté ? C'était vil et écœurant.

Draco ferma violemment son livre. De mauvaise humeur, il quitta la solitude du dortoir pour aller trouver un peu de distraction dans la salle commune. Quelqu'un pour lui faire la conversation lui changerait les idées. Théo, s'il était là. Parkinson ou Zabini. Après tout, il n'était pas un paria, lui.