Bonjour, voilà le nouveau chapitre !
Merci à Yuukyun pour sa relecture !
Harry Potter appartient à JK Rowling
Chapitre sept : Winter is coming
« Et bien puisque notre Goldenboy a finalement décidé de se joindre à nous, on va pouvoir commencer. »
Draco étouffa un soupir à la remarque de Pansy et se retourna à demi pour adresser un sourire rassurant au nouveau venu. Cela ne dut pas marcher. Il faisait mal le rassurant, sans doute. Potter le fixa un moment, puis se contenta de poser son sac et de tirer une chaise entre Draco et Théo, sans adresser un regard à sa camarade maussade.
Il avait l'air d'aller mieux, c'était indéniable. Son visage était plus clair, ses cheveux partaient à nouveau dans tous les sens, et les reflets acajous qui se dissimulaient entre les mèches noires étaient révélés par la lumière tombante. Il avait repris les teintes rassurantes d'un être humain normal, comparé à l'image perturbante qu'il donnait dans l'infirmerie. Mais ses yeux brillaient toujours de méfiance, comme un indice qu'il n'était pas tout à fait des leurs.
Sur le conseil de son filleul, Rogue avait déclaré une semaine après la rentrée qu'il était inadmissible qu'un élève de Serpentard ait des résultats aussi médiocres que Potter. Les élèves de quatrième année avaient donc été officiellement forcés de constituer un groupe de soutien pour faire leurs devoirs avec le Né-moldu et l'aider à rattraper son retard après son séjour à l'infirmerie. Draco et Théo avaient feint de se résigner à leur sort alors que Justinian était dans les parages, et Milicent avait acquiescé silencieusement. Mais dans le cas de Pansy, il y avait certainement un fond de vérité dans ses plaintes. Révolution du monde sorcier ou non, elle rechignait à perdre son temps à expliquer des notions de première année à un cancre. Enfin, ils avaient besoin d'elle : c'était, en dépit des apparences, la meilleure élève de leur maison. Simplement, elle préférait n'user que le minimum de son temps pour ses devoirs, et dédier le reste à ses nombreux loisirs et des dizaines de passe-temps futiles. Draco l'avait pourtant convaincue de se prêter au jeu, arguant que Potter gagnait à être connu. Une dizaine de jours après la rentrée, ils s'étaient donc rassemblés dans une salle vide pour se lancer dans un sujet de Défense sur les dragons. Pansy reprit la parole, prenant d'office la direction des opérations.
« Bon Potter, on va constater l'étendue des dégâts. Essaie de faire ton devoir tout seul, puis je le relirai et tu recommenceras avec notre aide. »
Potter frémit sous l'insulte à ses côtés, mais ne répliqua pas en sortant de quoi écrire. Draco avait un mauvais pressentiment. Ça ne marcherait jamais. Intégrer le Né-moldu à leur groupe était la première phase du plan, mais ce dernier gardait son air apathique, et Pansy était décidé à ne faire aucun effort. Pourtant, malgré tous ses défauts, la Sang-Pur n'était pas spécialement raciste : elle divisait simplement les gens entre ceux qui méritaient son attention, et les autres. Autant elle pouvait être imbuvable envers tous ceux qu'elle considérait comme des idiots, autant sa perfidie pouvait être une aide précieuse si elle décidait de se rallier à Potter. Enfin, vu comme c'était parti... Draco capta le regard lourd de sens de Théo et Milicent, qui avaient l'air de penser la même chose que lui.
Après une heure de travail, Potter relisait son parchemin, tandis que Pansy avait déjà fini.
« Allez, Potter, passe-moi ça. »
Le brun termina ce à quoi il était occupé sans faire mine de l'avoir entendu.
« Fais pas de chichi et exécution. Le temps que je passe à t'aider, c'est du temps pris sur ma manucure. »
Potter passa sa feuille sans mot dire. Draco se prépara à réparer les dégâts qu'allaient probablement causer les commentaires dévastateurs de son amie. Il ne fallait pas que le Né-moldu décide qu'ils ne valaient pas mieux que Justinian et laisse tout tomber. Pourtant, rien ne vint. Pansy se pencha davantage sur le parchemin, mordillant ses lèvres de temps en temps, passant sa main dans ses cheveux, se murmurant à elle-même. Le blond jeta un regard en coin à son camarade, dissimulant sa surprise. Potter attendait, le menton entre ses mains et les coudes sur la table. Les yeux grands ouverts, il était l'image même d'une sorte de candeur nerveuse, semblant suspendu aux lèvres de la jeune fille.
Celle-ci releva enfin les yeux et, sans se laisser démonter par l'excellence du devoir qu'elle venait de relire, contre toutes ses propres attentes, conclut :
« Et bien Potter, on dirait que tu n'es pas totalement inapte.
Le garçon lui renvoya le sourire le plus niais que Draco ait vu depuis longtemps, remplissant parfaitement le rôle de l'idiot du village auquel s'était attendue Pansy. Il lui renvoya avec le plus grand sérieux :
- Mais je m'en voudrais d'empiéter sur le temps consacré à tes ongles, Parkinson. Chacun ses priorités, je comprends bien.
Milicent s'étouffa avec sa salive, et Draco toussota dignement pour cacher son rire. C'était de leur faute aussi, ils auraient dû s'en douter, le meilleur ami de Granger ne pouvait pas être un parfait ignare. A chaque fois qu'il pensait qu'il avait cerné Potter, celui-ci lui montrait à quel point il se trompait, le renvoyant à la case départ et se dérobant toujours. Il était imprévisible derrière ses hideuses lunettes. Qu'importe, tous ceux qui l'avaient pris de haut allaient s'en mordre les doigts. Quant à lui, il ne voudrait faire sa révolution avec personne d'autre.
Théo n'essaya pas de retenir son rire, toujours prompt à se moquer de n'importe quelle situation.
- Merlin, mais il parle, en plus ! Je sens qu'on va bien s'entendre Potter.
Il envoya un clin d'œil à sa nouvelle connaissance, qui le regarda d'un air surpris, avant qu'une moue complice, et légèrement revancharde n'apparaisse sur son visage. Draco se mit lui aussi à rire. Il crut voir une étincelle d'orgueil et de plaisir courir dans les iris verts, bien trop vite cachée pour qu'il en soit certain.
- Bien. On va pouvoir laisser tomber cette histoire absurde de soutien scolaire et plutôt trouver un moyen d'empêcher Nott – l'autre – de te tomber dessus dans chaque recoin sombre. Des idées ?
Pansy resta un moment songeuse. Finalement, elle testa une dernière fois Potter avec un brin de malice :
- Et qu'est-ce que notre nouveau petit pote Potter sait des Patronus ? »
La moue orgueilleuse de leur nouveau Serpentard s'évanouit aussitôt. Sentant quelque chose, Pansy se mit en devoir de lui faire jeter le sort, pour voir si son animal avait suffisamment de consistance pour les avertir en cas de problème.
Quelques minutes plus tard, un adorable petit faon aux immenses yeux verts gambadait follement autour d'eux. Potter tentait de cacher son embarras, marmottant dans sa barbe à propos d'un certain Bambi et des Patronus qu'on ne choisit pas. Personne ne l'écoutait, naturellement, trop occupé à observer l'apparition qui folâtrait dans la bibliothèque. Il se pouvait même que Draco ait discrètement laissé ses doigts tendus au passage du Patronus près de lui, juste pour l'effleurer et voir s'il était aussi doux qu'il en avait l'air.
Dépité, Potter les laissa faire un moment, avant de détourner efficacement l'attention en leur parlant de Nagini, une autre défense possible. Un Fourchelangue et un faon ? Décidément, Potter pouvait être surprenant.
Harry ne lui avait pas souhaité son anniversaire. Un mois avait passé depuis Halloween, et Justinian n'avait pu qu'entr'apercevoir le plus jeune. Il glissait toujours hors de sa portée, d'une manière ou d'une autre. C'était d'une impolitesse... Il était agacé, et il comptait bien le lui faire savoir. L'occasion parfaite se présenta justement sur le chemin de la salle de potions, sous les traits d'une fille brune, cheveux ébouriffés et dents un peu trop longues. S'il n'arrivait pas à attraper son ami, il le ferait venir à lui. Rien de tel pour obtenir une réaction que de faire mine de s'en prendre à Granger. Il lança négligemment un premier sortilège, envoyant valser les livres de la Miss-je sais-tout. Elle sursauta et trébucha sous la surprise.
« Granger. Je ne t'ai pas encore remerciée pour notre dernière rencontre.
- Mais je t'en prie, Nott, à ton service, grinça-t-elle en essayant de se relever.
Mais le cinquième année lui assena brutalement un autre sort, l'empêchant de se redresser.
- Ne crois pas que je laisse n'importe qui me parler sur ce ton, salope. Tu n'as même pas les privilèges que j'accorde à Harry. Alors reste à ta place, Sang-de-bourbe.
Il réfléchit un instant, et pris d'une soudaine inspiration, entama la formule qui raserait la moitié du crâne de la Griffondor. Juste à ce moment, Rogue s'engagea dans le corridor.
« Nott ! Peut-on savoir ce que vous êtes en train de faire ?
Surpris, Justinian laissa tomber sa proie. Que lui voulait donc le professeur ? Souriant, il se retourna pour répondre avec aplomb et arrogance qu'il aidait la Sang-de-bourbe de Griffondor à se relever, elle qui s'était stupidement étalée par terre. Qu'importe si son excuse n'avait pas une once de vraisemblance. Sans surprise, il vit les coins de la bouche de l'homme s'étirer en un fin sourire, et il sut qu'il allait s'en tirer comme ça. Comme toujours.
- Et je vous en félicite, Monsieur Nott. Auriez-vous aussi l'obligeance de ramasser ses livres pour elle, je pense que la pauvre s'est fait mal et elle ne peut sans doute pas se baisser.
Nott se redressa, trop abasourdi pour être furieux. Granger avait l'air de ne pas en croire ses oreilles non plus. Qu'est-ce que c'était que cette farce grotesque ? Il leva un sourcil avec ironie, s'attendant à voir l'adulte rire avec lui de cette plaisanterie. Mais celui-ci se contenta de confirmer d'un ton polaire :
- Vous m'avez bien compris.
- Pardon ? Vous voulez que je ramasse... ? » Lui ? Se mettre à genoux au sol ? Justinian perdait ses mots devant cette trahison et sentait la rage l'envahir. « Cette sale Sang-de-bourbe peut bien ramper pour les récupérer toute seule, c'est bien là sa place, et certainement pas la mienne !
Granger allait répondre, sa baguette déjà pointée sur lui, mais le professeur de potion la devança encore une fois.
-Une heure de retenue, Monsieur Nott, pour avoir la courtoisie d'un troll !
- Je vous demande pardon, Professeur ?
- Vous m'avez parfaitement entendu. Jeudi soir, huit heures avec Rusard. »
Justinian n'attendit pas que son directeur de maison ait fini sa phrase pour tourner les talons, blême de fureur. Comment ce Sang-mêlé, ce pathétique enseignant, satisfait d'une existence médiocre au service d'héritiers comme lui, avait-il osé l'humilier de la sorte ! « Un troll ». Justinian revoyait les expressions choquées de ses camarades, qui, la surprise passé, cachaient des sourires moqueurs derrière leurs mains.
On voulait rire à ses dépens ? Il allait leur montrer ce qu'il leur en coûterait.
Draco essayait de parler, mais quoiqu'il dise à propos des droits des Nés-moldus, qu'il hurle, Harry ne l'entendait pas et se détournait. Il tentait de le retenir, il ne devait pas le perdre de vue. Mais l'autre garçon lui arracha son bras et se mit à courir à travers Poudlard. Il ouvrit la porte de la salle de potion, se précipita à travers la grande salle, Draco sur les talons. Alors le corps d'Harry s'allongea, se couvrit d'écailles, et deux ailes sortirent de son dos. Le Harry-Nagini s'adressa soudain à lui. Les mots étaient en Fourchelangue, pourtant Draco comprenait naturellement. Il s'interrogea un instant sur cette étrangeté, il y avait quelque chose qui clochait avec cette situation, toutefois il ne parvenait pas à mettre le doigt dessus. Malheureusement, son instant d'inattention allait lui coûter cher. Le serpent ailé avait saisi l'occasion et s'était enfui, grimpant les escaliers de la tour d'astronomie. Sans que Draco ne puisse rien faire, Harry fit un dernier pas avant de sauter dans le vide. Draco ne devait pas le lâcher des yeux. Il se sentit tomber à son tour dans l'abîme, alors que son camarade avait été avalé par le noir...
Draco se réveilla en sursaut à la sensation de chute. Il respirait par saccades, les mains bien à plat sur son matelas pour se rassurer. Il était dans son dortoir, et on était au milieu de la nuit. Tout était normal, rien de tout cela n'était arrivé. Il essaya de se rendormir, mais un dernier doute le maintenait éveillé. Se redressant avec brusquerie, il décida d'aller vérifier. Ça ne dérangerait personne... A pas de loup, il s'approcha du cinquième lit, dont les épais rideaux argentés étaient hermétiquement fermés.
Après le début de leurs soit disant cours de soutien, Harry avait accepté de revenir dormir dans les cachots. Ce serait une bonne chose que les autres Serpentards s'habituent à le voir dans les parages, avait argumenté Draco. Harry l'avait regardé avec défiance sans répondre. Le soir venu, Draco s'était résigné à son absence, quand la porte s'était ouverte pour laisser entrer Nagini, suivie du Fourchelangue. Celui-ci avait déposé ses affaires sur son lit avec des gestes rigides. Le blond avait finalement brisé le silence, juste en lui disant que la salle de bain était libre. Éloquent comme toujours, Malfoy.
Depuis, Harry dormait dans la même pièce qu'eux. Draco ne pouvait pourtant en prendre l'habitude, ni s'empêcher de guetter tous les matins le moment où il émergerait des rideaux, pour l'accompagner pour traverser la salle commune, se donnait-il comme excuse. Il avait surtout l'impression d'être un Lovegood en safari, épiant un ronflak cornu qui s'effaroucherait au moindre signe de danger.
D'une main précautionneuse, il écartait à présent les pans de tissu, rien que pour s'assurer que le Né-moldu était toujours là. Il dormait, le visage enfoui entre les oreillers et sa masse de boucles brunes. Draco s'avança juste un peu, voulant effleurer la tempe. Mais il n'eut pas le temps d'achever son mouvement.
En un instant, Harry était accroupi à l'autre bout du lit, sa baguette levée dans un mouvement d'autodéfense instinctif. Dans la pénombre, ses cheveux désordonnés lui mangeaient le visage. Une lueur sauvage allumait ses yeux, alors que leur propriétaire était encore dans un monde intermédiaire entre l'inconscient et l'éveil. Draco leva les mains devant lui et le brun finit par se laisser tomber sur les genoux, tout en tendant la main pour attraper ses lunettes. Lui-même toussota, puis prit le ton le plus digne qu'il avait à sa disposition.
« J'ai fait un cauchemar.
Harry allait faire une remarque sarcastique, quand, ses lunettes sur le nez, il remarqua les restes de panique sur le visage de Draco. Le Sang-pur semblait ne pas vouloir vraiment le quitter des yeux. Mal à l'aise – qui eut cru qu'Harry Potter, vermine de son état, serait un jour obligé de rassurer le précieux héritier Malfoy après un mauvais rêve – le Né-moldu fit tout de même une tentative :
- Euh...Tout va bien... Tu veux que j'allume la lumière ?
Draco sembla soulagé de l'entendre parler. Il soupira et passa la main dans ses cheveux.
- J'ai rêvé que tu courrais et que tu tombais dans le vide.
- Oh. Ben... Non. Je vais bien.
Un peu abrupt, peut-être, pour quelqu'un qui s'inquiétait à son propos jusque dans ses rêves. Harry avait presque oublié que c'était Draco qui l'avait trouvé après sa chute cela avait dût être assez marquant, pour que le blond ne puisse se retenir de vérifier comment il allait au beau milieu de la nuit. Celui-ci déglutit, et détourna le regard pour cacher sa gêne :
- Tu ne vas nulle part ?
- Non... Toi non plus ? »
Harry gigota et rougit dans la pénombre. Draco fit non de la tête, un sourire un peu tremblant aux lèvres. Si eux-mêmes ils avaient du mal à y croire, à leur pacte et leur révolution encore dans l'œuf, ça risquait d'être encore plus compliqué que prévu. Vraiment, quelle paire de conspirateurs ridicules ils faisaient...
D'un commun accord, il fut conclu que cet épisode n'aurait jamais eu lieu une fois le jour levé.
Le professeur Flitwick avait encore fait des merveilles cette année pour la décoration du banquet de Noël. Draco suivait distraitement des yeux un des flocons magiques qui flottaient dans l'air, ignorant totalement les conversations autour. Le jeune Malfoy avait l'air parfaitement à sa place, sous la neige enchantée et au milieu des architectures de glace qui ornaient les tables. Théo se chargeait de la conversation avec leurs voisins, lançant Vincent et Grégory dans une conversation sur les complexités du rugby, un sport qu'Harry leur avait fait découvrir quelques semaines auparavant. Théo s'était aussitôt empressé de faire rentrer en cachette dans le château des magazines moldus sur le sujet.
Le Né-moldu et le cadet des Nott s'entendaient étonnement bien. Draco en ressentait parfois un certain agacement : c'était lui qui lui avait tendu la main, deux fois même. Et pourtant, Harry allait plus naturellement vers Théo. Le Né-moldu avait préféré rester dans le dortoir ce soir. Il ne venait jamais aux banquets, et ni Draco ni Théo n'avaient pu le faire changer d'avis. Pourtant, Justinian n'avait pas essayé de l'approcher depuis l'incident avec Hermione. Selon leurs informations, Nott Senior avait même essayé de menacer Dumbledore, qui avait refusé d'annuler la punition et s'était rangé aux côtés de son professeur de potion. Quant à eux, ils s'étaient employés à répandre la rumeur de l'altercation et l'insulte dans toute l'école. Le préfet avait été vert de rage. Mais ce soir, il semblait parfaitement à l'aise, voire même un peu trop réjoui.
Théo lui appuya sur le pied.
« Reviens parmi nous un peu. Et cesse de faire cette tête, les vacances ne durent que deux semaines, Harry ne va pas s'envoler.
- Tu sais pourquoi il ne rentre pas chez lui ?
- J'en sais autant que toi : mauvaises relations familiales.
Le silence buté d'Harry le contrariait. Pourtant, en tant que Sangs-Purs, ils s'y connaissaient en querelles de famille, ils pouvaient comprendre même les situations les plus absurdes. Ça le blessait dans son amour-propre qu'il le croit incapable de saisir. Il revoyait encore l'expression douce mais inflexible quand il avait essayé d'insister et que le brun l'avait envoyé paître. Il n'avait eu droit qu'à un sourire pour le remercier de son inquiétude et une secousse de boucles brunes en dénégation.
- Tu comptes lui offrir quoi ? reprit Théo.
- Je... » La porte s'ouvrit à la volée, et la voix de Rusard couvrit la réponse de Draco :
« Un troll ! Un troll dans les cachots ! »
« Vraiment, Parkinson, pourquoi tu as autant de valises et de paquets ? » demanda Harry en guidant avec soin une des nombreuses malles de sa camarade dans le couloir. Celle-ci avait ratée le banquet pour finir ses bagages, et avait réussi à le convaincre, il ne savait plus trop comment, de l'aider à tout transporter jusqu'au hall.
« Figure-toi, mon Petit Pote Potter, que certains d'entre nous ont une vie sociale et un agenda extrêmement chargés pour ces vacances, et que cela implique une certaine quantité de cadeaux – fais attention à ne rien casser, d'ailleurs – et de robes. Sans parler des chaussures. »
Harry ne chercha pas à entrer dans les détails et déposa son fardeau, pour passer au suivant. Soudain, le sol se mit à trembler. Une secousse. Ils furent obligés de s'accroupir au sol pour ne pas tomber. Une deuxième. Un portrait cria d'horreur, et dans un grand fracas, le mur en face d'eux s'écroula. Dans le nuage de poussière, on distinguait à peine un énorme poing verdâtre secouant maladroitement un gourdin aussi grand qu'Harry.
Aussitôt, le garçon se releva pour courir, avant de se rendre compte que Pansy était restée figée. Elle était paralysée d'horreur, et ne faisait que fixer la créature devant elle. Harry jura, mais revint sur ses pas et lui agrippa le bras, puis la tira à sa suite. Elle réagit enfin, et ils se mirent à courir à perdre haleine, s'enfonçant dans les cachots. Ils se demanderaient ce que cette chose faisait là plus tard. Pansy haleta :
« Le troll... Il va nous suivre à l'odeur...
- Une seule solution, alors... »
Harry la poussa dans un couloir adjacent et à travers une porte. Ils déboulèrent dans les toilettes des filles. Les élèves les évitaient habituellement : situées sous les salles de potions, l'air qu'on y respirait portait les vapeurs nauséabondes des concoctions ratées des élèves et des expériences de Rogue. Avec de la chance, le troll ne les trouverait pas. Harry lança quand même un sort pour verrouiller la porte, et la changea en pierre pour faire bonne mesure.
Malheureusement, Harry Potter et la chance...
Severus aperçut un envol de mèches blondes au coin d'un mur en miette. Aucun élève n'était censé être là ! Il rattrapa son filleul, accompagné de Théodore Nott.
« Retournez immédiatement dans la Grande Salle. Vous n'avez pas entendus les instructions du Directeur ? Vous n'avez aucune idée du danger qu'un troll des montagnes représente !
- Harry et Pansy sont restés dans les cachots » l'informa simplement Théodore. Draco lui n'avait même pas pris le temps de tourner la tête vers lui, ses yeux perçants évaluant les couloirs sombres autour d'eux et les pierres qui se dérobaient dans la lumière des bougies. Il lançait en continu tous les sorts de localisations de son répertoire, mais la magie du château, déployée dans les corridors pour commencer à réparer les dégâts, ralentissait le processus.
Merlin. Où est-ce qu'ils pouvaient être maintenant ? Le troll avait dû se mettre à leur poursuite, il fallait les retrouver le plus vite possible... Un sifflement attira leur attention. Nagini passa en flèche au-dessus d'eux, et avant qu'il ne puisse l'en empêcher, Draco était repartit en courant à la suite du serpent à plumes.
Ils arrivèrent devant un éboulement, le mur des toilettes des filles ayant été totalement détruit et la tuyauterie arrachée. Un amas de pierres leur bouchait la vue, d'où ruisselait de multiples filets d'eau. Seul leur bruit monotone brisait le silence qui commençait à leur sembler oppressant. Le troll semblait s'être éloigné, mais aucun indice de la présence des deux Serpentards non plus. Laissant de côté toute discrétion, le maître de potion attaqua l'éboulement, explosant les moellons les uns après les autres pour leur ouvrir un chemin.
« Il y a quelqu'un ? Potter ! Potty ! C'est toi ? » La voix de Pansy tremblait alors qu'elle transperçait soudainement le silence. Le blond se rua dans le passage, baguette en avant, suivi par ses compagnons.
« Pansy ! »
Ils s'arrêtèrent net en entrant dans la pièce. Les lieux avaient été transformés en un véritable champ de bataille, et le troll gisait au centre sur le carrelage fracassé, sa poitrine se soulevant encore. Presque la moitié de son corps était enfouies sous un entrelacs de feuillages et de lianes. La source semblait en être une espèce de tronc. A y regarder de plus près, c'était en réalité la massue du troll qui s'était ramifiée à la suite d'un sort. Des traces de sortilèges émaillaient les murs et le sol.
Près de ce qui avait été des robinets était accroupie Pansy, apparemment indemne quoique beaucoup trop pâle. Aucun signe du Né-moldu, cependant. Draco et Nagini faisaient frénétiquement le tour de la pièce comme des prédateurs en cage, à la recherche d'Harry, en espérant que le récit de Pansy leur donnerait des informations. Mais elle avait rapidement perdu connaissance suite à une chute alors qu'ils tentaient d'esquiver les coups. La dernière image qu'elle avait en mémoire était peu rassurante : un Harry suspendu par le pied dans les airs, alors qu'aucun de ses sortilèges n'avaient d'effet.
Tout proche, le troll renifla, puis se retourna, leur tournant le dos. Tous s'immobilisèrent. Il cala sa tête chauve sur son coude et continua à dormir comme un – très gros – bébé vert : l'image était assez repoussante. Personne n'osa demander à voix haute s'il allait aussi se mettre à sucer son pouce.
Théo s'était joint aux recherches pendant que Rogue administrait les premiers soins. Les deux élèves et le serpent, ayant examiné chaque recoin, s'étaient à présent rapprochés du troll, dont les ronflements faisaient écho autour d'eux. Brusquement, Nagini fondit dans la masse végétale avec un sifflement perçant. Mais elle en ressortit presque aussitôt, attaquée par les lianes. Furieux, le reptile chargea à nouveau, dans un cri strident et un jet de flammes bleues. Les lianes battirent aussitôt en retraite, découvrant Harry, le visage couvert de sang. Draco sentit le souffle lui manquer encore une fois.
Il commençait à comprendre pourquoi Granger angoissait dès qu'elle ne voyait pas arriver son ami. Il allait vraiment falloir faire quelque chose contre cette propension quasi-prophétique d'Harry à se fourrer dans le pétrin.
Pansy et Harry avaient été emmenés à l'infirmerie, où une Pomfresh fataliste avait retrouvé son patient le plus régulier, avec un simple « C'était trop beau pour durer ». Draco et Pansy l'avaient fusillée du regard et elle s'était abstenue de tout autre commentaire, commençant son diagnostique. Harry n'avait que quelques égratignures, et était surtout profondément endormi. Elle le réveilla assez facilement, heureusement. Le blessé plissa les yeux, gémit un peu, avant de tourner vers ses camarades un regard émeraude vacillant. Il semblait surpris de les trouver là, et encore plus étonné par leur angoisse palpable.
« Harry ? Comment tu te sens ?
Celui-ci se concentra sur Draco, visiblement complètement perdu, mais essayant quand même de garder un peu de dignité. Son regard flou et son nez retroussé sous la concentration et le mal de tête gâchaient l'effet.
- Ça va... Quelle heure il est, c'est le matin ? Vous avez tous fait un cauchemar cette fois ? J'ai fait un rêve étrange, tu étais là Pansy... Ah, non, il y avait un troll... Et puis le sort est parti dans tous les sens, je crois, je sais plus trop...
Rogue intervint :
- Quel sort ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Concentrez-vous Potter.
Sous les questions, Harry parvint à murmurer d'une voix pâteuse de vagues explications sur un charme somnifère improvisé, lancé à bout portant sur les épaules du troll et d'une plante-distraction. Le garçon était encore dans les limbes du sommeil et délirait à moitié, mais ils finirent par avoir toute l'histoire, entrecoupée de bâillements.
- J'ai la tête qui tourne...
Pansy intervint avant qui que ce soit d'autre, un peu émue :
- Forcément, Potty, quand on s'amuse à faire du rodéo sur des trolls !
- Tu sais bien que je ferais n'importe quoi pour que rien n'arrive à tes ongles, Parkinson. C'est important la manucure, c'est comme le gel de Draco... »
Maintenant que tout danger semblait écarté, Théo se permis de s'écrouler de rire sur le côté en prenant note des divagations d'Harry, Draco se détourna pour se regarder dans la vitre de la fenêtre avec autant de hauteur qu'il le pouvait. Pansy rougissait, tandis que le sourire charmeur que tentait de lui décocher Harry se transformait rapidement en grimace. Le professeur de potions prit le relais, atterré devant le comportement des membres de sa Maison. Cela devait être la retombée d'adrénaline. Il renvoya tout le monde dans la salle commune, venant à bout des protestations de son filleul, sans oublier d'attribuer un bon nombre de points à Serpentard. Potter avait maîtrisé un troll pratiquement seul, cela valait bien une récompense. Même s'il s'agissait d'une prouesse griffondorienne, et que les effets secondaires étaient pour le moins... indésirables.
De toute manière, il ne doutait pas de leur capacité à tous à contourner le couvre-feu et à rejoindre l'infirmerie pour ne pas abandonner un des leurs à son sort. Bah, l'infirmerie tombait sous la juridiction de Pomona, lui pourrait dormir tranquille. Il ne devrait pas en entendre parler avant demain matin.
Le lendemain, les conversations de la Grande Salle au petit déjeuner ne tournaient qu'autour de l'évènement. Les dortoirs de Serpentard étaient intacts, seules quelques salles et des murs avaient subis les dégâts. L'on attendait surtout avec impatience la sortie de l'infirmerie du héros du jour. Les rumeurs les plus folles courraient sur la manière dont Potter avait vaincu le troll. A la table de Serpentard, les premières années étaient persuadés qu'il avait reçu l'aide de Salazar Serpentard lui-même sous la forme d'un immense basilique – ce que Pansy Parkinson ne démentait pas - à qui il aurait commandé en Fourchelangue, insistait Céphéus Black malgré les airs dubitatifs des autres. Parmi les plus âgés, certains s'interrogeaient sur les capacités de Potter, tandis que d'autres feignaient de ne pas être impressionnés le moins du monde : un Sang-de-bourbe ne pouvait pas savoir se servir de sa baguette, à tous les coups le troll était stupide et s'était assommé lui-même. Justinian, bien sûr, défendait la dernière hypothèse. Lui-même aurait eu du mal, il était inconcevable que Potter y ait réussi. Il avait beau savoir qu'Harry était plus doué qu'il n'y paraissait, un Sang-de-bourbe restait néanmoins limité.
Finalement, Harry Potter entra dans la Grande Salle, suivit par Rogue, qui avait été le chercher pour lui faire un dernier examen : avec le nombre d'os qu'il avait déjà cassés, il valait mieux être prudent. Il avait au moins retrouvé ses esprits, et cessé de débiter tout ce qu'il lui passait par la tête. Ils allaient atteindre le bout de la table de Serpentard, quand Justinian Nott se leva pour gagner la sortie. Harry détourna les yeux, faisant mine de regarder Hermione à la table à côté, et ne remarqua donc pas l'expression sardonique du préfet. Cependant, pour une fois, il ne fit aucune remarque à sa proie favorite. Il se contenta de lancer négligemment à Rogue :
« Eh bien, c'est heureux que le troll ait eu la courtoisie de ne saccager que votre bureau, Professeur, et pas votre laboratoire. Il aurait été tragique que vous perdiez toutes vos recherches, au lieu de quelques copies, non ? »
Harry releva brusquement la tête, mais le préfet était déjà reparti. Son professeur, lui, ne laissait rien paraître, et le laissa là pour rejoindre la table des adultes. Perdu dans ses pensées, il continua son chemin. Voilà pourquoi il avait été laissé en paix ces dernières semaines : Justinian avait utilisé son brillant cerveau pour autre chose. Il frissonna : quand Justinian se rendrait compte de ce qu'il se passait, sa réaction serait terrible. Et maintenant qu'il n'avait plus sa vengeance pour le distraire de ce qui se passait dans sa propre Maison, cela n'allait plus tarder.
« Mon PPP ! Te voilà ! » Pansy surgit et l'enlaça dans un mouvement de diva. Elle se recula, et, jouant le rôle de la grande dame à la perfection, continua d'une voix étouffée par l'émotion :
- Cela ne t'ennuie pas que je t'appelle mon PPP, j'espère ? C'est tellement plus court que Petit Pote Potter, et cela donne une certaine touche familière, non ? Après tout, des aventures aussi éprouvantes et intenses que celles que nous avons vécues ensemble, ça rapproche les êtres. Ma gratitude...
Draco la coupa dans son monologue.
- Pansy, qu'est-ce que tu as fait ?
La brune, visiblement remise de l'émotion de la veille, eut un sourire diabolique. Chasser le naturel...
- J'ai raconté les prouesses de mon sauveur à mes parents par cheminette, et ils souhaitent absolument te rencontrer. Tu es donc officiellement invité au très fameux, très sélect, très élégant, très aristocratique et très inoubliable bal du Nouvel An de la famille Parkinson. Je serais ravie de m'occuper de ta robe de soirée. »
Les exclamations de surprise fusèrent de part en part. Jusqu'ici, les grandes familles comme les Parkinson avaient toujours suivi la règle tacite de l'ancienne noblesse sorcière : Sang-purs uniquement. Pansy se pencha et souffla avec un clin d'œil :
« On dirait qu'il est temps d'entrer en scène, Potter. »
Simultanément, les rouages de tous les esprits de la table de Serpentard se mirent en marche, chacun élaborant des scénarios contradictoires, et cherchant son camp.
