Disclaimer : Je ne possède pas Naruto. Par contre, je possède la totalité des albums de The Blue Angel Lounge, mon groupe préféré.
Lorsque Shikamaru la retrouva, elle était assise en tailleur devant le Mémorial, les yeux perdus dans la multitude de noms gravés dans la pierre. Le garçon se plaça debout à ses côtés, imitant sa posture contemplative. Le Mémorial était la preuve tangible de l'immense différence entre le Konoha qu'ils avaient connu, et celui dans lequel ils évoluaient maintenant. Enfin, quand Konoha existait encore. La pierre avait été détruite en même temps que le village, au début de la guerre.
Et pourtant, même en sachant toutes les vies épargnées par leur arrivée, le Mémorial était affreusement grand. Sakura ne pouvait pas s'empêcher d'y chercher les noms familiers qui avaient été ajoutés au cours de sa vie. Mais la dernière addition était celle d'Hayate, mort pendant l'invasion d'Oto et de Suna. Aucune mention n'était faite d'Asuma, d'Inoichi ou de Shikaku. Neji était encore un genin bien vivant, et Jiraya s'occupait de l'enseignement de Naruto.
Et en parlant de Jiraya...
« Elle a refusé de me prendre comme élève, murmura Sakura sans détacher ses yeux de la pierre. »
Shikamaru fronça les sourcils, réalisant instantanément de quoi elle parlait. Il s'accroupit et força Sakura à le regarder.
« Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda-t-il.
— Au mot près, souffla-t-elle. Je lui ai dit au mot près la même chose que la première fois. Elle m'a regardé comme si j'étais la plus belle idiote qu'il lui ait été donné de voir. Et puis elle m'a dit de retourner jouer au ninja avec Naruto et Sasuke.
— Elle t'a dit quoi ? s'exclama Shikamaru, ahuri.
— Je ne comprends pas, dit Sakura, sa voix se brisant. La mission s'est passé de la même façon, on l'a ramenée à Konoha et elle est Hokage. Où est-ce que ça a cloché ? »
Sakura pouvait presque voir les engrenages tourner d ans le cerveau de Shikamaru. Ses yeux bruns se perdirent dans les arbres, bien au delà des murs du village, là où le Pays du Feu reprenait ses droits sur Konoha.
« Sakura, je veux que tu réfléchisses bien à ma question avant d'y répondre. Ne la prend pas mal, penses-y bien, d'accord ?
— Je t'écoute, répondit-elle, intriguée.
— Est-ce que c'est une si mauvaise chose qu'elle t'ait refusée ?
— Shika-
— Je t'ai dit de ne pas t'offusquer. Réfléchis une seconde. Est-ce que ce n'est pas la preuve que ce qu'on fait fonctionne ? Crois-tu vraiment avoir besoin d'elle une nouvelle fois ? Après tout, elle t'a déjà tout enseigné. Alors pourquoi serait-ce une si mauvaise chose qu'elle ait refusé ? »
La kunoichi ferma les yeux et soupira longuement. Shikamaru avait raison. Elle le savait depuis qu'elle avait quitté le bureau de l'Hokage. Mais la réponse lui avait fait si mal qu'elle avait refusé de réellement considérer ce qu'elle impliquait. Elle contempla ses mains, que d'une pensée elle nimba de chakra médical. Tsunade lui avait tout appris et elle portait avec elle un héritage qui lui venait de Mito, la femme du Shodaime Hokage. Alors pourquoi n'arrivait-elle pas à laisser son monde derrière elle pour se concentrer sur le futur qu'il fallait bâtir ?
« Je ne sais pas quoi faire, Shikamaru. Personne ne nous a préparé à ça.
— Sans blague, lâcha-t-il avec un sourcil haussé.
— Oh, la ferme. Ne fais pas comme si tu n'étais pas aussi paumé que moi.
— Mais c'est justement ça, Sakura. Je suis aussi paumé que toi. Alors ne te cache pas quand il t'arrive ce genre de choses. Viens me voir. On y arrivera mieux à deux.
— Je te trouve d'un sentimentalisme excessif, ces derniers temps, dit-elle avec un demi-sourire.
— Ne commence pas, femme, grogna-t-il. »
Sakura se mit à rire doucement, une étincelle de malice dans ses yeux de jade. Shikamaru la regarda en coin, un sourire moqueur se dessinant sur ses traits fins.
« Je te retourne le conseil, Nara. Tu peux me parler, tu sais.
— Évidemment que je sais.
— Ne fais pas ta princesse, tu crois que je n'ai pas remarqué la tête que tu as fait quand ton père a dit que la délégation de Suna était repartie ?
— Sérieusement, Sakura, tu as la délicatesse d'un ninja de la Brume dans une garderie. »
Mais la plaisanterie ne dérida pas la kunoichi aux cheveux roses. Elle continua de fixer la pierre, sa petite main venant se glisser dans celle de Shikamaru. Seulement alors le jeune homme remarqua qu'il tremblait. Il déglutit difficilement.
« Je ne veux pas en parler.
— D'accord. Mais tu sais où me trouver.
— Galère... rappelle-moi qui a eu la brillante idée de t'inviter dans mon clan ? »
Sakura lui mit un coup de poing joueur dans l'épaule. Elle avait officiellement apposé son sang sur le rouleau de la famille Nara, comme on le faisait pour les nouveaux-nés du clan. Son nom avait été remplacé dans tous les registres de Konoha, et son dossier de ninja portait la mention « Nara Sakura, née Haruno ».
Laisser son nom derrière elle avait été une délivrance et une déchirure. Elle savait que ses parents ne lui reprocheraient pas son choix, car ils l'avaient élevée pour être pragmatique et profiter des opportunités. Mais elle laissait plus que son ancienne famille, avec le nom Haruno. C'était tout ce futur dont ils venaient qui s'effritait jour après jour, comme le refus de Tsunade l'avait montré.
« Allez, Aoba-san nous attend. Quand tu auras fini de râler, tu nous rejoindras.
— Oh, va te faire. »
Les deux amis se relevèrent et quittèrent le terrain d'entraînement à côté duquel était dressé le Mémorial. Presque deux semaines s'étaient écoulées depuis leur retour dans le passé. Entre temps, Sakura avait fait la connaissance d'Asuma, qu'elle n'avait jamais vraiment côtoyé la première fois. L'homme avait eu l'air peiné d'apprendre que Shikamaru ne l'avait pas consultée avant de le mettre au courant, mais s'était montré plein de ressources quand il s'agissait de planifier l'arrêt de la guerre.
Sakura et Shikamaru avaient également demandé à ceux qu'ils avaient informés d'accepter un sceau. Ils avaient copié celui que Danzō plaçait sur la langue des membres de la RACINE. Seul Hiashi avait rechigné, mais l'homme avait cédé en voyant que tous les autres acceptaient. Aoba avait également demandé à en avoir un, en expliquant qu'ils étaient ses supérieurs et qu'il craignait de divulguer le secret par accident. Cette fois-ci, les deux amis avaient été ceux à hésiter. Ils avaient finalement accepté, non sans modifier le sceau pour lui permettre d'en parler plus librement avec eux.
Le tokubetsu les attendait en effet à un étale de dango, un long pic entre les dents. Il leur tendit sans un mot deux autres pics où les boulettes de mochi se trouvaient encore, avant de les inviter à le suivre. Tous trois s'assirent sur un banc dans une ruelle secondaire, pour ne pas trop attirer l'attention. Les deux amis entamèrent leur sucrerie, intimant silencieusement Aoba à commencer à parler.
« J'ai traîné l'oreille du côté de l'escadron de protection de l'Hokage. Raidō et sa femme attendent un enfant et il songe à devenir instructeur. Iwashi et Genma vont chercher des missions en duo, mais ils n'ont pas l'air de vouloir rejoindre l'ANBU.
— Donc, apparemment, tu es encore une exception ? demanda Shikamaru.
— Oui. Quand Tsunade-sama m'a nommé ANBU, tout au début de la guerre, je ne pensais pas être le seul tokubetsu pour qui on avait fait une entorse au règlement. Mais je ne vois pas qui, à part ces trois-là, aurait pu être envisagé.
— Alors on est de retour au point de départ. On n'a aucun contact dans l'ANBU et je n'ai toujours pas réussi à traquer Sai pour le sortir de la RACINE et qu'il nous aide, soupira Sakura. »
Elle laissa retomber sa tête en arrière et fixa les nuages qui passaient paisiblement au dessus d'eux. La kunoichi se retenait de leur lancer un « je vous l'avais bien dit ». Surtout à Shikamaru, avec qui elle avait eu cette discussion depuis leur premier jour dans le passé. C'était peine perdue.
« Sakura, je peux entendre tes pensées défaitistes d'ici. Il nous reste toujours les plans de secours.
— Et il y a une raison pour laquelle ça s'appelle des plans de secours. On a aucune preuve qu'ils ne vont pas aggraver les choses.
— Je vois mal comment on pourrait faire pire que notre futur, intervint Aoba.
— Je connais Sasuke mieux que personne ici. Maintenant que je sais ce qu'il prépare, j'arrive clairement à voir qu'il attend la moindre opportunité pour s'enfuir.
— Plan B, chantonna Shikamaru.
— Urgh, ce que tu peux m'énerver ! s'écria Sakura en se leva brusquement du banc. »
Et sans un mot de plus, elle quitta la ruelle. Shikamaru voulut se lever pour la suivre, mais Aoba le retint par le bras. D'un mouvement de la tête, il montra la silhouette de Shikaichi qui était partie à la suite de la kunoichi aux cheveux roses. L'héritier Nara se rassit en soupirant lourdement et prit une bouchée lasse de son dango. Il n'avait pas signé pour toutes ces conneries.
Plan B, qu'il disait. Quel con. Sakura bouillonnait d'une colère à peine contenu, alors que la discussion était passée depuis plusieurs heures. La nuit était tombée sur Konoha, une nuit froide et humide comme le Pays du Feu en connaissait rarement. Les étoiles étaient parfaitement visibles dans un ciel dégagé qui annonçait l'hiver. La jeune femme était assise sur un banc, le long de l'artère principale du village, son petit corps tremblant de rage et de froid.
Sa taille menue et ses bras maigres n'étaient qu'un autre rappel de la colère qui l'assaillait depuis des heures maintenant. Elle n'osait pas imaginer le nombre d'heures, de jours d'entraînement, qu'il lui faudrait pour retrouver sa puissance d'autrefois. Elle avait beau se souvenir de tout ce qu'elle connaissait et avoir la quantité de chakra qui correspondait, elle était loin de son niveau habituel. Mais ce serait largement suffisant pour ce soir.
Des pas feutrés la tirèrent de ses pensées. La vision qui l'accueillit lui donna envie de vomir. Combien de fois avait-elle cauchemardé cette même nuit, ces mêmes étoiles, ces mêmes pas ? Combien de fois s'était-elle réveillée, secouée de tremblements, une crise de panique la saisissant par surprise ? Et la raison se tenait à quelques mètres d'elle, les mains dans les poches, une expression de surprise sur le visage.
Sakura fronça discrètement les sourcils. Ça, c'était nouveau. Elle se rappelait parfaitement de cette nuit, au mot près. Et Sasuke avait eu l'air ennuyé en la voyant, pas surpris. Il était temps de voir ce que le plan B valait.
« Qu'est-ce que tu fais ici au milieu de la nuit ? demanda Sasuke.
— Je savais que tu passerais par ici... pour partir. C'est la seule route pour quitter le village.
— Pars d'ici et retourne dormir.
— Pourquoi est-ce que tu ne me parles pas ? Pourquoi es-tu toujours aussi silencieux ? »
Et elle n'eut pas à se forcer pour faire couler les mêmes larmes qu'en cette nuit amère.
« Je te l'ai déjà dit, je n'ai pas besoin d'aide. N'essaye pas de prendre soin de moi.
— Quoi que je fasse, tu me haïra toujours, n'est-ce pas... Tu te souviens ? Le premier jour où on a été assigné dans la même équipe. Tu m'as dit que j'étais lourde.
— Je m'en souviens. »
… Quoi ?
« Tu ne t'es pas arrangée, d'ailleurs. »
D'accord, ça, ça n'était définitivement pas dans le script. Sasuke prit son expression pour de la surprise à son admission, et il n'avait pas tort. Mais la véritable raison était bien différente. Sakura décida de continuer à réciter la nuit comme elle s'en souvenait. Mais l'espoir était là.
« On a fait toutes sortes de missions, toi, Naruto et moi. Ça a été douloureux et difficile, parfois, mais malgré tout... j'ai tout de même aimé ça. Je connais ton passé, Sasuke. Même si tu accomplis ta vengeance, tu ne seras pas heureux. Et moi non plus. »
Sasuke s'était figé, mais il lui tournait toujours le dos. Sakura se mordit la joue avant de forcer les prochains mots à sortir.
« Je t'en supplie, reste avec moi ! Je t'aiderai même à prendre ta revanche. Alors s'il te plaît, reste avec moi. Ou prends-moi avec toi, si tu ne peux pas rester ici.
— Sakura... t'es lourde. »
Elle écarquilla les yeux, non pas à cause des mots que ses mauvais rêves lui avaient suffisamment murmuré, mais parce qu'il la regardait avec des larmes dans les yeux. Elle ne l'avait jamais vu pleurer. Les choses étaient véritablement en train de changer.
« Ne pars pas ! Si tu pars, je me mets à crier !
— Sakura... »
Dans un mouvement que ses yeux entraînés percevaient désormais comme lents, il se retrouva derrière elle. Elle retint un soupir déçu. Il y avait suffisamment de petits détails pour la rassurer sur l'état d'esprit de Sasuke, bien différent de celui dont elle se rappelait. Seulement, la fin était la même.
« … merci. »
Mais au lieu de laisser la main la frapper à la nuque, elle s'accroupit en un éclair et balaya le sol de sa jambe et fit tomber Sasuke. Couché sur le sol, il la regarda avec une expression ahurie. Sakura sécha ses larmes, une irritation nouvelle trouvant sa place dans son cœur. Si son abruti de coéquipier n'était pas près à réaliser ses erreurs, elle se ferait un plaisir de l'y aider. Et, en essayant de ne pas y prendre trop de plaisir, elle donna un coup de pied littéral dans les fesses de Sasuke.
« ANBU ! cria-t-elle. ANBU, à l'aide !
— Non, Sakura ! Tais-toi !
— Tu étais prêt à nous abandonner, Sasuke. Assume, maintenant. »
Mais Sakura avait bien prévu son coup, et ce ne fut pas un ANBU qui apparut, mais Aoba. Son uniforme de jōnin avait été remplacé par une tenue de la section Torture & Interrogation et il avait retiré ses lunettes de soleil. Sasuke ne le reconnaîtrait jamais de jour. Le jōnin l'attrapa par le bras et le releva, avant de le traîner en direction de la tour du Hokage. Le dernier des Uchiwa lança un regard assassin à Aoba avant de tourner la tête pour regarder Sakura. À sa grande surprise, elle crû détecter une once de gratitude dans les yeux noirs.
Elle resta de longues minutes à côté de ce banc où elle avait fini évanouie la dernière fois. Une brise lui caressa la joue quand Shikamaru apparut à côté d'elle après un shunshin. Il lui prit doucement la main et la tira en direction des Quartiers Nara. Sakura leva les yeux vers les étoiles et prit une grande respiration. La nuit lui paraissait soudainement bien moins froide.
