Bonjour !
Merci à YuuKyun pour la relecture !
Harry Potter appartient à JK Rowling
Chapitre treize : Titanic
« Justinian ? Mon fils, il faut qu'on parle. »
L'adolescent regarda son père, de haut en bas, étonné par le ton grave, presque déjà d'outre-tombe. Il le dévisagea comme s'il ne l'avait jamais vu : les épaules à peine voutées, des cernes sous les yeux, les cheveux comme s'il avait y avait passé la main de trop nombreuses fois : la silhouette à peine un peu moins impeccable que d'habitude, mais cela suffisait. Le patriarche le laissa faire, impuissant. Il avait tout essayé pour lui épargner ça, et il n'avait même pas réussi. Il esquissa un mouvement vers lui, mais Justinian recula, effaré. L'homme laissa retomber ses bras, il comprenait. Il n'était même plus digne de le prendre dans ses bras.
« Qui ? » cracha Justinian.
« Ils ne sont pas tous encore d'accord, mais ce sera sans doute Théodore."
Quand Justinian rit sans aucune joie, l'homme ne sut qu'ajouter. Son enfant le prenait comme il savait qu'il le prendrait, parce qu'il l'avait élevé ainsi. Il avait été exigeant, pour que Justinian devienne ce qu'il était. Parfois trop inflexible, mais il n'aurait pas admis que son héritier soit autre chose qu'un Nott. Et il avait réussi. Justinian était parfait, tellement plus que tout autre Sang-pur, y compris cet infernal Malfoy, parce qu'il s'était justement formé plus durement que tout autre. Mais c'était cette intransigeance, violence nécessaire mais contenue, qui leur avait gagné le respect et qui maintenant les desservait. Les autres étaient trop faibles pour comprendre, et agissaient par peur.
Il avait échoué. Parce que tout le clan Nott s'était réuni et avait exigé qu'il nomme un autre héritier et qu'il prive Justinian de ce qui lui revenait de droit. Et sous les menaces, le chantage, il avait dût céder ou détruire définitivement leur nom. Oui, il avait fait des choses que la société n'acceptait pas, parce qu'il appartient à l'individu d'agir parfois, et que sa famille et leur honneur était quelque chose sur lequel il n'avait jamais concéder un pouce de terrain. Jusqu'à maintenant, et son fils payait le prix de ses erreurs.
- Bien sûr.
Justinian tourna les talons, mais pas avant de prononcer distinctement :
- Je n'aurais jamais cru cela de vous, père. »
La condamnation tombant de ces lèvres, qui autrefois lui souriaient avec confiance, faisait plus mal que le reste. Il se sentait nu, et diminué à un être infirme, maintenant que son fils l'avait renié. Il avait été fier de lui, et il avait été tout aussi fier de tenir le respect d'un jeune homme comme Justinian. Personne n'avait imaginé comme cela pouvait être dur, de se tenir comme parent devant un enfant pareil. Il avait sidéré son entourage et son père surtout. Vous lui expliquiez quelque chose et il l'avait déjà compris, attendant davantage de vous. Justinian avait exigé des réponses dès qu'il avait su formuler des questions, et n'admettait pas de demi-mesure. A deux, ils avaient fait une éducation dans les extrêmes. Il aurait eu peur de son fils s'il n'avait été certain qu'il agirait au mieux. Ce serait toujours mieux que lui.
Nott Senior entra dans son bureau, et sitôt que la porte se fut refermée, il balança son point dans les boiseries. Il éclata son bureau sous la colère, jeta le plateau de thé qu'un elfe tremblant lui apporta à la tête de l'animal, et se reporta enfin sur le flacon de cristal remplit de son Whisky pur feu favori, quoiqu'il ne lui apporta qu'un maigre réconfort. Il avait dû reprendre l'héritage du titre des Nott à son fils, unique à ses yeux. Quel cadeau de Noël.
« Tu es certain, Théo ?
- Que voulez-vous dire, mon oncle ? C'est sans doute fait à présent.
Le vieil homme, son grand-oncle en réalité, rit doucement dans sa longue barbe. Ses yeux marron pétillants lui rappelaient Dumbledore. Il fallait croire que c'était un signe de l'âge.
- Tu n'es pas du genre à revenir en arrière, de toute façon. Mais tu joues un jeu dangereux, tu sais ? J'ai voté au conseil de famille, et la moitié de ces vautours ne t'ont choisi que parce qu'ils pensent que tu influençable et facilement contrôlable...
- Ils risquent d'être surpris, alors.
- Peut-être. Mais demande-toi pourquoi Justinian était l'héritier parfait : il avait la poigne qu'il fallait. Le monde, et les Nott, sont cruels. Pas tous, mas il y a assez de têtes de mules dans cette tribu pour te donner du fil à retordre. Il va falloir apprendre, et vite.
- Et tu seras là pour me montrer le bon chemin, c'est cela ? Comme une bonne moitié de mes cousins qui vont m'apporter leur aide ?
- Pas mal, gamin. Mais il va falloir faire mieux que ça pour éviter tous les pièges. Ton père n'est pas de ton côté, pour commencer. Il attendra toujours le moment où tu fonceras dans le mur, et il t'y poussera si ça peut permettre à Justinian de reprendre le siège. Tu vas devoir trouver un moyen de le faire plier.
Théodore attrapa le verre de liqueur de son aïeul et y prit une gorgée, avant de plonger sa tête dans ses mains. Il préparait ça depuis des années, mais maintenant qu'on y était... Rester dans l'ombre avait été beaucoup plus facile. Rinata avait eu raison, encore. Elle le connaissait trop bien. Mais il ne craquerait certainement pas.
- Aller, rentre chez ta mère, et profite de tes vacances. Tu n'y es pas encore, après tout, ce cher Lord Nott n'est pas prêt d'abdiquer ni d'aller bouffer les pissenlits par la racine, tu as le temps. »
Théo embrassa la vieille tête ridée avec affection, et repassa par la cheminée.
Draco cherchait un cadeau pour Harry avec l'énergie du désespoir. Il avait été partout, mais rien ne lui plaisait il ne lui restait que les boutiques vaguement menaçantes de l'allée des embrumes, et il n'était pas trop sûr de son plan. Mais il y avait aussi les antiquaires. Harry était fasciné par les vieux objets, ceux avec une histoire, sans doute en rejet de la décoration toujours flambant neuve de sa tante. Ex-tante. Tant mieux.
Il tourna dans la ruelle qui menait à l'allée, prenant soin d'allumer sa baguette pour percer l'épais brouillard. Il alla droit devant lui, comme quelqu'un qui connaît sa destination et qu'on attend. Il trouva enfin ce qu'il cherchait, chez un brocanteur un peu trop finaud mais pas assez rasé à son goût, qui se spécialisait dans le bidouillage voire le détournement d'objets... Un peu comme une version malhonnête du père Weasley, s'il devait trouver une comparaison.
Ce genre d'objets flirtait en général avec la ligne de la réglementation des objets magiques et moldus, mais il s'assurerait que celui qu'il voulait donner à Harry était sans danger. Son père avait bien un collègue qui pouvait lui répondre.
Il venait juste de sortir de la boutique, son précieux fardeau rétréci dans sa poche, quand on le percuta violemment. Ils tombèrent tous les deux à terre, mais avant même qu'ils ne se soient relevés, ils avaient leurs baguettes brandies l'un contre l'autre. Draco étudia Justinian qui se redressait aussi précautionneusement que lui. Il y avait des envies de meurtres sur sa figure. Pas étonnant. Draco était au courant de ce qui se tramait chez les Nott, même si ce n'arriverait sans doute pas aux journaux. Lord Nott musellerait la presse, et personne ne voyait vraiment l'intérêt de l'en empêcher. Ce serait retourner le couteau dans la plaie, et c'était trop bas pour eux.
Justinian, en attendant, avait réussi à garder son port altier, et lui faisait face comme s'il n'était que de la boue sur sa chaussure. Seuls ses cheveux un peu plus ternes, ses yeux un peu plus cernés, laissaient entrevoir les évènements des derniers jours. Vêtu de noir, il se fondait dans l'allée, et les passants ne se retourneraient sans doute que trop tard sur sa tête d'ange déchu et le feu qui dévorait ses yeux. Draco songeait à lui adresser un bref signe de tête et à s'éloigner sans un mot. Harry maîtrisait mieux ce genre de conversation. Même lui ne se sentait pas à l'aise seul avec un ennemi tel que lui, bien que rien ne se voit sur son visage. Il allait mettre son plan à exécution, mais le brun ne lui en laissa pas le temps et engagea la conversation.
« Eh bien, Malfoy, je ne vais pas te mordre. »
Si, c'était exactement ce qu'il aimerait avoir l'occasion de faire, se dit Draco. Ils se sauteraient à la gorge à la moindre provocation, et ce n'était pas l'envie qui lui manquait à lui non plus... Ce serait peut-être une solution pour en finir. Mais après tout, c'était déjà fini. Ils avaient gagné.
Justinian éclata de rire. Il se moquait de lui !
« Tu crois vraiment que je vais renoncer ? Te voilà, tout fier de toi, persuadé qu'il faut me ménager maintenant que je suis inoffensif !
Son fou-rire s'intensifia. Draco se rendit compte que le jeune homme sentait l'alcool, même s'il donnait bien le change. C'était sans doute pour cela qu'il se trouvait dans l'allée des Embrumes. Le blond refoula son effroi, teinté de respect, à l'idée que même dans cet état il avait décelé ses pensées.
- Je crois qu'il faut te ménager parce que tu es saoul alors qu'il n'est pas seize heures.
- Ah, le grand Draco Malfoy, dans sa tour d'ivoire, méprisant les autres... Je devrais plutôt aller voir Harry, il me consolerait sûrement lui...
Son ton ne laissait aucun doute sur ce qu'il sous-entendait, et Draco avait beau savoir, comme toute l'école, que Justinian était purement intéressé par les femmes, ses paroles frappèrent une corde sensible. C'était le malaise qu'il ressentait quand on évoquait la relation malsaine entre son ami et cette ordure, qu'il ne comprenait pas et qu'il ne voulait pas comprendre, mais qui lui faisait mal quand même. Il l'avait plaqué contre un mur avant de se rendre compte de ce qu'il faisait, et Justinian riait toujours.
- Ah ça, je l'avais vu venir ! Toujours su que t'étais une tapette, le blond ! Tu l'as dit à Harrryyy ?
- Et alors ? »
Draco ne pensait pas que le plus grand le dirait non plus de toute façon. Il savait que le nombre de gens qui s'en doutaient augmentait peu à peu, mais il n'arrivait pas à prendre ses distances, et il n'allait pas demander à Harry de le faire après avoir justement mis tant d'effort à se rapprocher. Il n'avait qu'un minimum de discrétion à respecter. Personne ne s'en mêlerait s'ils pensaient que les principaux intéressés étaient encore loin du compte. De fait, le brun ne s'en préoccupait pas le moins du monde pour l'instant. L'objet de ses pensées était actuellement fasciné par l'attrapeuse de Griffondor. Salazard seul savait pourquoi. Lui avait le temps de mettre sur pied une stratégie pour approcher la chose, qui ne détruirait pas irrémédiablement leur château de cartes. L'ignorance était une solution en soi, d'ailleurs.
Mais parce qu'il avait traîné, leur ennemi essayait d'en faire une faiblesse. Justinian entendait en faire une honte. Hors de question. S'il fallait qu'il aime Harry, ça ne pouvait pas les ralentir. En attendant de pouvoir décider de cela, il lui renvoya la tentative d'insulte par un direct du droit. Il s'était entraîné depuis la dernière fois.
Justinian bloqua son poing in-extremis. Le blond le fusilla des yeux, lui montrant à quel point il le trouvait pathétique.
« Et toi ? On en parle ? ça ne te gêne pas, d'être tombé si bas que tu te saoules dans des bars louches et que t'utilises des insultes de bas-étage ? »
Draco ricana pour enfoncer le clou, mais n'eut pas l'effet escompté. Certes, pendant un instant, Justinian écarquilla les yeux, comme s'il avait été frappé. Et la haine revint, plus brûlante et fière qu'auparavant. Justinian lui tordit le bras et bientôt se fut Draco contre le mur. Il lui siffla à l'oreille :
« Tu sais quoi, Malfoy ? Je vais même te remercier. Sans toi, je me serais peut-être morfondu un peu plus longtemps, après tout. »
Il se fit narquois.
« C'est ironique que ce soit toi qui me rappelle mon rôle, non, Malfoy ? Ah, le destin est une garce ! On se reverra à Poudlard, et passe le bonjour à Harry ! »
Et il s'en alla, d'un pas conquérant, un rictus mauvais sur le visage. Draco, planté là, réprima un frisson avant de faire volte-face à son tour. Tous deux marchaient droit, dans des directions opposées, sans se détourner de leur route. C'était pour cela qu'ils gagnaient l'attention, et que les autres les suivaient.
Il savait que Justinian refuserait de s'avouer vaincu, mais jusqu'à quel point ? Un jour, la réalité finirait par le rattraper. Il se rappela ce que lui avait dit Harry, un soir, tard, qu'ils se ressemblaient plus qu'ils ne le croyaient. Que si l'un d'eux se rendait compte que le monde ne tournait pas à sa vitesse, il le refuserait jusqu'à ce que ce soit le monde qui plie. Draco ne pouvait pas nier ça, et il avait préféré le prendre comme un compliment, plutôt que de croire qu'il fonçait dans le mur.
Harry devrait dorénavant verrouiller sa porte le matin. Ça n'allait pas être possible autrement. Il se faisait cette réflexion, en s'agrippant de toute sa force aux bras de Morphée, alors qu'en face Cepheus lui tendait ses lunettes pour achever de le ramener dans le monde de la conscience. On ne réveille pas un insomniaque à sept heures précises, nom d'un boursouf ! Noël ou non. Il se vengerait quand ce serait au tour du plus jeune de traverser la puberté et ses heures de sommeil aléatoires... En attendant, un plan diabolique s'élaborait dans son esprit embrumé. Enfin, diabolique, relatif à l'heure. Il aurait sans doute trouvé beaucoup mieux s'il avait été plus de midi. Il se lança alors que le petit brun revenait vers lui, de sa voix la plus faible :
" Hé... Est-ce que Sirius et Regulus sont levés aussi ?"
Cela fonctionna au-delà de tous ses espoirs, il devait l'avouer. Son cousin ? Petit frère ? Cela n'avait pas vraiment d'importance à cette heure indue... Cepheus, donc, réagit aussitôt et sortit prestement de la chambre, non sans lui avoir répété qu'il devait réellement se lever et descendre, ce à quoi Harry hocha innocemment la tête. Sitôt hors de vue, le dernier Black en date attrapa sa baguette, et d'un seul mouvement claqua et verrouilla la porte. Il ajouta toutes sortes de protection autour des premières, quelques sorts de silences, et enfin, se cacha à nouveau sous les couvertures. Il savait qu'il ne pourrait pas vraiment se rendormir à présent, mais il ne voulait pas descendre.
Harry n'aimait pas Noël. Du temps de son enfance chez les Dursley, c'était le moment de la visite de tante Marge, d'un Dudley encore plus insupportable que d'ordinaire, et de quantités de nourritures encore plus astronomiques à préparer et à nettoyer, pour les rares moments où il n'était pas dans le placard. C'était mieux à Poudlard, parce qu'au moins il pouvait manger avec les autres, mais ce n'était pas non plus son jour favori. Il ne voulait pas avoir à expliquer pourquoi lui n'avait pas de paquets à ouvrir, ni même pourquoi il préférait rester au château. L'année dernière, il s'était lui aussi forcé à jouer le jeu, mais il ne profiterait sans doute jamais vraiment de la fête. Il savait trop bien comme il était facile d'oublier ceux dont personne ne voulait quand chacun était entouré de cadeaux, de chocolat et de ses propres êtres chers.
Harry soupira, et se fit la réflexion qu'il devrait sans doute parler de ses tendances pessimistes et dépressives... Ou pas. Serpentard un jour, Serpentard toujours. Il n'allait pas gâcher la joie de quelqu'un comme ça non plus. Draco peut être ? Mais le blond n'était pas son psychologue attitré, et il y avait une limite à la dose de pathos qu'on pouvait déverser sur une seule personne. Il avait vraisemblablement épuisé son quota avec l'adoption. En plus, Draco adorait Noël. L'occasion apaisait son côté matérialiste en lui permettant d'offrir et de recevoir toutes sortes de choses plus ou moins inutiles aux yeux d'Harry mais dont tous ses amis raffolaient.
Il n'avait toujours aucune envie de sortir de son lit, mais il pouvait imaginer Cepheus commençant à perdre patience de l'autre côté de sa porte. Il lui avait trouvé une figurine magique de dragon, un magyar à pointes, une bestiole toute à fait odieuse mais le connaissant, il serait sans doute ravi de pouvoir l'utiliser pour l'aider à déconcentrer l'adversaire au Quidditch. Ses maigres moyens ne lui avaient pas permis de trouver autre choses que des chocolats pour Regulus et Sirius. Aucun n'avait abordé le sujet de l'argent de poche, et Harry ne serait pas le premier à le faire. Sirius était déjà assez généreux de le protéger de sa famille moldue.
Le moral en berne, l'adolescent finit tant bien que mal par se glisser sous la douche, peu désireux de se faire attendre.
Severus ouvrit sa porte, au matin de ce premier janvier, et la referma aussitôt pour ne plus avoir à contempler le sourire idiot de Sirius Black, debout sur son pallier et brandissant, goguenard, des confiseries de bonne année.
"Bella m'a appris son sort pour défoncer les portes, tu sais ?"
Le maître de potion attrapa un manteau et une écharpe et sortit sur le perron pour recevoir son invite inopportun. Cet énergumène n'entrerait pas dans sa maison.
L'élément perturbateur en question se balançait à présent d'un pied sur l'autre, et Severus aurait pu jurer qu'il était embarrasse si un sentiment tel que la gêne lui était connu. Il était tenté de le laisser se débrouiller, mais ils seraient encore là demain s'il fallait faire confiance à l'efficacité de Black.
« Que veux-tu ?
- Narcissa m'a dit que tu connaissais Lily.
Severus se referma. S'il y avait bien une personne avec qui il ne voulait pas discuter de son premier amour, alors qu'il était encore tout gamin... Surtout que l'autre homme l'avait connue mariée et mère, a des lieux de ses souvenirs à lui.
Il s'apprêtait à l'envoyer paître à nouveau, mais Sirius reprit avant :
- Tu as des photos ? C'est pour Harry. »
Draco franchit le seuil de Poudlard d'un pas pressé. Il rentrait au château un jour avant les autres, mais les différents Blacks s'y trouvaient déjà, arrivés le matin même par cheminette. Il n'avait pas vraiment vu Harry depuis deux semaines. Enfin, il dramatisait. Bien sûr qu'ils s'étaient croisés au nouvel an, toujours chez Pansy, mais ils ne s'étaient pas isolés comme l'année précédente - ou bien n'avaient pas été isolés, selon le point de vue. Draco préférait voir Harry entouré et heureux, et, il l'avouerait maintenant, ce n'était pas uniquement pour leur stratégie. Mais la présence constante d'une tierce personne lui avait un peu pesé au cours de la soirée. Son ami ne s'en était pas rendu compte, heureusement. Il ne comptait rien faire pour l'instant, malgré sa rencontre avec Justinian.
Il allait devoir être prudent pour ne pas tout foutre en l'air. Il lui avait déjà fallu quatre ans pour en arriver là. Qu'importe, Harry lui appartenait déjà un peu, quoiqu'il en dise. Nul ne le connaissait aussi bien que lui, il avait pour l'instant la meilleure place. Il comptait la garder jusqu'à ce qu'il se loge ailleurs dans le cœur du brun.
La première danse de l'année, qu'il avait réussi à lui prendre comme lors du dernier bal Parkinson, avait pris une saveur toute particulière. Il avait été fébrile, se hâtant à ses côtés avant que quelqu'un ne le lui la vole. Ginny Weasley, par exemple. La Griffondor avait été invitée avec cinq de ses frères, la surprise de l'année du bal Parkinson. Les jumeaux avaient évidement fait sensation. Bill et Charlie Weasley avait capté l'attention des plus et moins jeunes sans trop d'effort, rivalisant dans des histoires de dragons et de chasseurs de trésors. Draco en avait lui-même écouté quelque unes.
Quant à Ron, il s'en était bien sorti, après quelques péripéties assez désagréables. Il avait eu un peu de mal à se remettre du choc émotionnel que lui avait causé la vue d'une Hermione rayonnante au bras de Zabini – Sérieusement, Draco savait que les Griffondors étaient bornés et longs à la détente sur ce terrain, mais Zabini avait justement été assez démonstratif pour séduire sa Rouge et Or. Enfin, aussi démonstratif et direct qu'il pouvait l'être. Mais cela avait l'air de convenir à Granger, et toute leur Maison avait tout de même remarqué en l'espace de trois semaines.
Enfin, la belette s'était consolée avec le buffet, jusqu'à ce que sa mâchoire lui joue à nouveau des tours alors que le jeune rouquin avait aperçu les filles Delacour, invitées avec leurs parents, et surtout l'aînée. Draco avait hésité entre détourner le regard, embarrassé pour lui, ou ne pas en perdre une miette pour pouvoir le lui rappeler jusqu'à la fin de ses jours. Il avait eu lui-même un peu de mal au départ, mais un coup d'œil à Harry lui avait remis les idées en place. Les blondes distinguées n'étaient pas ce vers quoi son cœur balançait...
Ron avait juste bafouillé, à vrai dire. Il s'était néanmoins rattrapé en fin de soirée, de manière assez magistrale, il fallait l'avouer. La petite Gabrielle tentait de se défaire d'un admirateur devenu trop insistant, et surtout trop vieux, quand il était intervenu, figure du preux Griffondor. L'indésirable s'était emporté, jusqu'à proposer un duel que le jeune homme n'avait trop su comment refuser. Ou plutôt, Gabrielle à ses côtés l'avait accepté à sa place, narguant et provoquant jusqu'à les mettre dans cette situation. Heureusement, quand Harry était arrivé et avait suggéré un duel sous une forme plus calme, comme les échecs pour ne pas perturber la soirée, le goujat en face avait été tellement persuadé de sa supériorité qu'il avait accepté sans hésiter. Et Ron l'avait écrasé en une vingtaine de coups. Du grand art. Il s'était enfui sans demander son reste, et Gabrielle s'était tournée vers son héros avec de grands yeux humides, le suppliant de lui apprendre. La paire avait fini la soirée dans un fauteuil, à se plaindre de ce genres d'occasions trop aristocratiques à leur goût, tandis que le jeune homme apprenait les échecs à la petite fille. Elle était tellement plus adorable que Ginny, leur avait-il confié avec un soupir. Il l'aurait échangée sans hésitation contre sa sœur. Quoiqu'il en soit, les Delacour lui en avait été très reconnaissants, et Fleur lui avait fait la bise en partant.
Draco effaça son sourire et prononça le mot de passe de la salle commune, se contentant d'un vague salut de la main aux autres occupants du lieu, avant de monter rapidement les escaliers.
Harry était dans leur dortoir. Il était visiblement en train de défaire ses bagages. Il sortait justement avec précaution un objet en cuivre vieilli de sa malle, et déroulait soigneusement les linges qui l'entouraient pour le voyage. Le tourne-disque était le cadeau que le blond lui avait offert à Noël, et une chaleur agréable fourmilla dans l'estomac de celui-ci quand il vit l'attention avec lequel il était traité. Il était ensorcelé pour fonctionner sans électricité et tournerait même à Poudlard, avec une collection de disques moldus et sorciers qu'il avait eu du mal à trouver.
Sur le lit d'Harry, un autre paquet trônait également. L'étiquette disait simplement : « Pour Harry. De la part de Ginny. ». Le papier avait été ouvert puis refermé. L'adolescent face à lui devait vouloir garder même l'emballage, et la jalousie noircit sa vision une minute. Ils étaient parfaitement incompatibles et la fille elle-même se lassait trop vite... Mais d'autres diraient qu'elle avait tout pour elle. Si elle lui plaisait ?
Le brun ne cherchait sans doute pas immédiatement son grand amour, et Draco n'était même pas certain d'y croire lui-même. Alors si Harry était intéressé, il ne pourrait pas intervenir. Ce serait trop tôt. Cependant, il n'était pas non plus certain d'avoir la force de regarder.
Le Né-moldu se retourna à ce moment-là, et le monde se remit sur son axe. Ses yeux verts pétillaient de plaisir et d'admiration devant son cadeau, autant que de la joie de pouvoir le remercier. Non, même s'il laissait Ginevra accaparer momentanément Harry, il ne lui laisserait pas sa place.
Draco s'avança avec un sourire en retour.
« Alors, il marche bien ?
- Tu veux essayer ? »
Harry lui tendit un disque, et pendant qu'il l'installait, le brun poussait ce qu'il restait sur son lit, et les deux se retrouvèrent bientôt allongés coudes à coudes, pour un karaoké impromptu.
« Harry ! Draco »
Céphéus déboula dans la salle commune, les poumons en feu. Il avala maladroitement plusieurs goulées d'air avant de réussir à délivrer son message.
« C'est Nagini. Elle a mordu Justinian, et maintenant il veut la faire passer pour un danger pour l'école !
- Bordel, quoi ?
- Ce malade ne touchera pas une seule de ses écailles ! »
Les deux étaient sur leurs pieds en même temps, et couraient dans le bureau de Severus.
Plus court que d'habitude, mais je suis débordée ! Au deux avril alors =)
