Bonjour !

Sans transition, le chapitre, il s'est assez fait attendre !

Merci à YuuKyun pour la relecture !


Harry Potter appartient à J.K. Rowling


Chapitre huit : Frankenstein

« Je ne peux pas te promettre que je ne jetterai pas mon verre de champagne à la tête de quelqu'un.

- Laisse-moi deviner, tu n'aimes pas le champagne ? Si je te donne de la Bièraubeurre, tu feras plus d'efforts pour te retenir ?

- Qui te dit que toi tu y arriveras ?

- C'est un pari Potter ? »

Les deux garçons, les pieds sur le perron et la tête en l'air, contemplaient la majestueuse porte d'entrée du Manoir Parkinson. Impeccables dans leurs costumes noirs qui se fondaient dans la nuit, ils se tenaient là depuis dix bonnes minutes. Le couple Malfoy était entré avant eux, et Pansy et Théo les attendaient à l'intérieur. Même le petit Black avait déjà franchi le seuil. L'invitation indiquait vingt heures, il était presque vingt et une heure : ils étaient parmi les derniers. Draco repris la parole, dans une vaine tentative pour retarder l'inévitable :

« Tu crois vraiment que c'était une bonne idée, le smoking moldu ?

Draco ne posait la question que par rapport au contexte, et pour gagner du temps. Harry en smoking noir, dans l'absolu, était très certainement une bonne idée. Il était lui-même assez content du sien.

- Non, mais c'est trop tard maintenant. Tu ne vas pas l'enlever et y aller en caleçon. Autant ton père peut se faire à l'idée que son fils arrive en retard avec un Sang-de-bourbe, autant te pointer en petite tenue risque de mal passer. Et puis ça a un côté très James Bond.

- Ton nom est Potter, Harry Potter, alors vas-y.

- Je n'aurai jamais dû te raconter ce film. »

Harry se tortilla une dernière fois dans son habit, tripota le col de sa chemise, ébouriffa ses cheveux, carra les épaules, lissa sa veste, leva la main vers le heurtoir, et, enfin, redescendit la marche du perron qu'il venait de monter. Il passa derrière Draco, faisant mine de lui céder le passage :

« Après toi. »

Le blond à ses côtés fit semblant d'être exaspéré pour cacher sa propre nervosité.

« Je vois. Trainer avec tous ces Weasley ne t'a vraiment rien apporté on dirait.

- C'est toi le Malfoy, sans peur et sans reproche. Et puis toi, tu n'as pas entendu les prophéties fumeuses de Trelawnay pour ce soir pendant toutes les vacances.

- Merlin merci. Bon, il faut bien que quelqu'un ait des tripes dans cette révolution.

- Justement, là tout de suite, les miennes me disent de courir dans l'autre di... Monsieur et Madame Parkinson. Ravi de vous rencontrer. Et merci pour l'invitation. »


La renommée du bal Parkinson ne tenait pas seulement à la qualité du buffet comme à celle des invités. Son prestige venait plutôt du flair inégalé des femmes de la famille. Une légende chuchotait que le sang d'une prophétesse parmi leurs aïeules leur avait procuré cette intuition, à la fois proprement mondaine et magique. En effet, Madame et Mademoiselle Parkinson ne se trompaient jamais, et Monsieur avait appris à faire avec. Le musicien, totalement inconnu et pour le moins original, qui avait été choisi pour ce soir ? D'ici deux mois, il serait la star montante de l'année. Les invités qu'on avait jamais croisés auparavant ou les anciens qu'on pensait relégués au fond du placard, voire un pied dans la tombe ? C'étaient eux qui, assurément, brilleraient dans les journaux pour les douze mois à venir.

Enfin, la dernière raison pour laquelle cette occasion donnait le ton à toute la saison mondaine, c'était le décor. Le Manoir se métamorphosait d'une fois sur l'autre, et tous les invités, même réguliers, ignoraient à quoi il ressemblait véritablement. Une année c'était un temple chinois, une autre un jardin d'éden, ou une fosse sous-marine. La composition annuelle était un secret bien gardé, de sorte que personne ne savait à quoi s'attendre, ni quel dress-code adopter – l'année où ces dames avaient dû traverser la jungle en talons aiguilles, la différence s'était cruellement faite entre celles qui méritaient leur titre de lady et les usurpatrices. Narcissa n'avait pas même tordu ses jolies chevilles, soit dit en passant, un éventail à la main et Lucius à son autre bras.

Le décor choisi, pour résumer, était autant un piège qu'un spectacle, avantageant les favoris de l'hôtesse et se retournant contre les autres. Et c'est ce qu'Harry avait aussitôt compris. Il n'était pas à sa place. La salle de bal était étonnamment classique, si on exceptait sa taille et son opulence. Des colonnes de marbre s'élançaient vers le plafond peint de fresques représentant l'histoire sorcière. La richesse dégoulinait des murs et des lustres. L'orchestre jouait une danse traditionnelle, qu'il ne connaissait pas. Des dizaines d'yeux goguenards suivirent leur entrée, curieux d'apercevoir l'attraction du jour et de lui faire comprendre sa position.

Draco frémit à ses côtés en entrant, percevant l'outrage et la tentative d'intimidation du groupe de Sang purs face à eux. D'un pas assuré et la tête haute, il salua son monde avec une politesse glaciale. Harry vit certains détourner la tête sous le regard plein de reproche de l'héritier. Celui-ci le poussa fermement en avant vers leurs hôtes. Les Sang-purs chuchotaient en petits groupes, la rumeur de leurs murmures parvenant sans mal à ses oreilles. Ils le dévisageaient, le narguaient, l'observaient comme un monstre de foire alors qu'il baisait la main de la mère de Pansy, selon l'étiquette que Draco lui avait faite répéter.

Il voulut retirer sa main, mais la femme ne le laissa pas s'échapper tout de suite. Bien obligé de la regarder en face, il fut surpris par son sourire rassurant, et en apparence sincère. Enfin, cela ne voulait rien dire ici, se rappela-t-il avec cynisme. Elle lui sourit plus largement, devinant sans effort ses pensées. Après avoir redressé son nœud papillon, elle lui ébouriffa les cheveux d'un geste affectueux en lui glissant à l'oreille.

« Patience, Harry Potter. Ils n'ont pas encore compris la leçon. Ils n'ont aucune idée de ce qui va leur tomber dessus. Amusez-vous bien, vous avez jusqu'à l'aube. »

Draco lui lança un regard songeur, mais n'eut qu'un clin d'œil pour toute réponse.


La lune se découvrit, ses rayons scintillant sur l'étendue blanche du parc. Les formes des massifs, recouvertes de neige, s'éclairaient d'elles même d'un halo laiteux. A l'abri d'un buisson qui les cachait des regards, deux silhouettes s'étaient isolées du reste de la fête, entourées par les floraisons d'hiver qui alourdissaient les branches glacées. Un parfum entêtant flottait dans l'air à côté de la vapeur des deux respirations, rappelant celui d'une rose. Mais à vrai dire, aucun ne s'interrogeait en cet instant au sujet de l'essence des roses.

A genoux sur le sol gelé, Harry rendait à présent le contenu de son estomac, tandis que Draco, pris au dépourvu par la situation, ne savait que faire d'autre que de lui tendre son mouchoir hors de prix. Un nouveau haut-le-cœur secoua le malade, mais lorsque son ami voulut poser une main sur son épaule, il la repoussa sèchement. Et Draco ne pouvait pas lui en vouloir, il avait tous les droits de le mettre dans le même sac que tous ceux restés à l'intérieur.

Ils étaient là depuis une heure quand Harry avait craqué pour chercher refuge dans les jardins, dévalant les escaliers du balcon. Aussitôt hors de vue, il s'était plié en deux et avait commencé à vomir. Le clair de lune s'était immédiatement caché derrière un nuage, se sentant clairement insulté par un tel spectacle. Les bruits des vomissures étaient bien différents des sérénades nocturnes qu'il inspirait habituellement.

Draco quant à lui tremblait de rage. C'était un désastre, et il ne pouvait rien faire. Son impuissance l'exaspérait, et s'il n'avait pas eu autant de contrôle sur lui-même, il leur aurait montré le fond de sa pensée. Comment osaient-ils ! Il n'imaginait pas ce qu'il devait en coûter à Harry de continuer à jouer cette mascarade, au milieu de tous ces paons qui paradaient en lui faisant sentir à quel point il était ignorant de leurs coutumes. Et ils se permettaient de lui jeter des coups d'œil complices, ou de lui montrer leur compassion pour avoir été obligé d'accompagner la « créature ».

Lui avait été élevé parmi eux, en étant fier de faire partie de l'élite sorcière, pas pour son sang mais pour l'élégance et la perfection dans laquelle il baignait. Mais ce qui avait vu aujourd'hui, ça le rendait malade de honte. Bien sûr, il y avait longtemps qu'il savait ce qui se cachait de l'autre côté du miroir. L'image n'était qu'un vernis doré qui craquelait de toutes parts. Tout le monde faisait semblant, mais au fond, Nott n'était pas le seul monstre. C'était même sans doute le plus honnête du lot, pensa-t-il avec amertume.

Harry ayant apparemment fini, Draco agita sa baguette et fit disparaître la flaque disgracieuse sans un mot, s'asseyant aux côtés de son compagnon. Il commença sombrement :

« C'est vous qui avez raison. Toi, Théo, Céphéus... Vous avez bien raison de les haïr.

Harry soupira profondément.

- Pas toujours. Juste... parfois, oui, je les déteste. Mais Draco, tu n'es pas comme eux.

Le concerné resta un long moment silencieux, alors qu'il s'amusait à tracer des arabesques dans la neige du bout de sa baguette. Finalement, il murmura, pensif et vaguement dégoûté :

- Si tu le dis. Tu sais comment ils me voient, là-dedans ? Le petit prodige Malfoy. L'enfant parfait, la plus belle création de dizaines de générations de mariage entre cousins, au mieux. Un Sang-pur accompli. Plus pur que Nott. Pire que Nott. C'est pour ça qu'ils m'admirent. J'ai de quoi être fier, non ?

Il baissa les yeux sur ses chaussures en cuir, se prenant brutalement lui aussi en horreur. Il était à leur image, le chef d'œuvre qu'avait façonné ce monde sur sa fin dans un dernier souffle.

Harry l'avait laissé parler, mais ça commençait à bien faire. Un Draco Malefoy dans cet état ne lui plaisait pas du tout.

« Alors quoi, tu abandonnes ? Ou tu vas renier ta famille et tu vas construire ta nouvelle maison à côté de chez Ron ? Ne te fous pas de moi, Malefoy. Déjà, tu ne tiendrais pas deux minutes sans elfe de maison. Ensuite, tu m'as poussé dans ce repère de requins, alors commence pas à me faire une crise existentielle maintenant. Ais au moins la décence de me sortir de ce trou avant ! »

Draco le regarda d'abord sans comprendre. Ne comprenait-il pas qu'il était un monstre ? Puis il se vit lui-même, au sol, trempé par une sorte de boue neigeuse et son pantalon irrémédiablement fichu. Il éclata de rire. Un rire jaune, nerveux, qui lui sortait des entrailles. Entre lui qui s'apitoyait sur son sort et la réaction plus... physique d'Harry, on dirait bien qu'il y avait un fond de vérité dans les clichés sur les Serpentards : ils avaient un sens certain du dramatique. Potter avait raison, pourquoi pas aller déménager à côté de chez Weasley tant qu'il y était ? (Il ne put s'empêcher de visualiser l'expression horrifiée qu'aurait sa mère.) Il tenait à son train de vie, mais il n'était pas comme Nott Senior pour autant. Il ne comptait pas devenir pauvre et rustre sous prétexte d'être révolutionnaire. Il était largement temps de se reprendre, sinon ils allaient tous les deux attraper un rhume et rater le bal. Est-ce que Cendrillon, la Poufsoufle du conte, avait eu un rhume pour la soirée la plus importante de sa vie, elle ?

Il était Draco Malefoy, et il allait leur montrer ce que c'était qu'un aristocrate. Qui l'aime le suive.

« Très bien, tu es beaucoup mieux comme ça. Avec un égo, je veux dire. Maintenant, avant que tu n'ailles changer le monde, j'ai une question : on fait comment pour nos pantalons ? »

Ces costumes moldus ne leur apportaient décidément que des problèmes.


Il était onze heures. Pansy naviguait à travers la foule des invités, menant Théo par la main pour une valse, et exaspérée à chaque fois qu'on lui faisait un compliment sur le bon goût, le classicisme et la richesse du manoir cette année. Elle étouffa une grimace : toutes ces mégères ne sentaient pas à quel point tout cet ensemble était dépassé ? La jungle avait été beaucoup plus intéressante. Elle trouvait incroyable la façon dont une partie de la foule, pas la plus nombreuse, heureusement, refusait de voir ce qu'il y avait sous leur nez. Ils parlaient fort, riaient pompeusement entre eux, critiquait Harry, sans remarquer la désapprobation des autres invités.

Heureusement, certains s'étaient rendus compte que quelque chose clochait. Elle avait échangé des piques à double sens le temps d'un cocktail avec Zabini, qui essayait de lui soutirer des informations sur le spectacle du compte à rebours, tradition annuelle des Parkinsons. Minuit sonnerait bientôt, lui avait-elle répondu en se drapant dans le mystère et en retournant près de ses amis.

Depuis qu'Harry et Draco étaient revenus dans le jeu après leur brève absence, le vent avait tourné, et bon nombre de gens approchaient la paire d'adolescents. L'un aussi blond que l'autre était brun, aussi posé que l'autre était spontané, ils éclipsaient toutes les personnalités et les politiciens autour. Draco en avait l'habitude, par contre elle se demandait si Harry en avait conscience. La curiosité avait pris le pas sur les moqueries. Elle s'était ensuite muée en une sorte de fascination pour l'être nouveau qui avait capturé l'estime des Malefoy, mais aussi des Parkinsons, de Dumbledore, de Rogue, et des Black. Tous formaient un rempart autour de leur protégé, suscitant l'envie de l'approcher en retour. Exactement ce qu'ils voulaient.

Elle avait déjà volé sa première danse à Harry, puis avait valsé un moment avec Céphéus, lui apprenant sur le tas les pas de danse. Elle virevoltait maintenant avec Théo, quand son sang se glaça dans ses veines. Elle faillit trébucher et ne dût son salut qu'aux réflexes de son cavalier. Vivement, elle se dégagea. Il fallait qu'elle trouve Draco et sa mère. Il allait leur falloir une distraction.

- Pansy ? Un problème ?

Sans un mot, elle désigna la piste du menton à Théo, où un Harry aux traits durcis était prisonnier des bras de Justinian Nott, qui le forçait à tourner sur lui-même.


Pied droit, pied gauche... Un, deux, trois, un, deux, trois...

Harry comptait ses pas, douloureusement conscient de la main dans la sienne et l'autre sur son coude. C'était bientôt son tour de tourner, il pourrait en profiter pour s'échapper. Harry tourna malgré lui le dos à son cavalier, sentant les yeux sur sa nuque. Justinian le laissa s'éloigner, et alors qu'Harry pensait toucher la liberté, il resserra cruellement sa prise sur ses doigts en riant. Et c'était reparti pour un tour.

« Bien tenté, Sang-de-bourbe. Et je ne parle pas que de ta pirouette il y a un instant.

- De quoi alors ?

- Ne jouons pas à ça, veux-tu ? Je parle de ton plan avec Malefoy. Tu ne pensais pas que je n'avais rien remarqué ?

- Tu adores jouer, alors profite. Depuis quand tu sais ?

- Quelques semaines. Rogue n'est pas très subtil dans le genre. Enfin, ce problème-là a été réglé.

La musique accéléra, et Harry dût se concentrer sur ses mouvements, lui donnant une excuse pour ne pas répondre. Ce fut Justinian qui reprit la main à nouveau.

- N'imagine pas que je vais te laisser continuer. Je pensais que toi et Malefoy vous vous sépareriez rapidement, mais non... On dirait qu'il t'aime bien. Et toi ?

Harry garda à nouveau le silence. Justinian eut un nouveau rire enchanté.

- Ah, mais ne me dit pas que tu crois en ses délires ? Sa grande vision moderne du monde sorcier d'Angleterre ?

Cette fois, le Né-moldu se raidit dans son emprise. Justinian se rapprocha jusqu'à poser le menton sur son épaule. L'odeur de son parfum parvenait aux narines de sa proie. Il lui chuchota à l'oreille :

- Tu veux savoir comment je connais les grands idéaux de Draco Malefoy ? Figure-toi qu'il n'est pas le premier. Remontons une génération, au temps de la jeunesse de... Tu ne devines pas ? Lucius Malefoy, Severus Rogue, et le plus drôle, les frères Black. Quelle coïncidence, hein ?

Quand vint son tour de tourner, Harry ne chercha pas à s'esquiver. Le sourire de Justinian s'élargit, satisfait de constater qu'il l'avait. Il continua sa petite histoire.

- Ça s'est bien sûr mal fini pour un des Black, le seul qui avait voulu continuer après les premiers mois. Les autres se sont lassés, et se sont faits à l'ordre des choses. Regarde-les aujourd'hui. Lucius et Narcissa Malefoy, Sang-purs respectables, et leur rejeton. Il rentrera dans le rang quand il aura fait quelques remous, pour suivre les traces de papa. Et toi... Eh bien, on se retrouvera tous les deux encore une fois, n'est-ce pas ?

- Qu'est-ce que tu essaies de me dire, Nott ?

Justinian perdit son sourire, et les doigts sur sa hache se crispèrent à lui faire mal. Harry perçut pour la première fois la fureur du roi en face d'une rébellion. Mais ce soir, il n'avait pas envie d'être prudent. Il n'avait pas envie de courber l'échine encore une fois.

- Reviens à la raison le premier, et lâche Malefoy avant qu'il ne te lâche.

Harry releva la tête, et répliqua d'un ton badin :

- On dirait que c'est plutôt toi qui va devoir ôter tes griffes, Justinian. »


Se sentant décidemment trop Griffondor à son goût alors qu'il volait au secours d'Harry, Draco prit la bonne résolution de limiter ses contacts avec la tribu rousse dont il refusait même de prononcer le nom dorénavant.

Son allié avait l'air de plutôt bien contenir la situation, mais il n'allait pas le laisser seul plus longtemps. Harry n'avait rien à faire dans les bras de Justinian. L'aisance avec laquelle le préfet le faisait tournoyer ne lui plaisait pas du tout, ni la main de propriétaire qu'il posait sur lui.

Il avait presque atteint la paire, quand le visage de Justinian se crispa de fureur, laissant tomber tous les masques. Il entraîna brusquement Harry à travers la piste, et celui-ci ne put cacher une grimace de souffrance. Sourds au rythme de la valse, les deux bougeaient trop vite, et Justinian menait avec une rigueur implacable, tout en murmurant des menaces de moins en moins bas. Harry n'essaya bientôt plus de respecter les pas, mais seulement de ne pas trébucher et de reculer le plus vite possible quand l'autre faisait un pas en avant. Il répondait cependant au tyran du tac au tac, semblant nourrir sa colère.

Les tourbillons s'accélérèrent encore, et à présent les autres couples s'écartaient de leur chemin. L'attention de la salle était tournée vers eux. Draco commençait à avoir peur pour Harry, ça allait mal finir. Il allait intervenir, sa mère lui souffla à l'oreille.

« Laisse-le faire. Te donner en spectacle gâcherait tout. »

Justinian choisit ce moment pour agripper le Né-moldu à la gorge, et le jeter violemment à terre. Draco, choqué, se précipita pour le relever, se plaçant stratégiquement entre les deux. Il allait lui demander comment il allait, quand son ami envoya un sourire victorieux par-dessus l'épaule du blond. Draco se retourna vers Justinian. Celui-ci était livide, bien conscient du tort irréparable qu'il venait de faire à sa réputation. La présence d'Harry ce soir avait dû brouiller ses repères. Il avait confondu ses cercles et ses réactions et voilà le résultat. Ah ça, Potter avait bien joué. Le Sang-pur tourna les talons et s'enfonça dans les jardins.

Narcissa n'attendit pas pour ajouter de l'huile sur le feu, commentant bien distinctement à la mère de Pansy qu'un tel comportement ne convenait pas à un chef de maison. Et celle-ci de se tourner vers sa fille pour lui demander si Justinian avait déjà levé la main sur elle. Pansy qui penchait discrètement la tête vers Théo. Rogue qui secouait la sienne, comme pour dire que ce genre de gestes était bien trop fréquent. Lord Nott qui, écumant de rage, était retenu par Lucius et Lord Parkinson.

Harry se releva gracieusement, cachant son sourire, tandis que Draco prenait soin de lui, l'époussetait et l'entraînait vers le buffet pour qu'il se remette de ses émotions, sous les yeux pleins de compassion de la foule. Cornelius Fudge vint même s'enquérir de sa santé. Les deux adolescents prirent la fuite le plus naturellement possible.


Pansy évalua la situation. Il était 23 heures 58 minutes. Théo était dans un coin, racontant la légende de la Cabane hurlante à un Céphéus toutes ouïes. Les adultes parlaient entre eux. Les Nott boudaient entre eux. Quant à Harry et Draco... Elle les harponna presque au coin d'un balcon, et les jeta sans ménagement sur la piste de danse. Pris au dépourvus, ils décidèrent de ne pas la contrarier et se mirent à tourner lentement en continuant leur conversation.

Tout était parfait, le spectacle allait pouvoir commencer. Ce décor commençait vraiment à lui faire mal aux yeux.

Minuit sonna, et le monde s'écroula en musique autour de la piste de danse. Les colonnades, les lourdes tapisseries, les fresques pompeuses à la gloire des exploits des Sang-purs passés, les blasons sculptés... Tout tomba en poussière, une poussière dorée qui emplit l'espace. Pansy tapa dans ses mains, tout à son excitation. Les invités observèrent, indignés ou captivés, les volutes poudreux s'élever dans l'air, et rester en suspension, cachant les limites du plafond. Le sol trembla. Les dallages en marbres s'effacèrent, ne laissant plus qu'une étendue blanche infinie.

Et au milieu, Harry et Draco se tenaient l'un contre l'autre, n'osant plus bouger. Les notes résonnaient dans l'air. Harry s'exclama de surprise en reconnaissant un classique moldu. Tous les Sangs-purs du bal échangèrent des regards penauds. De loin, Pansy regarda ses deux invités d'honneur chuchoter un moment, avant d'essayer de quitter le centre de la salle.

Mais dès qu'ils reposèrent leurs pieds, des veinures irisées apparurent au sol, laissant une trace vive, semblable à un flocon ou une fleur, sous leur semelle. Draco, curieux, refit l'expérience, bientôt imité par d'autres invités, et des motifs colorés s'élancèrent bientôt à travers la pièce. Satisfait, le blond se tourna vers son ami, et l'entraîna dans une chorégraphie enthousiaste sur une chanson moldue pour la première danse de l'année. Elle s'avança elle-même, crochetant Céphéus au passage, trop heureux de pouvoir mimer des paroles qu'il connaissait, et de lui apprendre les pas cette fois.

En quelques minutes, toute la salle était en mouvement, chacun pressé de tâcher tout ce blanc. Les enfants courraient pour dessiner des dragons, et quelques adultes, en se déplaçant lentement pour ne pas se faire repérer, faisaient comme eux. Les plus téméraires s'aventurèrent dans les couloirs, bien décidés à ce que tout soit couvert d'ici le lever du soleil.


Narcissa parcourait lentement les halls, les balcons et les alcôves, où se reflétaient à présent les lueurs de l'aube. Le premier janvier se levait, et ils n'étaient plus qu'une poignée d'invités, disséminés dans le manoir des Parkinson. Les sens engourdis, elle-même déambulait dans une molle tentative pour retrouver son mari et son fils, en s'abandonnant à la rêverie.

Les murs et les sols, maintenant violemment colorés après une nuit de fête, construisaient un dédale dans lequel elle s'enfonçait toujours plus avant. A mesure qu'elle avançait cependant, les irisations se faisaient plus rares, montrant que la foule n'avait pas investi ces pièces reculées. Elle avisa avec curiosité un couloir pratiquement immaculé, sauf deux traces de pas. Son instinct maternel et les chuchotis s'échappant d'une porte lui soufflèrent qu'elle avait mis la main sur son fils.

Elle observa sans les déranger son enfant et ce garçon qu'il avait accompagné pendant toute la nuit. A présent, ils se reposaient, assis dos à dos à même le sol. Les nœuds papillons et les vestes avaient été laissés de côté plusieurs heures auparavant.

Elle ne put pas s'en empêcher, elle fixa Draco d'un œil embué. Le nouvel an et la fatigue la rendaient sentimentale. Son enfant, leur fierté quoique quiconque en dise. Les premiers rayons glissait sur ses mèches pales, et continuait le long du nez et des pommettes hautes. Il ressemblait de plus en plus à son père. Et pourtant, parfois, ces derniers temps surtout, il agissait plus à son image à elle que toute autre chose. Si l'héritage des Malfoy était indéniable, son fils était davantage que cela. Elle n'aurait jamais imaginé qu'il mette tant d'effort à comprendre les autres, enfin, un en particulier, et cela quitte à se changer lui-même. Son attention se pencha sur l'être ébouriffé qui se frottait les yeux sous ses lunettes. Harry Potter. Inattendu, mais après tout, pourquoi pas. Le Né-moldu attirait Draco à lui avec une facilité qu'elle ne s'expliquait pas. Elle n'avait sans doute pas fini d'en entendre parler. Son bel ange, si curieux, si grand déjà.

Elle secoua d'un mouvement de sa chevelure tous les doutes qu'elle avait eu, et tous les reproches qu'on lui avait faits. Qu'importe qu'ils aient gâtés leur fils, si cela lui avait donné la conviction et l'énergie pour changer toute une société selon ses désirs ? Ils n'avaient pas quinze ans, et ils avaient lancé le changement qu'eux-mêmes n'avaient pas osé faire.

A présent, elle souriait en les regardant dodeliner de la tête l'un contre l'un et s'endormir, épuisés. Elle s'éloigna sur la pointe des pieds, suivant les lignes, ses chaussures à la main.

L'audace était dans l'air, et Narcissa se sentait plus enthousiaste et éveillée qu'elle ne l'avait été depuis des années. Les idées fourmillaient dans son esprit, elle avait l'impression d'une gamine, prête à semer la zizanie. En rentrant dans le hall, elle croisa le regard de Régulus, portant son fils adoptif qui dormait à poings fermés. L'homme reconnut sans peine l'expression étrangement alerte de sa cousine. C'en était une qui n'avait jamais rien présagé de bon pour les adultes, lorsqu'ils étaient enfants.

La pointe de folie des Black s'alluma dans ses propres yeux. Cissa s'approcha de lui. Elle sautillait presque sur ses pieds nus, son chignon était défait et les mèches folles formaient un halo innocent autour de son visage. Elle caressa la joue de Céphéus, en murmurant :

« Ils en ont déjà fait trop pour des enfants, tu ne crois pas, cher cousin ?

Régulus hocha la tête, renvoyé des années en arrière, quand il assistait, impuissant, à la défaite de son frère contre leur parents, qui s'était obstiné jusqu'à se briser les ailes.

- Bien trop. C'est au tour des adultes de jouer, n'est-ce pas ? »

Les deux Black échangèrent un regard. Cette fois-ci, aucun adulte ne se mettrait en travers du chemin de leurs enfants. Ils n'allaient pas répéter les erreurs de leurs parents.

« La fête ne fait que commencer. J'ai toujours voulu la faire, cette révolution... »

Elle continua, un sourire excité aux lèvres :

« Je peux faire rentrer Bella de France d'ici quelques semaines, mais je suis sûre que Sirius voudrait en être..."


Ouf, fini :) ! J'en ai bavé (l'ai réécrit trois fois). Toute cette affaire est en train de prendre des proportions mamouthesques pas exactement prévues... A ce propos, je pense retirer le prologue, d'abord parce qu'effectivement, il apporte pas grand-chose, et surtout, parce qu'à mesure que la fin s'éloigne à l'horizon, ladite fin est susceptible de changer... (ils finissent toujours ensemble, no panic).

No panic aussi, Bellatrix Lestrange n'est pas diabolique, juste allumée. J'ai très envie de la jeter dans les pattes de Fudge et des Nott ^^, histoire de faire des chocapics.

A bientôt (je vais essayer)