Déjà le chapitre 4 !
Je vous souhaite à tous une excellente année 2016, j'espère que vous serez tous comblés de ce qui vous manque et que la vie vous sera plus douce.
On retrouve Catherine qui découvre sa nouvelle maison et son nouveau colocataire. C'est un de mes chapitres préférés, donc vous m'en donnerez des nouvelles.
Merci à Chewii pour ta review (si ton pseudo est une référence à Star Wars, je t'adore déjà; sinon, c'est pas grave, merci pour ton commentaire quand même XD); à Taraimperatrice à qui je ne dis plus combien ses reviews m'inspirent et me font plaisir, et également à Laurie pour sa gentille review.
Vous m'in-spi-rez ! MERCI :)
L'été qui précède ma rentrée à Stanford se passe trop vite, et trop bien. J'ai effectivement été élue reine du bal de promo aux côtés de Dereck, j'ai largué Andrew, le petit mec de Première, j'ai fais la fête comme une folle avec des copines d'enfances, je me suis tapés cinq mecs différents, j'ai bien trop bu, bien trop fumé. J'ai un peu grossi également. Rien de dramatique, rassurez-vous. Avant, je faisais un peu mannequin avec ma grande taille et mes longs bras, mais j'ai davantage de formes aujourd'hui. J'ai des gros seins, bitches !
Je conduis la voiture, ma voiture désormais, qui est pleine à craquer de cartons, vers ma nouvelle maison à San Fran et c'est vrai qu'il y a pas mal de bordel dans le coffre. Mes frères et Dereck arrivent demain pour m'aider à ranger, et Jeremiah également, pour s'installer. Ce qui signifie que je n'ai qu'un soir, et un seul, pour me trimballer à poil, prendre un bain parfumé avec des cierges autour, et faire n'importe quoi.
Quand j'arrive à l'appartement, je ne suis pas déçue. Je l'avais déjà vu, bien sûr, mais là, je le considère comme ma nouvelle maison et il m'apparait sous un jour assez différent. Il est idéalement situé dans San Francisco mais suffisamment près de Stanford pour ne pas passer des heures dans les embouteillages deux fois par jours. Il est lumineux, aéré, hyper-moderne. Le seul défaut ? Il est particulièrement mal conçu. La cuisine et le salon sont très bien, mais il n'y a qu'une salle de bain reliée à une chambre; résultat, Jeremiah ou moi devrons passer par la chambre de l'autre pour nous rendre dans la salle de bain. Je ne sais pas ce que je préférerai : être le plus près de la salle de bain ou avoir le plus d'intimité. Je dirais qu'après ce qu'il s'est passé avant l'été … je choisirais plutôt l'intimité.
Comme Jeremiah m'a donné son numéro avant les vacances — de manière assez lourde, assez maladroite, d'ailleurs — je lui envoie un message en lui expliquant la situation. Il a essayé de me parler un peu par textos cet été, mais je vous avoue que je l'ai joyeusement ignoré. En attendant la réponse, je me fais couler ce bain tant attendu. Quand je suis à poil, je reçois son texto :
Appelle moi
Maintenant ? Tout de suite ? Qu'est-ce qu'il fait chier … tous les moyens sont bons pour me ruiner ce moment sacré de relaxation.
Je pousse un long soupir, et j'appelle Jeremiah. Il répond après deux sonneries, et je me rappelle de son arrogance feinte dès que j'entends sa voix grave et insupportablement suave dans le combiné :
« Oui, Cathy, excuse-moi, je ne comprends pas le problème … »
Mais il est con ou quoi ?
« C'est pas compliqué » je dis d'une voix pointue, en espérant qu'il comprenne le sous-entendu. « Je viens d'arriver à l'appart, et on a pas réglé la question de l'attribution des chambres. L'appart est pas super bien conçu, il n'y a qu'une chambre de reliée à la salle de bain, l'autre est en face. Laquelle tu préfères ? »
« Toi, tu veux laquelle ? »
« Je m'en fiche » je mens difficilement.
« Catherine. Laquelle préfères-tu ? »
« Ok » j'avoue. « Je préfère celle qui n'est pas reliée à la salle de bain »
« Bon, alors c'est réglé, je prends l'autre »
« Super ! Salut ! » je dis précipitamment, et je m'apprête à raccrocher pour plonger dans mon bain quand …
« Attend, Cathy, heu … » commence-t-il, et j'ai très envie de faire comme si je n'avais pas entendu et raccrocher, mais la partie morale de mon cerveau m'en empêche. « Je sais que … c'était pas ton choix, cette colocation, et je suis désolé de t'imposer ma présence »
Et j'entends la tonalité, qui me signale qu'il a raccroché.
Je ne comprends pas ce mec.
Je ne comprends pas !
Ahurie, je pose mon téléphone sur l'étagère et me laisse engloutir par les eaux chaudes et odorantes d'épices et de fruits. J'émerge une heure plus tard, mon bain est tiède et je crois que tous les muscles de mon corps sont relâchés et détendus. Je vais aller me coucher, mon vieux, mon corps va rien comprendre à son bonheur.
C'est quelque chose que je fais au minimum tous les six mois; comme je suis quelqu'un qui dors peu, et qui stresse beaucoup, mon corps accumule pas mal de tension. Du coup, quand j'ai un peu de temps, je me fais couler un bain et je reste des heures dedans. Ou alors, je prends rendez vous chez tous les médecins qui me suivent : dermato, gynéco, kiné, ophtalmo (je suis myope), mon généraliste bien sûr, mais aussi le dentiste et l'ORL.
Je ne suis pas hypocondriaque, je vous promets : je ne prends jamais de médicaments, je suis rarement malade et me lécher les doigts ne me répugne pas. En revanche, aller chez le médecin représente un luxe que je peux encore m'offrir (hm, hm : que mes parents peuvent m'offrir) et j'aime le luxe. Pour moi, le luxe, c'est cet appartement dans San Fran, c'est ma baignoire, mes rendez-vous chez le médecin et mes études prestigieuses.
Alors quand je vais chez mon gynéco et qu'il me dit : « Tout va bien, je vous prescris un peu de vitamine D pour équilibrer un peu tout ça quand même » j'ai l'impression que le monde va mieux. Que mon corps est un équilibre parfait. Et j'aime mon corps comme j'aime mon esprit, donc puisque j'ai du mal à prendre soin de ce dernier, j'essaye de sur-compenser avec des soins corporels.
Je ne crois pas connaître de meilleure sensation au monde (après l'orgasme, évidemment) que la douceur des draps propres et bien tendus sur une peau savonnée et fraichement hydratée. Pour la première fois depuis des mois, je passe une nuit de neuf heures, et lors de mon réveil, je ne me suis jamais sentie aussi bien.
C'est l'impression de liberté qui me grise, le sentiment de n'avoir de compte à rendre à personne, et le silence inhabituel d'une maison vide. J'envoie mes bras en l'air en soupirant d'un bonheur délicieusement neuf. Je me lève gracieusement, j'enfile un kimono de dentelle parce que les température sont encore chaudes et que j'ai dormi à poil. Je me fous un coup de mascara, indispensable si vous vous souvenez de l'histoire de mes cils. Il est sept heures du matin, la journée s'annonce belle, et la baie vitrée donnant sur un pan du Golden Gate me donne un sentiment de plénitude vierge et bénie. Le pont jaillit du brouillard, et ça me donne le vertige tellement c'est beau.
Puis je me souviens que le homard agoraphobe arrive à huit heures tapantes. Après une nuit très sympathique passée à conduire, c'est tout juste s'il va m'adresser deux mots. Quoique. Ce ne serait pas plus mal. Je descends donc en petite tenue au sous-sol de l'immeuble, pieds nus, pour aller chercher le carton « cuisine » que ma mère m'a confectionné hier en me donnant mille et une recommandations pour la route (de même pas deux heures). Dans le même temps, je la comprends. Si vous voyiez ma voiture et le bordel qu'il y a la dedans, vous feriez une crise cardiaque. J'attrape une poêle et remonte dans mon appart.
Sérieusement. Je suis ultra-désorganisée, dans ma chambre comme dans les critères selon lesquels je couche avec certains mecs et pas d'autres, vous me direz. Ma mère m'engueule très régulièrement quand elle constate le bazar de ma vie. Mais c'est comme ça que j'aime exister, cependant. J'aime nager dans un désordre artistique, faire des choix aléatoires et me perdre dans des endroits que je connais. Si dans ma vie je dois toujours tout commander, cette facette de moi n'a aucune emprise sur mon imaginaire ni sur les choses matérielles avec lesquelles je vis. C'est assez paradoxal, maintenant que j'y réfléchis. Je ne sais pas. J'aime penser que je suis un peu plus compliquée et mystérieuse qu'une simple control freak. J'aime embrasser un mec blond et maigrichon, juste parce qu'il a un air venu d'ailleurs, et j'aime sortir avec un mec qui porte des chemises et des cravates tous les jours parce que ça lui va bien. Je n'ai pas un type de mec, j'ai tout simplement un type : les mecs.
Haha. Je suis Doña Juanita, les gars. Hahaha, énorme. Je vais la faire à Deck, il va kiffer. Et ce sera un meilleur surnom que « ma belle plante », dérivée de « plante carnivore ». Quoique. Juanita, ça fait assez femme de ménage, comme prénom. Et je refuse qu'on m'assimile de près ou de loin à une femme de ménage.
La sonnette me tire de ma réflexion et je vais ouvrir. C'est Jeremiah.
« Salut Ca— » j'entends, et puis plus rien.
Je lève les yeux, et il me considère un instant, une moue mi-moqueuse, mi-étonnée, accrochée à son visage ridiculement magnifique.
Putain.
Il est encore plus beau qu'en juin.
Je me rends compte qu'il y a un problème parce qu'il ne finit pas sa phrase, donc je lui facilite le travail :
« Catherine », je dis, d'un ton lent et articulé, comme si je parlais à un demeuré mental. Et j'explose d'un rire diabolique dans ma tête.
En même temps, je prends conscience du fait que je suis en kimono de dentelle. Et je suis à poil en dessous. Par chance, on ne voit pas mes tétons, mais c'est vrai que je dois faire mon petit effet. Je vous rassure, il ne s'agit pas d'une dentelle grossière avec d'énormes trous. C'est de la guipure fine avec une doublure, et la robe de chambre est plutôt longue (elle m'arrive sous les genoux, mi-mollets), mais c'est du blanc, et on distingue les contours de mon corps en filigrane.
En revanche, contrairement à cet été, je m'en amuse. Mes conquêtes estivales m'ont fait du bien, je me sens plus canon que jamais et j'ai des super seins maintenant, je n'ai rien à envier à personne. Ce kimono suggère tout sans rien révéler et je le vois me regarder malgré lui.
Je sens un sourire en coin involontaire se dessiner sur ma joue droite.
« Ça va ? » je dis, comme si tout était parfaitement normal. « Je t'en prie, entre. »
« Merci » me dit-il, la voix enrouée, et il se racle la gorge alors que ses yeux se détachent de la dentelle de mon corps pour se poser un peu partout dans l'appartement, qu'il ne connait pas encore.
« Bienvenue dans ton nouveau chez toi », je dis, de façon mielleuse, dégoulinante d'ironie.
« Chez nous » me corrige-t-il avec un sourire en coin sexy, et pendant une micro-seconde, l'image mentale que j'avais d'un couple plan-plan et cul-cul qui emménage ensemble se transforme en un tableau d'un jeune couple ultra branché. Puis je me souviens de qui je suis. Une meuf allergique aux relations durables. Et une meuf qui n'est certainement pas attirée par Jeremiah Black.
« Voici la cuisine et le salon », je dis, en ouvrant mes bras dans la pièce principale.
Quand on entre, la cuisine est à droite, avec un îlot central assez haut pour pouvoir y installer des tabourets de bars, et à gauche, il y a un écran plat avec un énorme canapé. On a une box, mais pas d'abonnement télévision. De toute les façons, je regarde toutes mes séries sur Netflix.
« Et voici ta chambre et la salle de bain » je continue, en ouvrant la porte de sa chambre à coucher. Il y a une armoire aussi spacieuse que la mienne, un grand lit (je pense que c'est un Queen size) et un bureau en bois tellement stylé que je serais jalouse si je n'avais pas exactement le même dans la pièce d'en face, ma chambre.
Je lui montre les sanitaires au bout du couloir, puis je le laisse s'installer; c'est-à-dire monter ses deux valises dans sa chambre. Quand je pense que j'ai déjà une quinzaine de cartons dans ma voiture et que ma famille arrive tout à l'heure avec une dizaine d'autres, j'ai un peu honte.
« T'as déjeuné ? » je crie du salon, pour qu'il entende.
D'abord, il ne répond pas, puis il y a du grabuge dans sa chambre, et il en sort quelques instants plus tard avec une drôle d'étincelle dans les yeux. On dirait qu'il vient de recevoir son diplôme ou d'avoir un fils. Il a l'air complètement bouleversé.
« Tu vas bien ? » je demande, les sourcils froncés.
Il va chialer ou quoi ? Je ne supporte pas les gens qui chialent. Un peu de couilles, que diable !
Il se reprend, et je soupire de soulagement. Intérieurement, bien sûr. Je suis une connasse, mais je n'ai pas perdu ma courtoisie.
« Oui, pardon », dit-il, « j'ai, heu, j'ai pas déjeuné non »
« Ça te va, des pancakes ? En fait », je dis en me baissant pour regarder dans les placards, « y a que ça »
« C'est heu, c'est très bien, merci » me gratifie-t-il, avant de replonger dans sa chambre.
Il ressurgit dix secondes plus tard.
« Tu veux peut-être que je t'aides ? »
« Je vais me débrouiller » je réponds avec un sourire, sans le regarder, mais je me réjouis intérieurement de ne pas avoir affaire à un petit macho de première. S'il m'avait prise pour la cuisinière ou Juanita la femme de ménage, je sais pas où mon balais aurait atterri, mais pas loin de son …vous m'avez comprise.
Et… il est déjà tout triste d'avoir quitté sa môman ? Quelle mauviette, c'est pas possible.
Je trouve du sirop d'érable dans le carton « cuisine » de ma mère (après être redescendue en kimono au parking du sous-sol et m'être fait mater par un vieux dégoûtant), du sucre et des amandes, et je laisse une pile de pancakes chaud pour Jeremiah sur le bar, lui qui a décidé de ne pas sortir de sa chambre.
Ma famille arrive vers 16h avec le reste de mes cartons et plein de vaisselle, d'étagères de bouquins et de draps-housses. J'ai donc un peu plus de six heures pour ranger tous les cartons que j'ai déjà. Je décide de mettre une salopette longue en jean avec un petit crop top de coton bordeaux en dessous. Je retrousse les jambes de mon pantalon pour qu'on voit mes chevilles, me donne un coup de terracotta sur les joues parce que bon, j'ai une bonne gueule ce matin donc on va se limiter. Je me regarde dans le miroir et je suis contente de voir que la salopette me donne moins un look de Mario qu'un air de mécanicienne sexy. J'ai les cheveux sales, donc je les attache en crotte sur le haut de mon crane, ce qui ruine mon air de mécanicienne sexy mais j'ai envie de vous dire que je n'ai pas grand monde à séduire ici. Lundi je pourrai sortir le grand jeu.
J'enfile des CROCS noires absolument ignobles pour descendre au sous-sol et aller chercher un à un mes cartons, et à onze heures, ma chambre ressemble à un entrepôt. Sur une playlist endiablée, je procède alors à un rangement méthodique en dansant. Vers midi, j'ai éliminé déjà quatre cartons sur seize. À treize heures, il m'en reste sept à défaire, dont quatre que je ne peux pas encore vider car je n'ai pas les étagères ni les tables de chevet, ni la table basse.
Je sors donc de ma grotte, le front transpirant, déjà exténuée mais fière de moi, compte tenu de la torture que représente pour moi le rangement. Nouvelle maison, nouvelle vie. Je vais essayer de continuer à garder une maison propre.
Je crois que c'est peine perdue. Mais l'espoir fait vivre.
Jeremiah est encore dans sa chambre, et je décide d'appeler pour nous faire livrer des pizzas. Je ne demande pas son avis à Jeremiah, de toutes les façons, j'ai envie de vous dire qu'il va s'en contenter. C'est pas comme s'il était le plus viril des mecs après tout, et je viens de le choper ce matin avec une tête de bébé perdu donc c'est moi qui prends les commandes à partir de maintenant, puisqu'il n'a pas l'air d'être hyper autoritaire.
Alors que je suis en pleine conversation (entendez : le mec des livraisons est en train de me draguer par téléphone et je me fous de sa gueule) le homard agoraphobe sort de son trou.
Attendez, ça vit dans quoi un homard ? Je vais me renseigner.
« Je rentre ce soir » dit-il. « Je peux —»
Je lui pointe un index en l'air, en tournant la tête, lui indiquant de m'accorder une seconde de plus.
« Si vous pouviez être là dans quinze minutes ce serait parfait », je conclus avant de lui raccrocher au nez. Franchement, quel improfessionnalisme !
Je sais, je sais. Ce mot est un néologisme, mais et alors ? Je suis brillante, je peux bien inventer des mots.
Catherine Clearwater, la femme qui a changé la culture des États-Unis. Je vois déjà cette phrase écrite en dessous de ma tête sur un énorme panneau publicitaire à Time Square.
« Oui ? » je dis en me tournant vers lui, et je suis choquée de son look.
« Je rentre ce soir. Je peux faire le diner si tu veux »
Je brûle d'envie de lui demander où il va, avec qui, si c'est une fille qu'il va voir ou s'il est gay, mais je me rattache au bloc dans mon estomac qui me dit que je n'ai pas besoin de savoir. Et, au vu de la façon dont il m'a reluquée ce matin, il est sacrément hétéro.
« Oui, si tu veux. Je ne sors pas de la journée », précisé-je, et il me regarde de la tête aux pieds (heureusement que je retiré mes CROCS) avec un sourcil levé, avec un air que je n'arrive pas à déchiffrer. « Donc si tu pouvais passer au supermarché ça me rendrait service », je conclus, les sourcils levés.
« Pas de problème » répond-il calmement.
Je me lève et vais lui chercher la liste que j'ai concocté hier.
« Il n'y a pas de légumes ? » me demande-t-il, alarmé.
J'ai envie de rire, parce que je ne sais pas si vous savez mais aux États-Unis les mecs qui mangent des légumes sont considérés comme des tapettes. Moi je trouve ça complètement stupide parce que j'adore les légumes, donc je souris simplement et je le rassure :
« C'est moi qui m'en occupe, je préfère les acheter sur le marché de Ferry Building dans la semaine ».
Il m'envoie un sourire grand et éclatant, et je n'ai absolument pas l'habitude de le voir comme ça. Son comportement est tellement bizarre. On dirait qu'il est, genre, bipolaire.
« Super » répond-il. « On se voit ce soir alors »
« Yep » je dis.
« Bye ! » m'envoie-t-il en fermant la porte, et je ne lui réponds pas.
Je ne comprend pas ce mec. Et sérieusement, on peut en parler, de la façon dont il était habillé, ou pas ?
J'exige une réunion de crise !
Il portait un pantalon droit, bleu foncé, retroussé aux chevilles, des chaussures bateaux, un sweat à capuche blanc avec un sac Eastpack noir et ses cheveux bruns relevés en arrière, sur le côté gauche.
Et honnêtement, ça lui allait terriblement bien. Un vrai citadin. Je suis surprise qu'il ait gardé un héritage esthétique propre à la famille Cullen (sa famille maternelle) mais agréablement surprise. Si je dois vivre avec ça pendant un an, même s'il a comportement très bizarre, moi je dis oui !
Jeremiah est très beau, même si certaines filles pourraient dire avec une moue dubitative : « ce n'est pas mon type », à cause de son visage, dur, heurté, presque pierreux. C'est l'arc de cupidon, le creux du dessus des ses lèvres, qui est particulièrement abrupt. Ça lui fait une bouche à la Daniel Craig, charnue, et vertigineuse. Il a, objectivement, des traits plutôt épais, mais dès qu'il fait son regard en coin, celui qui m'énerve tant, le pli de sa joue et ses yeux verts cristallisent son interlocuteur. Moi ça me fais juste chier. Il se croit irrésistible, gnagnagna … n'importe quoi. Ok il est sublime, mais ce n'est pas la peine d'essayer de rabaisser les autres.
Catherine Clearwater est in-rabaissable. Inatteignable. Inaccessible. Et ce n'est pas demain la veille que ça va changer.
Mes frères et Dereck arrivent dans l'après-midi, ils viennent m'aider à installer les étagères, les meubles du salons, les tables basses et les tables de chevet. Vers dix-huit heures, mes frères rentrent à la maison.
Deck va habiter pas loin, parce qu'il a n'a pas été accepté à Yale et qu'il s'est redirigé vers Berkeley. J'ai pété un cable contre Maman quand je l'ai appris, parce que si elle avait pas demandé à Jeremiah d'être en coloc' avec moi, j'aurais pu vivre avec mon meilleur pote.
J'invite donc Dereck à dormir à la maison, et on finit la soirée endormis sur le canapé, devant sense8. Je me réveille quand Jeremiah rentre, et il doit être tard dans la nuit. Il me jette un regard surpris lorsqu'il se rend compte que je suis en effet affalée dans les bras de Deck.
« Je l'ai invité à dormir », je dis en chuchotant.
Il hoche la tête d'un mouvement sec et me dis bonne nuit.
Je réveille Deck pour qu'on se mette au lit, et, en pyjama, on se brosse les dents côte à côte en rigolant, comme on a toujours fait.
Jeremiah a une tête d'enterrement quand il nous trouve dans la salle de bain, et je devine que son rendez-vous s'est mal passé. Je lui demanderai demain. Si j'en ai quelque chose à foutre …et le réponse qui s'impose est : non !
Deck s'endort debout (et je le soupçonne d'avoir fait la fête comme un malade ces jours derniers) donc je le porte sur mon dos pour aller dormir, et j'ai encore une fois droit au regard vide de Jeremiah dans le couloir.
Je peux vous dire qu'à cette heure-ci, j'en ai plus rien à carrer.
Je m'endors dans ma maison toute neuve, propre et rangée, dans les bras de mon meilleur ami, en oubliant la présence qui me dérange dans la chambre d'à côté.
Alors, que pensez-vous de Jeremiah jusqu'à présent ? Vous avez déjà une petite idée de ce qui va se passer ensuite ? Ok, un indice : une pointe de jalousie
Ça vous parle ?
Plein de bisoux !
