Disclaimer : Je ne possède pas Naruto. Par contre, je possède une bague en forme de tête de mort dont les yeux changent de couleur avec la température.


Une tempête ravageait l'esprit de Shikamaru. Il ne comprenait pas ce qui se passait. Pourquoi Aoba était-il de retour ? Pourquoi lui, et pas quelqu'un qui était plus au cœur des combats ? Et avec lui revenaient les souvenirs douloureux de la mort d'Asuma, du combat contre Hidan et Kakuzu. Des défaites et de la perte. Il ne remarqua pas la main ferme de Sakura autour de son avant-bras avant qu'elle ne crie son nom.

« Shikamaru ! Il faut que tu te calmes ! Assied-toi. »

Elle le força à s'adosser contre le mur de la librairie, sans se soucier des regards étranges que leur lançaient les passants. Elle voyait dans la périphérie de sa vision Ino et son père accourir vers eux et Aoba s'agenouiller à ses côtés, mais elle était trop concentrée sur sa tâche pour leur prêter attention.

« Tu hyperventiles. Ce n'est pas grave, d'accord ? J'ai juste besoin que tu te calmes. »

Avec douceur, elle le fit s'allonger. Elle défit rapidement les boutons de sa veste avant d'appuyer lentement sur son ventre.

« Tu dois respirer avec ton ventre, alors essaye de pousser ma main à chaque inspiration que tu prends. Ne t'inquiète pas, ça va passer. »

Il fit de son mieux pour faire ce qu'elle lui demandait, ses yeux paniqués cherchant les siens. Elle lui offrit un petit sourire sincère, de ceux qu'elle donnait à Naruto et Sai au début de la guerre. Son souffle se fit plus profond, retrouvant enfin une chose à laquelle il était habituée.

« Hey Shika, tu imagines la tête que ferait Naruto s'il savait qu'on est revenus et pas lui ? Oh, être une petite souris quand il l'apprendra, rit-elle doucement. »

Il serait furieux, c'était sûr. Et il ferait tout ce qui était en son pouvoir pour les rejoindre, en hurlant que lui aussi voulait revenir dans le passé et manger des ramen parce que vraiment, la guerre, ça craignait à mort. Un gloussement lui échappa et la surprise qu'il en tira le fit revenir dans le présent. (Ou le passé. Peu importait.) Sakura l'aida à se relever et il s'adossa à nouveau contre le mur, sa respiration plus posée mais toujours un peu bruyante.

Shikamaru remarqua alors Inoichi qui le fixait avec une expression inquiète, un froncement de sourcil déterminé tirant ses traits. Ino avait disparue et il supposa qu'Inoichi l'avait envoyé chercher son père. Après tout, entre les membres de l'équipe Ino-Shika-Chô, quelle que soit la génération, les liens étaient indestructibles.

Sakura lui tapota brièvement le bras, un air fier sur le visage. Il la remercia d'un sourire avant de se tourner vers celui qu'il considérait comme un oncle et qui était mort en même temps que son père à la destruction du quartier général de l'Alliance. Encore un visage qu'il avait l'immense chance de revoir. Il n'avait pas le droit de rater son coup.


Shikaku avait envoyé Daen Nara, un membre mineur du clan, pour récupérer son fils et Sakura. Le voir avait faillit renvoyer Shikamaru tout droit dans sa crise de panique. Daen, aux côtés de plusieurs membres du clan, avaient été près de lui lorsqu'ils avaient utilisé la manipulation des ombres pour immobiliser le démon à dix queues. Encore un souvenir du futur qu'il voulait empêcher de s'accomplir.

Inoichi et Aoba les avaient suivis, mais les deux hommes n'avaient pas échangé un mot. Le chef du clan Yamanaka avait parfaitement compris que ce qui se passait le dépassait pour le moment et Aoba semblait perdu dans ses pensées. Il fut laissé dans l'entrée des quartiers du clan, sous la garde de Daen, pendant qu'Inoichi suivait Shikamaru et Sakura à l'intérieur du bâtiment jusqu'à la cour intérieure où Shikaku les attendait.

« Pardon de ne pas être venu en personne, mais j'étais encore avec Hiashi-sama. Shikamaru, est-ce que tout va bien ?

— Maintenant, oui, répondit son fils avec son habituel air détaché. »

Le chef Nara hocha la tête puis vint saluer son ami de longue date. Les deux hommes discutèrent un instant à voix basse pendant que Sakura et Shikamaru prenaient place autour de la table basse où un service à thé les attendait.

« Qu'est-ce qu'on fait à propos du père d'Ino ? murmura Sakura.

— Lui dire n'est pas une bonne idée, mais comment est-ce qu'on va expliquer ce qui vient de se passer ?

— Aucune idée, grommela-t-elle. Quand je pense que je n'ai même pas eu mon verre de saké.

— Tu ne crois pas que te retenir de ce côté-là serait une bonne idée ?

— Tu parles. Fais-moi croire une seule seconde que tu ne rêves pas d'une cigarette. »

Il retint un reniflement amusé. Elle n'avait pas tort, mais il n'allait pas le lui dire pour autant.

« Inoichi m'a dit que Yamashiro-san vous suivait. Vous voulez bien m'expliquer, les enfants ? »

Sakura remarqua la légère tension dans ses épaules causée par le ton qu'il venait d'employer. Shikaku savait parfaitement qu'il s'adressait à deux adultes et que, techniquement, Sakura était sa supérieure hiérarchique. Leur adresser la parole ainsi le gênait considérablement, mais il faisait semblant pour donner le change à Inoichi. Elle lui offrit un minuscule sourire pour lui faire comprendre qu'elle ne prenait pas offense.

« Qu'est-ce qu'on décide ? souffla-t-elle à Shikamaru. Il soupira et leva les yeux au ciel, l'air incroyablement ennuyé.

— Je suppose qu'on lui dit. Galère...

— Génial. (puis, plus fort :) Nara-san, nous allons lui expliquer, grimaça Sakura. »

Cette fois-ci, le soulagement fut marquant sur les traits du chef de clan. Mentir à son plus vieil ami devait être horrible. Une vicieuse envie d'en profiter lui tordit l'estomac. Cela ne fit que lui rappeler une nouvelle fois à quel point elle était différente de son alter-ego de douze ans. Ni Shikamaru, ni elle n'allaient bien dans leur tête et il allait falloir qu'ils en discutent à un certain point. En attendant, elle devait retenir ces pulsions de pragmatisme qui risqueraient de lui coûter cher dans cette époque.

« Je vais m'en occuper, si ça ne vous dérange pas. Je crois que vous avez des affaires à régler avec Yamashiro-san ? »

Shikamaru lui adressa un hochement de tête plein de gratitude avant de quitter le jardin, Sakura sur ses talons. Les quartiers du clan bourdonnaient d'activité en ce début de soirée, avec la plupart des membres rentrés de leur journée. La quasi-totalité d'entre eux portait encore les vêtements de deuil des funérailles et les discussions étaient plus basses que d'habitude. Shikamaru n'aimait pas voir son clan comme ça, mais c'était toujours mieux que de ne pas les voir du tout.

Daen et Aoba n'avaient pas bougé de l'entrée. Le premier avait été chercher des en-cas que le clan Akimichi leur apporté tous les jours, en l'honneur de l'amitié qui liait leur chef, Chôza, avec Shikaku et Inoichi. Les deux hommes partageaient la nourriture avec aise, Daen car le clan Nara était connu pour son attitude détachée et complaisante Aoba car l'homme n'avait visiblement aucune envie de s'attirer des ennuis.

Il y avait un vieil adage à Konoha, presque aussi vieux que sa fondation. Bien entendu, les clans Senju et Uchiwa avaient été les plus importants du village, mais les Nara faisaient partie des premiers clans à les avoir rejoints. On avait remarqué des attitudes particulières parmi tous les clans. Les Senju étaient loyaux et vibraient de la flamme de Konoha. Les Uchiwa étaient fiers et déterminés, la force armée du village.

Et cet ancien adage qu'on avait retenu des Nara résonnait encore dans toutes les mémoires, plus fort que jamais dans le futur de Sakura et Shikamaru. « La colère d'un Nara est un feu de forêt au printemps. Il faut des heures d'efforts pour le démarrer, mais lorsqu'il commence à brûler, il ne s'éteindra pas. » Malgré leur comportement paisible et leur flemmardise légendaire, personne n'avait la rancune aussi tenace qu'un Nara. Shikamaru en était le meilleur exemple. Après qu'Hidan et Kakuzu aient tué Asuma, il ne s'était pas arrêté avant que les deux aient rendu leur dernier souffle, et il l'avait fait avec un panache qui aurait fait blêmir d'envie le plus élégant des Hyûga.

Pas étonnant, donc, qu'Aoba se tienne à carreau. Le jounin grignotait un onigiri et releva la tête en entendant les deux genins approcher. Shikamaru remercia Daen d'un hochement de tête et l'homme lui sourit avant de quitter l'entrée pour rejoindre le reste du clan au cœur des quartiers. Sakura s'assit près d'Aoba, suivie de Shikamaru qui se voûta instantanément dans sa posture favorite, resserrant sa queue-de-cheval.

« Je crois qu'une discussion s'impose, Aoba-san, commença Sakura sur un ton plaisant.

— Je suis désolé de vous avoir espionné à Ichiraku. Il y avait un bruit qui court sur votre duo et le chef Hyûga et j'ai eu un doute. Je voulais vérifier mes suspicions, et apparemment, j'ai eu raison.

— Je suis revenue pendant les funérailles de l'Hokage, acquiesça la kunoichi aux cheveux roses.

— Pour moi, c'était un peu plus tôt ce matin, en me préparant, dit Shikamaru sur un ton ennuyé. »

Aoba haussa les sourcils et se mordilla la lèvre, ses lunettes de soleil masquant une partie de son expression. Sakura tenta de se souvenir de lui, mais à part son nom, elle ne reconnaissait pas grand chose de lui. Il avait fait partie de la Division Renseignements de l'Alliance aux côtés du père d'Ino, mais elle ne savait pas qu'il avait survécu à la destruction du QG. Il lui semblait aussi qu'il avait un jour fait partie de l'ANBU, la section de l'ombre. Mais comme tous les membres de l'ANBU portaient des masques pour protéger leur identité, elle ne pouvait pas en être sûre.

« Je ne comprends pas, avoua Aoba. Je suis revenu il y a presque une semaine ! L'examen chuunin avait déjà commencé.

— Est-ce qu'on vous a aussi apporté un rouleau qui paraissait contenir une technique ? Demanda Shikamaru.

— Non, un gamin est venu au camps et m'a entaillé la main avec une lame empoisonnée. J'ai perdu connaissance et je me suis réveillé dans les gradins de l'arène où la dernière épreuve de l'examen a eu lieu.

— Aucun rapport avec nous, souffla Sakura en grinçant des dents. Aoba-san, je suis désolée de vous demander ça, mais quel était votre rang dans la guerre ?

— Ne vous en faites pas, Haruno-san, répondit-il avec un sourire indulgent. Je comprends. J'étais un tokubetsu jounin et vous êtes tous les deux mes supérieurs. »

Shikamaru eut l'air encore plus irrité si c'était possible et un long soupir s'échappa d'entre ses lèvres. Toutes ces responsabilités, quelle galère... il n'avait accepté la promotion de jounin que parce qu'ils en manquaient cruellement pour les combats. Même sa place de chef de clan ne venait pas de lui, mais de la mort de son père. Il avait vraiment horreur des responsabilités.

« Très bien. Appelez-moi Sakura-san, s'il vous plaît. Et en public, le suffixe est à éviter. Personne ne comprendrait la marque de respect envers une genin à peine sortie de l'académie.

— Pareil pour moi, ajouta Shikamaru. En plus, Nara-san, c'est mon père. »

Et bon sang ce que c'était agréable de pouvoir dire ça. Il ne se lasserait jamais d'avoir à nouveau Shikaku à ses côtés. Sans compter qu'Inoichi et Asuma étaient aussi en vie. Shikamaru commençait à penser que malgré tous les ennuis que ce retour dans le passé lui apportait, il n'y avait vraiment pas à regretter ce changement.

« Je suppose que Hyûga-sama et Nara-sama sont au courant de la situation ?

— Oui, on leur a tout expliqué dans la journée.

— Et qu'avez-vous décidé ? »

Un air dur fit écho sur les visages des deux jounins à la figure enfantine. Ils échangèrent un regard déterminé où les massacres de la Quatrième Grande Guerre se rejouaient en permanence.

« Nous allons empêcher la guerre, dit fermement Sakura.

— Et nous aurons besoin de toute l'aide possible, ajouta Shikamaru.

— Ce sera avec plaisir, sourit amèrement Aoba. »