Disclaimer : Je ne possède pas Naruto. Par contre, je possède une boule à neige avec le buste de Toutankhamon dedans.
En se réveillant, la première chose que Sakura réalisa fut qu'elle avait la gueule de bois. La deuxième chose qu'elle réalisa était qu'elle n'était plus dans la taverne, mais assise sur un siège peu confortable. Alors que sa tête décidait de se mettre à tourner, elle contempla avec stupéfaction le fait qu'elle avait visiblement récupéré son corps de pré-adolescente. À ce moment-là, elle commença à paniquer.
Un coup d'œil frénétique autour d'elle ne fit que l'embrouiller davantage. Elle était assise aux côtés d'une centaine de personnes, tous dans des chaises en rangs parfaitement alignés. Elle reconnut quelques visages, mais n'y prêta pas attention, remarquant plutôt que tout le monde était vêtu de noir. Elle était à un enterrement.
Elle était à un enterrement et elle était de retour dans le corps de ses douze ans. L'évidence lui sauta au visage quand elle trouva le visage d'Asuma au milieu de la foule. Sarutobi Asuma, qui était mort bien avant le début de la guerre. Sarutobi Asuma, qui était toujours vivant lors des funérailles de son père, le troisième Hokage du village de Konoha. Funérailles auxquelles elle était en train d'assister.
Il y avait deux possibilités : quelqu'un l'avait plongée dans un genjutsu particulièrement réaliste ou elle était de retour dans le passé. Les deux solutions étaient terrifiantes. Sakura était une excellente adepte du genjutsu et pouvait les reconnaître en un battement de cils. Pour qu'on l'ait ainsi prise au dépourvu, son ennemi devait être très puissant.
Mais si elle était dans le passé... elle n'osait même pas y penser. Qu'arriverait-il aux blessés qu'elle devait soigner ? Qui partirait à la recherche de Naruto ? Qui aiderait Sasuke à vaincre Madara ? Et Shikamaru, qui venait de perdre Temari et qui était venue la voir qui prendrait soin de ses amis si elle était coincée ici ?
Sakura tâcha de contrôler sa respiration qu'elle sentait dérailler. Elle se concentra et lança un Kai dans son esprit, espérant interrompre le genjutsu. Rien ne se passa. Elle déglutit difficilement et passa la main dans ses très courts cheveux roses. Ses cheveux propres, qui sentaient les agrumes et brillaient encore du coup de peigne qu'elle leur avait donné avant de venir aux funérailles.
C'était une catastrophe. Cette gamine insupportable, vaniteuse et inutile qu'elle avait été à douze ans avait tellement grandi, tellement vécu. Comment pourrait-elle tout recommencer à zéro, se glisser à nouveau dans la peau de la pimbêche faible que son jeune équivalent avait été ?
Mais alors que cette pensée faisait son chemin dans son esprit, Sakura réalisa ce que sa présence ici impliquait. Elle était dans le passé, avec les connaissances d'une jounin qui avait fait la guerre. Elle était la kunoichi la plus puissante de sa génération. Elle avait tué un membre de l'Akatsuki, l'organisation criminelle la plus dangereuse du monde. Elle était une tueuse, une espionne, mais par-dessus tout, elle savait comment tout se finissait. Elle pouvait empêcher la guerre.
Sakura laissa échapper un gémissement, à mi-chemin entre la terreur et l'allégresse. Elle pouvait empêcher la guerre, les massacres, la douleur et les larmes. Elle était arrivée trop tard pour sauver le troisième Hokage, mais cela voulait dire que Tsunade-shishou allait devenir la cinquième Hokage et ça, c'était une excellente nouvelle.
Elle n'avait jamais été aussi heureuse de prendre part à un enterrement.
L'équipe 7, dont elle faisait à nouveau partie, s'était séparée après une brève conversation. Kakashi-sempai (non, Kakashi-sensei. Elle avait devoir reprendre l'habitude de l'appeler Kakashi-sensei) leur avait souri derrière son masque et Sakura avait failli pleurer. Elle ne se rappelait plus de la dernière fois où elle l'avait fait sourire. Mais le plus dur était de revoir Naruto et Sasuke.
Son meilleur ami avait le visage de l'innocence, avec ses grands yeux bleus, ses cheveux blonds et son sourire contagieux. Il répétait qu'avec la mort du troisième, son rêve de devenir Hokage était plus proche que jamais et malgré sa peine, il était heureux que le vieil homme soit mort en défendant le village que tous les ninjas aimaient tant.
Sasuke avait l'air grincheux, comme dans ses souvenirs. Sa moue boudeuse ne rendait son visage que plus beau, avec sa peau pâle et ses cheveux couleur charbon. Sakura se rappela vivement pourquoi elle avait été amoureuse de lui. Mais elle se rappelait aussi qu'il avait trahi le village, avait déserté et avait tenté de les tuer, elle et Naruto, de nombreuses fois depuis. Seule la guerre lui avait fait entendre raison et s'allier temporairement à elle pour stopper Madara.
Il lui avait fallu toute la force de sa volonté pour ne pas craquer et les prendre dans ses bras. Ils n'auraient pas compris à ce moment-là de leur vie, Sakura n'était encore pour Naruto que la jolie fille dont il était amoureux. Quant à Sasuke, il l'avait toujours regardée avec un mépris pour sa faiblesse à peine teinté de l'affection irritée qu'on ressent pour une petite sœur agaçante. Elle n'avait pas l'intention de changer ça, il y avait bien plus important à faire et elle allait avoir besoin d'aide. Et elle savait déjà à qui demander.
Sakura quitta le cœur de Konoha pour s'aventurer le long de l'artère principale du village. Elle redécouvrait ses souvenirs, enfouis sous des litres de sang et de sueur versés ces dernières semaines. Le village avait été détruit par les attaques à répétition. Le revoir ainsi intouché lui réchauffait le cœur. Sans s'en apercevoir, elle était déjà arrivée à destination.
Les Quartiers Nara étaient installés à mi-chemin entre la porte principale de Konoha et la montagne où étaient sculptés les visages des Hokage. Sakura n'y avait jamais mis les pieds et savait qu'elle aurait du mal à obtenir le droit de rencontrer celui qu'elle avait en tête. Mais il ne serait pas dit que Haruno Sakura n'était pas têtue et elle avait une guerre à tuer dans l'œuf.
La porte d'entrée était ouverte. Cela ne la surprit pas le clan Nara était connu pour ses stratèges et ils étaient souvent consultés lorsqu'il s'agissait de faire des plans sur la durée. Ils devaient être accessibles le plus rapidement possible. On ne l'arrêta pas alors qu'elle marchait jusqu'à une porte coulissante qui semblait être la seule entrée possible dans les quartiers à proprement parler. Et pour cause, il n'y avait qu'une seule personne dans la pièce et le jeune homme dormait. Sakura retint un petit rire. Les Nara étaient connus pour leur intelligence, certes. Mais leur flemmardise était légendaire.
Une fois à l'intérieur des quartiers, elle se questionna sur la marche à suivre. Elle n'était même pas sûre d'être au bon endroit. D'un autre côté, quel autre choix avait-elle ? On lui pardonnerait son comportement lorsqu'on saurait qui elle était vraiment. Décidée, elle marcha jusqu'à la première paroi en papier de riz qu'elle trouva et appela doucement. La paroi coulissa immédiatement et un homme à l'allure revêche la fusilla du regard. Sa queue-de-cheval trahit instantanément son statut de membre de clan.
« Qu'est-ce que tu fais là, gamine ?
— Je cherche Nara-sama, répondit-elle avec toute l'assurance dont la Sakura de dix-huit ans qu'elle était vraiment était capable.
— T'es marrante, toi. T'es au courant d'être en plein milieu des quartiers Nara ? Soit un peu plus précise.
— Nara Shikaku.
— Rien que ça, rit l'homme. Pourquoi pas Hyûga Hiashi, pendant que tu y es ? »
Sakura se retint de faire une remarque désobligeante, parce que le fait était qu'elle allait effectivement demander à voir le chef du clan Hyûga ensuite. Mais pour le moment, elle avait un abruti à convaincre.
« Puis-je voir Nara-sama, alors ?
— Et puis quoi encore. Tu ne crois pas qu'il a mieux à faire, avec la mort de l'Hokage ?
— C'est extrêmement important. Je suis une amie de Shikamaru.
— Le gamin va bien ? demanda l'homme, la voix soudain inquiète.
— Il faut absolument que je voie Nara-sama, répéta-t-elle en se gardant bien de corriger l'homme sur ses fausses présomptions.
— Très bien, suis-moi. Mais si tu mens, je te garantis que Shikaku-sama t'en fera baver. »
Les yeux de Sakura se voilèrent de tristesse. Elle savait parfaitement de quoi Shikaku-san était capable. Elle l'avait aidé, à la fin, et n'avait pu que regarder, impuissante, l'attaque du démon à dix queues détruire le quartier général et tous ceux qui s'y trouvaient, incluant le chef du clan Nara.
L'homme la conduisit au bout du couloir, derrière une énième porte coulissante qui donnait cette fois vers un jardin intérieur. Là, Shikaku était assis devant un plateau de shôgi, en pleine partie contre son fils, Shikamaru. Sakura avala sa salive, soudain nerveuse. Elle avait du mal à concevoir que ce jeune garçon était l'homme avec qui elle avait partagé du saké quelques heures plus tôt. Préférant faire comme si elle ne l'avait pas vu, elle s'avança vers le chef du clan aux côtés de son accompagnateur.
« Pardon de vous déranger, mais cette petite à demandé à vous voir en disant que c'était très important. Elle a aussi laissé entendre que cela avait un rapport avec votre fils, mais je vois qu'il va très bien.
— Merci, laisse-nous. »
Shikaku ne leva pas les yeux du jeu, concentré sur son prochain coup. Après plusieurs minutes de silence pendant lesquelles Shikamaru la fixa avec un air intrigué, il avança une pièce avant de relever la tête et de la regarder également. Sous l'œil inquisiteur des deux Nara, Sakura sentit ses muscles se tendre. Elle allait devoir être convaincante.
« Merci de m'écouter, Nara-sama, mais je crois que Shikamaru devrait partir.
— Je serais le juge de cela, si tu le permets. Qu'est-ce que je peux faire pour toi ?
— Je suis vraiment désolée, mais je ne peux pas parler devant lui. »
Shikaku la jaugea du regard, impassible. Puis il hocha la tête en direction de son fils qui soupira et se leva avec lenteur et quitta les lieux sans se presser. Typique.
« Alors ?
— Ce que je vais vous dire va vous paraître fou et vous n'allez sans doute pas me croire. Mais laissez-moi tout vous dire avant de prendre votre décision. J'ai des preuves pour soutenir ce que j'avance. »
Il lui fit signe de venir s'asseoir à côté de lui et elle s'exécuta.
« Vous ne me connaissez probablement pas. Je m'appelle Haruno Sakura et je suis dans l'équipe 7 avec Uchiwa Sasuke et Uzumaki Naruto, sous le commandement de Hatake Kakashi. Eux, vous devez les connaître. (il acquiesça) Je suis également l'ancienne apprentie de la Sannin Tsunade et la directrice de l'hôpital de Konoha. Je dirige l'escadron sabotage de l'Alliance dans la Quatrième Guerre Shinobi. J'ai dix-huit ans et je viens du futur. »
Sa tirade finie, elle contempla le visage du Commandant Jounin et membre du Conseil, l'un des hommes les plus respectés du village. Il la détailla en retour, sans une trace d'humour dans son expression illisible.
« Tu as raison, je ne te crois pas. Mais tu dis que tu as des preuves.
— Oui. J'ai été assistante du cinquième Hokage et ait eu accès à l'intégralité des secrets d'État du village. Je sais qui sont les parents de Naruto, pourquoi le clan Uchiwa a été massacré, qui est la RACINE et qui est responsable de l'invasion durant laquelle le troisième Hokage a été tué. »
En un instant, il avait bougé et elle se retrouva avec un kunai pressé contre sa jugulaire. Elle ne bougea pas, s'étant attendue à cette réaction.
« Qu'est-ce qui me fait croire que tu n'es pas une espionne ?
— Je suis venue vous voir et je vous ai dit la vérité. J'aurais pu me contenter d'aller vendre tous ces secrets, mais je suis là.
— Admettons que je te crois, pourquoi es-tu venue me parler ?
— Je vous connaissais, avant. J'ai énormément de respect pour vous. Je sais que vous êtes Commandant Jounin et j'ai besoin de votre aide. Je veux empêcher la guerre de commencer à nouveau. Konoha est détruite et l'immense majorité de mes amis sont morts. Je n'ai rien à perdre.
— Papa, écoute-la. »
Sakura et Shikaku se retournèrent d'un coup, leurs yeux se posant sur la silhouette nonchalante de Shikamaru. Il était à quelques pas d'eux et c'était un témoignage d'à quel point le chef du clan était préoccupé qu'il ne l'ai pas entendu revenir.
« Shikamaru, ça ne te concerne pas.
—Tu as un kunai contre le cou d'une de mes amies, bien sûr que ça me concerne.
—Tu ne m'as jamais parlé d'elle, dit Shikaku en fronçant les sourcils.
—C'est vrai. Mais ce qui est aussi vrai, c'est ce qu'elle te dit. »
Sakura écarquilla les yeux. Serait-il possible...
« Comment peux-tu le savoir ? demanda son père.
— Parce que je viens aussi du futur. Un gamin nous a apporté un rouleau contenant une technique. On l'a lu en même temps. Je ne savais pas s'il avait ramené Sakura aussi.
— Pourquoi est-ce que tu ne m'en a pas parlé ? siffla Shikaku, les dents serrées. »
Le visage enfantin de Shikamaru se para de culpabilité et il parut soudain bien plus que vieux que son âge. Cela n'échappa pas à son père qui haussa les sourcils.
« Je voulais jouer au shôgi avec toi, murmura Shikamaru.
— Et tu ne pouvais pas faire ça à un autre moment ? On ne joue plus, à ton époque ? »
Shikaku sembla réaliser ce que cela impliquait au moment où les mots quittaient sa bouche. Son fils ne lui laissa pas le temps d'y réfléchir et répondit avec une voix amère.
« À mon époque, tu es mort. »
Le chef du clan Nara déglutit et lâcha Sakura avant de ranger son kunai. Il se rassit derrière le plateau de shôgi et intima Shikamaru de venir s'asseoir avec eux.
« Maintenant, vous m'expliquez tout, dit-il avec un air infiniment sérieux sur son visage marqué de cicatrices. »
