Bonjour !
Bien, nous ne sommes pas le 2 avril. Je l'avoue. J'ai failli. Mais c'est pas grave, gardez espoir !
Un grand merci à tous les gens qui laissent des reviews, auxquelles je ne réponds pas toujours (je me sens coupable de répondre 3 mois après ^^), mais qui sont quand même une motivation importante - c'est plus difficile d'imaginer abandonner cette fic quand on sait qu'il y a une centaine de personnes qui attendent la suite avec impatience !
En attendant, merci à YuuKyun, qui a admirablement traqué la faute d'orthographe depuis le tout premier de ces chapitres (je ne sas pas si vous savez, mais on touche à la centaine de pages maintenant) !
De fait, j'ai (encore une fois) repris des petits détails un peu partout dans l'histoire, avant de tout mettre à jour et de poster ce nouveau chapitre. Mais j'aime bien me dire que tout ça est un travail en constante évolution ^^.
Bref, allons-y pour le procès de Nagini, partie 1 !
Harry Potter appartient à JK Rowling.
Chapitre 14 : Dura lex, sed lex
La session de travail journalière du Magenmagot se clôtura. Lucius tapota l'extrémité de sa baguette sur ses feuilles de travails et ses parchemins, et ils s'enroulèrent d'eux-mêmes. Son encrier se reboucha, et ses plumes retournèrent dans leur boite. Le tout s'arrangea avec ordre dans sa serviette en cuir de dragon, frappée à l'écusson des Malfoy. Enfin une chose qui se faisait promptement et sans accroc : si seulement on pouvait en dire autant de ces séances. Cela faisait des semaines que lui et les siens – et éventuellement ceux d'Arthur Weasley – essayaient de faire avancer leur projet de réforme pour les droits des peuples magiques. Et des mois qu'ils avançaient, puis reculaient, puis avançaient, puis reculaient, et ainsi de suite. Evidemment, si la loi passait, ils voyaient tous le problème. Le droit sorcier jusqu'à présent ne considérait justement que les sorciers, alors il faudrait rouvrir les dizaines de dossiers des Aurors où un Goblin, un Géant ou un Centaure était concerné. Et les conflits de propriété. Et les injures à la personne. Etc...
Un travail titanesque auquel le ministère n'avait pas du tout envie de s'atteler.
Encore que, le ministère avait l'air plus éveillé ces derniers temps que depuis des années. Au lieu de secrétaires désagréables qui remplissaient pointilleusement des montagnes de formulaires inutiles, pour donner le change et l'impression qu'on était sérieux et diligent dans cet endroit, on voyait des employés avec des cernes sous leurs yeux, courant à droite et à gauche avec des livres et des parchemins en équilibre précaire. L'ébullition concernait tous les départements, où un vent de changement, de confiance en l'avenir et de foi en leur propre importance et leur propre capacité exaltait tous les rouages de l'encombrante machine. Tous les illustres inconnus qui s'occupaient ordinairement d'on ne savait trop quoi dans l'intérêt du sorcier moyen voulaient subitement jouer un rôle sur la scène politique déjà bondée, et y allaient de leur commentaire personnel ou, pire, de leur initiative. Les secrétaires débordés résistaient à l'envie de se ronger les ongles, et le café importé par Bellatrix était la nouvelle drogue du vénérable bâtiment. Des caricatures improvisées circulaient sous le manteau. On se disputait parfois pendant les pauses sur tel ou tel sujet d'actualité, et quand le ton montait, chacun tournait les talons pour retourner travailler avec acharnement au rapport qui prouverait que l'autre était un idiot et irrémédiablement dans son tort. Un climat de saine émulation, où le bon ministre Fudge se sentait légèrement décalé.
« Ah, Lucius ! Une journée productive aujourd'hui, n'est-ce pas ? »
Le blond se retourna lentement pour faire face à Justinian Nott Senior, qui avait systématiquement bloqué toutes ses propositions et objecté à tout. Tout à fait productif. L'affaire des loups-garous et du droit du travail d'il y a quelques mois avait décidément été le début d'une guerre ouverte, et depuis, elle n'avait pas cessé.
« Tout à fait, mon cher, je suis certain que nous avançons dans la bonne direction, malgré les poids que nous traînons au pied et qui aimeraient bien nous embourber dans les tourbières.
- L'important, c'est la conviction, approuva l'autre. Je venais vous voir au sujet de ce dont nous avions parlé l'autre jour.
- Ah, oui, le serpent.
- Oui, cette bête... Bref, je voulais vous dire que je ne pouvais pas laisser tomber les poursuites, naturellement, ce serait irresponsable de ma part de laisser un danger de cette ampleur dans une école. J'espère que vous ne m'en voudrez pas.
- Non, bien sûr, je comprends que ces temps-ci puissent vous conduire à une certaine paranoïa... Êtes-vous bien sûr qu'un traitement de ce problème ne serait pas mieux employer l'argent de l'avocat ?
- Je vous remercie pour votre inquiétude, grinça l'autre. Mais ne vous en faites pas, vous ne verrez même pas passer ce procès, vous aurez bien trop à faire avec tout ce que nous allons faire pour couler votre stupide projet de loi ici, et pour essayer de ne pas couler avec. »
Nott tourna les talons, sa cape tournoyant derrière lui, avec l'air du chasseur d'ours qui a ouvert ses pièges et qui n'a plus qu'à attendre, avec la certitude que sa proie va tomber dedans et que la mâchoire mécanique se refermera sur elle.
Lucius leva la tête plus haut et sortit juste derrière lui, répondant amicalement aux questions qui l'attendaient. Malheureusement, il suspectait que Lord Nott aurait raison : le problème de Nagini devrait se régler sans lui. Mais quiconque oubliait de compter Narcissa et considérait Draco comme un enfant était un imbécile.
Le livre s'écrasa contre une cloison et glissa au sol avant de prendre feu. Il brûla pendant une bonne minute sous l'effet de la colère du sorcier. L'exaspération d'Harry ajoutait même aux flammes de petites explosions dont les bruits se répercutaient sur les murs de la Salle sur demande. Lorsque le brasier s'éteignit, les pages étaient cependant intactes, et cela ne fit qu'ajouter à la colère du serpentard. Les autres le regardaient, les yeux levés de leurs lectures, bon public.
« Il n'y a rien ! ça ne sert à rien ! Des jours qu'on cherche et que dalle !
- Voyons Harry, le livre est innocent, ça n'était pas la peine de le jeter comme ça. Je suis sûre qu'il y quelque chose, la bibliothèque de Poudlard est la plus grande d'Europe, nous allons forcément trouver...
- Excuse-moi d'avoir balancé un livre de ta précieuse bibliothèque alors, Hermione ! Et non, tout n'est pas dans les livres, parce que personne n'a pensé à faire une putain de juridiction qui permette à un animal de passer à la barre pour témoigner ! D'autres témoins ? On a pas d'autres témoins !
Il avait fini sa phrase en criant, et allait continuer quand le silencio de Draco l'arrêta. Furieux, il se retourna vers le blond, lui aussi excédé, qui jouait avec sa baguette de ses longs doigts. Celui-ci la pointa méthodiquement sur tous les rayonnages matérialisés par la salle, qui partirent bientôt en fumée sous les exclamations outragées d'Hermione. Ron, Pansy, Grégory et Milicent les regardaient faire. Ils étaient tous à bout de nerfs, et cela faisaient du bien que l'un d'entre eux éclate pour le compte de tout le monde.
- Eh bien, le petit pote Potter se sent mieux maintenant ?
En réponse, Harry fit exploser toutes les lampes par un informulé. Heureusement, sous la magie de la pièce, la pluie de verre coupant se détourna des élèves, mais aucun d'entre eux ne s'y attarda vraiment alors que le brun réduisait ensuite leurs tables en poussière. Un autre coup de baguette et ils étaient tous debout, tandis que les fauteuils se renversaient en arrière, et que leur camarade les éviscérait de leur rembourrage. Il s'acharnait sur la mousse blanche, alors que Draco, droit et imperturbable face au chaos, ne levait toujours pas le sort qui lui coupait la voix, le laissant libre de crier des insultes sans risque. Le papier peint s'arrachait des murs, quand la porte s'ouvrit à la volée. Ginny Weasley pila sur le seuil, contemplant un moment, sans voix, le spectacle de cette destruction.
- Quoi, Weaslette ? surprise de voir le gentil « Harry » déborder sa pensine ?
La rousse releva fièrement le menton et ignora Malfoy, rentrant complètement dans la pièce et fermant derrière elle. Draco réprimait ses commentaires d'habitude, et tenait ses bonnes résolutions, mais ces dernières semaines avaient été dures pour tout le monde. Harry était anxieux à l'idée de perdre Nagini, et l'impuissance n'était supportable pour personne. Les deux plus jeunes Weasley s'étaient joints à eux dans leurs recherches. La rousse tentait de remonter le moral d'Harry, et le blond devait reconnaître qu'elle faisait un bon soutien psychologique même si ses capacités en droit sorcier ne valaient pas une mornille. Mais après tout, celles d'Harry non plus, si l'exaspération devait le rendre honnête.
Elle était douée quand elle savait ce qu'elle voulait, par contre : compliments, matchs de Quidditch impromptus, anecdotes et farces, tarte à la mélasse, et le tout ponctué par des regards entre le charmeur et le tout simplement amoureux. Harry s'y serait déjà laissé prendre s'il n'était pas aussi préoccupé, Draco le savait. Alors pendant que le moral du brun remontait, le sien piquait à vitesse égale.
Cela faisait plus mal que ce qu'il avait imaginé, et ce n'était pas tant la jalousie ; enfin si, mais surtout la jalousie de la voir réussir là où il n'arrivait plus, trop épuisé lui aussi. Il n'était pas capable de fournir assez de temps et d'attention, dans l'état actuel des choses, pour en plus distraire Harry. Il se chargerait de la stratégie, pendant que sa rivale prenait en charge le reste, même si elle était entièrement inconsciente de cette répartition des tâches. Tant mieux, parce que ce ne serait que temporaire. Il reprendrait sa place bien assez tôt. Il annula quand même le sort de silence.
- Qu'est-ce qu'il se passe, Gin ?
Les yeux d'Harry s'étaient radoucis, et la fureur chaotique de tout à l'heure avait été cachée derrière ce masque douçâtre. Draco le préférait largement hors de contrôle, mais il n'avait pas son mot à dire. La jeune fille retrouva son sourire éclatant :
- Charlie a répondu ! Il dit qu'en travaillant avec les dragons, il a rencontré un type, un Grec je crois, qui peut nous aider.
- Comment il compte faire ça ?
- Apparemment il a étudié les créatures de toutes sortes, dragons, mammifères, oiseaux, moldus et magiques, bref, il a conduit des études sur leur cerveau et leur organisme. Charlie lui a demandé son avis pendant qu'il passait dans sa réserve, et selon lui...
La Griffondor fit une pause théâtrale, avant de se tourner exclusivement vers Harry et d'avancer même un peu vers lui, puis de sortir la lettre de sa poche pour lire les mots exacts :
- ... Quand on lui a posé la question, il a dit qu'il avait justement mené une expérience, il y a quelques années, qui établissait que certains animaux magiques – attention, je ne parle pas des peuples magiques, gobelins, centaures, etc., dont les capacités sont déjà reconnues, mais des bestioles qu'on voit en cours de soin aux créatures magiques, justement – donc ces animaux ont un intellect qui fonctionne comme le nôtre, avec quelques altérations bien sûr, mais ce qu'on appelle leur intelligence est comparable à celle d'un humanoïde, à des degrés variés. Alors, vous en dites quoi ? ça pourrait nous servir, non ?
Elle eut l'air déçue de ne pas susciter l'enthousiasme escompté. Théo remarqua :
- C'est vrai que ça remonte Nagini dans la chaine des espèces, mais je ne crois pas que cela suffise.
Draco ne dit rien, laissant les autres débattre. Harry avait reconstitué un fauteuil et s'était affalé dedans, l'air détaché. Le faux espoir semblait l'avoir achevé. Hermione était elle aussi plongée dans ses pensées, regardant fixement le vide en remuant silencieusement les lèvres. Le problème était que même avec cette nouvelle information... !
« Silence ! »
Choqués, ses camarades se tournèrent vers Hermione. Ils allaient protester et éructer tous en même temps, mais elle ne leur permit pas de reprendre la parole, s'inspirant de McGonagall :
- Je crois que j'ai trouvé. Taisez-vous une minute.
Le calme était religieux. La brune releva la tête et se tourna vers Malfoy :
- Une question : est-ce que le veritaserum fonctionne sur les non-humains ?
Décontenancé, le blond réfléchit un instant avant de répondre :
- Oui, il me semble. Mais je demanderai à Severus pour vérifier.
- Et Harry, tu serais prêt à en boire aussi ?
- Oui...
Draco l'interrompit :
- Attends Granger, tu penses l'utiliser comme traducteur ? Ca veut dire...
- ... révéler que je suis Fourchelangue ?
- Tu le ferais ? Pour Nagini ?
Le né-moldu hésita, puis céda en secouant la tête avec lassitude :
- Evidemment.
Draco avait à peine attendu la réponse, c'était pratiquement une certitude de toute manière :
- Tu as trouvé comment faire témoigner Nagini ?
Hermione eut un sourire satisfait :
- Jusqu'au dernier détail."
Quand toutes les explications eurent été données, toutes les questions posées, et qu'il ne resta plus que le fait qu'ils avaient leur solution, ils restèrent assommés un instant. Puis Ginny et Harry bondirent de joie en même temps, des sourires identiques et contagieux sur leurs visages. L'ascenseur émotionnel remonta en flèche et ils éclatèrent de rire, tant de fatigue que d'enthousiasme. Le Serpentard et la Griffondor virevoltèrent follement autour de leurs camarades encore un peu interdits. Ils happèrent au passage Hermione dans leur pas de danse, ses boucles châtain mélangée aux mèches rousses. Elle lâcha une exclamation surprise, et se laissa faire avec indulgence.
Draco eut un sourire fatigué, et repoussa doucement Harry quand il voulut l'inclure dans sa petite fête impromptue. Il n'avait la tête qu'à une chose : s'enfoncer sous ses couvertures et dormir trois jours, en se souvenant de leur valse du nouvel an et en prétendant qu'Harry ne danserait plus jamais avec personne d'autre.
Les jours se trainaient lamentablement l'un après l'autre dans le froid de novembre. La première audition de Nagini approchait bien trop lentement à son goût. Ils n'avaient plus rien à faire qu'à attendre, et tous maudissaient la lenteur du Ministère et des administrations, même si toute leur stratégie comptait en réalité là-dessus. Le château entier rongeait son frein.
Ca pouvait marcher, et ça pouvait être une catastrophe phénoménale. L'avocat que leur avait trouvé Narcissa était au départ un peu réticent à l'idée de suivre la ligne directrice d'une adolescente, mais une simple lecture de la stratégie d'Hermione avait réglé ça.
Harry faisait de son mieux pour prétendre comme si de rien n'était, mais il échouait visiblement. Le nœud dans ses tripes se resserrait toujours, et il dormait plus mal qu'avant. Pour son semblant de vie normale, il passait son temps à jouer au Quidditch ou simplement à voler avec Nagini. Le plan d'évasion au cas où tout tournerait au cauchemar était déjà en place, mais il préférerait garder son amie au château plutôt que la voir s'envoler pour les tropiques illégalement.
Il se jetait à corps perdu dans les feintes, les plongeons et l'adrénaline, face à Ginny qui ne reculait pas et le poussait à se battre pour chaque pouce de terrain gagné après le vif. La poursuite accaparait son attention, et l'emportait jusqu'au dehors des lignes du terrain de Quidditch ; il préférait cela à la tension de l'attente. Draco s'absorbait dans le travail, ne gérant pas le stress de la même façon. Justinian terrorisait son monde, ayant rapidement été mis au courant que sa plainte était contestée.
Lui s'étourdissait de sensations pour se divertir de son impatience, et Ginny était son éblouissante compagne de jeu. La Griffondor lui apprenait plaisamment ses règles, et il se laissait faire. S'il s'était tenu en retrait au début, méfiant et donc maladroit comme à son habitude, il avait fini par répondre au tac au tac, et la suivait pour la prendre au piège comme elle le faisait avec lui. Mais de manière générale, Harry s'amusait beaucoup trop pour hâter les choses, et il suspectait qu'il en était de même pour Ginny. C'était une des rares choses qui lui donnait l'impression d'oublier momentanément l'inquiétude latente.
Le sourire aux lèvres, Harry se pencha pour embrasser la joue de la jeune fille, avant de rejoindre la table des Serpentards pour le déjeuner. Ginny fit mine de rougir à son geste et de s'éventer pour se rafraîchir, une lueur malicieuse au fond des yeux. Fred et George, toujours prêts à s'en mêler, lui lancèrent toute sorte de menaces imagées devant cette démonstration de sa sulfureuse liaison avec leur sœur. Il secoua la tête en la regardant s'éloigner vers son banc et alla prendre place sur le sien.
Il jeta un regard à Draco, la même question que tous les jours dans les yeux : « Du nouveau ? ». Seulement cette fois, la réponse était affirmative. Draco ne semblait pourtant pas décidé à sortir de sa léthargie maussade.
« Théo a été cité sur la liste des témoins.
C'était dérangeant. Son camarade avait justement préféré rester éloigné de l'histoire, ne les aidant que dans les coulisses. L'affaire le mettait dans une position délicate après tout. Cette convocation ne venait certainement pas de leur camp...
- On sait ce que son père cherche à faire ?
Le problème était surtout que Lord Nott avait parfaitement connaissance du positionnement de son cadet dans ce procès. Contre lui. Le citer comme témoin voulait surtout dire qu'il avait trouvé le moyen de les prendre en défaut sur leur version des faits, et de lui faire dire que Nagini était dangereuse... Ou alors que son père avait un moyen de pression pour lui faire dire ce qu'il voulait.
- Théo n'en a aucune idée. Il a rendez-vous avec le vieux dans le bureau de Severus jeudi. Au moins on est certain que les protections de Poudlard l'empêcheront d'attaquer un élève, et Severus sera à côté pour intervenir. »
Bardé de sorts de protections en tous genres, Théo entra, l'air confiant – l'air seulement, mais seule l'apparence comptait ici – dans le bureau de son professeur. Son père l'y attendait déjà, et Rogue les laissa rapidement. L'homme avait pris place devant la cheminée, et lui désigna un fauteuil en face. L'air royal qu'il affichait lui conservait une partie de la beauté de sa jeunesse, et parfois, il en voulait à sa mère de s'y être laissée prendre. Théo savait qu'il avait certains des traits de son géniteur, mais ces points communs n'avaient jamais fait qu'accentuer la distance entre lui et eux. Sa ressemblance à son parent et son frère sur ce plan ne rendaient que plus pénibles les expressions de mépris que leurs visages, armés de ses propres traits, lui renvoyaient.
« Mon fils... »
L'adolescent l'écoutait attentivement, à l'affut du moment où il en arriverait au fait. Curieusement, il attendit mais pourtant ne vit rien venir. Il était question de ce qu'il devrait dire au procès, comme s'il avait déjà accepté de témoigner contre ses amis.
Son père continuait sa déclaration. Une déclaration, pas une requête, ni un ordre. Un discours qui n'appelait pas de réponse ; si on ne lui demandait rien, il n'avait aucune occasion de refuser, à part interrompre. L'homme termina sa dernière phrase et se tut, l'air neutre, mais Théo voyait bien la satisfaction à l'idée de l'avoir pris au piège. Maintenant il attendait que ce soit lui qui aborde le problème, et qui parle de ce qu'il aurait à gagner s'il faisait ce qu'il voulait. Le Lord ne pouvait pas aborder le sujet lui-même, parce que Théo aurait toujours moyen d'utiliser le souvenir comme argument pour une tentative de corruption devant le tribunal. Mais si le jeune serpentard demandait quelque chose en échange, il était coupable aussi... Cependant son père ne doutait pas qu'il demanderait. Soit il le croyait ignorant des mécanismes de la justice, soit il était convaincu que son fils voulait quelque chose de lui et qu'il pourrait marchander.
Le silence s'étira, et Théo repéra le moment exact où l'homme comprit qu'il ne se jetterait pas dans la gueule du loup. Le plan avait échoué. Lui-même sourit poliment, se leva, épousseta sa robe, et sortit en silence.
Qui vivra verra.
Draco sortait du cours de runes, écoutant distraitement Granger ergoter sur un quelconque grimoire, quand il aperçut Théodore qui les attendait dans le couloir. Son estomac se transforma instantanément en plomb devant la façade soigneusement calme de son ami d'enfance.
« Ils ont avancé la date. » Le brun hésita, puis reprit : « De trois semaines. C'est dans cinq jours.
- Trois semaines ? Mais ça ne va jamais passer ! On leur a dit qu'on avait besoin de ce délai ?
Granger avait l'air de se noyer dans sa goulée d'air, elle parlait avec ses mains et les serrait l'une contre l'autre. Elle allait continuer, quand le blond l'interrompit.
- Le juge leur a accordé, c'est trop tard maintenant pour négocier, Granger. Et arrête de paniquer !
La voix de Draco claqua dans le couloir, réduisant au silence même les autres élèves qui se pressaient autour d'eux. Il n'avait qu'une envie, les voir tous disparaître, mais il se ressaisit. Draco Malfoy n'abandonne pas devant une contrariété inattendue. Il inspira profondément, et se reconcentra sur la situation. Une chose après l'autre.
- Très bien. Où est Harry ?
- Dans le dortoir, avec Nagini. C'est Justinian qui lui a donné l'info.
Hermione jura à côté de lui et commença à proférer des insultes bien senties à l'encontre de leur ennemi commun. Si ça la calmait, lui-même approuvait totalement, mais il ne pouvait pas se le permettre. Harry devait être en train de se maudire lui-même, connaissant Justinian, persuadé que tout était sa faute. Mais il n'avait pas de temps à perdre, pas de temps même pour lui ni pour le brun. Il fallait parer au plus urgent, alors Draco réprima son premier mouvement et ne courut pas jusqu'à son dortoir sans se soucier du reste.
« Granger. Tu vas retourner dans la tour Griffondor, sans courir. Tu peux avoir l'air pressée, mais n'ai pas l'air de paniquer. On ne sait pas si les Nott ont deviné le plan où s'ils ont avancé la date pour une autre raison. Compris ?
Elle hocha la tête, le laissant prendre les devants. Il ravala sa fierté et continua sans cracher.
- Là-bas, tu vas trouver Ginevra Weasley, et tu vas lui dire de retrouver Harry aux cachots. Laisse-lui un mot si elle n'est pas là, ou trouve un moyen de la joindre. Ensuite, tu ramasses tes notes et tes livres et on se retrouve à la salle sur demande. Il nous faut une liste de moyens pour gagner du temps et faire reporter l'audience jusqu'à ce qu'on puisse gagner. Théo ?
L'intéressé avança à son tour d'un pas pour recevoir ses ordres, sans broncher. Il voyait bien que Draco se contrôlait jusqu'à s'en faire mal, ce n'était pas lui qui le pousserait à craquer.
- Tu t'occupes d'ouvrir la salle sur demande, et des courriers : Informe mon père qu'il faut qu'il se dépêche avec sa loi, mais dis-lui bien qu'on ne sait pas si Nott a compris ce qu'on va faire. Préviens aussi Maître Abbot du changement, et qu'ils ont sans doute un coup fourré prévu. Je passe aux cachots et je vous retrouve dans la salle, même code que d'habitude. »
Il tourna les talons et descendit les escaliers. Il n'imaginait même pas l'expression qu'il devait avoir, pour que les élèves qu'il croisait s'écartent sur son passage. Il s'arrêta dans une alcôve juste une minute, le temps de reprendre le dessus et de ne rien laisser paraître quand il traverserait la salle commune.
Quand il le trouva, Harry était assis par terre, sur les dalles froides de leur dortoir, juste sous la fenêtre. Autour de lui, des parchemins et des livres jonchaient le sol, ouverts comme au hasard, frénétiquement parcourus puis mis de côté, alors que leur lecteur les avait jugés inutiles ou insuffisants. Draco s'y attendait, le brun ne serait sûrement pas en état de les aider. Nagini était enroulée sous le rideau. Les deux sifflaient, mais de ce qu'il pouvait en distinguer, c'était le serpent qui incitait l'humain au calme, lui caressant le dos du bout d'une aile alors qu'il s'agitait, à bout de nerfs.
En l'aprecevant, le brun sauta sur ses pieds, et recommença un discours, en anglais cette fois, frustré que ses maigres recherches désespérées ne lui ai rien donné, furieux contre Justinian, apeuré pour Nagini et dégouté de lui-même, se croyant coupable de l'avoir mise dans cette situation.
Cette tornade de sentiments exacerbés se tournait vers lui, et il eut soudainement la furieuse envie de les boire à même la bouche d'Harry. Il n'avait pas les mots pour lui dire que tout irait bien, il n'avait rien, et l'impuissance rageuse qu'il ressentait trouvait son écho dans ce garçon en face.
Malgré tout, ce n'était vraiment pas le bon moment. Il fallait bien que l'un d'eux garde la tête froide. Il fit un pas en arrière et eut la fugitive pensée que ce devait être ça, l'oeil du cyclone. Il profita de son répit éphémère et de sa concentration momentanément retrouvée. Méthodiquement, il leva sa baguette et récupéra une fiole dans sa malle, ses notes, il rassembla ses livres qu'Harry avait étalés au sol, puis revint vers lui. Le Né-moldu s'était tut entre-temps, et se tenait là, raide et frémissant dans les courants d'air. Draco chuchota, de peur de le briser à nouveau ou d'éclater lui-même :
« J'ai besoin que tu me donnes le souvenir du moment où Justinian est venu te parler. Je le donnerai à Théo pour qu'il regarde s'il n'a pas laissé échapper un indice sur la raison du changement. »
Harry hocha la tête, mais sa main tremblait trop pour prendre le flacon. Embarrassé, il se contenta de s'approcher et de s'incliner, posant sa tempe contre le bout de la baguette de Draco. Il ferma les yeux pour se concentrer et Draco chassa vite toutes ses pensées de tantôt.
Le filament argenté coula doucement et il le laissa flotter jusque dans son étui de verre. Il le fixa un instant, fasciné par cette étrange matière qui contenait un fragment de la vie de l'autre, la possibilité de se mettre à sa place, mais sans tout à fait encore éprouver de l'intérieur ce que c'était qu'être Harry Potter. Les souvenirs des pensines restaient incomplets, de simples angles de vue physiques, rien de moins mais pas davantage non plus. S'il voulait vraiment savoir ce qui était passé dans la tête d'Harry quand Justinian l'avait abordé, il lui faudrait prendre le temps d'arracher la pénible confession, le récit de la scène tel qu'Harry l'avait vécue. C'était tout aussi bien que la pensine ne révèle pas tout, lui-même n'aurait sans doute pas apprécié de faire passer le flacon à Théo sinon.
Draco ne pouvait pas se résoudre à faire un pas en arrière et le laisser là. Harry ne s'éloignait pas non plus. Le temps se suspendit juste assez longtemps pour qu'ils se rappellent ce qu'ils faisaient là et comment ils y étaient arrivés. Le monde se figea une minute, sans que les secondes ne défilent plus vers ce procès maudit. Les gens cessèrent de s'agiter, les évènements d'arriver sans relâche. Les deux Serpentards comptèrent inconsciemment cette minute allongée, avant que toutes les activités, les complots et l'agitation de la surface ne reprennent leurs droits.
Il fallut finalement à Draco faire demi-tour. Harry essaya bien de protester à son interdiction de venir les aider, mais même lui dût bien reconnaître qu'il serait plus une distraction qu'autre chose. « Un fardeau », c'était le mot que le brun employa, et Draco s'en voulut encore davantage de devoir l'écarter de leur dernier sprint dans les tréfonds du droit sorcier. Mais dans l'état où il était, Harry n'aurait pas la patience de chercher et cela le minerait encore plus. Il devait être calme au procès, c'était lui qui devrait parler le plus et affronter l'opposition en rendant les paroles de Nagini.
Cela crevait tout de même le cœur du blond de le laisser dans cet état, se rabâchant les paroles de Justinian en boucle et forcé de ne rien faire pour aider. Il essaya de lui promettre qu'ils feraient vite, mais le Né-moldu secoua la tête, prenant la promesse pour ce que c'était : plutôt un encouragement à attendre. Ils devaient chercher, il n'y avait pas de solution miracle et pas moyen d'accélérer. La solution serait enfouie dans des pages et des pages et ils n'en sauraient rien jusqu'à ce qu'ils la lisent.
« Euh... Il y a quelqu'un ? »
« Oui ?
- Une Griffondor cherche Harry à la porte. »
Devant le regard contrarié de Draco, le première année tourna les talons sans demander son reste, ne laissant même pas le temps à son ami de finir de lui dire merci. Harry se mordait la lèvre, ne sachant que répondre à la jeune fille qui l'attendait en bas. Il ne serait pas de très bonne compagnie, et c'était un euphémisme. Elle l'avait déjà vu inquiet, mais sa fierté masculine le poussait tout de même à préférer se montrer sous son meilleur jour. Il jeta un coup d'œil de côté. Draco l'inquiétait aussi vaguement, il ne savait trop pourquoi. Il lui sembla que c'était parce qu'il ne pouvait pas se permettre d'aller s'amuser pendant que le blond se tuait à la tâche. Tâche qui n'aurait pas été un poids jeté sur ses épaules, trop pointues et fines pour pouvoir le supporter, si lui-même n'avait pas été là.
« Je vais lui dire que ce n'est pas le bon moment.
- Et tu vas faire quoi, te morfondre ici ?
Il soupira, et reprit, regardant Harry droit dans les yeux :
- Vas-y, ça te changera les idées. C'est moi qui ai demandé à Hermione de la prévenir. »
Un peu de rouge monta aux joues de l'adolescent. Il baissa le front, il savait pourtant déjà qu'il était plus ou moins transparent pour Draco là-dessus. Il hocha rapidement la tête, l'air pas entièrement convaincu mais acceptant de suivre le blond pour l'occasion, comme Hermione et Théo à leurs tours. Lui-même le faisait plus rarement, pourtant il abdiqua cette fois.
Draco se dit qu'il était soulagé, et c'était vrai en partie. S'il ignorait la tenaille chauffé à blanc qui s'était refermée autour de ses entrailles. Ils allaient pouvoir travailler tranquilles. Malgré tout, le diable lui susurrait à l'oreille qu'Harry résistait davantage d'habitude. Il serra les poings et le suivit hors du dortoir.
Il salua cordialement Ginny dans le couloir, qu'il n'avait jamais autant détestée, et partit le plus vite possible pour ne pas voir Harry lui sourire. Malgré tout, Draco ne réussit pas à ne pas l'entendre dans sa voix avant de tourner au coin des cachots.
Les heures défilèrent et son humeur ne fit qu'empirer, mais Draco ne la laissa pas prendre le dessus. Il ne bâclerait pas leurs recherches à tous, puisqu'il n'avait plus que cela pour retenir Harry à lui. L'orage grondait, maintenu au loin. Théo finit rapidement et les laissa pour poster ses lettres avant de prendre en charge les ronde de préfet du blond. Granger l'abandonna quand sonna minuit, le tintement discret de l'heure pourvu par la salle sur demande se réverbérant dans le silence entre le bruit des pages. Elle reviendrait le lendemain à l'aube, elle était plutôt du matin. Vers deux heures, quand la solution se présenta à lui, au beau milieu de sa solitude, elle ne suffit même plus à provoquer un semblant d'émotion positive, encore moins de la joie. Engoncé dans un brouillard maussade, il laissa une note lapidaire et le livre ouvert à la bonne page pour Granger, et refit en sens inverse les kilomètres qui semblaient le séparer de son lit.
Il s'engouffra dans la salle de bain, sans claquer la porte mais sans faire un effort pour être discret non plus. Quand l'aristocrate en émergea et qu'aucun de ses amis ne s'étaient réveillés à cause du bruit, enfoncés dans un sommeil trop profond, il ne put contenir une sorte de déception perverse, à l'idée de n'avoir personne à qui infliger son humeur massacrante.
Il arracha presque les rideaux de leur tringle en ouvrant son baldaquin, et pila net. Pendant un instant, en voyant le visage paisible d'Harry, étalé sur ses draps, et dernier obstacle entre lui et le sommeil, il eu envie de le jeter par terre. Et de le piétiner, pour faire bonne mesure, en l'accusant de lui faire subir tout ça, l'épuisement, les nuits blanches, le stress... même s'il se rendait bien compte de l'absurdité du reproche.
Peut-être à cause d'un instinct de conservation, ou d'un subconscient particulièrement aux aguets, le brun choisit ce moment pour se retourner. Il ouvrit les yeux dans un demi sommeil, et appela vaguement : "Draco ? C'est toi ?"
L'élan d'affection qui le prit soudainement, devant le regard vert et flou, mais plein de confiance, désamorça sa fureur en un éclair. Sa gorge se noua, et incapable de supporter une minute de plus de cette horrible journée, il se faufila sous les couvertures. Il s'agrippa à Harry, peluche obligeante et déjà rendormie, avant de plonger à son tour dans l'inconscience. Il eut une dernière pensée vindicative contre Ginny Weasley.
(je ne sais pas si j'ose le dire, mais au 2 octobre ?)
