Disclaimer : Je ne possède pas Naruto. Par contre, je possède une ceinture noire avec des têtes de mort vert fluo très seyante.


Le terrain d'entraînement numéro trois n'avait pas changé d'un iota. Les trois poteaux étaient toujours plantés face à la montagne des Hokage, avec une vue imprenable sur les visages taillés dans la pierre. La rivière coulait toujours doucement, à quelques pas à peine des meilleures souvenirs de l'équipe 7, à l'époque où une amitié désespérée n'était pas tout ce qui reliait ses membres.

Sakura se sentait nauséeuse. Elle avait déjà tant changé par rapport à ce qu'elle se rappelait du passé. Et si elle en avait fait trop ? Pas assez ? Le jeu auquel elle jouait était dangereux et la dégoûtait. Le sort du futur du monde n'aurait jamais dû reposer entre ses mains. Et pourtant, devant elle, Naruto lui adressait un sourire radieux, du haut de ses douze ans et huit portions de ramen.

Même Sasuke avait une expression amusée au coin des lèvres en voyant la joie de Naruto et l'attitude posée de sa coéquipière. Il n'avait jamais pu supporter son comportement de gamine enamourée, après tout. Tout cela lui paraissait si lointain. Kakashi était adossé à un arbre, son éternel livre ouvert, mais ses yeux ne bougeaient pas. Sakura n'avait aucun doute qu'il les regardait en coin, prétendant lire pour mieux les observer.

Elle baissa les yeux sur sa tenue neuve. Elle n'avait pas pu se résoudre à enfiler son qipao rouge au blason des Haruno. Pas après ce qui s'était passé ce matin. Si elle avait besoin d'une preuve irréfutable qu'elle n'était plus la même, la tentative d'assassinat de celui qui était probablement son meilleur ami avait fait des merveilles. La Sakura du passé avait bel et bien disparu, enfouie sous des piles de cadavres et des rivières de larmes.

À la place, elle avait emprunté des vêtements à Shikamaru. Ils faisaient sensiblement la même taille et elle n'y avait de toute façon pas prêté attention. Tout ce qu'elle avait voulu était retirer le qipao sanglant qui lui collait à la peau. Sakura ressemblait à un ninja, il n'y avait pas d'autre mot pour la décrire.

Un pantalon de toile noir qui lui rappelait son uniforme jounin, une tunique de maille passée sous un pull sans manche léger, dont le col roulé lui chatouillait le menton. Son bandeau frontal noué sur sa tête retenait ses cheveux en arrière, leur coupe courte s'ébouriffant avec le vent. Pas étonnant que Kakashi la dévisage. Elle était plus surprise par le manque de réaction de Naruto et Sasuke, mais n'allait pas s'en plaindre. Son malaise était suffisamment présent comme ça.

« Sakura-chan ! T'es en retard. Même Kakashi-sensei est arrivé avant toi, rit Naruto.

— Désolée, grimaça la jeune femme, se sentait décalée dans son corps si jeune.

— Bien ! intervint Kakashi en fermant son livre. Maintenant que tout le monde est arrivé, on va pouvoir commencer.

— Génial ! Est-ce que vous allez nous montrer un nouveau jutsu ?

— Patience, Naruto. J'ai d'abord une petite question pour Sakura. »

Elle se figea, sentant plus qu'elle ne voyait les regards de ses deux coéquipiers la dévisager. Dans le passé, jamais Kakashi ne lui avait porté une quelconque attention. Il s'était toujours concentré sur ses deux prodiges, ne lui accordant qu'un bref regard là où Naruto et Sasuke pouvaient se targuer de quelques compliments. Sakura était mortifiée. Si on avait parlé à Kakashi de son secret, elle allait trancher des têtes. Et elle n'avait aucune idée de comment lui expliquer la situation sans tout révéler sur Sasuke et sa trahison.

« Un petit oiseau m'a dit que tu vis maintenant parmi le clan Nara.

— Quoi ? Sakura-chan, c'est vrai ce qu'il dit ?

— Je- enfin...

— Sakura, de quoi est-ce qu'il parle ? demanda Sasuke. »

Que Kami lui vienne en aide, même Sasuke s'y mettait. Elle se sentit blêmir et la nausée revint de plus belle. À quoi est-ce que Kakashi jouait ? S'il était au courant, pourquoi ne pas en parler directement ?

« Sakura ? insista Kakashi.

— Ils m'ont a- ils m'ont adoptée, bredouilla-t-elle en se sentant douze ans à nouveau.

— Adoptée ? Mais, et tes parents alo- ouf ! »

Naruto se plia en deux, le coude de Sasuke enfoncé dans les côtes. Le dernier Uchiwa ne l'avait pas quittée des yeux. Son expression était indéchiffrable, un mélange de colère et de tristesse, avec une moue ahurie qui lui donnait un air stupide. Sakura ne l'avait jamais vu aussi pâle, et aussi expressif à la fois.

Kakashi s'était tendu, toujours assis contre le tronc du saule blanc qui l'abritait du soleil. Son seul œil visible fixé sur son élève, il était clairement en garde, comme s'il attendait une attaque. Les injures que Naruto faisait pleuvoir sur Sasuke s'arrêtèrent brusquement et Sakura tourna à nouveau la tête vers lui. Elle sentit son cœur se briser. Naruto n'avait pas le droit d'avoir l'air aussi triste. Sasuke n'avait aucun droit d'avoir l'air aussi horrifié. Kakashi n'avait certainement pas le droit de s'inquiéter pour elle.

Ils ne s'étaient jamais intéressés à elle, jamais ! Pas une question sur sa vie privée, sur ses rêves et ses espoirs. Pas une seconde pour lui apprendre une technique qu'elle pourrait appeler sienne, et clamer comme un héritage de son professeur. Pas une minute perdue à la regarder et à se demander : Est-ce que Sakura est heureuse ?

Sentant la rage remplacer la panique dans son cœur, elle se força à se calmer. Elle se redressa doucement et planta ses yeux jade dans les saphirs brillants de larmes de Naruto.

« Mes parents sont morts, Naruto. Ça va faire un an dans quelques jours.

— Un an ? Mais...

— On n'était même pas genin, il y a un an, dit Sasuke avec un ton dégoûté.

— Je ne comprend pas pourquoi ça vous intéresse, d'un coup. À ce que je sache, aucun de vous n'a de parents, et Kakashi-sensei non plus. »

Elle faillit regretter sa brusquerie en voyant l'air hanté passer sur les traits de Sasuke, mais décida de tenir fermement sur ses positions. Après tout, elle était là pour changer les choses, non ? Alors commencer par faire comprendre à ses idiots de coéquipiers que le monde ne tournait pas autour de leur nombril (quoi que, dans le cas de Naruto...) ne pourrait pas leur faire de mal.

« Nara-sama m'a adoptée dans le clan, et ça sera rendu officiel quand tous les papiers seront signés. Je serais une Nara, et non plus une Haruno. Ça répond à votre question, Kakashi-sensei ? »

Sakura le dévisagea, défiante, le menton haut. Elle se demanda un instant comment son Kakashi aurait réagit en l'entendant parler comme ça à cet âge-là. Puis elle réalisa avec un pincement au cœur que c'était lui, son Kakashi, et qu'elle allait avoir une expérience de premier ordre de sa réponse. Un pressentiment la fit se tendre soudainement, et une seconde plus tard, un kunai siffla près de son oreille.

Elle se jeta en arrière et effectua un flip avant de retomber accroupie, une main dans sa sacoche à shuriken et l'autre en garde devant elle. Sakura réalisa immédiatement son erreur. Dans le passé, elle avait été particulièrement mauvaise en taijutsu, et ce genre de mouvement n'aurait pas été aussi fluide. Elle sera les dents et se releva, ramassant le kunai que Kakashi lui avait lancé.

« On commence l'entraînement, apparemment, dit-elle en le lui renvoyant. Tant mieux. Shikaku-sama m'a montré des tas de nouvelles choses.

— Aha ! En garde, Sasuke ! Sakura-chan, avec moi, on va lui botter les fesses ! réagit Naruto au quart de tour. »

Son excitation tira un rire surpris à Sakura, qui obtempéra. Elle tira trois shurikens de sa sacoche, les coinça entre ses doigts, et se mit en garde. À ses côtés, Naruto invoqua une armée de clones avant de lui jeter un regard. Elle le lui rendit en souriant. Il compta jusqu'à trois, et ils s'élancèrent vers Sasuke.


L'entraînement les avait laissé suants et sales, mais détendus. Même Sasuke avait eu l'air mieux dans sa peau, après que Kakashi ait sonné la fin de l'exercice. Ils avaient terminé l'entraînement sur une course-poursuite avec la meute de ninken de leur professeur, et ils arboraient tous les trois des marques de crocs plus ou moins prononcées. Naruto leur proposa d'aller manger des ramen avec lui (et qu'importe le fait qu'il était trois heures de l'après-midi), mais Sakura déclina en reconnaissant la silhouette de Shikamaru à la lisière du terrain. Sasuke et Kakashi acceptèrent en revanche et les trois garçons partirent les premiers.

La jeune femme se contempla un moment, étrangement satisfaite de se voir si poussiéreuse. Elle était épuisée, encore peu habituée à ce nouveau (ou ancien ?) corps qui avait si peu de muscles et d'endurance. Elle allait devoir arranger ça. Mais pour une fois, sa fatigue venait de luttes amicales et la seule chose qui coulait le long de ses doigts était des perles de transpiration. Souriant doucement, elle quitta le terrain pour se rapprocher de son ami qui l'attendait.

Plus elle s'approchait, plus il lui paraissait clair que quelque chose clochait. La posture voûtée de Shikamaru n'avait pas cette aura de paresse à laquelle elle était habituée. La courbe de son dos trahissait une culpabilité qu'elle ne comprenait pas. Au contraire, elle devrait être celle qui se sentait coupable, après ce qui s'était passé au petit-déjeuner. Sakura s'arrêta à ses côtés, mais il refusait de croiser son regard. Ils commencèrent à marcher sans un mot, traversant les autres terrains d'entraînement en silence. Finalement, n'y tenant plus, Sakura l'arrêta.

« Shikamaru, qu'est-ce qui se passe ? »

Il la regarda un long moment. Sakura s'arma de patience, car jamais il ne lui avait menti. On ne mentait pas, pendant la guerre, parce qu'il n'y avait plus rien à protéger de ses secrets. Il n'y avait même plus de secrets. Elle savait que Shikamaru serait entièrement honnête lorsqu'il lui répondrait. Qu'il mette autant de temps à le faire suffisait à lui faire comprendre qu'elle n'allait pas aimer la réponse, quelle qu'elle soit. Finalement, elle le vit piétiner une seconde avant de détourner le regard et de fixer un point, loin derrière son épaule menue.

« J'ai dit la vérité à Asuma.

— QUOI ? Shikamaru ! Mais qu'est-ce qui t'a prit ?

— Il m'a grillé ! se défendit-il. J'ai fait un mouvement qu'il ne m'a jamais apprit et il m'a prit à part pour me demander si j'étais un espion camouflé. Qu'est-ce que tu voulais que je lui dise ?

— Je ne sais pas, que ton père te l'avait montré ? Il m'est arrivé la même chose, et c'est ce que je leur ai dit. Et tu sais quoi ? Ils m'ont cru !

— C'est sûr, parce que ton équipe est un tel exemple de confiance mutuelle.

— De quoi tu parles ?

— Ne fais pas l'hypocrite. Kakashi ne t'a sûrement pas cru et il t'en reparlera plus tard.

— Bien entendu, tu le connais si bien, cracha-t-elle.

— Probablement mieux que toi, en tous cas, répondit-il avec un air hautain.

— C'est mon chef d'équipe, Shikamaru. Évidemment que je le connais.

— Et quelle belle équipe vous faites. Un traître, un démon et une infirmière.

— Shikamaru... grogna-t-elle, sa voix comme un grondement de tonnerre.

— Ce n'est pas parce que ta relation avec ton équipe est complètement foireuse que tu peux me reprocher d'essayer de conserver la mienne en vie.

— Et ça a remarquablement bien marché, hein ? Au moins mon chef d'équipe est toujours vivant, dans le futur. Qu'en est-il du tien ? »

La gifle claqua dans l'air froid. La tête de Sakura partit violemment vers la droite, une vive douleur se répandant le long de sa joue. Elle lécha sa lèvre inférieur où une coupure venait d'apparaître. Une gifle. Pas un coup de poing. Une gifle qu'on donne à une fillette désobéissante. Elle sentit la colère gronder dans son ventre.

« C'est tout ce que tu as à répondre ? Bravo, Shikamaru, brillant pour un génie. En attendant, tu as mis en péril notre mission de façon inconsidérée.

— Notre mission ? Mais quelle mission, putain ? On est deux soldats complètement paumés dans nos corps de gamins ! Arrête de faire ton envoyée divine et de croire qu'on t'a donné une prophétie à accomplir.

— Et qu'est-ce que tu préfères, qu'on attende que ça passe ? Que la guerre arrive à nouveau ? »

Ils criaient tous les deux maintenant, pratiquement front contre front. Sakura avait rarement ressenti une telle rage brûler dans ses veines. À en croire les tremblements dans les poings serrés de Shikamaru, il en était de même pour lui.

« Évidemment que non. Mais je ne vois pas en quoi le dire à Asuma change quoi que ce soit !

— Ça change que tu ne m'en as pas parlé ! On est là dedans ensemble, bordel !

— Ensemble ? Tu as essayé de m'étriper, ce matin ! Ma mère était en larme, avec mon sang sur les mains !

— Et j'en suis désolée, siffla Sakura en pâlissant. Tu sais parfaitement que je n'ai jamais voulu ça.

— Vraiment ? Pourtant, qu'est-ce que ce serait pratique si je n'étais pas là. Tu pourras sauver le monde à toi toute seule. Haruno Sakura, l'enfant prodige qui a stoppé la Grande Guerre. Il y aura enfin un truc d'intéressant dans ton dossier. »

Le coup de pied partit tout seul. Son talon s'enfonça dans le plexus solaire de Shikamaru, qui tomba au sol. Une brume rouge vint assombrir sa vision et elle s'assit sur le ventre du garçon, son poing s'écrasant sur sa pommette. Il bloqua vivement son deuxième coup et agrippa son avant-bras, avant de tirer d'un coup sec. Sakura chuta sur le côté et Shikamaru renversa leurs positions, son genou venant presser contre la poitrine de la jeune femme et lui coupant la respiration.

Ses yeux se remplirent de larmes de douleur et elle concentra son attention sur la paume de sa main, qui s'illumina de bleu. Une pensée plus tard, et le chakra se transforma en scalpel. Son bras effectua un arc de cercle et une coupure profonde vint s'ouvrir sur la mâchoire de Shikamaru. Il sursauta en gémissant de douleur et elle en profita pour arquer le dos et se propulser en arrière.

Il roula une fois avant de s'accroupir, du sang s'écoulant librement le long de son cou et tâchant sa veste verte. Accroupit elle aussi, le souffle court, Sakura lui fit face. Elle sentait un bleu se former sur sa joue, là où la gifle de Shikamaru avait probablement fait plus de dégâts que prévu. Sa lèvre lui faisait mal. La sensation lui éclaircit doucement l'esprit. Mais qu'est-ce qu'ils venaient de faire ?

La même réalisation sembla fleurir sur le visage de Shikamaru. Lentement, il se releva, et elle l'imita. Face à face, à moins d'un pas l'un de l'autre, ils se fixèrent avec une expression figée. Leur mouvement fut de concert et ils avancèrent en même temps. Les bras de Sakura se refermèrent autour de Shikamaru et il lui retourna son étreinte. Il enfouit son visage sanglant dans son cou et elle cacha ses yeux humides dans les cheveux bruns qui s'échappaient de la queue-de-cheval.

« Je suis désolé, murmura Shikamaru. Je suis désolé, je ne le pensais pas.

— Moi non plus. Kami, moi non plus. Pardon. »

Depuis son perchoir dans un arbre proche, Shikaichi les regardait avec un air préoccupé sur le visage. Sa main rangea le kunai qu'elle avait sorti mécaniquement de sa sacoche. Elle allait avoir une discussion avec Shikaku-sama.