Bonjour ! Je suis de retour !

Après une longue période de page blanche, j'ai décidé de remanier toute l'histoire depuis le début avant de continuer avec ce sixième chapitre. Les changements ne sont pas énormes, pour ceux qui n'ont pas envie de repartir du début ^^, ils devraient pouvoir reprendre l'histoire en route (rien de capital n'a changé, c'est que des détails).

Merci à YuuKyun pour la relecture !


Harry Potter appartient à JK Rowling.


Chapitre six : Traîtres à leur sang


Potter regardait sa main comme si ses doigts allaient se transformer en tentacules et l'étrangler d'un moment à l'autre. Draco eut un moment de panique : cet abruti n'allait tout de même pas lui faire l'affront de refuser sa main une deuxième fois ! Il tenta son imitation la plus autoritaire de Lucius Malfoy : il ne connaissait personne qui résista aux mots du patriarche.

"Ecoute Potter, je comprends que tu sois méfiant, mais là tu commences à me taper sur la mandragore. Maintenant accepte, par Merlin ! Ou il faut que je te fasse boire combien d'autres Bièraubeurres avant de te convaincre ?"

Ses mots n'eurent pas exactement l'effet escompté, et à sa plus grande stupéfaction, Potter laissa échapper un éclat de rire un peu enroué. Il inspira profondément et avança rapidement sa main d'un air décidé. Mais Draco sentit malgré tout le léger tremblement le long du bras du brun, dont les doigts étaient un peu moites, et décida de ne pas faire de commentaire. Pour être honnête, peut-être que sa propre main le picotait un peu.


Harry resta cloîtré à l'infirmerie jusqu'aux vacances d'Halloween, ne sortant que pour des visites occasionnelles à la tour Griffondor ou chez Hagrid. Ses os étaient depuis longtemps ressoudés, et il aurait sans doute pu retourner en cours, mais Madame Pomfresh semblait avoir décidé de le garder le plus longtemps possible, et d'en profiter pour lui faire subir toutes les cures imaginables. Elle lui avait donné des potions pour qu'il se remplume – les jumeaux Weasley, de passage à l'infirmerie, avaient cru reconnaître les recettes de leur mère – pour régulariser son sommeil, pour consolider ses os, etc… Harry les soupçonnait, elle et Rogue, d'avoir exagéré la gravité de ses blessures, pour reculer la date de son retour chez les Serpentards. Il leur en était reconnaissant, même s'il ne l'avouerait jamais à son directeur de maison. Hermione continuait à le mépriser ostensiblement, et Harry trouvait assez amusants les airs penauds que prenait l'adulte en présence de son amie. Celle-ci l'assommait aussi de notes de cours pour qu'il rattrape un soi-disant retard. Ce n'était pas comme si Harry n'avait pas passé le plus clair des trois années précédentes caché dans la bibliothèque, s'assurant au moins une bonne avance en matière de connaissances, bien que Justinian prenne un malin plaisir à détruire tous ses devoirs.

Mais au moins, les livraisons quotidiennes de travail le distrayaient de l'étrange tension qui s'était emparée de lui suite à la visite de Malfoy. Celui-ci n'avait pas reparu depuis, laissant Harry spéculer seul derrière les rideaux de son lit, imaginant parfois qu'il avait rêvé l'étrange scène. Il avait moins de mal que ce à quoi il s'attendait à réconcilier son image de son camarade avec l'adolescent idéaliste qu'il avait rencontré cette nuit-là. Il était bien placé pour savoir que sous les masques, ils cachaient tous bien des surprises. Mais cela ne marcherait jamais. Il était fou d'avoir accepté, et l'autre était fou de prendre ses rêves pour des réalités. Un épisode revenait fréquemment dans ses cauchemars : les cheveux blonds de Malfoy prenaient une teinte châtain, et soudain c'était Justinian qui se tenait devant lui, conscient de sa trahison, son sourire sympathique sur le visage tandis qu'il posait ses mains de part et d'autre de la gorge d'Harry et serrait.

Lorsqu'il lui fallut redescendre dans les cachots, Pomfresh signa à contrecœur son dossier de sortie, et Rogue l'accompagna silencieusement jusqu'à son dortoir. Il n'avait pas été obligé de répondre à la demande de Nagini, car les autres élèves étaient de toute façon déjà partis, aucun Serpentard ne restait à Poudlard pour les vacances. Ils croulaient tous sous les obligations sociales, et certains, parmi les plus fameux ou les plus âgés, se retrouvaient dans les pages people des magazines sorciers. Justinian avait systématiquement droit à la une de la gazette pour sa fête d'anniversaire, la veille d'Halloween.

Harry posa ses affaires sur son lit, sans avoir encore décroché un mot. Il voyait bien l'embarras et l'agacement de son professeur, mais qu'était-il supposé lui dire ? Cependant ce fut l'adulte qui rompit brusquement le silence :

« Potter. J'ai fait ce que je pouvais pour vous aider. J'ai conscience que ce n'était pas assez. Mais si vous avez besoin d'assistance, vous pouvez toujours vous adressez à moi. Je vous écouterai – Rogue réprima une légère grimace vraiment, qu'est-ce que Potter lui faisait faire - et je m'efforcerai d'intervenir, même contre… certaines personnes. »

Il y eut un moment de flottement. Harry ravala son étonnement, et fit de son mieux pour adresser un sourire sincère à Rogue.

« Merci, Professeur. »

Harry venait de découvrir que Severus Rogue possédait non seulement une conscience, mais aussi un cœur. Le monde était décidément plein de surprises. Il allait devoir demander à Hermione de réduire ses regards noirs.


Le Chemin de Traverse était noir de monde. Draco se dégagea de la cohue et s'engouffra dans la ruelle proche où se trouvait le café où il avait donné rendez-vous à Théo. Les tables étaient éloignées les unes des autres, séparées par des cloisons ou dissimulées dans des alcôves. Il était impossible de distinguer les conversations des clients, couvertes par le bourdonnement sourd de morceaux de jazz sorcier. Draco était arrivé le premier. Il patienta, en se réchauffant les mains autour de sa tasse de thé. Sa conversation avec ses parents, le soir même de son arrivée au Manoir, lui revint en mémoire.

Comme de coutume, lorsqu'il rentrait de Poudlard, Narcissa et Lucius s'asseyaient avec leur fils dans le boudoir de Narcissa, cette pièce un peu secrète, où régnait en maître le parfum de sa mère entre les tentures de soie brodée. Les deux hommes de la famille n'y pénétraient que rarement. Narcissa les y menait après diner, la porte en bois de rose ne s'ouvrant qu'au contact de sa main vernie. Confortablement installés, les Malfoy se racontaient leurs occupations des semaines écoulées, et faisaient le point en sirotant leur tasses brûlantes, remplies d'une des concoctions élaborées et sucrées dont sa mère collectionnait les recettes.

Draco avait mis à profit l'occasion, en présentant ses intentions à ses parents.

Il allait avoir besoin de leur aide, s'il voulait évincer Nott et faire admettre un Né-moldu parmi le cocon de Sang-purs que constituait la Maison vert et argent. Provoquer Justinian, c'était provoquer les Nott, et s'il s'apprêtait à s'élever contre la famille rivale, cela aurait des conséquences qui dépasseraient Poudlard. Il y comptait bien. Le clan opposé était bouffi d'orgueil et pourri par les préjugés jusqu'au noyau, mais malheureusement, ils étaient puissants et avaient beaucoup d'alliés qui pensaient plus ou moins comme eux. Les Malfoys coexistaient relativement paisiblement avec eux, mais dernièrement, Nott senior s'était braqué sur ses positions et était de plus en plus insupportable. Il avait menacé Lucius à mots à peine voilés quand celui-ci s'était opposé à une loi sur l'interdiction pour les Loup-garous d'exercer une profession, prenant la défense d'un de ses plus vieux amis. Fenrir Greyback était l'Auror qui avait un jour ramené Draco, perdu dans l'Allée des Embrumes, dans les bras de sa mère. Il venait prendre le thé régulièrement depuis. Lucius ne comptait pas céder à quiconque sur ce sujet. Il s'était même résolu à s'allier à Arthur Weasley pour l'occasion.

Draco avait argumenté longtemps. Ses parents, sans aller peut-être aussi loin que lui dans leurs idées de réforme, ne comptaient pas freiner ses projets. Si Draco parvenait à lancer sa révolution, ils s'engageaient à l'aider. C'était la faveur que leur fils demandait, maintenant, à lui de les convaincre du succès de son entreprise. La petite famille avait échangé des idées et comploté jusque tard dans la nuit, chacun ayant prévu de mettre à profit les dîners mondains à venir pour sonder les esprits. Il avait toutefois préféré ne pas les mettre au courant encore de la protection qu'il avait promise à Potter il leur dirait quand le mécanisme aurait été mis en mouvement, ce qui devait se faire le plus tôt possible.

Et c'était pour cette raison que Draco avait donné rendez-vous à son ami d'enfance, seul, dans ce lieu discret. Malgré le lien étrange qu'il devinait entre Potter et Justinian, cela ne suffirait pas. Ils avaient besoin d'un allié proche des Nott. Si Théo les aidait… Il avait la position parfaite, et Draco connaissait sa passion pour le monde moldu. Il avait depuis longtemps remarqué son malaise parmi sa famille, et l'attitude faussement affectueuse et surtout condescendante de Justinian à son égard. Cela l'étonnait que son ami l'accepte sans rien dire, ce n'était pourtant pas son genre ; il devait avoir une bonne raison pour ne pas réagir. Sa discrétion n'était qu'une apparence, derrière laquelle se trouvait une fierté tranchante, et sa position de retrait faisait son arme favorite, contrastant avec le caractère brillant et dramatique de son aîné. Draco l'avait souvent vu la retourner à son avantage. L'on pouvait lui faire confiance avec son secret, il ne lui restait qu'à le convaincre.


Théodore regarda une dernière fois sa mère endormie, perdue au milieu de ses draps roses dans sa chambre trop vaste, décorée de tableaux style rococo aux scènes idylliques. Il arrangea l'énorme bouquet qu'il lui avait apporté sur la table de chevet et laissa un roman d'aventure bien en évidence à côté. Elle en raffolait, au grand dam de sa belle-famille. Celle-ci la haïssait toujours autant, même après quinze ans. Au point de glisser des potions dans son thé pour l'empêcher d'assister aux festivités d'Halloween, du moins le soupçonnait-il. Sa mère était mystérieusement tombée malade au début des vacances, rien de grave, mais un virus qui l'épuisait complètement.

Il referma doucement la porte de la chambre pour ne pas la réveiller, et descendit des combles du manoir, où l'on avait relégué la chambre de l'encombrante étrangère. Théodore avait essayé de la convaincre de retourner chez ses parents, ses propres grands parents, indignés de la façon dont on traitait leur fille. Mais elle refusait de le laisser seul parmi tous ces Nott. Son père ne le laisserait jamais partir, même s'il le considérait plus comme un fardeau qu'autre chose, et même si lui le détestait en retour. Alors mère et fils vivaient dans cette prison tant bien que mal, avec le soutien muet des elfes de maison. Cela finirait par changer : il les vengerait tous les deux de ces années passées dans l'isolement et le mépris. Oui, Théodore avait des projets, et déjà quelques soutiens au sein de la famille, n'en déplaise à son père ou à Justinian.

L'adolescent avait atteint le premier étage. Il se faufila aussi discrètement que possible dans un salon muni d'une cheminée pour rejoindre le Chemin de Traverse et retrouver Draco. Une demi-heure plus tard, il se trouvait assis en face de son ami. Ils quittèrent ensemble le café et le pacte avait été signé par une personne supplémentaire.

Plus on est de fous...


L'eau brûlante et parfumée était divine. Toute notion du temps écoulé depuis qu'Harry avait ouvert le robinet s'était évaporée sous la cascade d'une des douches des Serpentards. Les vacances étaient le seul moment où il pouvait se permettre de profiter du luxe de la salle de bain de sa maison. En effet, ce n'était pas parce qu'ils étaient réduits à partager leurs douches que les élèves comptaient renoncer à leur confort habituel : le sol et les murs étaient couverts de mosaïques ou de marbre, et les fenêtres floues laissaient deviner le lac de l'autre côté du mur. Et surtout, le ballon d'eau chaude semblait sans fond.

Harry se douchait habituellement dans les vestiaires de Quidditch de Griffondor, dont on lui avait fait un double des clefs, dans la salle sur demande, ou, ce qui lui donnait un certain plaisir, dans la salle de bain des préfets, lorsqu'il était certain que Justinian était en cours. Nagini s'entendait très bien avec la Sirène qui l'habitait et lui avait procuré le mot de passe. Elle l'accompagnait souvent lors de sa toilette, pour se prélasser dans la vapeur et s'amuser à souffler des bulles. L'énorme python pendait en ce moment du plafond, enroulé autour de la pomme de douche.

Le garçon finit par fermer l'eau, et se contentant de passer ses jeans, s'accroupit pour s'occuper de Nagini. Il faisait ses quatre volontés depuis le début des vacances, pour la distraire d'autres sujets : il n'avait pas encore répondu à sa proposition. Le reptile étendit ses ailes et s'ébroua, avant de s'étirer de tout son long sur une serviette.

" Tu n'aurais pas une parenté avec les sssserpents aquatiques ? Tu m'as l'air d'aimer un peu trop l'eau pour un animal volant, plaisanta Harry.

Nagini ne daigna pas répondre immédiatement, un sifflotement de plaisir s'échappant de sa gueule tandis qu'Harry essuyait délicatement ses ailes à l'aide d'une seconde serviette. Elle eut ce qui pouvait s'apparenter à un sourire amusé :

- Cssss'est bien posssible... Un csssertain Nessssie... »

Harry éclata de rire, et attrapa la bouteille d'huile d'asphodèle. Il était en train de lustrer les entrelacs des écailles vert amande et noir, quand un courant d'air entra dans la pièce humide : la porte avait été ouverte. Il semblerait que quelqu'un ait décidé d'écourter ses vacances. Nagini se redressa en un éclair, furieuse qu'on ait osé interrompre sa « sssséancsse de ssspa », déployant ses ailes et sifflant en direction de l'intrus, qui se figea dans l'encadrement de l'entrée. Harry pivota sur ses talons et pointa sa baguette en position d'attaque. L'adversaire lui apparaissait flou sans ses lunettes, pourtant le Né-moldu devait bien avouer qu'il n'avait pas l'air très menaçant, même pour quelqu'un d'aussi paranoïaque que lui.

« Hum... Je suis désolé d'avoir dérangé, je voulais juste voir qui c'était... Je pensais être le seul à être rentré aux dortoirs... »

Un jeune garçon, un première année sans aucun doute, bafouillait devant lui d'une voix fluette. Harry pouvait le comprendre : n'importe qui grimperait de quelques octaves face à un python ailé arborant des envies de meurtre. Il fit un pas en arrière et tendit la main vers ses lunettes. Le nouveau venu avait des cheveux noirs, parfaitement coiffés contrairement aux siens, des yeux gris, les traits distinctifs d'une des plus vieilles lignées de Sang-purs : il devinait de qui il s'agissait. Céphéus Black, héritier adopté de Régulus Black. L'on ne savait vraiment d'où sortait le garçon : il serait le fils du frère ainé de Régulus, disparu depuis des années après avoir été renié, et l'identité de sa mère était totalement inconnue. Mais son visage ne trompait pas : du sang Black coulait dans ses veines.

L'autre le dévisageait aussi de son côté, ne s'expliquant pas l'hostilité qu'on dirigeait contre lui. Céphéus n'avait pas l'habitude qu'on le craigne les doutes autour de ses parents avaient plutôt fait de lui un sujet de moqueries. Il ne comptait plus les fois où l'on avait craché « bâtard » sur son passage. L'adolescent face à lui semblait pourtant le considérer comme une menace. Céphéus sentit sa curiosité piquée au vif. Il ne se souvenait pas l'avoir déjà vu, il s'en serait rappelé : les gens avec des cheveux aussi noirs que les siens étaient rares. Si ce n'était les yeux étonnamment verts du plus grand, le première année aurait cru avoir à faire à l'un de ses cousins.

Nagini siffla une nouvelle fois, le faisant reculer d'un pas dans le couloir, avant de se laisser retomber au sol. Il ne put retenir un soupir de soulagement, avant de se rendre compte que l'animal glissait à présent vers l'inconnu. Celui-ci pourtant n'avait pas l'air de se préoccuper du serpent, et ne l'avait toujours pas lâché des yeux.

« Ce n'est rien, j'avais fini. »

Céphéus sursauta au son de la voix calme, beaucoup moins agressive qu'il ne s'y attendait. L'autre tourna sans hésitation le dos au python pour enfiler sa chemise, la boutonnant d'un coup de baguette, avant de jeter un pull élimé et déformé par-dessus. En moins d'une minute, il avait rassemblé ses affaires. Lui, mal à l'aise, se contentait de l'observer bêtement, ne sachant trop quoi faire pour détendre l'atmosphère, tout en surveillant Nagini du coin de l'œil. L'étrange élève se baissait pour lacer ses chaussures lorsque celle-ci se rapprocha brusquement de lui.

« Attention ! »

Deux paires d'yeux perplexes se levèrent vers Céphéus, qui, n'osant parler à voix haute de peur d'énerver la bête, gesticulait le plus discrètement possible pour faire comprendre le danger à son camarade. Celui-ci sembla capter le message, et secoua la tête avec un demi-sourire. Ses lèvres bougèrent, sans que Céphéus ne parvienne à distinguer autre chose qu'une respiration un peu sifflante. Nagini reprit son mouvement, repliant ses ailes contre son corps et s'enroulant le long du dos de l'adolescent jusqu'à ses épaules, pour poser sa tête dans le creux de son cou. Le brun lui laçait à présent son deuxième soulier. Il se redressa, supportant l'animal lové autour de lui, et s'avança, un peu raide, vers la porte que bloquait toujours le jeune héritier, trop médusé pour bouger.

Le plus âgé se racla la gorge d'un air gêné, et il finit par retrouver assez de présence d'esprit pour se pousser. Un remerciement et quelques secondes plus tard, Nagini et son cavalier servant avaient tourné au bout du couloir.

Ça alors. Il existait une personne à Poudlard que l'antique reptile appréciait. Personne ne le croirait s'il racontait cela. Comment avait-il fait ? On disait que même Rogue n'osait l'approcher de trop près, et Justinian Nott avait échoué à son tour quand il avait essayé. Céphéus se rejoua la scène en passant sous la douche, les circonstances désastreuses qui l'avaient amené à rentrer une semaine plus tôt complètement chassées de son esprit. Il passait un coup de peigne dans ses cheveux quand un reflet vert accrocha son regard. Un pendentif en jade avait été oublié par le précédent visiteur des lieux. Un premier indice pour se mettre à la recherche du silencieux charmeur de serpent. C'était décidé : il allait mener l'enquête. Poudlard allait donc se révéler aussi excitant qu'il se l'était imaginé !


Harry était assez perplexe. Il ne s'attendait pas, en rentrant dans sa salle commune après avoir passé quelques jours avec les Griffondors, à devoir enjamber un ensemble de filaments magiques, presque invisibles. Lui-même ne les avait repérés que par habitude. Vivre avec Dudley avait apporté son lot de pièges en tous genres. Il ne s'attendait pas non plus à voir un immense fauteuil encombrer l'entrée de l'escalier. A y regarder de plus près, cependant, tous les fils y menaient, et un garçon était recroquevillé entre les coussins.

Que faisait donc Céphéus Black à cette heure de la nuit hors de son lit ? Personne n'avait pu l'empêcher de rejoindre son dortoir ils étaient les deux seuls Serpentards du château. Il jeta un coup d'œil à la ronde, à la recherche de la dernière occupante des lieux. Celle-ci descendait justement les escaliers, elle devait l'avoir entendu arriver.

« Nagini ? Que sssse passse-t-il ?

Le serpent eut un claquement de langue amusé.

-Il te cherche, depuis trois jours. Comme il ne voyait rien, il sss'est mis à pensssser que tu ne venais que la nuit, et que tu étais un vampire ou quelque chose comme çssssa. Je crois que csss'est csssette fille fantôme qui lui raconté çsssa.

Harry ne put retenir un rire. Est-ce qu'il avait été aussi naïf à son arrivée ? Pas étonnant que Justinian ait pu l'attirer dans ses filets aussi facilement. Il regarda encore un peu le jeune garçon, ses cheveux noirs aussi désordonnés que les siens à cause du sommeil.

-Harry ? Il n'a pas l'air très...menaçssant, tu sssais. Et il a l'air un peu sssseul depuis quelques jours...

-Tu crois ? »

Le quatrième année, incertain, examina la proposition de Nagini. Il sortit sa baguette et ralluma silencieusement le feu dans la cheminée et les lampes. Puis, délicatement, il tendit la main et posa le doigt sur l'un des fils. Un carillon s'éleva dans la pièce, et le jeune Black se redressa immédiatement, la baguette déjà dans la main. Il avait beau avoir un côté enfantin, il n'était sans doute plus si innocent que cela. Il détaillait à présent Harry, les sourcils froncés.

« Tu n'es pas un mort-vivant, n'est-ce pas ?

- La question peut se poser, mais non. Tu ne devrais pas croire tout ce que raconte Mimi Geignarde.

Harry se mordit les lèvres pour réprimer son sourire en entendant la bordée de jurons que lâcha son interlocuteur. Plus sobrement, il ajouta :

-Je suis juste Né-moldu.

Le gamin le fixa un moment, puis balaya la réponse d'un geste. Malgré son hésitation initiale, il avait bien l'assurance de sa famille. Il se pencha en avant, pour soulever plutôt le problème qui le fascinait depuis le début de la semaine :

-Tu es surtout Fourchelangue, pas vrai ? »

A son honneur, Céphéus ne broncha pas quand la baguette d'Harry se braqua immédiatement entre ses deux yeux, un Oubliette sur le bout de la langue de son propriétaire. Le plus jeune se contenta d'écarter légèrement les doigts, et le crucifix en jade d'Harry coula dans sa paume. Il avança la main en signe de bonne volonté, et haussa un sourcil. Harry rentra en possession de son bien, et prit un siège.

Les enfants de nos jours, vraiment.


Théodore était discrètement adossé à une colonne, faisant semblant de siroter sa coupe de champagne français et hors de prix. Il ne s'amusait que rarement lors de ces fêtes, et il n'avait pas la moindre envie de boire à la santé de Justinian. Celui-ci fêtait ses quinze ans, et avait été couvert de présents pour l'occasion. Leur paternel avait fait un discours, sa grand-mère avait fait semblant d'être submergée par l'émotion, laissant échapper quelques larmes de crocodile. Lui n'avait qu'à bien se tenir et à occuper les parents éloignés et excentriques – comprenez n'ayant pas les mêmes vues sur l'existence que le patriarche Nott - dont personne ne voulait se charger. Pourtant on les invitait quand même, souvent pour leur fortune, parfois pour leur réputation, de temps en temps pour préserver les secrets compromettants qu'ils détenaient. Et c'était Théo qui, depuis qu'il savait parler, leur prêtait une oreille attentive, les distrayait ou leur rapportait les potins familiaux. Des contacts insoupçonnés de son frère, mais inestimables. Enfin, il avait eu toutes les conversations qu'il voulait avoir pour la soirée.

Les yeux dans le vide, il sursauta lorsqu'une main se posa sur son épaule.

« Théodore Nott ! Voilà donc où tu t'étais réfugié.

- Rinata.

L'adolescent refusait de se tourner vers elle, toute l'éloquence qu'il avait déployée il y a un moment pour charmer une vieille tante subitement envolée.

-Pas même un sourire ? Tu nous fuis ? J'ai l'impression de ne pas t'avoir vu de la soirée. Justinian aussi s'en étonnait. Quelque chose ne va pas ?

Théo fixait toujours obstinément le sol, mais il ne put cacher la grimace qui passa sur ses traits en l'entendant prononcer le nom de son frère. Il se reprocha immédiatement sa réaction : Rinata saurait la décrypter, au moins en partie. Il l'entendit faire un pas, avant qu'un doigt ne se pose doucement sous son menton pour le forcer à le relever. Il chercha à détourner le regard sans qu'elle le laisse faire.

-Oh, Théo... C'est encore cela, n'est-ce pas ? Nous en avons déjà parlé. Ne te préoccupe pas de ce qu'ils pensent tous maintenant, et ne te compare pas à Justinian. Tu tiens ton rôle parfaitement, et un jour tout le monde le reconnaîtra. Tu fais honneur à la famille Nott, n'en doute jamais.

Elle lui caressa doucement les cheveux, comme lorsqu'ils étaient enfants. Théo ne savait plus combien de fois ils avaient eu cette conversation, combien de fois elle avait voulu le rassurer et lui faire accepter son sort. Il ne pouvait pas. Il lui suffisait de la regarder elle, pour voir à quel point c'était injuste.

-Sois patient. Je sais que tu penses que tu les détestes maintenant, mais un jour, ils te reconnaîtront et tu te rendras compte que ta famille est tout.

-C'est ce que tu te dis ? C'est pour cela que tu acceptes de faire la potiche bien sage, de te mettre toujours à leur service ? La dévotion familiale ? Ne m'insulte pas. Ces gens ne m'accepteront jamais, et me haïssent autant que je les méprise. Tu te voiles la face si tu continues à croire que le seul honneur valable est de servir sa famille, comme la sotte à laquelle tu ressembles.

Il se dégagea brutalement, sans vouloir regarder son visage fâché et blessé. Mais elle lui attrapa le poignet, enfonçant ses ongles dans sa peau. Il garderait la marque quelques jours, pour lui avoir fait de la peine. Rinata se vengeait toujours quand il dépassait les bornes, même si elle ne se permettait de montrer son tempérament qu'à lui.

-Cesse. Tu vas te faire remarquer si tu traverses la salle dans cet état, et tu n'as pas à faire d'esclandre à l'anniversaire de ton frère.

Il céda, encore une fois. Plaçant un pauvre sourire sur son visage, il s'inclina et lui tendit la main.

-Une danse pour faire la paix ?

-Toujours. »

Alors qu'elle passait devant lui pour le mener à la piste de danse, il ne put s'empêcher de la détailler. Rinata était belle, et l'avait toujours été. Mais elle l'était encore davantage avec le léger sourire victorieux qu'elle arborait après avoir gagné leur dispute. Il fit tourbillonner la fiancée de son frère pendant quelques valses, avant de prendre congé et de se réfugier dans sa chambre.


Céphéus allait dîner quand un bruit sur le côté attira son attention. Il s'arrêta au milieu des escaliers menant au hall et jeta un oeil par-dessus la rampe. Un groupe de gens s'agitait dans un coin sombre de l'entrée, et il reconnut facilement Harry.

Après son retour, celui-ci ne s'était pas volatilisé à nouveau, et avait préférer profiter des canapés de la salle commune pour lire des romans, moldus comme sorciers, traduisant de temps en temps un passage à Nagini. Céphéus avait finalement osé entamer la conversation, une fois le serpent parti chasser, et le Né-moldu s'était révélé être de très bonne compagnie. Ses camarades de première année, qui avaient tous grandis ensemble, le laissaient à l'écart, lui qui n'était arrivé d'Amérique en Angleterre que pour la rentrée de Poudlard. Les autres années l'ignoraient, ou l'insultaient. Harry était le premier qui avait l'air intéressé quand il lui adressait la parole. Il l'avait battu plusieurs fois aux échecs sorciers, ou bien l'avait accompagné voler dehors, les premières années n'étant pas autorisés à utiliser le terrain sans un élève plus âgé. Puis il s'était à nouveau fondu dans les murs du château à mesure que la fin des vacances approchait, et que leurs camarades commençaient à revenir à Poudlard après les festivités d'Halloween.

Céphéus se pencha davantage pour essayer de voir ce qu'il se passait. C'était malheureusement trop évident. Trois Serpentards avaient poussés Harry contre le mur, et le menaçaient de leurs baguettes. L'un deux lui lança un sortilège que le fit tressaillir et gémir de douleur, mais le brun n'essaya même pas d'utiliser sa baguette qu'il tenait à la main pour se défendre. Les trois brutes éclatèrent de rire, et un nouveau sort fusa. Céphéus put distinguer leurs visages avec le rai de lumière : ils n'étaient qu'en troisième année. Sans doute qu'ils essayaient de profiter de la convalescence d'Harry.

N'y tenant plus, il dévala les escaliers, le ventricule de dragon dans sa propre baguette vibrant sous la colère.

« Ça suffit ! »

Le première année se plaça devant son ami et se redressa du mieux qu'il put, agitant sa baguette à la volée. Il avait remarqué, en essayant d'apprendre le sortilège de lévitation, que ce genre de gestes faisait soit tout exploser, soit produisait une sorte de bourrasque qui envoyait valser tous les objets autour. Chacune de ces deux réactions lui convenaient, mais heureusement pour ses adversaires, il n'eut droit qu'au coup de vent.

« Qu'est-ce que tu crois être en train de faire, Black ?

- Ça ne se voit pas ? Laissez-le tranquille.

Les trois ricanèrent, sans baisser leur garde. Ils toisèrent la paire pas si improbable que ça de haut en bas.

- Oh, voyez-vous ça. Le Bâtard a décidé de voler au secours du Sang-de-bourbe. Comme c'est...répugnant.

Ses doigts se serrèrent sous l'insulte, et il cherchait un sort pour répliquer, quand Harry posa une main dans son dos et le poussa brusquement sur le côté.

-Passe ton chemin. Tu n'as rien vu.

Céphéus trébucha sous la surprise, et se retourna vivement dans un gargouillement indigné, mais la victime lui tournait déjà le dos, et était à présent entre lui et les trois autres.

-C'est ça, Black, fais ce qu'on te dit, tu n'as pas envie de rester et de voir ce qu'on fait aux Sangs-impurs... »

Le Serpentard s'interrompit dans un grand cri, alors qu'un torrent d'eau visiblement brûlante lui tombait dessus. Tous levèrent la tête vers l'escalier au-dessus d'eux, d'où deux têtes rousses identiques leur adressaient des signes joyeux. Le Serpentard ébouillanté s'apprêtait à répliquer, quand sa baguette s'envola pour être rattrapée par un troisième roux derrière lui cette fois, dégingandé et à l'air faussement affable.

« Harry, mon ami ! Nous t'attendions pour dîner ! Maman nous a encore écrit dans sa dernière lettre de te faire grossir un peu, puisque, je cite, on dirait un Botruc coiffé comme un Sinistros. Et nous on a trop peur d'une beuglante pour désobéir, tu nous connais.

Les jumeaux approuvèrent vigoureusement.

- Rends-moi ma baguette et fous le camp, Weasley, gronda le Serpentard qu'on ignorait.

- Oh, ça ? Le roux agita négligemment son butin.

- Tu vas me le payer ! Sale traître à ton sang, toi et ta famille, vous ne valez pas mieux que des Sangs-de-bourbe ! »

Les yeux bleus du rouquin se plissèrent, et il échangea un regard avec ses frères. Puis il attrapa Harry et Céphéus par le bras et les entraîna dans la Grande salle.

« Ne faisons pas attendre Hermione, Fred et George ont quelque chose à régler. Ils ont déjà mangé de toute façon. »