Bonjour !
Vous êtes toujours là ?
Lalou (merci pour ta review !) m'a demandé (il y a longtemps) à quelle fréquence je publiais. La réponse est : anarchique, et plus du genre anarchique-lent que le contraire, malheureusement ^^. Ce n'est pas tant un problème d'inspiration, c'est que je sais justement en gros ce qui doit se passer et que l'écrire est la partie la moins drôle de l'affaire... jusqu'à ce que je rencontre un doute existentiel (comme, mais le Harry et le Draco tels que je les ai décrits peuvent-ils tomber amoureux comme ça ? ou pire, mais quelle était la profession des parents de James Potter ? – Oui, j'ai un cerveau déréglé, dispersé, obsessionnel et futile =). Ce qui explique aussi ma lenteur.)
Enfin, pour vous donner une idée, je pense qu'on est quelque part entre le gros tiers et la moitié. J'ai divisé mon histoire en 3, partie une la rencontre, du chap 1 à 9, la partie 2 on vient de l'entamer et ça va jusqu'au 17, et la partie 3 après (j'ai pas encore redécoupé la partie 3 en chapitres). Courage ! Mais j'ai dit que je finirais et je finirai, même s'il me faut encore un an ^^. (Ca, c'est pour les optimistes)
J'ai pris de bonnes résolutions et je vais essayer de tenir un chapitre par mois !
Merci à YuuKyun pour la relecture
Bonne lecture ! (Et bonne année !)
Harry Potter appartient à JK Rowling
Chapitre onze : La fosse aux lions
Draco émergeait à peine, ce matin-là. Ou plutôt non, il n'avait même pas commencé la pénible opération du réveil, quand un élément extérieur et indésirable précipita les choses.
Harry remontait les escaliers quatre à quatre dans sa hâte de lui faire part des nouvelles dans la Gazette du jour. Il avait couru depuis qu'il était entré dans les cachots jusqu'ici. Il ralentit en approchant l'endormi. Pourtant, le sommeil encore profond de ce dernier n'empêcha pas l'intrus d'ouvrir grand les rideaux, ni de trébucher à grand bruit sur un coffre qui trainait-là. Penché enfin au-dessus de son ami, il le sortit de ses rêves délicatement. Les yeux d'Harry pétillaient dans la pénombre, et Draco ne fut pas aussitôt certain d'être éveillé. Mais l'autre vibrait pratiquement d'enthousiasme et commença sans attendre à lui expliquer ce qui l'amenait de si bon matin, d'une voix essoufflée autant de sa course que de son excitation. Draco le laissa parler un bon moment, en se contentant de se laisser bercer par le rythme des mots, avant de se rendre compte qu'il était probablement inutile d'essayer de se rendormir.
« Harry... De quoi tu parles ? »
Le brun s'interrompit, un peu perplexe, dans son élan. Comprenant sans doute qu'il avait parlé dans le vide, il lui fit signe de se pousser, tassa un peu l'édredon et s'assit à côté de lui. Il envoya quelques étincelles – rouges, parce qu'à ce niveau on pouvait parler d'urgence, et un café préparé par un elfe des cuisines compatissant flotta bientôt vers eux. Il le tendit à Draco et repris les choses par leur commencement. L'on était le lendemain d'Halloween. Et Justinian avait fêté son anniversaire, la veille, comme depuis seize ans. Son public redoubla d'attention : quelque chose était arrivé pendant la soirée ?
« C'est ce qui est si important : on n'en a aucune idée ! En fait, si on ne savait pas déjà qu'il le fêtait, on ne saurait pas que ça a eu lieu !
- La Gazette n'a pas fait de reportage ? Skeeter n'a pas essayé de s'y infiltrer ?
- Non, à la place on a un reportage sur Trick or treats, les célebrations d'Halloween dans le monde sorcier et moldu !»
Dans une précipitation qui ne lui ressemblait pas, Draco se précipita vers sa baguette et attira à lui l'édition de la Gazette la plus proche, indifférent au cri d'outrage qui lui parvint de la salle commune. Il la déplia avec des gestes légèrement frénétiques, et lut toutes les pages en diagonales pour être sûr qu'aucune chronique n'était dissimulée quelque part, dans le bas d'une colonne. Pas même une photo !
Draco abaissa lentement la feuille de choux avec une mimique de victoire. Il leva le poing et Harry y tapa le sien sans hésiter. Puis Draco recula sa main et fit un geste, et Harry y répondit avec malice, avant de dérouler ses doigts, imité par Draco, et chacun revint plaquer sa paume contre celle de son vis-à-vis dans un mouvement du poignet complexe. Les deux adolescents rivalisaient de dextérité et de fantaisie, devinant les mouvements suivants de l'autre sans un mot. Leur check joueur continua pendant plusieurs minutes. Ils étaient imbattables à deux, ils avaient même vaincu Fred et George, qui s'étaient évidemment révélés des fans inconditionnels de la pratique.
Harry par se tromper et Draco lui attrapa la main et la coinça sous la sienne dans l'oreiller dans un mouvement de triomphe. Harry soupira devant la défaite, avant de secouer la tête. Il vola un instant sa tasse de café à Draco pour en avaler une gorgée, avant de se relever.
« J'ai entraînement...
- Encore ?
- Le match est dans deux semaines et Zabini est sur les dents. Ce type est effrayant. Il est au Quidditch ce qu'Hermione est aux révisions, ajouta-t-il avec sagesse.
- Ils se sont bien trouvés alors. Mais ne dis pas que je ne t'avais pas prévenu...
- Attends que j'ai attrapé le Vif d'or et on en reparle, Malfoy. Tu viens avec moi, Nagini ? Ou tu restes avec ce paresseux d'aristocrate ? »
Le serpent bailla sur le lit d'Harry tandis que le propriétaire originel du meuble attrapait son sac de sport et lui caressait la tête. Draco observait la scène en sirotant son café d'un air satisfait. Il se prélassa crânement dans ses coussins quand Harry se retourna, exhibant sa grasse matinée de paresseux d'aristocrate d'un air narquois devant le Né-moldu qui allait devoir affronter le vent et son capitaine jusqu'à épuisement. Le brun lui tira la langue avant de redescendre, Nagini enroulée mollement sur ses épaules. Elle comptait visiblement jouer davantage le rôle du soutien moral que voler à ses côtés.
Draco étira ses bras au - dessus de sa tête en soupirant. On dirait qu'Harry avait fini par se faire une raison au sujet de Justinian, et arrêter de se sentir coupable dès qu'il perdait un peu plus de son pouvoir ou que sa famille était critiquée dans les journaux. Ça ne faisait pas spécialement plaisir à Draco, il n'avait rien de personnel contre lui non plus... Ah si. Il y avait tout ce qu'il avait fait subir à Théo et Harry. Tout compte fait, ce dernier n'était pas assez rancunier pour son propre bien, c'était un miracle qu'il soit à Serpentard. Heureusement que lui était suffisamment vindicatif pour deux.
Il referma ses rideaux et rétablit les sorts qui l'enfermaient dans son havre. Il replongea sous la couverture, bien décidé à profiter de sa matinée, comme l'avait dit le brun. Incidemment, il remua un peu, se tournant sur le côté pour se rapprocher de la nappe de chaleur qu'avait laissée quelqu'un, sa main se crispant sur les draps comme pour en retenir un peu.
Ce jeudi de fin novembre avait lieu le premier match de Quidditch de la saison. On commençait en beauté et tout en tradition : Griffondor versus Serpentard.
C'était le premier match d'Harry tout court, alors on y avait mis les formes, aussi bien du côté de sa maison que de ses adversaires. D'un commun accord, leur troupe n'avait pas adressé la parole à un Rouge et or depuis deux semaines. Les jumeaux avaient continué en mettant au point des badges, où un petit Harry aux grosses lunettes tournait inutilement sur lui-même, avec en slogan « L'attrapeur le plus myope à Poudlard depuis 100 ans ». Draco avait répliqué aussitôt par une chanson, en toute amitié bien sûr, « Weaslaid notre roi », et ainsi de suite. Hermione faisait fi des convenances quant à elle et envoyait des mots d'encouragements en cours à son meilleur ami. Mais elle appliquait la loi du silence avec tous les autres Serpentards, ce que Harry avait déduit en voyant le regard noir que posait Blaise Zabini sur les petites missives qui lui étaient destinées à leur table, et uniquement à lui, comme si elles étaient autant d'insultes à l'amour-propre de son aîné.
Les cinquièmes années descendirent comme d'habitude au petit-déjeuner. Au bout de la table, Justinian prédisait haut et fort la défaite de sa maison : il n'avait pas assisté aux sélections de Quidditch en septembre, lorsqu'Harry avait ridiculisé Dolohov, mais était allé jusqu'à contester la place de Zabini comme capitaine pour cette décision. Justinian avait toujours été un orateur à part, mais depuis le début de cette année, il était dans une forme exceptionnelle, et particulièrement rageur. Il n'avait pas vraiment apprécié que son meilleur ami retourne sa veste pour choisir l'autre camp.
C'est évidemment cet instant que choisit Zabini pour descendre et tout entendre. Il s'approcha dangereusement, et Nott se leva. Les deux sixième année se connaissaient assez bien pour aller droit au but. Le silence se fit autour d'eux, sans les habituels sifflements et encouragements imbéciles qui entouraient les bagarres. Ils sortirent leur baguette en même temps, visant la jugulaire sans un mot et sans hésitation. Les bois vibraient de magie contenue, contrastant avec leurs expressions glacées et haineuses. Ils s'écartèrent de la table de Serpentard sans se lâcher du regard. Ils se rapprochèrent jusqu'à se toucher presque, puis reculèrent en comptant précisément leurs pas pour se mettre en position de duel. Ils en étaient déjà à neuf, mais Rogue était encore trop loin pour pouvoir les arrêter et ils ne prêtaient aucune attention à ses interdictions.
« Expelliarmus ! »
Harry réceptionna les armes et les rejeta sans attendre sur la table, refusant d'ajouter de l'huile sur le feu en privant l'héritier Nott de sa baguette. Draco, debout à côté, de lui se tenait prêt à parer toutes représailles, les mettant au défi d'essayer quelque chose.
« Blaise, ne te fait pas suspendre maintenant. Quoiqu'il dise, on ne gagnera certainement pas sans capitaine. »
Celui-ci hocha la tête avec brusquerie, et tourna les talons sans un regard en arrière. Harry lança sa baguette à Justinian, qui se contenta de quitter la Grande Salle à son tour. L'attrapeur se mit alors à assembler un ensemble de viennoiseries, qu'il alla mettre dans les bras d'Hermione avec un regard suppliant. Blaise n'avait pas eu le temps d'avaler quoique ce soit. Après tout, le Quidditch était aussi un sport psychologique, on ne pouvait pas le laisser entrer sur le terrain comme ça. Et il fallait absolument qu'ils gagnent, alors Harry était prêt à employer les grands moyens.
« ...Magnifique manœuvre de Griffondor, Johnson est au top de sa forme, ah, mais elle est frappé par un cognard de Goyle... En attendant, Zabini prend la balle, il vole vers le but, va-t-il tirer de face ? Dubois se tient prêt... Ah, nom d'un Scroutt, par les cheveux de Rogue, il l'a mis ! Chers spectateurs, voilà ce qui s'est passé, pleurez avec moi : Serpentard a mis un but ! Par pure sournoiserie et une manœuvre détournée organisée bien sûr par Zabini, mais ils égalisent tout de même !... »
Les gradins tremblèrent alors que les acclamations ou les protestations retentissaient. Théo et Draco étaient sur leurs pieds, applaudissant à tout rompre pour essayer de recouvrir la voix du commentateur dépité et totalement biaisé. On en était à cinquante partout, et c'était plutôt équilibré, quoiqu'en pense Lee Jordan. Les deux équipes se défendaient vaillamment, et multipliaient les acrobaties et les coups d'éclat. C'était un beau match. Pour l'instant, les deux attrapeurs, Harry et Ginny Weasley, tournaient lentement dans le ciel en évitant les balles. Les passes reprirent. Tout à coup, l'attention des spectateurs fut happée par le mouvement simultané des deux attrapeurs. Le public émit un grognement de déception quand il s'avéra que ce n'était qu'une feinte de la Griffondor. L'équipe de Serpentard profita quand même de la confusion pour mettre un but, et les poursuiveurs d'en face se remirent au travail pour reprendre la tête, plus acharnés que jamais.
Draco était penché en avant, les poings serrés mais dissimulés par son écharpe. Théo était presque aussi tendu que lui, Céphéus avait le visage peint en vert et injuriait l'équipe adverse. Dans la tribune des professeurs, Sirius faisait la même chose, toute loyauté à son ancienne Maison oubliée, comme Hermione d'ailleurs qui s'attirait les regards noirs de ses camarades en encourageant les Vert et argent. Milicent retenait Pansy qui, offensée par les commentaires de Jordan, parlait de lui lancer un sortilège, pour se distraire de la tension du match sous ses yeux. Elle finit par se lever brusquement, mais sans que personne ne fasse l'effort de la remarquer.
« Et Potter feinte à son tour, ou serait-ce du sérieux cette fois ? Weasley hésite, faut-il se fier à la vue de l'attrapeur le plus myope de Poudlard ? Ah, elle s'est décidée ! La poursuite s'engage, Potter est parti le premier mais il était plus loin. Un cognard évité, puis deux, l'attrapeuse de Griffondor gagne du terrain, ils sont au coude à coude ! Vas-y ma belle, met lui sa raclée au binoclard ! Ah, et un cognard pour Potter, bien fait ! Allez, un peu de galanterie... » Le public ne remarqua pas le gargouillement dans le micro, ni l'interruption soudaine du commentaire.
« Et Potter se révèle à la hauteur du reste de l'équipe de Serpentard ! On dirait qu'ils ont enfin réussi à trouver un bon, que dis-je, un excellent attrapeur ! Les deux accélèrent, le vif d'or pique, le stade retient son souffle... »
Le brusque changement de ton dérouta quand même une partie des spectateurs, qui jetèrent un regard distrait à la loge où Pansy avait repris le micro avec entrain, Lee Jordan hors de vue. McGonagall avait l'air de vouloir protester, mais elle ne voulait pas détourner les yeux maintenant.
« Le Vif a tourné, ils se sont laissés distancer, Weasley n'a qu'un faible avantage et déjà Potter est revenu... Oh une vrille, pas mal Potter, Weasley n'arrive pas à suivre et l'écart se creuse. Le Vif les ballade, mais Weasley a l'air hors course... Il y est presque, en rase motte maintenant. Merlin mais que fait-il ? Il est debout sur son balai, par la barbe de Dumbledore ! Et oui, ça y es, il l'a ! Serpentard a le Vif ! Ouch, Potter, ça a du faire mal mais beau roulé-boulé. »
Pansy et les spectateurs reprirent leur respiration. Madame Bibine siffla comme Draco dévalait les escaliers. L'équipe de Serpentard se regardait, ébahie : leur première victoire contre Griffondor depuis des années. Le stade éclata en applaudissements et en cris de triomphe ou de désespoir. Les élèves envahissaient la pelouse tandis que les deux équipes se félicitaient mutuellement. Ginny tendit la main à Harry. Il allait la lâcher quand la jolie rousse se pencha et lui posa par surprise un baiser sur la joue. Elle ajouta avec malice et un brin d'orgueil blessé :
« Par contre, ne va surtout pas t'imaginer que j'ai fait exprès de perdre ! Je te raflerai le Vif sous le nez la prochaine fois, binoclard ! »
Harry ne put que la regarder surpris, alors qu'elle rejoignait ses frères. Mais il n'eut pas l'occasion de se pencher plus longtemps sur cette étrange faille dans l'espace-temps où Ginny Weasley flirtait avec lui. Draco arrivait, et il se précipita vers son ami pour lui agiter son Vif sous le nez, encore essoufflé et incapable d'articuler un mot. Ginny Weasley. Il le fixa avec incompréhension, comme si lui avait l'explication. Le blond ignora promptement le problème et recentra le débat. Il le tira vers lui sans ménagement et l'étouffa dans ses bras juste une seconde, avant que les deux ne soient hissés sur les épaules de leurs camarades. Dans la cohue et au milieu des cris de « Potter ! Potter ! », Harry sentit une main s'enrouler autour de son poignet, et relava la tête pour croiser les yeux de son propriétaire. Draco Malfoy lui adressait un de ses rares sourires, lumineux sur son visage pâle. Plus précieux encore :
« Il se peut que tu ais eu raison, pour le Quidditch. »
Malgré la détermination des élèves à commencer à fêter leur victoire aussitôt, Madame Pomfresh avait été intraitable et toute l'équipe avait dût faire un voyage à l'infirmerie. Pansy en avait profité pour distribuer les gains des paris et faire ses comptes. Elle avait ensuite envoyé Théo avec une partie des bénéfices le long des souterrains jusqu'à Pré-au-lard chercher l'approvisionnement nécessaire aux festivités qui commenceraient après le dîner.
Rinata était un peu soulagée du délai, et enchaîner l'agitation du match avec du bruit et de la musique ne l'enchantait pas vraiment. Le Quidditch n'était pas vraiment son truc, contrairement à ses petites-sœurs. En réalité, elle n'était allée voir que pour l'enjeu qui allait avec le match, et peut-être aussi pour essayer de parler à Théo. Si seulement il pouvait faire des compromis et rentrer chez lui, il y avait encore une chance que tout redevienne comme avant. Mais maintenant qu'ils avaient gagné, il n'accepterait sûrement pas de revenir en arrière...
Elle devait admettre qu'elle s'était trompée sur Malfoy et Potter. Elle n'aurait jamais imaginé que ces deux-là iraient aussi loin. Ils pensaient tous ou presque qu'ils n'avaient en face d'eux qu'un fils à papa gâté et délirant, coupé du monde, et une lopette trop ambitieuse pour son propre bien. Une combinaison bien trop inexplicable pour qu'elle fonctionne. Mais une lopette ne fonçait pas sans aucune hésitation vers le sol et ne risquait pas de se rompre le cou en se levant de son balai. Quant à Malfoy, Justinian avait senti avant eux tous qu'il n'était pas qu'une sculpture de glace, et qu'il serait capable de prendre sa place. Mais son fiancé ne voyait certainement pas les choses se passer comme ça, pensa-t-elle avec cynisme.
Qu'est-ce qu'ils allaient faire maintenant ? Elle savait déjà que son père resterait neutre et ne dirait rien de ses choix. Il ne disait jamais rien de toute façon. Pas quand elle avait reçu la demande des Nott, pas quand ses sœurs dépassaient les bornes, pas quand sa propre femme décidait d'aller et venir à sa guise. Elle allait devoir faire le meilleur choix pour sa famille, encore une fois.
Plongée dans ses pensées dans la salle commune, elle fit mine de tourner la page de son livre, le plus assommant qu'elle ait jamais lu. Elle avait lancé un sort de silence pour que personne ne vienne la déranger dans sa bulle. C'est pour cela qu'elle ne remarqua pas tout de suite la scène qui se déroulait à l'autre bout de la pièce.
Ses sœurs se trouvaient souvent au centre des problèmes, c'était un fait. Elle en avait l'habitude, et elles étaient d'ordinaire assez futées – ou machiavéliques, selon le point de vue – pour s'en sortir toutes seules. Mais contre un Justinian Nott en pleine rage, les deux jumelles de troisièmes années ne pouvaient pas faire grand-chose. Il les avait entendues vanter les mérites d'Harry et recomposer le match, se demandant plus ou moins innocemment pourquoi il n'avait pas joué plus tôt. Et leur futur beau-frère avait explosé. Puis Ruth n'avait fait qu'envenimer la situation. Elles lui tenaient tête, et Rinata sentit une bouffée de fierté, avant que sa propre colère ne prenne le pas alors que le jeune homme sortait sa baguette.
Elle s'interposa sans hésitation. Il y avait des choses qu'elle n'accepterait de personne, fiancé ou non. Justinian ne lui accorda qu'un regard contrarié. Les gens avaient tendance à penser que la distance qu'ils maintenaient en public n'était la que pour cette raison, le public, et qu'ils changeaient leur comportement quand ils étaient seuls. Ce n'était pas le cas. Il n'y avait pas de moment proche. Fiancés depuis longtemps et toujours deux statues de marbres qui s'effleuraient de temps à autre. Même maintenant, leurs regards rebondissaient l'un sur l'autre. Des présences, des soutiens, et maintenant des obstacles, c'était tout ce qu'ils seraient jamais l'un pour l'autre.
« Pousse-toi. Il est temps que quelqu'un donne une leçon à ces pestes.
- Ce ne sont pas tes sœurs, à ce que je sache. Elles ne faisaient que donner leur opinion sur un match.
- Mais un jour nous seront tous de la même famille, non ? De toute façon, c'est encore ma Maison, à ce que je sache ! Je décide de ce qui peut s'y dire. Maintenant écarte-toi ! »
Il avait grondé les derniers mots, le regard fou. Rinata réprima un frisson. Elle savait comment il pouvait être quand il se mettait en colère, mais voir ces yeux dirigés contre elle était une toute autre chose. Elle ouvrit la bouche pour tenter d'arranger les choses, de le calmer, mais elle n'avait jamais été assez proche de lui pour savoir comment s'y prendre. Elle allait le supplier de renoncer, quand on lui tira sur la main. Rachel la fixait d'un air résolu, et c'était Ruth qui lui avait pris sa bague. Sa cadette la jeta sur le tapis, et cracha :
« Ma sœur ne reçoit pas d'ordre ! Et ne crois pas qu'on te laissera l'épouser comme ça ! La même famille ? Ne me fais pas rire, qui voudrait épouser un Nott ces temps-ci ? »
Le bouclier de Rinata engloutit ses sœurs au moment où l'attaque de Justinian fusait de sa baguette.
Les bruits de la fête lui parvenaient depuis l'intérieur de la salle commune, à travers la porte de sa chambre de préfet. Ils emplissaient ses oreilles, grondaient dans l'arrière-plan, le submergeaient jusqu'à l'étouffement. Justinian s'écarta vivement du bois, mais ils étaient toujours là. Des échos qui traversaient inlassablement le vide qui s'était fait autour de lui. Depuis quand personne n'avait-il rit, comme ses camarades le faisaient en ce moment à côté, juste à côté de lui ? Les sons montaient dans les aigües maintenant, l'irritaient jusqu'à l'insupportable. Il aurait coupé chacune de leurs cordes vocales pour que cela s'arrête, ou ses propres oreilles.
Ils lui criaient quelque chose qu'il ne voulait pas entendre, qu'il n'entendrait pas. Son monde n'était pas mort. L'erreur n'était pas sienne, par Merlin ! Tous aveugles, traîtres imbéciles !
Justinian se laissa tomber au sol. Il ne douterait pas. Il ne se trompait pas, pas depuis qu'il avait compris qu'un Nott ne faisait pas d'erreur. Jamais plus, sinon gare aux conséquences. Il ne s'était pas trompé. Le jeune homme se répéta ces mots jusqu'à la litanie, couché en chien de fusil devant sa cheminée où ne rougeoyait plus qu'un reste de braises mourantes.
Harry arracha son regard de la porte close quand il sentit quelqu'un s'adosser au mur à ses côtés. Les lèvres de Draco tombèrent un peu vers le bas, comme si la direction qu'avait pris ses yeux lui déplaisait. Il sortit la main qu'il cachait derrière son dos pour lui tendre une Bièraubeurre.
« Pourquoi est-ce que la star du jour essaie de se cacher dans la muraille ?
- Je regardais le spectacle. Les Griffondors ont l'air de bien prendre la défaite, si la façon dont Lavande Brown et Finnigan ont essayé de te féliciter. J'ai presque cru que ça allait dégénérer en tirage de cheveux entre les deux. Tu avais l'air stoïque au milieu.
Pas que cela étonne Harry. Draco avait encore changé depuis la fin de l'année dernière, le visage comme dessiné à la pointe fine. Son assurance de coutume commençait aussi à se transformer en une aura presque tangible. Il aurait voulu bouder. Il était conscient de la place privilégiée que Draco, pour une raison ou une autre, avait décidé de lui accorder. Et s'il la donnait à quelqu'un d'autre, il faudrait l'abandonner gracieusement.
- Je me demande si je dois être flatté ou dégoûté. Franchement, j'ai pas compris la moitié de ce que Finnegan sous-entendait, et pourtant, tu me connais. Je suis le maître du sous-entendu.
- Continue à croire ça, naïf blondinet. Mais oui, Seamus est connu pour son avance en vocabulaire fleuri...
- Ah, oui, fleuri, c'est comme ça qu'on dit ? Je ne pense pas que c'était pour m'offrir des bouquets de fleurs. Enfin, j'espère qu'il ne va pas l'apprendre à Lavande.
- T'en fait pas pour elle, elle s'exprime très bien quand elle veut.
- Je ne sais même pas comment ils sont entrés... Ils ne sont pas censés respecter une veillée funèbre ou un truc du genre ?
Harry avala de travers, mais cela ne suffit pas à arrêter son fou rire, juste à le rendre un peu plus rauque, ainsi que sa réponse.
- Tu ne sais pas ce que les hormones et l'alcool peuvent faire faire à certains.
- Ne crois pas ça, murmura Draco, presque pour lui-même. Il ne savait pas si Harry avait entendu. Il secoua la tête, et décida de continuer, avec masochisme :
- Ne me dis pas que tu es jaloux, tu crois que je n'ai pas vu la Weaslette ?
Harry colla nonchalamment sa joue en feu contre sa bouteille, sans se demander quelle partie de la phrase l'avait mis dans cet état. Il camoufla le tout avec un air penaud, et revint à la première question :
- Bon... J'avoue, j'avais un peu l'impression que le tapis volait sous mes pieds. Je me suis dit que ce serait une bonne idée de s'asseoir. »
Draco trouva cela beaucoup trop amusant. Qu'est-ce qu'ils avaient bien pu mettre dans le punch tout à l'heure ? Il y avait des mineurs ici, par Merlin ! Heureusement que Severus veillait, enfoncé dans un fauteuil, l'air un peu moins renfrogné que d'habitude cependant. Il reporta son attention vers Harry, qui se calait affectueusement contre lui. Il aimait bien Harry juste un peu pompette. Ca n'avait bien sûr rien à voir avec la façon dont son ami cherchait constamment son contact, et juste le sien, quand il était dans cet état. Lui avait toujours été dangereusement possessif, avec tout et n'importe quoi, alors ça ne faisait pas de mal d'inverser les rôles de temps en temps.
« On trinque ?
- A ton couronnement.
- A ton anoblissement. »
Les deux grimacèrent au terme, et tentèrent de remettre en place le filtre entre bouche et cerveau.
Les yeux de Draco s'égarèrent sur la pomme d'adam du brun qui prenait une gorgée. Il eut une pensée fugace pour son flirt de la soirée, disparue il ne savait où, qui n'avait certes pas de pomme d'adam mais pas non plus le cou d'Harry, avec ce creux, juste au milieu, où il y avait une petite tâche de lumière... La tâche bougeait...
« Alors Draco, plus rien à dire ?
Le silence s'étira, confortable.
- T'as pas un souvenir marrant ?
- Je t'ai déjà raconté la scène que j'ai faite quand on m'a dit que je ne pouvais pas épouser ma mère ?
- Ca ne m'étonne pas de toi. C'est un mauvais moment pour t'annoncer qu'on ne peut pas se marier non plus ?
- M'en fous, je referai la loi, répliqua l'héritier d'un ton laconique.
Ils pouffèrent un peu bêtement, et passèrent le reste de la soirée à refaire le monde sorcier, cachés des Griffondors un peu trop insistants. Puis ils s'attaquèrent au monde moldu. Et ils finirent empêtrés dans les explications vaseuses d'Harry qui voulait aussi refaire le monde intergalactique. Draco était d'accord, sauf qu'il ne savait pas du tout où cela pouvait bien être.
Ils étaient un peu moins heureux le lendemain au déjeuner – aucun Serpentard n'avait même envisagé d'aller au petit-déjeuner. Personne n'est vraiment ravi de recevoir l'attention de dizaines d'yeux quand un goblin a installé sa forge dans votre tête, avait analysé Harry.
En vingt-quatre heures, il était devenu la nouvelle coqueluche de l'école. Peu accoutumé à autant d'attention positive, il suivait Draco, qui lui semblait dans son élément. La chemise satinée, le nœud de cravate impeccable, l'insigne de préfet épinglé sur sa veste bien alignée. Le brun n'y aurait vu que du feu s'il ne l'avait pas tiré du lit, les cheveux en pétard et la mine froissée, il y avait à peine une heure.
Harry se demandait s'il n'allait pas essayer de se noyer dans son café pour échapper au cours de métamorphose quand le courrier arriva. Il n'avait jamais reçu autant de lettre de toute sa vie ! En fait, si. Il grimaça en se remémorant l'arrivée de sa première lettre de Poudlard chez les Dursley. Il lisait la lettre de félicitation des parents de Draco quand les cris de surprise de Milicent et Pansy le ramenèrent au moment présent, juste à temps pour empêcher le long paquet, emballé de craft, de tomber dans son assiette. Il se tourna vers Draco, mais celui-ci était tout aussi interloqué que lui.
« Allez, Harry, ouvre-le ! » lui cria Céphéus, avec l'air du chat qui a mangé le canari. « Et il faudra absolument que tu me laisses l'essayer, hein Harry, hein ? »
Harry porta son regard vers Sirius, et ne reçut qu'un clin d'œil et un geste impatient en réponse. Il commença à dégrafer soigneusement le paquet pour révéler un Eclair de feu flambant neuf.
Un petit attroupement se forma bientôt autour de lui, constitué majoritairement de Weasley, pour s'extasier sur le nouveau balai, jusqu'à ce qu'Harry ne le pose sagement entre Draco et lui pour aller l'essayer plus tard, et n'ouvre sa dernière lettre. Elle était signée R. Skeeter, et contenait une demande d'interview. La journaliste écrivait qu'elle voulait absolument le rencontrer, et si possible faire un reportage sur la vie du premier attrapeur né-moldu de Serpentard.
Voilà : Je crois que toutes ces fêtes de fin d'année me sont montees à la tête ^^. Au 2 février alors ! (je vais au moins essayer de tenir ma résolution pendant un mois)
