Merci à YuuKyun pour la relecture !


Harry Pottter appartient à JK Rowling


Chapter 5: Chapitre cinq : Méphistophélès

Septembre était passé, suivi par les premières semaines du mois d'octobre. Les décorations d'Halloween chargeaient les murs et les plafonds et les tableaux trinquaient entre eux, un verre de punch citrouille à la main. Severus avait accouru dès qu'il avait vu la note de Poppy. Après un mois de coma artificiel, le temps de ressouder tous les os et de refermer toutes les blessures, internes et externes, Potter s'était finalement réveillé. Heureusement que Nagini avait amorti sa chute, et que Draco l'avait trouvé immédiatement, ou son élève y serait resté. Rien cependant ne disait que d'un point de vue psychologique, tout allait bien. Les doutes planaient encore, mais si le gamin avait fait une tentative de suicide, Severus comptait bien le pousser à lui en parler. Une part de lui, assez irritante, se sentait responsable. Le professeur levait la main vers la poignée de la porte de l'infirmerie, quand un rugissement stoppa son geste.

« HARRY JAMES POTTER ! Comment as-tu osé faire une chose pareille ! Me faire une chose pareille à moi, à nous ! Tu y as pensé, à nous ! Avant de te jeter dans le vide parce que Monsieur refusait de m'en parler pour qu'on l'aide ? Un mois, un putain de mois, espèce d'abruti ! Trente jour que je me ronge les sangs et que Nagini ne quitte même plus ton chevet pour aller chasser ! Ron se charge de lui apporter des souris ! Et qu'est-ce que tu aurais fait, si Serpentard n'avait pas un putain de serpent volant comme compagnie pour ralentir ta chute ? T'y réfléchiras peut-être, la prochaine fois que t'as envie de passer par une fenêtre ? CESSE DE HOCHER LA TÊTE ! Je t'interdis d'envisager une prochaine fois ! Si tu me refais ce coup-là, je te jure que je t'écrase moi-même le crâne et que tu n'auras même pas besoin d'une centaine de mètres de descente ! ME SUIS-JE BIEN FAITE COMPRENDRE ? »

Circée, cette Griffondor était redoutable. Severus n'aurait pas aimé être à la place de Potter. En même temps, il approuvait assez. Il allait leur laisser un moment, il repasserait plus tard...

A l'intérieur, Harry profita d'un moment où Hermione reprenait son souffle, et lâcha à toute vitesse :

"Je ne l'ai pas fait exprès."

Hermione rouvrit la bouche, s'arrêta un instant, mais malheureusement pour ses oreilles, reprit son élan :

"TU TE FICHES DE MOI EN PLUS ? C'est quoi cette excuse de Botruc ? Oups, je n'ai pas fait exprès de me défenestrer ? Je veux la vérité maintenant, qu'est-ce qui t'a pris ?

- Je l'ai mal dit. Attends, je vais recommencer.

Harry lui pris les mains et dessina des ronds dessus doucement pour la calmer. Il comprenait qu'elle soit hors d'elle, elle avait dû s'inquiéter. Pomfresh lui avait expliqué qu'il était là depuis quatre semaines. Mais de façon assez égoïste, il était tout de même content qu'Hermione tienne à lui au point d'avoir une réaction pour le moins... Extrême. Enfin, ça, il ne le lui dirait pas.

- Laisse-moi te raconter ce qu'il s'est passé. J'étais en haut de la tour, assis au bord, pour me calmer avant d'aller dormir, et oui, je pensais à Rémus. Nagini était avec moi, et il y avait beaucoup de vent. J'ai commencé à avoir sommeil, et je me suis levé pour revenir au dortoir Griffondor. J'étais fatigué, je n'avais pas mangé de la journée, et je l'admets, c'était une idée débile de m'asseoir là et je ne raterai plus de repas à partir de maintenant. Du coup, alors que j'étais debout, il y a eu une bourrasque, et j'ai perdu l'équilibre. Je ne voulais pas sauter, je te le jure, et si j'allais mal à ce point, je te l'aurais dit. C'est promis.

Hermione le regarda un instant, visiblement hésitante à recommencer à lui hurler dessus pour sa bêtise. Harry espéra qu'il avait l'air contrit, et s'efforça de paraître aussi faible et épuisé que possible. Cela dût marcher, parce qu'elle finit par le prendre dans ses bras, et éclata en sanglots. Rassurée, Pomfresh referma doucement la porte de son bureau.


Hermione était endormie sur le lit voisin. Elle avait refusé de le laisser seul, et était même restée tandis que Rogue venait prendre de ses nouvelles. Elle ne lui faisait visiblement pas confiance, et continuait à lui lancer des œillades furieuses et à l'insulter plus ou moins subtilement, comme s'il était responsable. L'adulte n'avait pas l'air de vouloir se mettre en colère. En même temps, Hermione ressemblait beaucoup à une maman magyare à pointes, et Harry comprenait la prudence de son directeur de maison. Enfin, bien fait pour lui, après tout : il n'avait jamais levé le petit doigt pour l'aider. Oui, la rancune était une chose bien laide, mais aussi bien justifiée. Enfin, il n'était pas le premier et ne serait pas le dernier.

Harry lui avait donc répété son récit, et, le professeur était reparti, après l'avoir jaugé longuement du regard, comme pour décider s'il mentait ou non.

Harry soupira. Il n'attendait plus qu'une personne pour lui passer un savon, et c'était une conversation qu'il ne voulait vraiment pas avoir. Comme si elle avait senti ses réticences, Nagini sortit la tête de sa cachette, derrière le rideau de la fenêtre, et glissa jusqu'à son lit. Elle avait dû entendre ce qu'il avait dit à Hermione puis à Rogue.

Le reptile le fixa sans ciller. Si possible, ses pupilles s'affinèrent même encore plus. Harry s'agita, mal à l'aise, sans trop savoir quoi dire. Que disait-on pour apaiser un dragon miniature vieux de quelques siècles, qui vous couvait comme son oeuf, très en colère et dont personne ne connaissait vraiment l'étendue des pouvoirs ? Après encore un moment, Nagini dût sans doute estimer qu'elle l'avait assez intimidé et résolut le problème pour lui.

"Harryyy... Tu as menti.

- Csse n'était pas vraiment un mensssonge…

- Ah, j'ai sssaisi. Alors maintenant tu vas m'exssspliquez à moi ausssi que je ne t'ai pas vu fixsser le vide longtemps puis faire un pas en avant ?

-Je sssais ce que j'ai fait, Nagini. Mais je n'avais pas vraiment l'intentssion de sssauter, j'ai jussste... eu un moment d'égarement. J'ai voulu fuir et je me sssuis dit pourquoi pas... Un peu comme sssous hypnose, tu vois csse que je veux dire ? Sssi j'avais été dans mon état normal je n'y aurais même pas pensssé. Css'était lâche et je regrette.

-Et comment je peux te faire confiancsse ?

Harry la comprenait. Il pouvait cacher des choses à Hermione, qui n'avait pas les raisonnements tordus de sa maison et réfléchissait de manière beaucoup plus directe. Mais Nagini l'avait vu mentir souvent, et elle savait bien qu'il n'était pas à Serpentard pour rien. Il lui fallait un gage total de sincérité, quelque chose qu'Harry ne donnerait pas à la légère et qui allait contre tous ses instincts. Mais si c'était Nagini, il acceptait; elle ne lui voudrait jamais de mal.

- Tu veux un ssserment inviolable ? De ne plus rien tenter sssans t'en parler, ou sss'y tu t'y opposes ?

-Pourquoi pas de ne jamais recommencsser ?

-Parcsse qu'on ne sssait jamais ce qui pourrait arriver, et qu'un sserment inviolable qui précsssise "jamais", csss'est trop dangereux.

Nagini le dévisagea tout en réfléchissant, puis acquiesça d'un sifflement. Dans un mouvement vif, elle enroula son cou autour de son avant-bras, et un éclair de magie lui brûla la peau. Il étouffa un cri de douleur. Tout aussi souplement, le serpent se dégagea et contempla son ouvrage. Une ligne fine et claire en motifs d'écailles courrait et s'entrecroisait sur son bras, semblable au lien du serment sorcier.

-Et pour quelle raison tu ne l'as pas dit à Hermione ?

- Çssa ne ssse reproduira pas, donc cssse n'était pas la peine de l'inquiéter.

-Bien sssûr, comme d'habitude. Fais attentssion, un jour elle finira par sssse rendre compte que tu ne lui dis pas tout.

- Elle ssss'en doute déjà, les Ssserpentards sssont sssecrets par nature. Elle ssssait jussqu'où elle peut pousssser ssses quesstions.

-Css'est vrai.

Nagini laissa échapper ce qui ressemblait à un rire, puis étira ses ailes, en déclarant qu'elle allait chasser. Après tout, cela faisait un moment qu'elle n'était pas sortie. Avant qu'elle ne s'envole, Harry caressa doucement le coin d'une aile tout en baissant les yeux vers ses genoux :

- Et... mercsssi.

Au lieu de lui demander d'en dire plus, Nagini glissa sa tête dans son cou, et lui murmura à l'oreille :

-Alors je demande une faveur. Ne retourne pas à la ssssalle commune sssans moi, et cssessse de cacher que tu parles la langue des sssserpents. Réflechis-y."

Elle était partie avant qu'il ne puisse répondre. Harry resta plongé dans ses réflexions durant de longues minutes. S'il avouait qu'il parlait Fourchelangue, Justinian lui en voudrait sans doute. Leur équilibre était fragile. Mais il voyait bien pourquoi Nagini lui avait demandé cela : elle pourrait le protéger ouvertement, au lieu de glisser dans l'ombre comme il lui avait demandé de le faire jusqu'à présent, préférant s'en sortir par ses propres moyens plutôt que de risquer d'avoir l'air faible. Il se rendait bien compte qu'il avait plutôt obtenu le résultat inverse. Il avait largement perdu tout contrôle et son bâteau prenait l'eau depuis des années. C'était une erreur de jugement de première année. Il était peut-être temps de changer de stratégie, surtout maintenant que ses remparts étaient tombés au décès de Rémus.


Parfois, Draco devait bien reconnaître l'ingéniosité des Moldus. Certes, ils n'avaient pas de pouvoirs magiques, mais ils compensaient plutôt pas mal, même si lui-même serait incapable de supporter une vie sans la moindre étincelle de magie. Ce qui ne l'empêchait pas d'envier et de s'approprier certaines de leurs meilleures idées; ce lundi soir-là, il s'agissait du stylo-bille. Il était en train de faire ses devoirs de potions avec Théodore, Vincent et Gregory, et la moindre tâche serait fatale : il faudrait recopier à nouveau tout le parchemin, pour en rendre un impeccable à Severus. Et bien que l'encre soit plus élégante, plus noire, plus digne d'un Sang-pur, en bref, Draco n'avait vraiment pas envie de prendre le risque. Ses camarades non plus; c'était d'ailleurs une idée de Théodore, qui en avait sa propre collection. Draco ne savait pas comment il se débrouillait pour récupérer en douce des objets moldus, vu sa famille. Nott Senior détestait les Moldus plus que tout au monde, tandis que Draco le détestait lui. Il le considérait comme un vieil aristocrate borné incapable de vivre avec son temps et qui continuait à s'accrocher à une mentalité de l'âge des druides... Le monde avait changé, il serait temps qu'il s'en aperçoive. Draco était sûr que si on lui disait qu'aujourd'hui la technologie moldue permettait de voler sans magie, il n'y croirait pas.

Soudain, l'alarme magique de Gregory se déclencha : quelqu'un allait toquer à la porte. Les Serpentards firent disparaître les Bics et les remplacèrent par leurs plumes d'oie, puis attendirent que l'intrus rentre. Pendant ces quelques instants, Draco ne put empêcher ses yeux de dériver sur le lit dans le coin de la porte, et sentit un malaise familier l'envahir.

On ne frappa pas, cela leur donna aussitôt l'identité de leur visiteur. Justinian posa immédiatement les yeux sur lui, sans un regard pour son cadet, un sourire aux lèvres.

"Draco ? Tu voudrais bien me suivre ?

C'était bien un ordre, mais Draco n'avait pas l'habitude d'obéir sans poser de question. On ne donne pas d'ordre à un Malfoy, on lui demande.

-Que se passe-t-il ?

Le sourire de Justinian disparut; mais il prit sans doute conscience de son erreur, puisqu'il s'expliqua avec un soupir :

-C'est une affaire de préfet, et je me suis dit qu'il serait peut-être utile pour toi de m'accompagner si on te donne l'insigne l'année prochaine. En plus cela te concerne aussi.

-Oh, merci. Je finis mon paragraphe et j'arrive."

Le cinquième année redescendit sans l'attendre, un air agacé sur le visage. Il était de plus en plus prévenant avec Draco, et affichait clairement sa préférence à son égard. Il lui avait dit à mots couverts qu'il le désignerait sans doute comme son successeur d'ici deux ans, et l'avait pris sous son aile. Draco le laissait faire sans broncher; après tout, il savait que le statut d'héritier qu'il portait depuis sa naissance l'obligeait à tisser des liens avec les autres Sangs-purs. Mais il estimait n'avoir rien à apprendre du plus âgé, qui oscillait en permanence entre apathie, ennui et mouvements d'humeur, le mettant mal à l'aise. Enfin, il mettait tout le monde mal à l'aise. Draco reconnaissait qu'il était terrifiant et brillant parfois, mais selon lui ça ne faisait pas un chef. Un prodige n'est pas forcément le meilleur choix, et n'a pas obligatoirement une perception normale de la réalité. C'était peut-être pour cela qu'il suivait aveuglément les principes de son père, et était entièrement convaincu de l'infériorité de, disons, la plupart des gens. Surtout celle des Moldus. C'était une incohérence étrange. Toute cette intelligence enfermée dans un moule étriqué et archaïque. Il le soupçonnait aussi de renforcer tout son dédain par une épaisse couche de nihilisme cynique et d'arrogance. Pas très inspirant, même s'il admettait que le mélange pouvait sembler fascinant et assurait un certain charisme. C'était toujours plus facile.

Draco le retrouva au pied des escaliers. Nott avait repris son air réjoui. Draco ignorait de quoi il s'agissait, mais visiblement, ce n'était pas une corvée pour l'autre. Une exception. Il lui posa la question tandis qu'ils traversaient les couloirs. La réponse faillit lui faire demi-tour.

"Ah, c'est vrai, tu ne sais pas encore. Potter s'est réveillé, nous allons le voir. Je me suis dit que comme c'était toi qui l'avais retrouvé, son sort te tenait peut-être à coeur...ou non. Quoiqu'il en soit, tu verras que le Prince de Serpentard se doit de s'occuper de tous les membres de sa maison, même des plus repoussants. Prends-ça comme une leçon." Il marqua une pause, et ajouta d'une voix malicieuse : « Et puis, je suis assez attaché à Potter finalement. » Le blond masqua son incompréhension. Il aurait beaucoup donné pour être ailleurs.


Justinian entra dans l'infirmerie d'un pas conquérant, un Draco Malfoy silencieux sur les talons. Le préfet, cachant mal sa jubilation, prit son air le plus inquiet et le plus compatissant, et s'approcha du dernier lit, dont les rideaux étaient tirés. D'un mouvement de baguette, il les ouvrit en grand, faisant sursauter la jeune fille assise dos à lui. Granger, évidemment. Draco sentit la colère l'envahir un bref instant. Au nom de quoi Potter avait-il refusé sa main pour la choisir elle ? Il était au moins aussi intelligent, il était plus charismatique, plus élégant, plus riche : il faisait un ami beaucoup plus intéressant. Il était à Serpentard ou non ?

Potter se redressa et Draco put enfin l'apercevoir derrière Granger. Immédiatement, l'image du garçon en sang et inconscient qu'il avait trouvé se superposa, et le blond détourna le regard vers Justinian. Celui-ci commença son discours, et Draco se sentit de plus en plus malade devant toute son hypocrisie et les promesses douloureuses à peine cachées dans le double sens des phrases. Bien sûr, il ne laissa rien paraître. Il n'osait pas regarder Potter, et se rabattit sur la Griffondor. Elle se retenait visiblement, et serrait les draps à s'en faire mal. Justinien conclut enfin d'un air narquois :

"Voilà, tu peux venir me parler quand tu veux, et je ferais de mon mieux pour t'aider. Je tiens à te montrer que les Serpentards s'entraident, même lorsque tes autres amis ne sont pas assez attentif pour voir quand tu vas mal..."

CLAC !

Hermione tremblait encore de rage. Les trois garçons la regardaient, stupéfaits. Justinian toucha lentement sa joue d'un mouvement incrédule. Le temps repris son cours, et il fit un pas, se redressant de toute sa hauteur.

"Qu'est-ce que tu viens de faire ?

Hermione, cependant, ne recula pas. Au contraire, même, elle fit honneur à sa maison, leva fièrement le menton, et regarda la vipère dans les yeux :

"Ca."

Et elle abattit une deuxième fois sa main sur la face de Justinian, de toute sa force.

Draco devait l'admettre : il voyait maintenant pourquoi Potter l'appréciait. Lui-même ne pouvait combattre toute son admiration. Malheureusement, Justinian finit par réagir. Et l'on ne devient pas Prince de Serpentard sans être doué avec une baguette.

« Sale petite garce, comment oses-tu...

Justinian levait sa baguette, un sortilège déjà à la bouche.

- Arrête ! »

Draco rentra la baguette qu'il avait commencé à tirer, instinctivement, dans sa manche. Pour sauver la peau de Granger. Certes, par capillarité, c'était surtout pour le brun, mais ça ne resolvait pas vraiment le problème. Au contraire. Il était bon pour un mal de tête et quelques heures d'introspections, il le sentait. Quoiqu'il en soit, il ne s'attendait pas à voir Potter endosser le rôle de protecteur. Mais il n'avait pas toutes les cartes ici, il ne pouvait qu'observer et déduire dans l'arrière-plan.

« Oh ? Tu me donnes des ordres maintenant, Harry ? Ça a un certain charme, mais je ne me serais pas attendu à cela de toi.

Draco se sentit répugné à l'insinuation, mais le Né-moldu ne broncha même pas.

- Tant que tu arrêtes, je me fiche de ce que tu attends de moi.

Harry regretta ses mots dès qu'ils furent sortis de sa bouche, et déglutit. Il ne devait effectivement pas être complètement remis, d'habitude il réfléchissait avant de parler. Il faudrait demander à Pomfresh de réduire la dose d'anti-douleurs. Même là, il préférait avoir mal que ne pas être en pleine possession de ses moyens devant Justinian. L'exaspérer n'était pas la meilleure tactique pour négocier.

Mais, à son plus grand soulagement, celui-ci semblait avoir encore un reste de patience. Au lieu de lui jeter un sort, il reprit la parole d'un ton rivalisant avec celui de Rogue :

- Ne me pousse pas, ou je vais croire que la stupidité griffondorienne a déteint sur toi. Mais tu es convalescent, alors je vais être magnanime. Tu as une phrase pour me convaincre de ne pas exploser la Sang de Bourbe comme elle le mérite.

Harry ne réfléchit même pas, et sortit bêtement, au milieu de sa panique :

- Nous avons un accord. »

Et zut. Pourquoi avait-il fallut qu'il dise ça ?

Draco était surpris. Déjà, la familiarité et le tutoiement entre les deux n'était pas ce à quoi il s'attendait, c'est à dire : Un Nott méprisant un qui Potter qui raserait le sol et essaierait de disparaître à travers le plancher. Il voyait plus son camarade comme une sorte de petit être faible, incapable de regarder les autres en face. C'était d'ailleurs l'image qu'il donnait à chaque fois que quelqu'un s'adressait à lui dans la salle commune. Mais là, Draco retrouvait presque le garçon effronté qui lui avait fait ravaler sa superbe en première année, en lui disant de retourner dans les jupes de sa mère s'il était si fier de son manoir et de ses parents. Et cette histoire d'accord, c'était quoi encore ? Justinien, lui, avait l'air de savoir parfaitement de quoi il s'agissait.

« Ah, ça... Mais je ne suis pas sûr qu'il tienne toujours. Après tout, tu t'es jeté par une fenêtre pour ne plus avoir à honorer ta part du marché, non ?

- C'était un accident, donc pas intentionnel. De mon côté c'est toujours bon.

Harry répondit fermement. Il n'allait pas laisser Justinian croire qu'il l'avait anéanti au point de le pousser au suicide. Cela lui ferait trop plaisir, et risquerait de lui donner des idées de recommencer avec quelqu'un d'autre, juste pour la distraction.

- De quoi parle-t-il, Harry ! Qu'est-ce que tu as encore fait ?

- Plus tard Hermione, tais-toi maintenant.

Stupéfaite, la jeune fille ferma la bouche. Harry ne lui parlait jamais comme cela. Draco lui aussi garda le silence, même s'il mourrait d'envie d'en savoir plus. Quelque chose dans le regard de Potter lui disait que le brun savait ce qu'il faisait avec le cinquième année.

- Oh, vraiment très autoritaire aujourd'hui. Tu es sûr que tu veux l'épargner cette fille ? On dirait qu'elle t'agace toi aussi. En même temps, si jamais elle apprenait tout ce que tu as manigancé dans son dos. Profite-en tant que cela dure. Tu verras, elle t'abandonnera à son tour, quand elle verra que tu es bien plus Serpentard qu'elle ne le croit.

Harry ignora la prédiction, même si son cœur s'était serré en entendant ses peurs prononcées à voix haute. Ce salaud savait exactement où appuyer pour faire mal. Mais en même temps, ce n'était pas la première fois que ce débat revenait sur le tapis entre eux.

- Si tu lui fais du mal, tu te retrouverais en plus avec toute la maison Griffondor à dos. Et Dumbledore. Et ça, ça ne peut pas être bon pour toi, ni pour ta famille, politiquement parlant.

- Oh, ne t'inquiète pas pour moi. Très bien, pour tes beaux yeux, la peste garde son visage de Veracrasse intact. »

Justinian se pencha et articula bien distinctement contre son oreille, de sorte qu'Hermione et Draco entendent. « Bon rétablissement alors, et à notre prochaine rencontre pour une nouvelle partie. J'ai hâte que tu ailles mieux. » Harry sentit un tremblement passer le long de son échine, et l'autre le remarqua aussi. Il eut un dernier rire suave, avant de se redresser et de tapoter l'épaule du brun puis de tourner les talons en agitant la main.

« Je vais vous laisser régler vos histoires de couple... Draco, tu viens ou tu restes assister à la scène de ménage ? »


Harry était enfin seul dans l'infirmerie. Pomfresh était rentrée dans son bureau pour la nuit et Hermione était partie, furieuse après qu'il lui ait expliqué son marché avec Justinian. Elle l'avait plutôt mal pris... très mal pris.

Pourtant Harry n'arrivait pas à le regretter, ni à croire qu'il avait eu tort. S'il se retrouvait dans la même situation aujourd'hui, son choix serait sans doute le même qu'en première année, quand Justinian l'avait coincé dans un rayonnage de la bibliothèque et lui avait proposé un accord, le jeu. Accepter de servir de souffre-douleur, et en échange, il laisserait Hermione tranquille. Harry avait fait semblant de réfléchir, mais la réponse était déjà décidée. Hermione était sa première amie et trop importante pour laisser le Serpentard s'en prendre à elle. Elle n'avait pas ce qu'il fallait pour résister non plus, quoiqu'elle en dise : Ron Weasley (Ron Weasley), avait réussi à la faire pleurer dans les toilettes. Il n'imaginait même pas le champ de ruines psychologique qu'aurait laissé Justinian en trois phrases. Il avait demandé ce que l'autre y gagnait, et celui-ci lui avait aimablement expliqué sa stratégie : en le tyrannisant, il se faisait craindre ou respecter, et montrait qu'il méritait le pouvoir. Il aimait aussi l'idée de la chasse, ce cache-cache perverti. Il lui avait présenté cela comme un marché équitable : ils étaient tous les deux gagnants. Il savait déjà qu'il n'en était rien, et il avait signé quand même. Harry avait signé pour une descente aux enfers, en abonnant tout espoir de passer une année correcte à Poudlard. Malgré tout, il faisait confiance à Justinian pour respecter sa parole et les règles du jeu. En échange, il respecterait la sienne, peu importe ce que cela lui coûterait. Tout avait une fin, de toute manière, et un jour le Sang-pur n'aurait plus d'emprise sur lui.

Quant au préfet, s'il se félicitait autant qu'il se moquait de la détermination d'Harry à honorer sa part du contrat, échouait pourtant toujours à la comprendre. Il avait essayé de le convaincre de rompre le pacte de nombreuses fois au fil des années, pour prouver au plus jeune que son sacrifice ne valait rien et qu'il ferait mieux de s'occuper de sa propre personne. Mais Harry tenait bon, tout comme son amitié avec Hermione. Justinian, toujours seul malgré sa cour, avait même un jour admit respecter son obstination incompréhensible.

Il n'avait pas parlé de leur accord à Nagini, mais sans doute qu'elle avait deviné. Goyle ou Dolohov devaient s'en douter aussi. Peut-être Rinata, éventuellement. Il ne l'avait jamais dit à Hermione : au début, il avait eu peur qu'elle le fuit si elle apprenait la vérité. Puis, il avait eu peur qu'elle essaie de s'attaquer à Justinian pour prouver qu'elle savait se défendre. Elle ne comprenait pas que la famille Nott pouvait facilement lui fermer les portes de l'académie de médecine magique et écraser toutes ses ambitions. Si elle ne se souciait pas des manipulations qui se tramaient dans les coulisses du monde magique, Harry le ferait pour elle. Après tout, il ne pouvait lui servir qu'à ça. Hermione méritait d'avoir un futur dans parmi les sorciers, même si elle ne lui adressait plus jamais la parole.

Soudain, la porte grinça. Harry attrapa sa baguette et ses lunettes, et se prépara à pétrifier l'intrus. Le mystérieux visiteur fit encore quelques pas, avant qu'une voix à l'accent aristocratique familier ne brise le silence :

« Détends-toi, Sang de Bourbe, je t'ai apporté une Bièraubeurre.

Harry se décida pour un Lumos. Effectivement, Draco Malfoy se tenait devant lui, deux bouteilles levées en signe de paix, et le dévisageait d'un air blasé. Il avait l'air fatigué, et Harry se sentit lui aussi épuisé. Il n'avait même plus la force d'être méfiant. Au point où il en était, de toute façon... Et Malfoy avait l'air moins hostile que lors de leurs rencontres habituelles. Harry soupira et ouvrit les rideaux du lit face au sien pour qu'il puisse s'asseoir.

- Je t'en prie, prends donc un siège.

Draco eut l'air surpris, puis retira ses chaussures et se mit en tailleur sur le matelas. La lumière des baies vitrées de l'infirmerie se réverbérait sur les draps blancs, le col et les cheveux pâles de son camarade. Ses yeux prenaient un éclat argenté et Harry se demanda vaguement s'il pouvait être une espèce étrange de loup-garou avec ces pupilles. Draco Malfoy avait l'air plus à sa place dans l'obscurité qu'à la lumière du soleil, qui lui donnait l'air plutôt transparent dans sa mémoire. L'objet de ses pensées lui tendit une Bièraubeurre.

- Merci. Ça t'ennuie si je vérifie deux trois choses avant ?

Draco hocha la tête et décapsula la sienne par magie.

- Fais ce que tu veux, je ne vais pas me vexer pour ça.

Pour quoi se vexerait-il donc ? Harry renonça à chercher jusqu'où il pourrait pousser, il n'était pas en état de faire face aux conséquences, et il savait bien que le blond pouvait être dangereux. Il lança les sorts de recherche de poison que lui avait appris Hermione. Satisfait, il prit une longue gorgée, puis une autre. Il était tout d'un coup assoiffé, et vida la moitié de sa bière en une minute. Draco le regardait, un fantôme de sourire autour de sa bouche.

- Tu cherches à te noyer dans l'alcool, Potter ?

- J'ai de quoi, non ?

- Pas faux.

Draco baissa les yeux sur le goulot de sa bouteille, alors que le souvenir de la visite de Justinian planait dans le silence. Harry observait le Sang-pur en pianotant pensivement sur l'édredon. Il avait l'air différent, et mal à l'aise, quelque chose de nouveau chez lui. Toute cette scène était étrange, à vrai dire. Qu'est-ce qu'il faisait là ? Se soucier de lui ne lui ressemblerait pas. Finalement, Draco se racla la gorge.

- En vérité, j'ai une proposition pour toi.

Harry le coupa immédiatement. Il n'allait pas se faire avoir une deuxième fois.

- Non merci, j'ai déjà donné en ce qui concerne les pactes avec les Serpentards.

Draco hocha la tête, mais ne s'avoua pas vaincu.

- Je sais, Nott m'en a parlé. Mais ma proposition n'a rien à voir, au contraire. Tu te souviens de celle que tu as refusée, pour le moins cavalièrement, il y quelques années ? Celle-ci est mieux. Je veux te donner une place à Serpentard.

- Pourquoi ?

- Je compte changer le monde sorcier, et j'ai besoin de ton aide pour le faire. Cette discrimination des Nés-moldus devient ridicule, il serait temps que nous passions au vingtième siècle. Nous allons à la catastrophe si cela continue comme cela, et dans le cas d'une révolution des Sangs-de-bourbes – et j'emploie le terme par habitude, Potter, avant que tu n'objectes on discutera vocabulaire plus tard – donc, dans le cas d'une révolution violente des Sangs-de-bourbes, les perdants seraient les aristocrates.

- Et tu ferais un très mauvais perdant.

- Exactement. Autant me placer du côté de des Nés-moldus dès maintenant, et mener cette révolution moi-même. Enfin, nous-même. En plus, je pense sincèrement que c'est une cause juste. Un grand pas en avant pour toi, pour les Nés-moldus et pour le monde sorcier. Je suis sûr que pas mal de gens sont prêts à nous soutenir, tout le monde en a ras le Choixpeau des préjugés arriérés des Nott, et de leur contrôle sur tout, et...

Draco se perdait dans ses idéaux, lancé dans sa tirade, quand Potter l'interrompit, sceptique :

- Une seconde. Tu comptes sur mon altruisme pour me faire accepter ?

Le blond n'eut pas le temps de répondre, que l'autre continuait :

- Je suis désolé de te le dire, mais c'est utopique ton truc, Malfoy. De mon point de vue, c'est surtout un risque sans aucune garantie. Tu me demandes de trahir Justinian en me faisant miroiter un monde tout rose. Je tiens à la vie, quel que soit ton avis sur la question. Je ne me suis pas cogner la tête assez fort pour penser que je m'en sortirai indemne si j'entreprends le moindre début de tentative de rébellion contre notre Prince. Et crois-moi, je suis bien placé pour te dire que les rêves ne sont que des illusions.

Draco se rendait bien compte, avec une pointe de regret, que le gamin de première année avait bien grandi. Il avait peu de chances de revoir un jour ces yeux émeraude écarquillés par l'émerveillement ou brillants d'espoir, comme lors de leur première rencontre. Ou peut-être qu'ils avaient toujours été différents, et qu'il fallait quelque chose d'aussi fort que la première vue de Poudlard pour impressionner l'autre. Mais il avait besoin qu'Harry accepte de lui faire confiance. Cela le rendait légèrement nauséeux de savoir qu'un garçon avec qui il partageait son dortoir se faisait tabasser dans les recoins sombres et que personne ne levait le petit doigt.

- Déjà, c'est beaucoup moins utopique que ce que tu crois. Je comprends que de ton point de vue la situation soit désespérée, parce que tu ne vois que le pire morceau. Mais crois-moi, les choses sont beaucoup plus ambiguës que cela. Il y a beaucoup de Sang-Purs qui se fichent des Nés-moldus, et le problème est surtout politique, et le manque d'un porte-parole.

Harry le prenait davantage au sérieux, et pourtant c'était toujours insuffisant.

- Et puis, penses-y, Potter, tu y gagnerais exactement ce que tu veux, non ?

En face de lui, Harry se tendit comme un arc, mais ne détourna pas les yeux, le mettant au défi de se tromper en lâchant du bout des lèvres :

- C'est-à-dire ?

Draco y avait réfléchit des heures durant. Que pouvait désirer Potter ? Ce minuscule binoclard plein d'espoir qu'il avait rencontré dans le train, l'enfant au bord des larmes sous le poids du Choixpeau, l'être plein d'orgueil qui l'avait ouvertement méprisé, le fantôme, silencieux et invisible, qui hantait leur dortoir, et enfin l'adolescent perdu qui s'était laissé tomber : que recherchaient-ils par-dessus tout ? Draco n'avait trouvé qu'une réponse, et il fallait que ce soit la bonne.

- Tu serais libre. Tu pourras faire ce que tu veux, sans constamment regarder par-dessus ton épaule, pouvoir aller ou tu veux, faire ce que tu souhaites sans qu'on te l'interdise à cause de ton sang. Pense à tout ce que tu pourras faire quand les Nés-moldus auront été acceptés.

Un ange passa, avant qu'Harry ne reprenne la parole, la voix rauque :

- Et qu'est-ce que tu veux en échange ?

Le brun avait un regard totalement incrédule, et le fixait de la même manière hallucinée dont Trelawney regardait dans sa boule de cristal. Draco ne résista pas à l'idée de se foutre de lui.

- Ton âme.

Harry ne hurla pas d'horreur comme sa professeur l'aurait fait, au grand dépit de Draco. Il le regarda avec des yeux ronds, et l'effet était rendu encore pire par ses lunettes. Le jeune héritier partit dans un fou rire. Draco Malfoy avait un sens de l'humour ? Cette soirée était de plus en plus surréaliste.

- Respire, je plaisante.

Potter eut l'air à la fois rassuré et déçu. Il lui redemanda ce qu'il voulait, et le blond soupira d'un air fatigué cette fois.

- J'espérais, pour une fois que je fais un truc bien, ne pas avoir à négocier, avec des histoires de dettes, de contrats, bref, toutes les manipulations habituelles. Mais j'imagine que tu ne me croiras pas si je t'offre juste mon aide ?

- C'est exactement ça. Ne me prend pas pour un Poufsouffle de première année. En quoi consiste ma part du marché ?

Apparemment, savoir que son plus profond désir avait été découvert rendait Potter agressif. Ses yeux lançaient des éclairs.

-Très bien... En réalité c'est assez simple. Il faudrait que l'on devienne ami.

Harry renifla avec mépris et le regarda par-dessus ses lunettes.

-Tu m'as pris pour une citrouille ? Et encore, je suis poli. Qu'est-ce qui me dit que tu ne vas pas juste me jeter en pâture à Justinian ? Ça ne t'avance à rien d'être mon ami.

- Quelle confiance en soi Potter. Disons un partenariat. On s'entraide pour détrôner Justinian. Je récupère le pouvoir, tu es accepté à Serpentard. C'est une alliance.

Draco lisait toujours de l'hésitation dans les yeux de Potter. Sans réfléchir, il ajouta un dernier argument pour faire pencher la balance :

- Et je m'engage, en tant qu'héritier des Malfoy, à t'offrir la protection de ma famille quoiqu'il arrive."

Draco se décida alors à refaire un geste, le même que celui qu'il avait tenté au milieu d'un couloir au tout début de sa première année, et qui lui avait explosé à la figure. Il s'efforça d'avoir l'air assuré lorsqu'il tendit la main à Potter pour sceller le pacte.