Merci à Yuukyun pour la relecture


Harry Pottter appartient à JK Rowling


Chapitre trois : Honorables


La salle commune de Serpentard était baignée dans l'habituelle clarté cuivrée que diffusaient les lampes, de part et d'autre des murs. Les grandes baies vitrées et cerclées d'argent, donnant sur le lac Noir, ajoutaient des éclats turquoise au sol et sur les objets. Les ombres s'allongeaient et prenaient des teintes vert sombre. Les meubles d'une élégance biscornue complétaient le tableau et l'atmosphère surnaturelle de la pièce. L'ensemble, très vaste, gardait une ambiance feutrée et intime. La lumière n'y variait pas en fonction de la journée, et seul le feu qui ronflait ou non dans l'immense cheminée indiquait si l'on était en été ou en hiver. C'était un repère où ni le temps, ni les professeurs, ni les règlements n'avaient de prise. Le monde extérieur n'entrait que rarement, parfois par une brise ou une rumeur, et les murs épais ne trahissaient rien des secrets que la jeune élite y chuchotait. Les Serpentards gardaient jalousement leur royaume, son emplacement même était caché au terme d'un dédale de couloirs dans les cachots.

Leur royaume, leurs lois, leur noblesse et leur roi.

La voix de Justinian claqua au milieu des conversations, et les élèves s'interrompirent pour observer.

« Fiche le camp, sale bête ! »

Le cinquième année se tenait debout entre l'âtre et un fauteuil, ou plutôt son fauteuil : un trône massif de cuir noir luisant et renflé, large et profond. Un siège qui proclamait honteusement mais clairement que le confort était un privilège, et que le Prince devait en jouir plus que tout autre ici.

Or, à cet instant, la place était occupée.

Les générations de Sang purs de Serpentards, fiers de leur fondateur, Salazar Serpentard, avaient conservé le droit de garder à Poudlard un animal emblème, même si régulièrement les parents des autres maisons hurlaient au scandale, étant donné que l'animal était dangereux : l'espèce était une lointaine cousine des dragons. C'était en fait un spécimen rare de python ailé, et Nagini, c'était son nom, était déjà vieille de plusieurs siècles. Les Serpentards s'en vantaient énormément, mais en réalité, plus personne ne s'intéressait beaucoup à elle : il n'y avait plus de Fourchelangue à Serpentard depuis longtemps.

Justinian, pourtant, avait tenté d'approcher l'animal lorsqu'il était arrivé, avec un certain succès. Il avait même appris quelques mots de la langue des serpents. Ils auraient pu bien s'entendre, mais cela n'avait pas duré, et Nagini s'était retournée contre lui à peine un an plus tard, sans que Justinian ne comprenne pourquoi. Il ne prétendait pas savoir ce qui se passait dans les méandres de l'intellect du reptile. Enfin, pas qu'il y ai une réelle différence entre le degré d'intelligence du serpent et celui de la plupart des gens. Elle était même plutôt au-dessus, à vrai dire, mais Justinian avait pris l'habitude d'avoir une longueur d'avance sur tout le monde. Apprendre le Fourchelangue avait été un challenge acceptable, et elle aurait fait un ornement parfait pour son statut. C'était dommage. Cependant Nagini ne semblait pas non plus reconnaître son autorité, et lui menait une guerre froide. Si la majorité de ses camarades ne s'en préoccupaient pas plus que cela et considéraient que la bestiole n'avait qu'une compréhension réduite, le préfet savait qu'elle le faisait exprès. Elle ne faisait que le tolérer, et l'affrontait souvent. Par exemple, il aurait juré qu'elle faisait en ce moment semblant de ne pas l'entendre, au lieu de lui laisser son fauteuil. Il répéta son ordre. Nagini entrouvrit paresseusement un oeil, avant de le refermer, reléguant Justinian dans le décor. Tous les yeux étaient maintenant tournés vers eux, bien que les Serpentards aient l'habitude de ce genre de scène. C'était toujours un événement, quand quelqu'un qui s'opposait franchement à leur Prince en le traitant comme une nuisance.

Personne ne se permettrait de se moquer cependant, ou même un de sourire en coin, de peur de représailles, à part peut-être Blaise Zabini, qui, lui, se permettait tout. Mais Justinian pouvait sentir le sarcasme dans leurs pensées. Il n'allait pas laisser un ver remettre en cause son autorité. Il était tout puissant, la mascotte se pousserait. L'irritation l'envahissait doucement.

D'un geste agacé, il claqua ses doigts sous son museau. Nagini ouvrit sans précipitation ses iris fendus, d'un bleu profond, et se redressa lentement. Elle le toisa en sifflant, puis toujours sans hâte se laissa glisser du coussin sur le tapis persan, aux motifs entrelacés de soie noir, bleu nuit, émeraude et gris perlé, rehaussés de fils d'argent. Elle étira ses ailes, et remonta les escaliers. Les autres élèves se replongèrent dans leurs activités.

Justinian, lui, s'enfonça enfin dans son fauteuil et promena un regard autour de lui. Il soupira : la brève satisfaction qu'il avait ressentie en prenant le siège à Nagini passait déjà. Quel ennui. À côté, Martin Dolohov, son plus fidèle ami - c'était du moins la manière socialement acceptée de le désigner, même si lui préférait personnellement labrador -, disputait une partie d'échecs avec leur camarade de classe Blaise Zabini. Justinian sentit son ennui avancer, en devinant immédiatement la manière dont Zabini allait l'écraser en cinq coups. Vraiment, parfois il ne comprenait pas pourquoi certains s'infligeaient des parties d'échec. Par pur masochisme ? C'était une des raisons pour lesquelles c'était un de ses jeux préférés, alors même que les adversaires à sa hauteur étaient rares. Gagner était toujours un passe-temps, quand bien même il pouvait le faire les yeux fermés. Henry Crabbes, lui, discutait avec son petit frère Vincent et son groupe d'amis, parmi lesquels se tenait le cadet de Justinien, Théodore. Il les aidait à faire un devoir de potion. Rogue avait tendance à donner des devoirs supplémentaires aux élèves de sa maison, afin qu'ils ne le déçoivent pas. Personnellement, il avait tendance en retour à se dispenser de les faire. Ses notes étaient assez hautes sans cela.

Il eut un sourire attendri devant les sourcils froncés de Théodore, et un peu condescendant. Enfin, il n'y pouvait rien, son demi-frère ne lui ressemblait pas du tout malgré tous ses efforts. Lui-même était désolé du complexe d'infériorité qu'il avait provoqué chez le plus petit, mais il n'y pouvait pas grand-chose. En revanche, cela n'empêchait pas Justinian de profiter honteusement de la préférence que lui accordait sa famille. Il ne voyait pas pourquoi il se priverait.

Il fallait avouer que Théodore, gâté par sa mère, n'avait pas la stature des Nott. Son père avait couché avec celle-ci quand elle n'était qu'une oie blanche à peine sortie de Poudlard, pour se consoler de la mort en couches de sa première femme. Malheureusement, sa conquête d'un soir, une Poufsouffle, mais de bonne famille au moins, était encore plus naïve qu'on ne l'imaginait et s'était retrouvée enceinte. Nott senior avait été contraint de l'épouser aussitôt, pour se charger du paquet. Autant dire que personne n'avait apprécié, le nouveau marié le premier. La mère n'avait jamais réussie à s'intégrer dans le clan et restait comme une étrangère dans les réunions de famille. Justinian avait entendu ses tantes la traiter de divers noms, et la rabaisser plus bas que terre. Lui-même se moquait ouvertement de sa stupide belle-mère. Bah, se dit l'adolescent, si ce qu'on disait était vrai et que la catin enchaînait effectivement les amants, et tenait tête à son mari, elle ne pouvait s'en prendre qu'à elle-même. Et son fils récoltait les fruits de son comportement. Théodore était davantage traité comme un cousin encombrant et niais que comme le deuxième fils. C'était à peine si Lord Nott s'y intéressait ; après tout, il ne serait jamais Justinian.

Mais lui-même serait plus clément : plus tard, il s'arrangerait pour lui trouver un petit poste de fonctionnaire au ministère, et peut-être une brave fille en fiançailles, pour lui assurer une vie confortable et à la hauteur de ses médiocres ambitions. Son cadet n'était qu'une poule mouillée de toute façon, il lui obéirait quoiqu'il décide. Ah, si seulement son frère avait eu le même cerveau que lui. Ça lui aurait fait un compagnon. La nature faisait vraiment mal les choses parfois.

Il adressa à Théodore un sourire encourageant, et arrêta son regard sur son voisin, Draco Malfoy. Beaucoup plus prometteur.

Le quatrième année faisait la fierté de ses parents et de son parrain. Justinian se souvenait de la magnifique Narcissa Malfoy qu'il avait vu quelquefois, et de laquelle Draco avait hérité l'aura froide et élégante, tandis que son père lui avait transmis ses cheveux platines et ses traits racés, ainsi que ses yeux aciers. Même s'il gardait encore quelque chose de l'air angélique de son enfance, Draco avait déjà bien grandi. Ses membres fins s'étaient allongés, mais il évitait l'attitude dégingandée des gamins montés en graine. Il n'imaginait même pas le nombre de leçon d'étiquette auxquelles le blond avait dû se soumettre. Personnellement, il avait dit stop après la valse, les dîners et les règles du duel. Il imaginait que c'était tout aussi bien qu'il n'ait jamais dansé à côté de Malfoy, la comparaison n'aurait sûrement pas été en sa faveur. La fluidité et le contrôle étaient quelque chose qu'il avouait à contre-cœur lui envier un peu, lui qui ne réussissait pas toujours à garder le dessus sur ses brusques mouvements de colère et ses gestes d'agacement. Au moins avait-il trouvé un moyen de les extérioriser, pensa-t-il avec amusement, avant de reprendre ses considérations sur le blond.

Celui-ci, se sentant observé, leva les yeux et lui adressa un hochement de tête. Justinian lui sourit en retour. Il se devait de rester en bon termes avec l'autre Sang-pur, qui avait l'influence et l'esprit nécessaire pour prétendre à son titre. Il serait un rival convainquant, se dit-il, même si Malfoy ne semblait avoir aucune intention de remettre en cause son autorité pour le moment. Cela tombait bien : Justinian avait bien l'intention de régner jusqu'à sa septième année. Il pourrait peut-être faire du blond son successeur lorsqu'il quitterait Poudlard. Il lui manquerait toutefois quelques qualités. Il était trop naif encore. Pas encore assez impitoyable, comme lui. Peut-être pas encore assez manipulateur non plus, ou stratégique, appelez cela comme vous voudrez. Malfoy ne manipulait pas, il n'en avait souvent pas besoin : il impressionnait déjà suffisamment pour qu'on fasse ce qu'il voulait. Le pâle sourire qu'il décrochait quand il était satisfait en récompensait beaucoup, heureux d'avoir l'attention et la reconnaissance de cet être pendant quelques instants au moins, dans l'illusion qu'il se réchaufferait à leur contact. Les imbéciles. Malfoy était un bloc de glace, mais c'était sa forme d'honnêteté et de franchise en quelque sorte.

Justinian pourrait lui laisser sa place lorsqu'il quitterait Poudlard, lui glissant quelques recommandations pour son demi-frère. Et cela l'avantagerait si l'héritier avait une dette envers lui, avec une certaine dose de reconnaissance. Ce serait un allié efficace par la suite, et les Malfoy avaient la réputation d'être dangereux, mais loyaux.

Oui, c'était une bonne idée. Il réfléchirait encore un peu, et prendrait sa décision définitive à Noël. Mais il n'avait pas vraiment d'autres candidats convaincants, ni envie d'en former un : la plupart des garçons de troisième année l'exaspéraient, et il ne connaissait aucune des filles à part les jumelles Lestranges. Malfoy pourrait bien choisir qui il voulait pour le remplacer après, lui ne voulait pas se fatiguer. Mais il le voyait mal choisir une fille pour le rôle. Elle ne saurait jamais se faire respecter. Et puis pourquoi pas Potter assis dans son fauteuil ?

Il eut un rictus attendri, provoquant une certaine gêne autour de lui. Son sourire s'élargit en le remarquant. C'était toujours drôle. Leur Prince pouvait être tour à tour indéchiffrable, puis très expressif, sans que les Serpentards ne parviennent à suivre le cours de ses pensées. Il était imprévisible, et cela le rendait dangereux.

Justinian pensait à Harry. Il reconnaissait qu'il s'était paradoxalement attaché au Sang-de-bourbe. Il l'avait vu se débattre contre son sort, et sa condition de Né-moldu, avant qu'il ne lui propose d'entrer dans son jeu. Même maintenant, il soupçonnait Harry de garder une étincelle d'espoir, qu'il cachait profondément sous son attitude de lâcheté et des paroles cyniques : c'était bien sa capacité à dissimuler qui l'avait fait atterrir à Serpentard. Justinian le connaissait bien, aussi bien qu'Harry le connaissait sans doute. Harry finirait par accepter leur hiérarchie naturelle, et resterait sagement à ses pieds, comme tous les autres. Il réfléchit : le plus jeune devait déjà être à l'infirmerie, si Miss-je-sais-tout faisait bien son boulot. Après tout, il fallait que son partenaire de jeu se remette correctement s'il voulait pouvoir le frapper à nouveau. Cette fille lui était donc bien utile, tant qu'Harry ne la laissait pas faire un scandale. Lui-même se faisait un plaisir de sourire à la Griffondor à chaque fois qu'il la croisait dans les profondeurs des cachots. Sa méfiance l'amusait : elle gardait toujours la main près de sa baguette.

"SSssssssh !"

Le sifflement agressif le fit presque sursauter. Nagini était redescendue silencieusement, et, le voyant absorbé par ses plans, en avait profité. Justinian lui retourna un regard mauvais, les yeux plissés, et, moqueur, lui fit un doigt d'honneur. C'etait universel, même s'il n'avait pas le vocabulaire pour lui dire le fond de ses pensées. La sale bête siffla une seconde fois, avant de sortir de la salle commune.

Aucun commentaire ou geste grossier ne vint. Pas qu'il en attendait vraiment. Le silence outré était assez plaisant par contre.


Nagini s'envola souplement à travers le château jusqu'à l'infirmerie. Les élèves la regardaient passer le long des plafonds avec un mélange de crainte et d'admiration. Elle se posa et ondula souplement le long de la salle, pour s'enrouler autour du pied d'un lit immaculé et se hisser sur l'oreiller.

Pomona Pomfresh la regarda faire le tour de l'occupant inconscient des draps. La créature sifflait doucement sa désapprobation et se penchait pour examiner chaque pansement en agitant sa langue fourchue.

L'infirmière n'était pas très à l'aise avec le serpent, mais elle avait fini par s'habituer au manège de Nagini lorsqu'Harry était blessé. Elle eut un sourire : quelques minutes auparavant, Hermione Granger avait elle aussi exigé un inventaire précis de toutes les contusions : les comportements des deux seules amies du jeune Serpentard se ressemblaient parfois beaucoup. Quand l'énorme reptile s'estima également satisfait, il remonta près de l'épaule et se lova contre le garçon, recherchant la chaleur pour chauffer son sang comme un très gros chat. Pomona tira les rideaux et rentra dans son bureau avec un soupir. La nuit ne serait certes pas agréable, mais Harry n'avait aucune blessure vraiment grave ; tout aurait disparu le lendemain. Elle éteignit la lumière d'un coup de baguette.


Hermione Granger eut un mouvement de surprise, au matin, quand une tête couverte d'écailles jaillit des draps au moment où elle posait la main sur le front du patient. Le serpent la reconnut, et lui fit un sifflement que la jeune fille interpréta comme un "bonjour", qu'elle lui rendit. Nagini, rassurée de voir que quelqu'un d'autre veillait sur son protégé, se laissa tomber du lit et sortit par la fenêtre. Hermione reporta son attention sur son ami.

Entouré du blanc de l'infirmerie et de la lumière matinale, Harry avait vraiment l'air très pâle. Ce n'était peut-être pas étonnant pour quelqu'un dont trois côtes et l'avant-bras venaient de se ressouder, observa la Griffondor.

Harry n'était pas laid sous ses énormes lunettes. S'il avait été blond, peut-être aurait-il pu ressembler à un ange. Mais les mèches d'un noir d'encre, éparses et bouclant un peu, s'étalaient sur l'oreiller et accentuaient le contraste avec la peau. Les lèvres sèches et gercées semblaient par comparaison trop rouges. Noir, blanc, pourpre. Toutes ces couleurs étaient trop dures, comme agressives les unes contre les autres, sans compter les iris d'un vert dérangeants. Dessous, les épais cernes violacés, qui ne disparaissaient jamais, n'arrangeaient pas non plus son teint. Pour l'instant, il dormait encore sous l'effet des somnifères, et ses yeux bougeaient sous ses paupières. Hermione avait coutume de dire que ses yeux étaient le plus beau trait de son visage. Un vert brillant, tantôt franc ou trompeur, amusé ou fermé. Harry lui avait raconté que, selon sa tante, c'était une couleur nauséeuse qui lui donnait le tournis. Une couleur de droguée, les yeux de sa mère, lui avait-elle répété. La couleur du rêve et de l'évasion, donc, répliquait Harry avant de se prendre une baffe.

Aujourd'hui au moins, aucun hématome supplémentaire ne venait le défigurer. Mais cela ne rassura pas la brune. Hermione le savait bien, depuis le temps : Justinian et sa bande ne le frappaient jamais à la tête. C'est pour ça qu'en première année, elle ne s'était pas rendu compte tout de suite de l'ampleur des dégâts, cachés sous l'uniforme. Jusqu'à ce qu'un jour Ron bouscule Harry, qui s'était alors effondré au sol, plié en deux sous le coup de la douleur, avant de perdre connaissance.

C'était dans un état comparable qu'Hermione l'avait retrouvé hier soir, dans un couloir des cachots. Ne le voyant pas arriver à la bibliothèque, elle avait deviné rapidement ce qui avait dû se passer. Elle avait parcouru le labyrinthe jusqu'à ce qu'elle aperçoive une forme sombre, recroquevillée dans un coin. Elle savait qu'Harry n'aimait pas la savoir sur le territoire des Serpentards, mais ils ne s'en prenaient jamais à elle, hormis quelques insultes. Même Nott, l'aîné, cette ordure, la laissait tranquille. Elle en avait déduit que son appartenance à Griffondor la protégeait ; les Verts et Argents ne voulaient pas entrer en guerre avec l'autre maison.

Mais que ces sales Serpents s'en prennent aussi à elle, si ça pouvait diminuer la quantité de haine qu'ils déversaient sur Harry ! Ça la tuait de le voir couvert de bleus jour après jour, constamment sur le qui-vive, ne dormant que d'un oeil même lorsqu'il était en sécurité sur un canapé de la salle commune de Griffondor. Elle ne comprenait pas pourquoi il ne disait rien. L'adolescent lui avait expliqué que cela ne servirait à rien, face au pouvoir des Nott et de leur héritier. Elle ne comprenait pas non plus pourquoi il avait renoncé à se défendre. Harry répondait qu'il ne pouvait pas gagner, et que cela ne ferait qu'empirer sa situation. Et pourquoi faisait-il exprès de descendre ses notes, alors qu'elle savait bien qu'il connaissait toutes les réponses sur le bout des doigts ? Pour ne pas se faire remarquer et exciter la jalousie de ses camarades.

Son instinct lui soufflait que ce n'était que des excuses, mais elle n'était pas parvenu à arracher la vérité à son ami, et ne voulait pas le pousser dans ses retranchements. Le Serpentard disparaîtrait de sa vue si elle exigeait trop. Ils ne s'étaient vraiment parlés pour la première fois que quand il était venu la voir, au début de la première année, pour lui demander son aide en défense et en sortilèges. En s'aidant l'un l'autre, ils avaient maîtrisé tous les sorts de protections du programme en un temps record. Hermione ne comprenait pas pourquoi il refusait de les utiliser contre sa Maison : il lui était tout sauf loyal, à passer ses nuits entre l'infirmerie, la salle commune des Rouges et Or ou la Salle sur Demande. Harry valait mieux que cette image qu'il donnait, elle l'avait constaté de ses propres yeux depuis trois ans.

Un froissement de draps lui fit lever la tête, et elle plaça immédiatement sa main dans celle de son ami pour signaler sa présence. Hermione lui posa ses lunettes sur le nez, avant de lui tendre sans un mot, mais avec une expression tendrement triste et un peu désapprobatrice, la première des fioles que Pomfresh lui avait confiées pour son réveil. Le brun se contenta d'un sourire d'excuse, et avala rapidement la potion. Il descendit les deux autres, avant de se pencher pour déposer une bise sur la joue de sa camarade. Ils s'observèrent un moment. C'était leur manière à eux de voir comment ils allaient, la question « ça va bien ? » étant bien trop inappropriée.

« J'ai apporté le petit-déjeuner, je me suis dit qu'on pourrait le prendre ici et aller direct en potions. J'ai pris tes affaires aussi, Ron me les a passées.

- Tu es absolument merveilleuse, merci... Oh ! Il y a même de la tarte à la mélasse !

- Cesse de faire le flatteur, et espérons que Rogue pense comme toi, il rend les devoirs ce matin.

- Ah ! Je parie qu'il casse sa plume en deux à chaque fois qu'il corrige le tien et qu'il est obligé de mettre une bonne note, meilleure qu'à ce pingouin de Malfoy ! »

Hermione secoua la tête et retourna à son livre de potions en buvant distraitement son thé.

En vérité, se dit Harry, elle était sûrement la personne la plus parfaite, non seulement de tout ce foutu château, mais aussi de tout le foutu monde sorcier d'Angleterre, et même de tout le Royaume Uni.


Journée de merde.

Voilà une chose que Draco Malfoy ne proférerait jamais à voix haute. Lui, toujours élégant, cultivé, confiant et indifférent au monde, ne s'abaisserait jamais à cette vulgarité. C'était pour les autres – un en particulier. Et pourtant, c'était aussi le sentiment prophétique que lui asséna son inconscient sitôt qu'il émergea du sommeil. L'adolescent plissa les yeux et chassa son impression, avant de se retourner dans son lit de satin vert, savourant le contact du tissu sur sa joue. Comme tous les ans, il avait fait apporter par un elfe de maison ses propres draps, refusant de dormir dans les mêmes qu'il ne savait qui. Tous les enfants de bonne famille faisaient ainsi, transportant dans leurs nombreuses malles le luxe de la maison parentale. Il en profita encore quelques minutes, jusqu'à ce que le réveil de Théo ne sonne et que tous ne se lèvent, bon gré mal gré.

Une demie heure plus tard, Draco était assis, droit comme un I, sur les bancs de la Grande Salle, et regardait les hiboux en attendant la Gazette. Le volatile était toujours en retard. Le sentiment était revenu, et cette pression constante de son subconscient l'irritait au plus haut point. Il remarqua une chouette banale, de la poste sorcière, qui tournait sans fin en cercle au-dessus de la table de Serpentard, sans trouver qui elle cherchait. Il siffla pour attirer son attention et lui tendit un corn-flakes : c'était cruel de laisser l'oiseau attendre encore. Après tout, les membres de sa maison étaient tout autant connus pour leur soi-disant fourberie que pour le temps qu'ils pouvaient passer sous la douche. Si jamais la lettre était pour Pansy ou Zabini, il risquait d'avoir à voler longtemps. La chouette brune dût se dire la même chose. Peut-être que même les hiboux de la poste sorcière avaient fini par développer un instinct concernant la lenteur de ces deux-là pour ne pas mourir de fatigue. L'animal déposa l'enveloppe devant lui et attrapa la céréale entre ses doigts, avant de repartir d'un coup d'aile.

Draco, lui, regardait curieusement la lettre. Le papier était blanc et lisse, elle n'était pas cachetée mais collée, et il y avait un curieux petit carré rouge dans un coin. C'était une lettre moldue. Moins élégante que les sorcières, mais plus nette, ne put-il s'empêcher de remarquer. Il l'attrapa entre deux doigts pour lire le destinataire.

Monsieur Harry James Potter.

Etrange. Ça devait bien être la première fois que le Sang-de-bourbe recevait une lettre. On disait pourtant que même sa famille ne l'aimait pas. Peut-être qu'il s'était passé quelque chose.

Mais enfin, Draco n'allait pas non plus lui adresser la parole pour lui remettre son courrier. Il ne deviendrait préfet que l'année prochaine, ce n'était pas encore son boulot. L'autre l'ignorait et l'évitait depuis des années, alors le blond ne comptait pas faire le premier pas. Il la donnerait à Severus avant le cours de potion, pour qu'il la lui transmette.