Yo tout le monde merci beaucoup pour vos reviews c'est trop cool ! Voici le chapitre 6 de notre petite histoire, enjoy !
Ma vie à l'université prend un tour nouveau quand notre coach, Mrs. Allen, nous annonce qu'une équipe de natation va se former pour des compétitions inter-campus.
Je suis en manque d'excitation : je passe beaucoup (BEAUCOUP) de mes soirées à bosser avec Jeremiah, qui n'est pas le mec le plus drôle sur la planète, même si on s'entend plutôt bien maintenant; je vois de moins en moins Deck, qui continue de sortir beaucoup, et mes séances de bécotage avec ce mec en Master 1, Victor, commencent à me lasser. Le mec est persuadé qu'on sort ensemble, mais même s'il est très beau et très brillant, je crois que c'est un mec qui est assez vide, en fait. On dirait qu'il n'y a aucun mystère chez lui, aucune intériorité, aucune carte au trésor avec aucun trésor dedans.
Je rentre toute excitée ce soir-là, et j'annonce à Jeremiah la nouvelle quand il me demande ce que j'ai, à sautiller partout sur mes bottines plates. L'exclamation ne sort pas de ma bouche comme je me l'étais imaginée : c'est un petit cri de souris surexcitée.
« Je vais m'inscrire aux compétitions de natation ! »
Le truc super cool aux États-Unis, c'est le nombre d'activités proposé dans le supérieur. Il y a un gymnase complet, comme une sorte de centre olympique miniature sur le campus. Avec ma carte d'étudiant, je peux y rentrer dès 7h du matin pour faire des longueurs à la piscine, prendre une douche, mon petit-déjeuner à la cafèt', et être fraiche et dispose pour mes cours de latin qui commencent le matin à 9h.
Comme je vous l'ai dit, j'ai une petite vie bien rythmée que j'ai envie de bouleverser avec ce programme de compétition sportive, puisque je ne fais partie d'aucun autre programme à Stanford. Les programmes de débats philosophiques, très peu pour moi. Même Jeremiah n'en fait pas partie, alors qu'il a une majeure philo, et qu'il est un peu le style de mec paumé à aimer ces trucs-là.
« C'est vrai ? » me demande-t-il d'un air étonné, avec ses sourcils haussés.
Je plisse les yeux, pas hyper ravie.
« Quoi, tu trouves ça ringard peut-être ? » dis-je, le soupçonnant de m'imaginer avec un bonnet de natation dégueulasse et un pince-nez.
Même si je peux vous assurer que j'ai toujours l'air à peu près canon avec un bonnet de natation dégueulasse et un pince-nez.
« Non », se défend-il, en levant ses mains en l'air. « Je ne savais pas que faire de la compétition t'intéressait, c'est tout ».
Ok; donc il me prenait pour le genre de meuf qui ne pense qu'à entretenir sa ligne et qui n'est pas capable de prendre quelque chose au sérieux, c'est ça ?
On est en train de préparer à manger, une tâche qu'on n'accomplit pas ensemble systématiquement, mais puisqu'on passe la majeure partie de notre temps dans la cuisine, les repas sont de plus en plus préparés collectivement avant d'être dégustés collectivement.
« Dis-moi, Jeremiah », je commence, en enfournant la tarte aux poires que je viens de finir dans le four à chaleur tournante, « Qu'est-ce qui m'intéresse, à ton avis ? »
Cette question le prend au dépourvu. On se parle très peu, d'habitude, et je ne crois pas avoir glissé son prénom dans une phrase depuis …jamais.
J'ai peur un instant qu'il se renferme dans sa coquille, comme il a tendance à le faire dès que je lui pose une question sur lui, mais il finit par dire à voix basse, en s'occupant avec une précaution excessive de l'assaisonnement de la salade :
« Je ne sais pas trop, je crois que tu aimes bien le chocolat aux noisettes »
Il a donc remarqué que le chocolat aux noisettes BIO qu'il a acheté il y a deux jours a disparu à la vitesse lumière du frigo. J'ai quand même la décence d'avoir l'air gêné.
Il me lance un regard réprobateur, que je lui renvoie avant de changer de sujet.
« C'est tout ? » je m'exclame, en me mettant les mains gantées des maniques rouges sur les hanches, l'air dubitatif.
« Tu aimes bien l'italien ? » poursuit-il.
« J'adore l'italien, mon Dieu », je m'exclame en levant les yeux au ciel, et en soupirant d'extase. C'est une des plus belles langues de la Terre. Sérieusement. « Quoi d'autre ? » je continue de le taquiner, sans le regarder cependant.
Je me mets à grignoter les restes de la pâte à tarte, parce que c'est mon péché mignon, la pâte à tarte crue.
« Tu aimes bien Victor Wilkinson ? » poursuit-il se détournant de moi, et sur un ton mal assuré.
Devant sa tête embêtée, je me demande si j'ai un jour laissé la porte de ma chambre ouverte alors que j'étais en train de niquer un célèbre inconnu. Je ne vois pas du tout qui est ce Wilkinson…
« Qui ? » je demande, les sourcils froncés.
Je ne crois vraiment pas avoir entendu ce nom avant.
« Un type de Master 1 qui étudie l'économie ? » me demande-t-il d'un ton blasé.
« Ah ! Ce mec ! » je m'écrie, fière d'avoir réussi à situer mon rencard de Master 1, dont, en effet, je ne connaissais pas le nom de famille. « Non, lui, il me fait chier. »
Jeremiah ne me répond pas, il se contente de mettre la salade, pas encore battue, à table.
« À moi », je dis, ravie de mettre Jeremiah dans l'embarras, qui est trop chou quand il est gêné.
Je suis très contente de cet espèce de relation qu'on a réussi à établir tous les deux. C'est comme un code tacite qui dit qu'on va défendre l'autre des rumeurs, qu'on va se protéger mutuellement, et pour autant, on a pas à se forcer à être potes. Alors, quand on se met à parler, tous les deux, ça ne peut être qu'agréable, parce qu'on n'est pas poussés par l'amitié imaginaire que deux colocs sont censé se devoir.
Hier encore, j'ai menacé avec un dico de latin une pétasse qui disait de Jeremiah qu'il était coincé. Et je sais qu'il aurait fait pareil pour moi si une débile mentale m'avait traitée de pute.
« À toi quoi ? » me demande-t-il en m'invitant à me mettre à table.
« À moi de dire les choses que tu aimes »
Ceci dit, je ne peux pas dire que j'apprécie vraiment Jeremiah. Il ne me dérange pas, mais c'est tout. Alors oui, il est chou, parfois. Mais la plupart du temps, il se montre vraiment super chiant. Il ne parle pas, ne me répond pas, ou il rentre de l'Université en claquant la porte et en allant directement se réfugier dans sa chambre jusqu'au soir, sans m'adresser un seul mot.
Je réfléchis. Qu'est-ce que Jeremiah aime ? Pas facile. Il ne parle jamais de lui, et je ne fais pas vraiment attention à lui non plus.
« Tu n'aimes pas déranger », je commence par dire, et il hoche la tête.
Je lui sers le poisson et les légumes que je viens de sortir du congélo et que j'ai fait cuire en quelques minutes. Je ricane dans ma tête avant de lui sortir :
« Tu n'aimes pas Deck », je continue, un sourire en coin.
« Et … Tu n'aimes pas particulièrement qu'on vienne te demander si je suis célibataire », finis-je, le menton levé et les yeux plissés avec humour.
C'est arrivé plusieurs fois. Jeremiah ne me l'aurait jamais avoué, mais il m'arrive de surprendre des mecs lui demander leur numéro. Et la tête pas tout à fait ravie de Jeremiah me renseigne sur ce qu'il pense de ces mecs …et de moi, potentiellement. Quoique, ce qu'il pense de moi, je m'en bas les reins, vous le savez aussi bien que moi.
« C'est vrai », finit-il par confesser quand il n'a plus la bouche pleine. « Mais tout ce que tu viens de me dire, ce ne sont que des choses que je n'aime pas, je me trompe ? »
Merde.
Mais c'est vrai ! Je ne connais rien de Jeremiah. Je connais simplement les choses qu'il n'aime pas.
« Je ne sais pas », je dis, m'avouant vaincue. « Je ne te connais pas trop »
« Ok, Cat » me dit-il, est je crois que c'est la première fois qu'il m'appelle Cat, ce qui sonne un peu étrange dans sa bouche, comme un mot étranger difficilement maîtrisé, dont il n'est pas entièrement sûr de la signification. Le paradoxe entre la façon assurée avec laquelle il parle et sa timidité me frappe une nouvelle fois. Et je crois aussi que c'est notre première conversation qui dépasse les cinq minutes. « J'aime faire de la boxe »
De la boxe ? Je n'étais pas du tout courant.
« Tu boxes ? » je demande, estomaquée.
Il hoche la tête, impassible.
« J'aime la forêt » continue-t-il.
J'acquiesce, la bouche pleine.
« Et j'aime les pancakes », achève-t-il, avant de finir sa dernière bouchée de poisson, en plongeant calmement ses yeux dans les miens.
Si le fait qu'on mange hyper équilibré vous choque, parce qu'on est tout jeunes étudiants et qu'on est censés ne pas avoir de fric, ne vous alarmez pas : il arrive que je ne déjeune qu'un sneakers entre deux cours ou que je saute le dîner si je sors. Je fais extrêmement attention à ce que je mange, parce que j'ai été élevée comme ça, mais je ne suis pas la fille parfaite des magasines. Jeremiah, en revanche, mange énormément, donc en général il fait beaucoup à manger et je lui prends une petite portion. Comme il sait que si je manges des pâtes plus de deux fois par jours, je vomis, il fait des bons petits plats (ok, c'est généralement du surgelé). Mais c'est toute une organisation.
« En y réfléchissant », me dit-il, « ça ne m'étonne plus trop que tu fasses de la compétition ».
J'éclate de rire, et il sourit, ce qui lui arrive si peu, que je suis contente.
« Je te donnerai une place près des juges pour les qualifications de décembre si tu veux. Tu viendras me voir ? » je lui demande d'un ton léger, en desservant les grandes assiettes et les couverts. Comme il ne me répond pas, je me retourne pour lui faire face.
Il me regarde dans les yeux pendant plusieurs secondes, à tel point que je me sens menacée de me sentir mal à l'aise, et puis il sourit d'un côté et il hoche la tête, et s'essuie proprement le coin de la bouche avec sa serviette.
« Oui », me dit-il simplement.
Ok, Jeremiah est sympa, en fin de compte. Vous avez gagné.
Après une nuit sans sommeil, je me lève très tôt, vers six heures, pour aller nager. Le campus est accessible le samedi matin, et je suis tellement énervée contre mon cerveau de ne pas m'avoir laissée dormir que je sens que je vais nager comme une malade. La tête lourde, les yeux à demi-ouverts, j'ai l'impression d'avoir un marteau-piqueur dans le cerveau.
Je suis d'une humeur de chien.
J'enfile un jogging noir pas très flatteur, qui est serré aux chevilles mais large le long des jambes et qui me donne quinze kilos de trop, et un débardeur Star Wars. Qui me verra un samedi à sept heures ? Dans mon sac : un maillot une pièce, des lunettes de piscine, mon bonnet de bain. Sur le pas de la porte, j'hésite. Il est 6h15, je vais arriver en avance sur le campus et j'ai aucune envie d'attendre l'ouverture.
Allez, Cat, on se détend. Qu'est-ce qu'on pourrait faire pour relâcher un peu la pression ?
Je vais me faire des pancakes pour le petit-dèj. En plus, maintenant je sais que Jeremiah adore ça.
Et franchement, je trouve que cette activité est un passe-temps absolument dingue. On peut penser à tout ce qu'on veut mais les mains travaillent seules. Avec Parov Stelar à fond dans les oreilles, je swing comme une malade mentale en battant les oeufs avec la farine, et je rajoute le lait, le sucre, un peu de beurre, de la vanille, et je mélange, je swing, je swing, je swing, je swing, et …
« HAAAA ! » je hurle.
Charles vient de me mettre une main sur l'épaule.
Charles ?
Je me retourne, complètement, toute ma famille est là et ils ont l'air bien fatigués (tu m'étonnes, pour être là à 6h20 ils ont du se lever à quatre heures du mat'). Qu'est-ce qu'ils foutent ici ?
« Qu'est-ce que vous foutez ici ? » je demande, un peu agressive.
J'avais oublié que l'appartement est à mes parents à la base, et que c'est normal qu'ils en aient une clé.
« Chérie », me dit maman d'un ton réprobateur. « C'est l'anniversaire de ta grand-mère Sue. J'espère que tu n'as pas oublié. »
Merde.
« Et qu'est-ce que c'est que cette tenue ? » me demande Eric, avec une voix dégoûtée.
J'ai un t-shirt noir Star Wars, un jogging dégueulasse et une crotte de cheveux roux sur la tête. Et moi qui pariait sur le fait que personne ne me verrait. Enfin bon, c'est ma famille, ça aurait pu être pire.
« File te changer », m'ordonne mon père de sa voix autoritaire. « On part dans une demi-heure, dernier délai ».
Je repars vers ma chambre en ronchonnant, et passant en revue mentalement les robes que je possède. Surtout, me dis-je en reniflant mon aisselle droite, je vais devoir prendre une douche.
J'entr'ouvre la porte de la chambre de Jeremiah qui dort à poings fermés. Je crois qu'il est nu sous les draps. Ou alors il est en caleçon. Dans les draps blancs, il parait encore plus bronzé, presque noir. Une fois dans la salle de bain, je procède à une douche éclair, je me lave les cheveux et je fais tous mes soins quotidiens en dix minutes. Quand je sors de la salle de bain, Jeremiah vient tout juste de se réveiller; il est assis dans son lit et se frotte les yeux.
« Désolée de t'avoir réveillé » je dis précipitamment, en passant en trombe dans sa chambre, une serviette enroulée autour de moi et une autre sur la tête.
Quand j'arrive dans le couloir, je surprends mon père réclamer, d'un air très fier, de l'argent à ma mère. Mon frère fait un geste du style « raboule le fric » et ma mère n'a pas une expression hyper ravie sur le visage.
Les fourbes. Ils ont pariés sur le fait que j'aurais oublié l'anniversaire de Grannie.
Dans ma chambre, j'enfile une jupe noire patineuse en cuir véritable, un chemisier blanc, des collants noirs opaques et des escarpins à bouts pointus. Comme dans mon miroir en pied, je me rends compte que j'ai une tenue un peu classico-classique, j'arrache à toute bringue une robe vert bouteille en daim, moulante, de mon placard, et sans réfléchir, je me rue dans la chambre de Jeremiah en brandissant la robe :
« Vite, cette tenue ou la robe verte ? »
Il se rassied dans son lit, avec ses petits yeux (si je n'étais pas aussi pressée je vous décrirais ses pectoraux) et sans une once d'hésitation :
« La robe »
Je lui jette un coup d'oeil pressant, les yeux plissés, suspicieuse.
« Elle rappelle le vert de tes yeux » justifie-t-il en levant une main démonstrative vers mon visage, et sa voix grave et rocailleuse, enrouée, élude presque la dernière syllabe, qu'il murmure dans un souffle.
« Ok » je me dis à moi même, m'ordonnant de me concentrer. Je suis pressée ce matin.
Il me reste quinze minutes, il faut que je me change, que je me maquille, que je me fasse un minimum de brushing.
Je balance mes fringues aux quatre coins de la pièce, j'enfile ma robe kaki et constatant qu'en effet, je fais moins sérieuse et plus …moi, je me chausse de Zizi Repetto noires. J'attrape vite fait bien fait une veste de tailleur de la même couleur et je prends une pochette en velour noir, puis, quand je remarque qu'il ne me reste que sept minutes, je file dans la salle de bain, passant devant Jeremiah qui s'est recouché, sous ses oreillers.
Je me fais un brushing express, et lorsque je suis forcée de constater que je n'ai plus le temps de dompter ma crinière, j'opte pour une grosse queue de cheval basse, que j'agrémente de grosses boucles d'oreilles en or blanc, longues, et je fais s'échapper de ma coiffure quelques mèches rousses, sur le devant.
Mascara, eye-liner, terracotta et un soupçon de rouge à lèvre marron glacé, et hop je suis prête. Jeremiah s'est levé, a enfilé un t-shirt et il discute avec mes parents dans le salon. J'attrape un sac polochon et y jette en vrac : une chemise de nuit, un soin de douche, ma brosse à dent et un dentifrice, mon MacBook Air et mes cables, un jean et un gros hoody, et puis des baskets, des sous-vêtements de rechange et des chaussons.
« Tu vois ? » me dit Jeremiah lorsqu'il m'aperçoit, avec un sourcil en l'air. « J'avais raison. Cette robe te va très bien »
La réaction de mes frères n'a pas de prix. Ils se tiennent tous les trois, en costume, côte à côte, et me lancent tous le même regard incrédule, appuyé, lourds de sous-entendus.
Je vais me faire cuisiner dans la voiture. Pourquoi diable est-ce que Jeremiah choisit de devenir loquace quand il y a des témoins ?
« Bon, on y va ? » je dis, ignorant Jeremiah de façon un peu trop évidente. « Vous vous êtes garés au sous-sol ? »
« Cette fois on y va en avion, ma puce » me préviens Maman avec une voix soulagée.
Ce ton révèle des heures de négociations avec papa.
« T'es la meilleure » je lui chuchote quand on sort sur le palier.
Surtout faites-moi part de vos suggestions pour l'histoire, de vos ressentis, suppositions, rêves les plus fous, je veux tout savoir ! Plein de poutous ;)
