Bonjour !
Je reviens avec mon chapitre supprimé et que j'ai remplacé.
Pourquoi ? Disons que j'ai essayé d'écrire le chapitre d'après, et je me suis rendue compte que ça faisait deux chapitres où il ne se passait pas grand-chose. Alors j'ai rallongé celui-là (pour faire un méga chapitre de vacances ^^), et cette fois, le secret des Black est à la fin ! Pour ceux qui l'ont déjà lu une fois, vous pouvez juste reprendre la lecture au milieu, pas de changement majeur dans ce que j'avais déjà publié.
Merci à YuuKyun pour la relecture !
Harry Potter appartient à JK Rowling
Chapitre neuf : Paint It Black
La Gazette du Sorcier, 30 mars
« Bellatrix Black-Lestrange se rallie aux propositions de l'Ordre !
La Lady, actuellement ambassadrice de Cornélius Fudge en France, a annoncé hier qu'elle approuvait largement le projet de réforme déposé en début de semaine par les membres de l'Ordre du Phénix. Il s'agit, rappelons-le pour nos lecteurs qui n'auraient pas suivi les polémiques des dernières semaines, du cercle politique constitué par Albus Dumbledore pour « apporter au monde sorcier une nouvelle flamme ». Le cercle, qui rassemble notamment des législateurs, comme Amélia Bones, et des professeurs de Poudlard, tels que Severus Rogue ou Minerva McGonagall, a centré sa réflexion sur l'éducation. « L'avenir du monde sorcier appartient à nos enfants, quelle que soit leur origine, et il est regrettable aujourd'hui que certains d'entre eux ne soient pas considérés au même titre que d'autres. Ils sont pénalisés parce qu'ils ont reçu une culture et des compétences différentes de celles exacerbées par notre système éducatif », déclare ainsi Amélia Bones. Severus Rogue, Sang-mêlé élevé dans le monde moldu avant de devenir un de nos potionistes les plus éminents, ajoute : « Il serait bon que tous se souviennent que si effectivement, un Né-moldu est démuni et ignorant de notre monde en arrivant à Poudlard, cette ignorance est réciproque. Mettez un de nos Sang-purs dans le métro, et le résultat risque d'être cocasse. » (Nous précisons pour nos lecteurs qui ne connaîtraient justement pas l'univers non-magique, que le « métro », aussi appelé « métropolitain » ou encore « le Tube », est un système de transport, consistant en une sorte de train, mais sans vapeur, qui se déplace dans un ensemble de galeries souterraines et qui s'arrête toutes les quelques minutes, et dont l'accès demande l'escalade d'obstacles rotatifs et le passage de portes métalliques se refermant indifféremment au passager. Voir reportage page 12 pour un récit en détails d'un de nos reporters qui a tenté l'aventure).
Les propositions de l'Ordre insistent donc sur la mise en place d'une nouvelle classe à Poudlard, pour une discipline interculturelle, « un moment d'échanges entre univers voisins », qui permettraient aux élèves originaires du monde moldu d'apprendre à connaître leur nouvelle communauté pour mieux s'y intégrer, et qui pour les autres leur donnerait une ouverture sur une société étrangère. L'ambassadrice, quant à elle, soutient ce projet d'initiation au monde moldu, comme elle le dit avec sa verve habituelle : « Si je soutiens le mouvement pour les Nés-moldus ? Evidemment, vous n'avez-pas vu mon uniforme de révolutionnaire ? J'aimerais adresser un message à tous mes compatriotes : voilà la preuve que le monde sorcier d'outre-Manche doit s'ouvrir à la culture non magique. La crasse ignorance qui a conduit cette journaliste à se méprendre sur une création historique Yves Saint Laurent* ne doit pas se répéter dans les générations futures ! »
Tels sont les visées établies en concertation par ces membres. Elles se placent dans le courant Pro-Nés-Moldus qui agite notre société depuis le début de cette année... »
« * Nous informons nos lectrices les plus trendy que nous consacrerons ce week-end un supplément de la Gazette à ces fameuses créations Yves Saint Laurent, et à la haute-couture moldue, avec une analyse exclusive et les conseils chics de Lady Narcissa Malfoy ».
Le journal que lisait Justinian Nott vola à travers la salle commune. Draco le suivit silencieusement des yeux. Ces derniers temps, ce genre de réactions n'avaient plus rien d'inhabituels chez les Serpentards. Les débats entre les familles engagées du côté des Nés-moldus et celles qui les rabaissaient faisaient rage à l'extérieur du château, et personne n'ignorait ce que les adultes s'y disaient. Même à présent que le journal était au sol, la photographie de Bellatrix Lestrange, cambrée dans son tailleur pantalon sur les marches du ministère français, continuait à les narguer de son sourire suffisant. Justinian déchiqueta la feuille de chou d'un sort, ne s'estimant satisfait que lorsque les papillons de papier tournoyèrent dans l'air un instant et s'enflammèrent.
« Une bonne chose de faite ! Cette mode des moldus est ridicule. Ce sera quoi, après ? Les géants, les loups-garous, ou un autre genre d'animaux ? » Il allait continuer, quand Draco plia bruyamment sa propre édition dans son fauteuil, attirant son attention. Il planta son regard dans le sien, un sourcil levé le mettant au défi d'insulter un article qui mentionnait sa mère et sa tante. Justinian ne renonça pourtant pas au dernier mot :
« Quoi, Malfoy ? C'était si mal écrit ! »
Draco se retint de sortir sa baguette pour effacer son sourire moqueur, et avec des gestes exagérés, déploya à nouveau son journal et repris sa lecture. Cela se finissait toujours comme cela. Une sorte de tabou s'était instauré chez eux depuis janvier, pour éviter les confrontations directes. On conservait la façade de la Maison Serpentard, pour retarder juste encore un peu le début de la guerre civile. Mais elle couvait, et les élèves retenaient toujours un peu plus leur souffle quand Justinian croisait Draco après la parution d'un nouvel article. Quand à Harry, il ne marchait plus seul dans les couloirs : il était devenu la cible parfaite pour atteindre Draco sans le toucher ouvertement. Heureusement, il était en ce moment en train de voler dehors avec une escouade de Griffondors. Le blond lui-même avait prévu de passer la majorité de ses vacances de Pâques avec lui au château, hormis quelques jours pour le dernier week-end. Sa mère leur avait proposé de rentrer tous les deux, mais... rester avec le brun hors de Poudlard lui donnait une impression étrange, encore plus à l'idée d'être sous les yeux de sa mère. Il n'avait jamais invité quelqu'un aussi longtemps, puisque tous ses amis avaient le réseau de cheminette. Finalement, il avait été décidé qu'ils resteraient tous à Poudlard, et qu'ensuite Harry et Céphéus iraient passer le dernier week-end des vacances chez les Black, tandis que lui rentrerait au manoir. Et puis, sa tante venait d'arriver, et il avait beau l'adorer, deux semaines avec elle n'étaient pas ce qu'il appelait des vacances. Il compatissait avec son père, mais le soutenir moralement et surtout de loin était déjà bien assez.
Pendant ce temps, Justinian avait sorti de quoi écrire et était déjà plongé dans un devoir. Rinata se taisait à ses côtés, comme d'habitude, les lèvres pincées. Quant à Blaise Zabini, il semblait somnoler sur le canapé d'à côté. Mais on ne pouvait jamais savoir avec lui. Comme pour se montrer à la hauteur de sa réputation, il ouvrit une paupière et interrompit son meilleur ami dans son travail :
« Tu sais, fût un temps où l'on avait l'habitude de dire que les Noirs étaient des bêtes.
Le bourdonnement calme de la salle commune s'évanouit d'un seul coup dans le silence. Autour, l'on écoutait soudain d'une oreille plus attentive. Zabini frôlait le sujet, ce qui était plus que personne n'avait tenté ou osé jusqu'à présent. Draco lança un coup d'œil à Pansy, assise en face, et tout aussi surprise que lui. A quoi jouait donc Zabini, en évoquant un exemple qui ne pouvait que nuire à Nott ? Mais, à écouter sa réponse, celui-ci ne s'était peut-être pas encore rendu compte que son meilleur ami penchait vers le côté obscur.
-Oui mais toi, répondit distraitement Justinian en balayant la remarque d'un mouvement de plume, ce n'est pas pareil, tu es métisse. C'est comme la différence entre un Sang-mêlé et un Sang-de-bourbe.
Il continua à écrire son devoir, sans se préoccuper de son ami qui l'observait de son air pensif et calculateur. Le préfet posa le dernier point, avant de se redresser et de refermer son encrier.
- Et puis, reprit-il, c'était une idée qui venait des Sang de Bourbes, de toute façon. Evidemment que ces larves iraient croire de telles stupidités, comme si l'infériorité dépendait d'une couleur. Tu ne peux pas comparer notre hiérarchie naturelle à leur obscurantisme médiéval. » Blaise, étonnamment, eut un sourire un peu trop ravi.
« C'est bien ce que je pensais.
- Pardon ? » L'autre leva la tête, sans comprendre. Blaise se contenta de se lever et de s'étirer, avant de se diriger d'un pas décidé vers les escaliers des dortoirs. Le clin d'œil qu'il adressa à Draco en montant perturba celui-ci plus qu'il n'oserait l'avouer à Harry : son aîné avait l'air de s'amuser comme un petit fou. Pansy en revanche, pragmatique devant l'éternel, ne semblait pas partager son appréhension et n'attendit pas pour donner son avis.
« On dirait que Nott va se retrouver avec un deuxième Brutus sur les bras. Ça fera de la compagnie à Théo. »
Draco hocha la tête et sortit rejoindre Harry sur le terrain de Quidditch.
Elle venait de retrouver le sol pavé du monde sorcier d'Angleterre, et elle voulait que tout le monde le sache. Bellatrix avançait d'un pas conquérant sur le Chemin de Traverse au rythme de ses talons. Agacée, elle remarqua que sa cohorte de journalistes l'avait suivie outre-manche, déjà à l'affut de la citation, de la déclaration choc. Mais pas aujourd'hui, pensa-t-elle en tirant sur sa cigarette. Elle avait d'autres lutins à fouetter, ce que lui avaient confirmé les lettres de Cissa. Jusqu'ici, l'écho de leur petite révolution était déjà considérable, pourtant ce n'était pas encore assez pour que cela dure. L'engouement autour du petit Potter était retombé, avec la discrétion dont celui-ci faisait preuve à Poudlard. Toute l'affaire était en train de se transformer en débat sur l'éducation, et y avait-il quoique ce soit dans le chapeau de Merlin de plus barbant que les polémiques pédagogiques ? C'était le style de Fudge, ça, pas sa tasse de thé du tout. Elle était plutôt double expresso, sans sucre.
Il fallait qu'elle réfléchisse. Il leur fallait un vrai martyr pour défrayer la chronique... Et Sirius qui restait introuvable... Ça n'allait pas du tout. Elle sortit une nouvelle cigarette, en se demandant comment faire pour attirer son cousin au ministère de la magie. Si Régulus n'arrivait pas à le joindre, il allait falloir quelque chose de pour le moins retentissant pour qu'il l'entende du fond de son trou d'exilé. Pourtant, il y avait prescription maintenant, non ?
Elle tira une seconde bouffée. Ni Cissa ni Luluce ne la laisserait se servir de Céphéus pour attirer son père en Angleterre. Il fallait bien que la famille Black ait une conscience, même si, Morgane merci, ce n'était pas elle qui la portait.
Bellatrix crucifia d'un regard noir machinal un journaliste qui devenait trop insistant. Vraiment, parfois, la presse...
Elle s'apprêtait à lui demander son nom pour le faire virer, quand un papillon d'idée, juste le commencement de la solution, passa au coin de son esprit. Bellatrix le rattrapa prestement, l'examina sous toutes les coutures, et, enfin satisfaite, l'épingla impitoyablement au milieu de ses pensées. Rien de mieux qu'une idée fixe, de son point de vue. Et celle-ci, Cissa allait l'aimer, elle en était sûre. Oh, elle voyait déjà le titre. Et la tête du portrait de sa mère et sa tante. De quoi les faire revenir d'outre-tombe. Oui, ça c'était une idée qui allait faire scandale.
Sans attendre pour la mettre à exécution, elle fit volte-face, obligeant la meute derrière elle à piler net.
« Eh bien Mesdames Messieurs, puisque vous insistez : je vais vous proposer une interview ! Exclusive, bien sûr, juste pour l'un d'entre vous. Allons, allons, qui sera l'heureuse ou l'heureux gagnant ? » Bellatrix les considéra un instant, ravie de son effet. Puis elle se mit à tourner, toujours plus vite, envolée dans une tornade de boucles sombres. Dans l'œil du cyclone, elle ferma les yeux, se laissant guidée par sa baguette. Enfin, elle sentit un picotement. Aussi brusquement qu'elle avait commencé, elle s'arrêta, et une gerbe d'étincelles fusa vers le chanceux de son étrange roulette russe.
La tête penchée sur le côté, elle considéra un instant celui qu'il lui fallait, à en croire sa baguette. Un tout jeune homme se tenait à l'arrière du groupe, sans doute à peine sorti de Poudlard : brun, un physique de tombeur de ces demoiselles, quoiqu'un peu pâlichon, mais visiblement assez courageux pour soutenir nerveusement son regard.
« Et tu es ?
Le gamin déglutit avant de répondre. Vraiment, si le terrifier était aussi facile, elle sentait qu'ils allaient bien s'entendre.
- Cédric Diggory, Madame. Je suis au Chicaneur.
- Eh bien, Diggory, qu'attends-tu ?
Elle lui offrit impérieusement son bras, et imagina la tête de Lucius quand elle transplanerait avec son protégé juste au milieu de son bureau. Sa tête, et le bond d'un mètre qu'il ne manquerait pas de faire sur sa chaise. Avec un peu de chance, elle arriverait peut-être même à faire gerber Diggory à la fin du transplanage sur le précieux tapis persan de son beau-frère.
Ce cher Lucius. Il allait être content qu'elle soit de retour. C'était dommage que Draco ne revienne pas encore ce week-end.
Hermione, les yeux fixés sur la pile de livres en lévitation devant elle, ne s'inquiétait pas vraiment de croiser quelqu'un en rejoignant Ron et Harry sur le terrain de Quidditch depuis la bibliothèque. Après tout, il était déjà tard. Aussi ne vit elle pas la personne qui sortit de derrière une tapisserie sur sa droite, et ses livres se retrouvèrent par terre.
Elle se figea en croisant les yeux sombres de Zabini, et pointa aussitôt sa baguette. Pourtant, le cinquième année ne fit que se pencher lentement en avant, comme pour ne pas lui faire prendre la fuite, et rassembler les livres. Il lui en tendit quelques-uns et garda le reste, avant de reprendre sa marche.
« Hermione, c'est cela ? J'imagine que nous allons au même endroit, tu rejoins ton petit-ami au terrain ?
Hésitante, la Griffondor fût cependant bien obligée de lui emboîter le pas : il avait ses précieux ouvrages. Elle le corrigea néanmoins, par réflexe.
- Nous ne sortons pas ensemble. Et oui, je vais au terrain. Qu'est-ce que tu vas y faire ?
Zabini resta un instant silencieux, avant de hocher la tête comme pour lui-même. Elle le dévisagea avec suspicion. Elle ne s'attendait pas le voir sourire lorsqu'il remarqua son examen, et répondit à sa question.
- Le capitaine de l'équipe de Quidditch, allant sur le terrain ? Ça alors, on en voit des choses étonnantes de nos jours.
Hermione s'interdit de se sentir gênée. Après tout, elle avait bien le droit d'être méfiante... Zabini choisit cet instant pour continuer :
- Mais j'ai peut-être quelques arrière-pensées, ceci dit. Tu viens ? »
Malheureusement, il tenait toujours ses livres. Hermione ne pouvait rien faire d'autre que l'accompagner, ne serait-ce que pour aider Harry s'il y avait un problème plus tard. Elle redressa le menton et le laissa prendre un pas d'avance :
« Marche devant alors, si tu y tiens. Et j'ai passé assez de temps avec des Serpentards pour t'attaquer de dos sans aucun scrupule. Juste histoire de prévenir.
Zabini soupira :
- Comme tu veux, même si je préfère t'avoir dans mon champ de vision. »
Et il lui tourna délibérément le dos, en gage de sa toute nouvelle et assez louche bonne foi. Ils marchèrent jusqu'aux abords du terrain, quand ils entendirent crier. Hermione avait si peu l'habitude d'entendre Malfoy hausser la voix, qu'elle ne le reconnu pas tout de suite. D'autant que son juron était assez original.
« Putain de bordel de Merlin, espèce de Scrout de mes chaudrons ! POTTER ! Reviens-ici ! »
Harry s'envola à nouveau, profitant du vent. Il fit de grands signes à Ron et aux jumeaux, loin sous lui, avant de se remettre à la recherche du Vif de leur match amical. Fred et George étaient poursuiveurs pour l'occasion, Ron toujours gardien, et Nagini avait accepté d'être leur unique batteur, position où elle se révélait redoutable. A tel point qu'Harry avait cru voir un Cognard faire demi-tour pour l'éviter elle. En face, Dean et Angelina se chargeaient du Souaffle, Seamus état batteur, Céphéus gardien. Et c'était Ginny qui, comme lui, ouvrait l'œil pour repérer le petit point doré. Ils le virent en même temps, et Harry cessa de réfléchir.
C'était pour ça aussi qu'il aimait le Quidditch, un changement bienvenu après toutes les manigances de Serpentard et leur stratégie pour saper l'autorité de Justinian. Et surtout, comme l'avait interprété Draco, il se sentait sans doute plus libre dans l'air.
Ginny et lui convergèrent derrière la balle et la poursuite s'engagea. Le Vif piqua, et Harry suivit.
Narcissa comprit immédiatement de quoi il était question en voyant Lucius venir la chercher au jardin. Il lui annonça quand même d'un ton plat, pour la forme :
« Ta sœur est là. Dans le petit salon. »
Elle le remercia d'un baiser, et lui en donna un autre pour l'aider à supporter les quelques jours à venir, avant de rentrer dans la maison. Lucius appela dans son dos :
« Elle est venue avec Régulus, et un gamin, le fils d'Amos Diggory je crois. »
« Saleté de vipereau à lunettes, redescends immédiatement, tu m'entends ? Potter je t'ordonne de revenir au sol ! Tout de suite ! Non non non pas comme ça, redresse par ma barbe ! »
Oublié, le froid Serpentard au calme effrayant. Draco s'époumonait encore et gesticulait au sol dans une totale indifférence quand Hermione le rejoignit. Elle soupçonnait qu'il résistait à l'envie de taper du pied au sol, l'agitation le renvoyant à des réflexes dépassés depuis longtemps. Tous les autres joueurs ne leur prêtaient aucune attention. Mais ils n'étaient pas non plus très intéressés par les balles, et les Cognards semblaient perplexes tandis qu'on les ignorait mollement. Tous les yeux suivaient le Vif, et Harry, qui en copiait tous les mouvements. Ginny tentait de les rattraper, mais elle s'était trop vite laissée distancer.
Hermione analysa rapidement la situation, avant de planter ses ongles dans le bras de Draco et de se mettre elle aussi à crier alors que la facétieuse boule dorée emmenait le brun, couché sur son balais, dans une nouvelle vrille. Le blond se crispa mais ne laissa passer aucun autre signe de douleur, préférant accueillir l'aide vocale supplémentaire. Mais leur ami dans le ciel les ignora comme il le faisait du reste du monde, les reléguant dans un arrière-plan rendu flou par la vitesse. Bientôt l'un des deux au sol se tut, conscient de la futilité de leurs efforts, et se contenta de regarder sans relâche. Le silence se prolongeait alors que Draco ne lâchait plus l'attrapeur des yeux. S'il le tenait par ses pupilles, il arrivait à se perdre dans l'illusion qu'il parviendrait à le rattraper si jamais... Hermione, surprise par son mutisme graduel, l'étudia un instant, immobile et droit contre le vent du terrain, les cheveux rebattus contre son front et le visage levé vers les nuages. Elle comprit rapidement ; mais elle était une Griffondor, et les rugissements restaient son recours de prédilection. Elle prit sur elle de crier pour eux deux.
Enfin, après ce qui leur sembla une éternité de plongeons et de mouvements plus risqués et plus acrobatiques les uns que les autres, Harry referma la main sur le Vif d'or. A bout de souffle, les yeux pétillants, et riant d'excitation, il atterrit pratiquement dans les bras d'Hermione. Céphéus et Colin Creevey déboulèrent en même temps, une expression d'adoration identique sur leurs visages.
« C'était fantastique ! Harry, tu pourras refaire cette figure-ci ? Et m'apprendre celle-là ? Et il faudrait qu'on chronomètre tes plongeons, qu'on voit jusqu'à quelle vitesse tu peux descendre ! »
« Non. Il ne va pas recommencer ça. » intervint Malfoy de son ton le plus glacial. Cépheus referma aussitôt la bouche, jetant un regard mauvais à Colin qui reprit ses piaillements en secouant le bras de Harry. Le petit Black s'interposa entre l'objet de son admiration et la groopie rivale.
Malheureusement pour lui, l'attention du quatrième année était maintenant accaparée par Draco. Les deux Serpentards se jaugeaient. Le Né-moldu fit un pas en avant, mettant l'autre au défi de répéter son interdiction. Draco s'avança à son tour, l'apostrophant d'une voix sourde. Le ton montait et Harry choisit de se détourner au lieu de se donner en spectacle, sentant l'explosion approcher. Le Sang pur était, lui, parti trop loin pour s'en soucier, le retenant par le bras et le ramenant à lui d'un geste brusque. Leurs amis, pas habitués à ce que leurs désaccords s'enveniment à ce point, ne savaient trop quand intervenir. D'ordinaire, quelques paroles et l'un des deux cédait du terrain, proposant un compromis. Ca n'avait pas l'air d'être le cas cette fois. Harry ne renoncerait pas au ciel, et Draco refusait de le voir ailleurs que sur un sol ferme. A nouveau. Potter n'avait vraiment pas besoin d'un jeu où le piqué était de mise. Il resserra sa prise, faisant comprendre son point de vue au brun. Le pli contrarié de la bouche de ce dernier s'adoucit, mais sa résolution ne changea pas. Il faudrait bien que le blond oublie cette nuit. Ca le minait plus que lui-même.
« Eh, Malfoy ! Ne l'abîme pas trop, s'il-te-plaît ! J'ai quelque chose à lui demander. »
Zabini, sorti d'on ne sait où comme un cheveu sur le chaudron, se tenait à quelques pas, les mains dans les poches. Une forêt de baguettes se pointa aussitôt sur lui. Il sortit les mains en signe de paix. Harry et Draco se figèrent, et le considérèrent avec méfiance, attendant qu'il s'explique.
« Comme tu le sais peut-être, Potter, notre équipe de Quidditch n'a pas gagné depuis assez longtemps... (Rires des Griffondor derrière. « Tu l'as dit Serpy, crièrent Fred et George ».) Pas qu'on soit spécialement mauvais (« Mais pas spécialement bons non plus, n'est-ce pas Fred ? » « Tout à fait, George. »), mais... notre attrapeur est un Scrout. En plus d'être un abruti. » (« Applaudissons au moins sa lucidité. »)
Harry réfléchit rapidement. L'attrapeur de Serpentard, qui cela pouvait bien être ? Il tourna un regard interrogatif vers Draco. Son visage était beaucoup plus proche qu'il ne s'y attendait, car le blond ne l'avait pas encore lâché. Celui-ci lui souffla à contrecoeur : « Dolohov ». Effectivement. La brute ne devait pas être très douée, et Ginny devait se faire un plaisir de lui filer sous le nez avec le Vif à chaque match. Zabini conclut :
- Or toi, Potter, tu as le profil parfait pour un attrapeur. » (Mutisme des Griffondors. Fred pinça George, qui le pinça à son tour, avant que les deux ne s'en prennent aux bras de Ron, qui brisa le silence : « Aïe ! »)
Les deux autres Serpentards se lancèrent dans un nouvel échange de regards, leur conversation muette portant cette fois sur les intentions de leur aîné. Hermione, percevant l'enjeu, se plaça aussitôt derrière Draco, en fronçant les sourcils d'un air désapprobateur en direction de Zabini. Il fallut bien reconnaître un courage presque suicidaire au capitaine de Quidditch, qui renvoya un sourire intrépide à la brune. Les Weasley le regardaient avec un respect nouveau. Le principal intéressé l'ignorait toujours, évaluant cette demande inopinée.
Si Harry rapportait la victoire à sa Maison, ce serait un coup de maître. Mais les deux doutaient toujours de la bonne foi du métis. Sans parler des risques du sport lui-même... Après ce qu'il venait de voir, Draco était certain que cela allait encore finir à l'infirmerie. Ou pire. C'était hors de question. Il allait refuser, en leur nom à tous les deux, mais Harry l'empoigna à son tour par le col, les bloquant face à face. La dispute allait reprendre, les arguments toujours identiques, quand le brun lui souffla, à peine audible :
« Jusqu'à quand est-ce que tu vas continuer à utiliser ça contre moi ? »
Draco déglutit, assommé. Il le faisait pour Harry, il ne pouvait pas retourner son inquiétude contre lui ! Et pourtant, il se rendait bien compte que contrairement à lui, Harry n'avait pas eu de cauchemar de ce soir-là. Il était passé à autre chose. Draco chercha la force de refuser. Les prunelles de Potter le narguaient, lui rappelaient qu'il avait promis d'aider Harry à devenir un Serpentard au même titre que tous les autres. Harry le sentit basculer, le suivant dans ses pensées. Il le vit atteindre le point de non-retour et renoncer à ses objections, et il ne put s'empêcher de lui offrir en récompense un sourire heureux. Il le gomma bien vite pour préserver les apparences devant leur public, et le remplaça par de faux yeux de cocker. Le blond fit semblant de s'y laisser prendre et ne put que capituler, agacé de s'être laissé avoir. Il se tourna vers Zabini, en espérant trouver une dernière raison de s'opposer à la proposition, et pour ne pas voir le sourire en coin de Harry.
« Et tu serais prêt prendre un Né-moldu dans ton équipe ? Sans l'accord de Justinian ? Tu n'as pas peur que ce soit un joueur... inférieur ?
- Tu me prends pour un imbécile Malfoy ? Ça fait des années que je regarde notre équipe se faire battre par Griffondor presque à chaque coup. Et, à ce que je sache, ce n'est pas la mère moldue d'Oliver Wood qui l'a empêché d'entrainer ses joueurs, ni la famille d'Angelina Johnson qui la retient de nous mettre des buts. Il y a qu'à voir la façon dont ils nous éclatent consciencieusement tous les ans pour remettre sérieusement en question la prétendue supériorité des Sangs-purs. Et, si je peux me permettre, Malfoy, c'était quand la dernière fois que quelqu'un a battu Hermione au classement général ? »
Draco resserra un peu ses mains en soupirant, mais dût bien laisser Harry se dégager. Celui-ci lui tapota l'épaule d'un air rassurant.
« D'accord, si Malfoy et Hermione n'ont pas d'autre objection...
- Excellent Potter. Tu commences au mois de septembre. En attendant, on va te faire un programme d'entraînement. Tu fais quoi pendant les vacances de Pâques ? »
Merlin, se dit Harry. Ils s'étaient trompés sur Zabini. Et maintenant ils ne se retrouvaient pas avec un fanatique du Sang-pur sur les bras, mais un fanatique du Quidditch. Et le pire, c'était que Ron buvait ses paroles et que Céphéus approuvait vigoureusement à chaque nouvelle consigne.
« Cissa ! »
A présent en train de faire les cent pas dans la pièce, donnant le tournis au pauvre jeune homme qu'elle avait kidnappé avec elle et à Régulus, Bellatrix sautillait presque d'excitation. Si bien que dès qu'elle aperçut sa soeur, elle lui attrapa les mains, et s'écria aussitôt :
« Nous allons écrire un livre !
Puis, sans plus d'explications, dans un geste théâtral :
« Et je te présente notre nègre, Cédric Diggory. »
Narcissa considéra un instant l'écrivain en herbe, qui apparemment n'était pas non plus tout à fait au courant, à en croire ses balbutiements. Elle se tourna vers Bella, qui attendait sa réaction avec impatience. Un livre... Elle attrapa tout d'un coup l'idée au vol. C'était tout à fait cela !
Sur son siège, Régulus, qui attendait toujours des explications, regarda tandis que Narcissa portait soudainement les mains à la bouche pour cacher son éclat de rire. Il détestait quand elles faisaient cela, se comprendre entre elles et le laisser avec sa langue au chat. Il toussota pour attirer leur attention.
- Quel livre, exactement ?
- Voyons, Regulus, mais de quoi faire revenir mon autre cousin préféré chez nous ! La vérité sur l'affaire Black ! »
Dans son coin, Cédric regardait les trois cousins avec un mélange de crainte et de fascination. Il avait presque peur d'apprendre ce que pouvait bien être leur secret de famille.
« Que pouvons-nous apprendre de nos voisins moldus ? Tellement de choses ! Pour ma part, je les considère comme une source d'inspiration inépuisable. Par exemple, j'ai entendu parler de manifestations politiques, aux méthodes novatrices, les Pussy Riots. Vous connaissez ? Je suggère tout particulièrement à Lord Nott de creuser la question. Peut-être parviendra-t-il à attirer davantage de monde à ses conférences pour la pureté du sang... quoiqu'il risque aussi de les faire fuir, à bien y réfléchir. »
Lady Black Lestrange, citée par la Gazette du Sorcier, 5 avril.
Severus parcourut rapidement l'autorisation qu'il avait sous les yeux. Il leva toutefois des yeux remplis de doute vers son filleul, debout devant lui dans son bureau, puis vers Blaise Zabini qui l'accompagnait. Il soutenait entièrement leur révolution, mais la mélanger avec le Quidditch... Potter ne se montrait jamais sur un balai, il n'avait pas pris l'option vol, il n'avait jamais suivi d'entraînement. C'était sérieux, tout de même, le Quidditch. Il toussota, cherchant comment dire cela avec tact :
« Je vois tout fait l'intérêt politique de la manœuvre, Draco. Mais l'intérêt sportif, en êtes-vous certains ? Parce que mettre un débutant au poste d'attrapeur, sans sélections, c'est assez irrégulier et plutôt risqué... S'il nous faisait perdre, sa côte de popularité chuterait encore...
Draco l'interrompit.
- Severus. Il est doué. Il serait né dans un nid que ce serait pareil. Il va écraser la Weaslette, nous allons écraser les belettes et toute l'équipe de Griffondor avec, et McGonagall n'aura qu'à avaler ses boules de poiles.
S'il le disait comme ça... Il mesura la conviction chez son filleul, puis chez Zabini.
« Très bien. Draco, tu parieras pour moi auprès de ton amie Pansy, et si ça ne marche pas, je me rembourserais sur tes prochaines étrennes. Zabini, vous n'oublierez pas d'emmener Potter pour la visite médicale réglementaire. »
Ils allaient sortir, lorsque Severus rappela son filleul.
« Draco ? Ton père m'a demandé de te faire passer un message. Il faudrait que tu mettes ton équipement en cuir de dragon dans ta valise. Apparemment, ta chère tante... La voix du directeur de Serpentard grinça sur l'expression... s'est chargée d'organiser la chasse aux œufs. »
Draco s'arrêta un instant sur le seuil, puis répondit, à peine étonné :
« Oh. Je vois. Je prends aussi les protections anti-combustion, j'imagine. Et je pourrais t'emprunter de la Branchiflore ? »
Séverus blêmit en imaginant quelle sorte d'œufs ils allaient devoir chasser. Il ne trouva aucun réconfort chez son filleul, qui avait l'air de trouver cela parfaitement naturel, voir même assez réjouissant. Décidément, tous des Blacks. Pourquoi ne pouvaient-ils pas se contenter d'œufs en chocolat, comme tout le monde ?
Il renvoya son élève boucler la fameuse valise, et examina les diverses possibilités d'échappatoires qu'il avait à sa disposition. Malheureusement, c'était toujours Narcissa qui recevait, et tomber malade n'était simplement pas permis sous son toit.
« Une lignée de sorcier, c'est comme un vin, si vous me permettez cette comparaison un peu triviale. Il a beau venir peut-être d'un jus de raisin plein de qualités, il ne sera un bon vin qu'après des années de maturation. Chez les sorciers, on parle de générations, du Sang du Né-moldu à un Sang-mêlé, où le sang originel aura été suffisamment dilué avec des gènes magiques. »
Lord Nott, cité par la Gazette du Sorcier, 5 avril.
« Eh bien, filons la métaphore œnologique ! Même si je trouve cela à la fois très français et assez moldu de ce cher Nott, mais passons. Je tiens à remarquer que dans le cas des Nott, on aurait plutôt affaire à un Beaujolais nouveau : un prestige dans les premiers temps, et il y en a bien quelques un qui apprécient, je suppose, mais à ne surtout pas laisser vieillir. Le problème du vin, c'est qu'on obtient aussi parfois une infâme piquette. »
Lady Black-Lestrange, citée par la Gazette du Sorcier, 6 avril.
« Tu vas où, Théo ? »
L'adolescent se retourna lentement dans le vestibule à la question de Rinata, son masque fermement en place. Elle venait juste de franchir le seuil, et tendait son manteau à un elfe. C'était bien sa chance, tomber sur elle juste maintenant. S'il était parti cinq minutes plus tôt, ou si elle était arrivée cinq plus tard... Elle attendait une réponse, et ses sourcils se fronçaient, alors qu'elle sentait que ça n'allait pas lui plaire.
« A une chasse aux œufs.
Rinata compris immédiatement de quelle chasse il était précisément question, et elle se retint d'exploser de fureur.
- Tu vas aller à une fête, où tout le monde critique ta propre famille, et soutient le camp des Nés-moldus ?
Théo refusa de baisser les yeux. Sa trahison n'était plus qu'un secret mal gardé dans leur famille, et ils évitaient tous le sujet. L'air devenait irrespirable chez les Nott, et cela empirait à chaque une de la Gazette, à chaque projet de loi au Ministère. Personne n'avait mentionné le nom de Bellatrix Lestrange non plus depuis le début des vacances de Pâques.
- On sait tous les deux que ce n'est pas ça le problème, alors arrête de faire comme si t'étais déjà devenue une Nott. Dis-moi, tu as parlé à ta mère depuis qu'elle est rentrée ?
- Comment tu peux nous faire ça !
- « Nous » ? Ou « te » ? Allez, la vérité c'est que ça te débecte que je réponde à l'invitation de la femme qui n'était pas là à tes anniversaires. Ça n'a rien à voir avec ta position au sujet des Nés-moldus, je sais que tu t'en fous autant que Dumbledore lui-même, c'est ta mère que tu détestes. »
Rinata allait l'interrompre, mais Théo était lancé. Il en avait marre qu'elle le balade. Ils ne se devaient rien, elle était fiancée à son frère, ils n'étaient pas du même côté, et c'était tout ce qu'il y avait à dire.
« Tu fais tout pour ne pas lui ressembler à elle. Elle a préféré sa carrière plutôt que de vous élever, alors toi tu te dévoues comme une esclave à un prétendu honneur familial. La vérité, c'est aussi que tu la détestes parce que tu es jalouse, parce qu'elle a toujours fait ce qu'elle voulait et toi jamais. Elle est partie, et tu penses que tu subis les conséquences et que tu dois tout rattraper, en faisant semblant d'être parfaite. J'imagine que tu l'as brûlé, le carton d'invitation qu'elle t'a envoyé ?
Théo espérait qu'il l'avait assez remué pour qu'elle ne se rende pas compte de ce qu'il lui en coûtait de lui jeter tout cela à la figure. Rinata serrait le point, silencieuse. C'était la pire de ses trahisons, celle-là, et il prierait pour qu'elle lui pardonne un jour. Théo vit presque la larme, mais elle ne la laissa pas franchir ses longs cils noirs, préférant toujours repasser à l'attaque.
- Et alors ? ça ne change rien à ton comportement à toi !
- Tu es bien placée pour comprendre, non ? Toi tu agis pour te venger d'un de tes parents, et moi je fais pareil. Je dirais bonjour à ton père et tes sœurs de ta part ?
- Tu ne peux pas y aller ! »
Théo ne répondit pas, et franchit la porte. Il essuya d'un geste rageur la petite goutte salée qui avait glissé sur sa pommette à lui. Il occulta la vision des yeux noirs de Rinata par celle d'une chambre rose, et les traits souriants de sa mère. Chacun ses choix. Le Portoloin s'activa à l'heure dite.
La chasse aux œufs avait été mémorable, comme seule Bellatrix Lestrange pouvait les manigancer. Harry se souviendrait toute sa vie du souffle du dragon qui l'avait frôlé alors qu'il volait près du nid pour rapporter son précieux butin à son équipe. Il s'était ensuite réveillé sur une estrade, la tête dans le coton, emballé dans un costume ridicule et un ruban sur les cheveux. Apparemment il avait été choisi pour jouer l'œuf, cette fois, et Draco avait dû aller le repêcher au fond d'un lac. Lorsqu'il avait soupiré « Pourquoi moi ? » avec résignation, Draco s'était contenté de fixer son peignoir.
Une fois sortis du labyrinthe, Céphéus avait invité Harry au 12, Square Grimmaud pour la fin des vacances. Après tout, Régulus lui avait donné l'autorisation, plusieurs fois, de ramener des amis. Ses oncles, grand-tantes et cousins avaient à l'époque vigoureusement approuvé : à Poudlard, il s'agissait avant tout de se faire des relations profitables. On lui avait même fourni une liste, se rappela Céphéus avec dégoût, en espérant que ses futurs amis pourraient compenser ses origines douteuses. Bien entendu, Harry n'y figurait pas. Pourtant son père adoptif, en les voyant la veille sur le pas de la porte du 12, Square Grimaud, avait simplement eut l'air surpris. « J'aurais dû m'en douter. Tel père tel fils », avait-il murmuré en secouant la tête avec un fatalisme amusé. Ses yeux gris pétillaient d'une lueur chaleureuse, et Céphéus avait soupiré de soulagement.
Mais si son oncle les avait accueillis à bras ouverts, le reste de la très noble famille Black n'avait pas apprécié son initiative, et c'était peu dire. Les garçons s'en étaient rendus compte dès le lendemain matin. Le flot de Beuglantes au petit déjeuner avait rappelé à Céphéus le matin qui avait suivi son adoption par Régulus, deux ans auparavant. Le fracas et les hurlements avaient comme à l'époque fait trembler les murs, et le petit garçon qu'il était, débarqué d'Amérique pour la première fois, avait alors supplié qu'on le renvoie dans son pensionnat moldu. Harry, lui, avait calmement beurré son scone, et avait même redemandé poliment du thé, après avoir ôté les petits bouts de papiers rouges qui s'étaient déchiquetés dans sa tasse. Cephéus s'était presque brûlé en lui tendant la théière. Il était trop soulagé que son premier invité ne fuit pas devant l'accueil, et fasse la sourde oreille aux propos assez explicites de ses cousins.
Malheureusement, le vacarme avait aussi réveillé le portrait de Walburga, qui avait attendu qu'ils sortent de la cuisine pour se lancer dans une de ses tirades habituelles.
« Ignoble bâtard, fils d'assassin et d'une traînée ! »
Les insultes étaient plus faciles à ignorer à l'école qu'ici. Cépheus avait bien du mal à garder la tête haute, et ses joues lui cuisaient sous l'humiliation. Sans rien ajouter, il avait tourné les talons et avait mené Harry à la bibliothèque en attendant qu'elle se calme, sous le regard méprisant et satisfait de Kreatur. Ils étaient tous les deux confortablement enfoncés dans un fauteuil, évitant soigneusement d'évoquer la rencontre avec le portrait, quand Régulus poussa la porte.
« Céphéus ? Cela t'ennuierait de venir avec moi à un rendez-vous ? Il y a en a pour deux heures au plus. »
Surpris, le plus jeune regarda Harry avec incertitude. Celui-ci le rassura d'un sourire, déclarant qu'il irait voler. Cela tira un soupir plein de regrets à son ami, qui voyait déjà l'entraînement spectaculaire qu'il allait manquer. Il disparut cependant avec son père adoptif dans un nuage de poudre de cheminette, pour atterrir devant Bellatrix et un jeune homme blond qu'il n'avait jamais vu, mais qui portait un T-shirt des Canons de Chudley. Il lui sembla aussitôt sympathique.
« Harry ? Est-ce que tu sais où l'on trouve des bézoars ?
- Dans l'estomac des chèvres.
- Ah oui, c'est vrai... »
Céphéus inscrivit rapidement la réponse, pourtant évidente, sur le questionnaire de Potions qu'il avait à faire pour la rentrée, tandis qu'Harry faisait mine de se replonger dans un livre. Céphéus avait l'air préoccupé. Il était rentré juste avant le déjeuner, et depuis, il avait la tête ailleurs. Harry hésitait à s'en mêler, cela avait tout l'air d'être une affaire de famille, mais il s'était attaché au gamin...
Céphéus avait fini les potions, mais il ne se sentait pas de se lancer dans autre chose. L'entrevue avec Cédric Diggory s'était pourtant bien passée, sous les yeux vigilants et protecteurs de Régulus. Il n'était pas question d'exposer son neveu et fils adoptif de quelque façon que ce soit, et Bella n'avait pas d'objection. Le héros du livre serait Sirius, de son adolescence, sa rébellion contre ses parents intolérants, et ses premières excursions dans le monde moldu, jusqu'au piège qui s'était refermé sur lui, le reniement de ses parents, et sa disparition. Céphéus n'avait qu'à dresser un portrait de l'homme dont il se souvenait.
Sirius lui avait été présenté comme un ami de sa mère. Un bon ami, dont l'air sombre s'évaporait rapidement lorsqu'il poussait Céphéus sur les balançoires ou lui donnait des bonbons au goût parfois surprenant. Lui, dans son jeune âge, n'avait pas trouvé étrange qu'il ne se montre que lorsque le mari de sa mère, celui qu'il appelait alors Papa, un avocat international, n'était pas là. Le monde s'était écroulé quand, après la disparition de sa mère, son père lui avait expliqué qu'il n'était pas son enfant, et que c'était à Sirius que revenait le titre. Le gros chien noir qui s'était assis près de lui à l'enterrement avait ensuite repris forme humaine, et lui avait raconté leur histoire.
Les insultes de sa grand-mère tournaient dans sa tête.
« Céphéus ? Ça va ?
Pas vraiment. Cette histoire de livre le tracassait un peu, même s'il ne se plaignait pas qu'on blanchisse Sirius, loin de là ! Il se tortilla dans son fauteuil et attrapa son courage à demain. Après tout, tout le monde saurait bientôt. Selon sa tante, le livre sortirait au début de l'été, et serait sans doute le potin à la mode des vacances. Autant qu'Harry sache avant.
- Wallburga disait la vérité, tu sais.
Le Fourchelangue marqua sa page et se tourna vers lui, le menton dans les mains, montrant qu'il écoutait. Depuis qu'il connaissait le première année, il avait entendu plusieurs fois les mêmes choses : « Bâtard », et « Sang-impur ». Assez pour qu'il comprenne que Céphéus était le premier Sang-mêlé qui allait prendre les rênes de la famille Black, et surtout le fils du frère introuvable de Régulus. Ce frère-là, dont lui avait aussi parlé Justinian.
- Je suis un Sang-mêlé, bâtard du fils indigne et meurtrier, et d'une vulgaire moldue adultère. »
Les mots crus sortaient bien trop facilement. On les lui avait tellement répété qu'ils n'avaient plus d'effet, enfin, presque plus. Harry, en les entendant, contrôla une bouffée de haine. Hermione le gronderait si elle savait ce qu'il avait envie de faire, là tout de suite, à la vieille mégère et son vieux débris d'elfe, qui acquiesçait à chaque phrase. Draco l'aiderait sans doute, se dit-il. Il serait même capable de rabattre le caquet à sa grand-tante, avec sa langue de vipère infatigable, toute bien cachée qu'elle soit.
Céphéus leva une main pour qu'Harry ne l'interrompe pas, et expliqua d'une traite, un peu comme ça venait :
« Sirius Black, mon père, était amis avec deux journalistes. A cause de l'enquête qu'ils menaient, il a été accusé de meurtre et trafic de drogue dans la City, et quand les moldus l'ont arrêtés, ses parents venaient de le renier et ont refusé de l'aider. Il n'avait pas d'identité, d'adresse – la maison est invisible et il n'avait pas d'alibi crédible, alors, ben, ils l'ont condamné. Seulement il s'est échappé et a passé des années à faire tomber le mafieux qui était derrière tout ça, entre la bourse de Londres, de New-York et l'Amérique du Sud. Il a utilisé un contact avec une détective, ma maman, sauf qu'elle était déjà mariée, et puis ils m'ont eu, son mari voyageait souvent. Mais il était toujours recherché, alors elle m'a gardé avec elle et Henry – c'était son mari. Elle est morte, maintenant, le cancer, quand j'avais neuf ans. Henry a voulu me rendre à Sirius, j'étais sorcier, mais lui était encore en cavale, et il a demandé à Regulus s'il voulait bien... Et Regulus a dit oui... »
« Et maintenant, un livre va sortir, pour blanchir Sirius. Mais il reste que je suis un bâtard, et que tout le monde va le savoir. »
Cephéus reprit enfin son souffle. Il fixa ses lacets. Harry regarda le petit garçon en face de lui. Il se souvenait du jour où il avait posé le même genre de question à Rémus, et il savait ce qu'il lui en avait coûté d'oser aborder le sujet. Salazar, il avait envie de le gaver de chocolat, avant de l'emmener faire une bêtise. Une partie de son esprit se mit en marche, celle sur laquelle reposait son amitié avec les jumeaux Weasley, et se lança dans l'élaboration de la fameuse connerie. Le reste rassembla tout le tact qu'il avait pour rassurer le petit brun. Quand Harry eut fini de lui répéter doucement que non, ce n'était pas sa faute, et qu'il lui eut raconté aussi tout ce que Pétunia avait pu dire sur ses parents, Cepheus lui avoua, un peu confus :
- Je le savais, hein, mais... Mes oncles, tantes et cousins... Ils feraient douter n'importe qui.
- Ce n'est pas comme si c'était toi qui t'étais occupé de ta conception. Ils ont fait ce qu'ils ont fait, tu n'y es pour rien. Ou alors tes pouvoirs magiques sont vraiment surprenants. Et quoiqu'ils disent, un jour ça n'aura plus d'importance de toute façon.
-Quand ?
-Quand tu seras Lord Black, et qu'eux n'auront qu'à ramper. La réponse te convient ? »
Céphéus réfléchit un instant, avant qu'un sourire de requin ne se forme sur ses lèvres, assez convainquant pour un garçon de onze ans. Cela rappela à son aîné le soir où ils s'étaient rencontrés, et sa première tentative hésitante de manipulation...
Alors Harry se pencha en avant et lui dévoila son projet pour re-décorer le vestibule. Le lendemain, sur le mur qui faisait face à celui de Walburga Black, une magnifique copy du pop art de Marilyn s'étalait sur le papier peint, avec un slogan taggué en orange : « Peace and love Muggles ». La grand-mère hurla d'horreur devant son papier peint défiguré, et Kreatur se repassa les mains lorsque Régulus lui interdit de nettoyer.
28 juin, La Gazette du Sorcier.
« Black Sheep, le livre de l'été ! C'est ce matin qu'est sortie la biographie de Sirius Black, Lord légitime de la maison des Blacks, et au centre d'un sombre conflit familial. Ses proches, notamment son frère Régulus, dénoncent l'injustice et en appellent au Ministère, afin de trouver un arrangement avec la justice non magique et une amnistie pour le fuyard, recherché à tort pour le meurtre d'un couple de journalistes moldus depuis bientôt quinze ans. Un récit biographique, oui, mais aussi une histoire de courage, d'honnêteté et de tolérance, qui suffira peut-être à blanchir enfin le nom de Sirius Black ! En vente chez Fleury et Bott, un gallion, qui sera reversé à Poudlard, pour financer l'équipement nécessaire aux nouveaux cours d'études des moldus. »
Severus sut, en voyant entrer Lucius, que ce ne serait pas une bonne nouvelle. Son meilleur ami s'assit lentement, posa sa canne, et repoussa ses longs cheveux blonds comme s'il portait le monde sur ses épaules.
« Severus... Je te considère comme un membre de ma famille, tu le sais ? Un frère, même.
- Vu ce que tu as l'habitude de dire de ton frère, je ne suis pas sûr que ce soit un compliment.
L'aristocrate eut un sourire canaille, et ne se laissa pas démonter.
- Vu ce que tu as l'habitude de me répondre dans ces conversations-là, je suis sûr que tu penses comme moi. Mais très bien, disons que tu es le frère pour lequel j'aurai échangé le mien.
- Et sans regrets. Alors, qu'y-a-t-il ?
- Eh bien, toi mon frère, tu connais donc bien ma douce Narcissa...
- Que se passe-t-il, Merlin ?
- Avant que tu ne commences à jurer, laisse-moi te dire que j'ai essayé, que j'ai perdu en duel contre Bellatrix, que je dors dans mes appartements depuis une semaine, et que cela ne me plaît pas plus que toi. Et que Narcissa est donc ta presque belle-sœur.
Lucius lâcha enfin le morceau.
- Ils voudraient proposer à Dumbledore d'engager Black, celui qui est dans la nature, comme professeur s'il pointe à nouveau sa truffe.
Severus se leva d'un bond, et se mit à éructer des injures, un refus catégorique, et sa résolution d'aller voir le directeur. Lucius lui posa calmement les mains sur les épaules.
- Bella et Cissa sont en haut avec lui en ce moment.
Severus s'affaissa sur sa chaise, et Lucius fit de même en face de lui. Le blond avait levé les yeux au plafond et contemplait les pierres suintantes des cachots, quand une idée lui vint.
- Ceci dit, si j'étais toi, j'en profiterais pour négocier le poste de défense, quitte à accepter le retour de Black. »
Severus Rogue se drapa dans ses robes noires, et monta sauver ce qui pouvait encore l'être.
Ouf ! C'est fini ! Je crois que je me suis un peu emballée... J'ai voulu aller jusqu'aux vacances d'été, et en finir avec cette affaire Black (quoiqu'il en reste un bout, vous vous en doutez sûrement). On attaque la cinquième année au prochain chapitre (chouette, ça va être la rentrée u.u).
Bonne soirée !
