Bonjour à tous ! Vous sentez cette fin de vacances qui approche ? Si vous êtes aussi triste que moi voici un petit chapitre pour vous consoler !

Je tiens aussi à signaler que certains d'entre vous ont deviné son petit secret. C'était pas hyper compliqué, mais bien joué :)


« C'était quoi - ça ? » me demande-t-il, essoufflé.

J'ai envie de mourir de honte et les souvenirs liés à un nom que je maudis depuis des années refont surface.

La destruction de mon amour-propre, de ma confiance, de mon identité. Il est la source du règne de ma prétendue prétention, de mon arrogance arriviste et de ma hauteur perpétuelle. Seul Deck est au courant.

« Pardon » je parviens à murmurer. La tension est complètement retombée, et je ne sais pas où me mettre. « J'aurais du te prévenir plus tôt ».

J'ai envie de mourir. J'ai l'impression que le sang a déserté mon visage. Je voudrais partir et ne plus jamais revenir à cet endroit.

« Catherine ? Tu vas bien ? »

Il me prend le menton avec son pouce et une phalange de son index. Je tente de garder mes yeux au sol, mais sa poigne est trop puissante et je ne trouve pas l'agressivité suffisante pour me battre contre lui.

J'ai l'impression d'être une flaque, une flaque qui ne demanderait qu'à s'infiltrer dans le sol pour rejoindre les nappes phréatiques sous la croute terrestre.

Il plonge son regard dans le mien, et j'aimerais m'y noyer sans souffrir, devenir si minuscule comme Alice au pays des Merveille qui meurt dans ses larmes.

Je me maudis intérieurement. J'ai toujours le contrôle. J'aurais du aller avec lui dans la douche. Je me suis laissée emporter par mon désir et je n'ai pas pensé à ce qui doit rester éternellement secret. Maintenant, ce dont j'ai honte est là, dehors, à la vue de tous, et surtout de Jeremiah, qui a désormais les moyens de m'affaiblir. Et je ne peux plus faire semblant maintenant. J'ai laissé le mur qui me protège se baisser, et je me déteste parce que j'ai moi-même à l'instant créé les conditions mon propre malheur. C'est ma faute.

« Catherine ! »

Il me sert dans ses bras et je ne comprend pas pourquoi il ferait ça pour moi, moi, l'incarnation de l'anormalité cachée sous un ego qui gonfle chaque jour un peu plus.

« Catherine, je suis là, dis quelque chose »

« Je - »

Je sens les sanglots qui viennent faire des noeuds dans ma gorge, qui passent et repassent les uns dans les autres, et voilà, je pleure, j'ai honte, les larmes traîtresses roulent sur mes joues brulantes d'embarras.

Ça fait quatre ans que je n'ai pas pleuré. Et je me sens comme l'enfant que j'étais alors.

Jeremiah me caresse les bras avec ses mains et la peine reprend le dessus. Je tente de lui expliquer sans trop perdre mes moyens, car il a déjà remarqué que je suis en train de pleurer :

« Je suis, heu, je suis comme ça »

Jeremiah me contient, il retient ma honte et mon chagrin dans l'étau de ses bras, ce qui l'empêche de se répandre partout.

« Comment, comme ça ? »

« Je veux dire, je …j'or- j'orgasme comme les hommes. Je suis une femme fontaine, comme on dit, tu vois ? »

Je guette sa réaction. Cet aveu qui me paraît si simple est celui que j'ai le plus de mal à formuler.

Il a la décence de ne pas paraitre trop choqué ni dégoûté, car il me pose cette d'une voix si douce que sa voix grave la rend presque inaudible :

« Et, pourquoi ça te met dans cet état ? C'est très bien, non ? »

Je le regarde sans comprendre.

« Quoi ? » je coasse.

« Tu as honte de ça ? »

Je crache d'un ton méprisant :

« Je suis anormale. Bien sûr que j'ai honte de ça. »

« Je ne pense pas que tu sois anormale. Tu n'es pas comme les autres filles, c'est tout »

C'est la définition même d'anormal, enfin.

Et je refuse de comprendre pourquoi il prend autant ça à la légère. Je me sens comme l'enfant qui découvre des sujets sérieux qu'elle ne comprend pas, comme la mort ou le ciel bleu par exemple.

« Qu'est-ce qu'il se passe, Cathy ? Tu passes ton temps à vouloir te distinguer des autres et tu réussis très bien, c'est ça qui te rend unique, magnifique et digne d'être appréciée. Pourquoi est-ce que ça changerait, maintenant ? »

Je ne comprends pas comment il peut être aussi détendu, en train de disserter sur mon anomalie, nu, en me serrant dans ses bras dans le salon, je ne comprends pas comment il peut être aussi calme, et utiliser des tournures de phrases comme « digne d'être appréciée » alors que mon traitre corps vient de lui révéler une des mes plus grandes failles.

« Tu veux dire que ça ne te dégoûte pas ? »

« Mais non, enfin ! »

Mes yeux dérivent vers d'autres lieux, vagabondants comme mes pensées qui retrouvent cette nuit maudite que j'aurais envie d'oublier. Sa voix me rattrape quelques instants plus tard.

« Est-ce qu'on t'a fait penser que c'était sale ? Ou que tu devrais avoir honte de qui tu es ? »

Qui je suis.

Une dernière larme s'écrase sur son avant-bras.

« Non. » je dis, sèchement.

Il n'a pas l'air de vouloir insister. Je crois qu'il va laisser tomber mais il me dit, en passant ses mains sur ma taille :

« Écoute, Catherine, j'aime ton corps exactement comme il est, jamais tu ne devrais avoir honte devant moi de cette …caractéristique. Si c'est comme ça que tu ressens du plaisir, je ne vois vraiment pas pourquoi tu devrais le cacher »

Alors, comme une enfant dont le père vient de lui dire qu'il est fière d'elle, déboussolée et emportée par un élan pathétique de reconnaissance que je n'admettrai jamais, je me jette sur lui pour recommencer.

C'est vous dire à quel point je suis dérangée.

Somnolente, allongée sur le ventre dans le lit de Jeremiah, je peux sentir ses doigts qui caressent la peau de mon dos.

« Comment tu faisais avec les autres ? » me demande-t-il en chuchotant.

« Je me retenais… » je lui avoue, d'une voix trainante. « Ce n'était pas forcément frustrant à chaque fois, dans la mesure où j'y prenais du plaisir, mais ça n'a rien à voir avec …toi. »

« Je trouve ça sexy » me confie-t-il, mi-endormi, mi-hilare. « Comme ça je sais que tu aimes ce qu'on fait »

Je souris, et sur ces belles paroles, j'aurais presque envie de m'endormir moi-même.

En soupirant de bien-être, je me souviens de qui je suis. Catherine Clearwater, qui ne s'ouvre à personne, Catherine Clearwater, qui a souffert pendant son adolescence et qui sait à quoi s'en tenir désormais. Catherine Clearwater, qui ne laisse jamais aucune faille sans défense, Catherine Clearwater, qui ne révèle à personne son secret.

Il est trop tard.

Je sens le masque de rigidité durcir mes traits, et je me lève lentement du lit de mon colocataire.

Je ne dors jamais avec personne. La nuit dernière était une exception grave et une erreur que je ne commettrai pas deux fois. Je ne suis pas en couple avec Jeremiah. Je ne suis en couple avec personne. Le fait qu'il connaisse plus de moi que quiconque (excepté Deck) dans mon entourage n'excuse rien.

Je me lève difficilement, et je l'entends râler, mais ma décision est sans appel.

« Bonne nuit » lui-dis en sortant.

Le lendemain, j'ai décidé d'oublier radicalement ce qu'il s'est passé entre Jeremiah et moi hier et avant-hier. Je crois qu'on est tous d'accord ici pour dire que c'était une énorme erreur, donc vous comprenez pourquoi. Quand, vers huit heure, il sort de sa chambre et vient me faire un bisou dans le cou, je lui montre les crocs :

« Tu fais quoi, là ? »

Décontenancé, il me répond d'une voix plate :

« Heu, je t'embrasse »

Je m'attarde quelques fractions de secondes sur sa voix rauque du matin qui enrobe le mot « embrasser » à merveille, mais je ne me laisse pas attendrir.

« Non, tu me m'embrasses pas. Nous ne sommes pas en couple, nous sommes colocataires. Ce qu'il s'est passé hier était une sale connerie, et je pense qu'il serait raisonnable qu'on passe à autre chose ».

Je vois à sa tête qu'il n'est non seulement pas bien réveillé mais également complètement perdu.

Tant mieux. La chute n'en sera que plus abrupte.

« Quoi ? »

« Tu m'as très bien entendue. On va tous les deux tirer un trait sur ce qu'il s'est passé hier et continuer à coexister comme deux colocataires parfaitement normaux »

« Ce que tu dis n'a aucun sens. On ne peut pas être normaux, on a couché ensemble et j'ai découvert que tu étais une femme fontaine. »

Encore ce mot. J'ai envie de le frapper.

La rage me fais serrer les poings et j'ai l'impression que mes jointures vont éclater, mais je tiens bon.

Il en parle ouvertement, comme ç a, alors que c'est quelque chose de très intime pour moi. Il sait que lorsqu'il prononce ce mot, je peux me mettre dans tous mes états. Je décontracte mes doigts, car non, je ne cèdera pas à la colère.

Autant être méchamment réaliste, vous et moi on sait que si je me mets à crier, il va non seulement croire que ce sujet me tiens à coeur (alors qu'on sait très bien que c'est faux), mais en plus je vais me couvrir de ridicule.

C'est la fierté qui me calme.

Je hausse le ton, en restant douce et ferme, mais ma fureur transparait dans ma voix et dans mes yeux comme le poison pourrait sortir de la langue d'un serpent à sonnette.

« Jeremiah. Ce qui a pu exister ici », je mime l'espace entre nous « est complètement révolu. Je ne veux plus en entendre parler. Et je n'aime pas proférer de menaces, mais je te préviens que tu le regretteras si tu oses en reparler devant quiconque. »

Il bâille, puis, les yeux franchement ouverts cette fois, me lance d'une voix froide, avant de retourner dans sa chambre :

« Je ne sais pas ce qui est le pire. Que tu présupposes que je violerais ton intimité de cette façon, ou que tu imagines qu'on puisse retrouver la relation qu'on avait avant. Tu te fourvoies jusqu'au bout, Catherine. »

J'entends la porte de sa chambre claquer fort, et je reste ainsi, les bras ballants, dans la cuisine. Est-ce que je viens de perdre cette dispute avortée ? Il n'y a d'ailleurs que lui pour utiliser des mots tels que « fourvoyer » alors même qu'on se crie dessus.

Je commence à broyer du noir et à me lamenter parce que je ne vais pas dormir cette nuit, mais en fin de compte, j'ai eu ce que je voulais.

Jeremiah ne va en parler à personne, et je vais garder cette ferme suprématie que je tiens sur toute chose.

Les deux jours suivants, je vois à peine Jeremiah, qui bosse dans sa chambre comme un taré, tandis que je passe ma vie dans le grand bassin, car les compétitions inter-universitaires approchent. Quand on se parle, c'est pour que je lui envoie des remarques blessantes ou méprisantes, et lui me traite avec le même silence assourdissant qu'à l'accoutumée.

Le vendredi soir, je suis en train d'éplucher mes poivrons et alors que nous ne nous parlons plus, et que nos repas sont préparés séparément et pris séparément, il m'apostrophe :

« Quand se déroule ta compétition ? »

Sa demande me prends au dépourvu.

« Mercredi qui vient »

« Je serai là », me répond-t-il d'un ton posé, de sa voix grave et ferme.

Je suis tellement surprise que je me coupe.

« Merde ! » je gueule.

Jeremiah se marre, et se lèche le pouce avant de l'appliquer sur mon doigt sanguinolant. Sous mes yeux suspicieux, la plaie cicatrise en quelques secondes.

Puis, il retourne dans sa chambre.

Bon, je me dis à moi-même. Il n'est pas bien rancunier.

Je suis hyper surprise de voir comme sa salive a permis la guérison de ma coupure, et ma méfiance s'envole quand je me rappelle la facilité qu'a encore mon père de se remettre de ses blessures. Ah, ces loups garous.

Quand arrive le mercredi de la compétition, je n'ai pas dormi de la nuit, je suis assez stressée (notre coach est vraiment un connard, il nous met une pression de malade) et je pars de la maison vers 18h alors que la compèt' commence dans une heure et demi.

J'arrive sur le campus une demi-heure plus tard, et l'équipe de Stanford subit le courroux de notre coach qui nous stresse un bon coup avant de commencer à nous échauffer sur le dur. C'est vrai qu'on a nagé toute la journée, c'est pas le moment de commencer les longueurs.

Après mes séries de pompes et une sérieuse remise en question de pourquoi diable est-ce que je pratique un sport aussi compétitif et stressant, j'attrape mes affaires et je file me changer.

La compétition commence dans vingt minutes, et le coach nous a fait toute une harangue virulente sur notre capacité à battre l'équipe de Harvard qui est triple championne des compèt' inter-universitaires de natation.

Au moment où je suis complètement nue dans ma cabine et que je retourne mon sac à la recherche de mon maillot de bain, me vient une terrible pensée.

J'ai laissé mon putain de maillot sur le fil à linge de la salle de bain.

« Bon Dieu de merde », je blasphème à voix haute.

Mon corps tout entier se tend de stress et de ressentiment envers moi-même, tandis que, nue sous ma serviette, je vais trouver une solution à mon problème.

La compétition commence dans dix minutes.

Je demande à toutes les nageuses si elles ont un autre maillot, et seule Marjorie, qui fait du 42, me propose son aide.

Malgré tout, la bouche tordue en un rictus amer, j'essaye sa tenue, qui laisse apparaître mes seins quand je me baisse.

C'est impossible que je concours avec ce maillot là.

Je commence à être à cours de solutions et je me dis que pour une fille qui ne connait pas l'échec, je vais l'expérimenter dans peu de temps.

Quoi ? Je suis peut être géniale et supérieurement intelligente, je suis humaine. Je suis une humaine qui n'a pas dormi et qui est complètement sous stress. Putain.

Voyons, qu'est-ce que je peux faire pour résoudre mon problème ?

Ils vendent des maillots de bain à l'entrée de la piscine !

Je sautille, toujours en serviette, jusqu'aux tourniquets de l'entrée, et me fais arrêter par deux vigiles qui me remettent manu militari (enfin presque) aux vestiaires.

Toute personne qui n'est pas correctement habillée ne peut se presenter dans le hall principale de la piscine universitaire » me rappelle un des deux malabars de la police du campus.

« Mais Albert, » je me plains à celui que je connais, « J'ai oublié mon maillot de bain, il faut absolument que— »

« Une tenue descente est exigée dans le hall, Cat ! La règle est la règle »

Ce connard va me le payer. Je vais le faire arrêter pour viol ou de traffic de je-ne-sais-quelle substance illicite, mais je jure sur la tête de mon frère qu'il va me le payer.

Je suis recluse dans ma cabine, en rage totale, et je commence à m'habiller en quatrième vitesse pour aller quémander un maillot de bain dans le hall d'entrée (car bien sûr dans ma précipitation j'ai oublié mon porte-monnaie …je vais devoir me montrer convaincante).

« Cathy ! » j'entends, alors que je suis en culotte.

C'est la voix de mon colocataire.

« Cathy, ouvre ! » me crie-t-il d'une voix étouffée, en tapant sur ma porte.

J'ai les seins à l'air.

« Attends, je me couvre », je lui dis.

S'il a mon maillot, je suis sauvée.

« Bordel, Cat, je vais me faire arrêter si on me voit dans les vestiaires des filles ! Ouvre cette porte putain ! »

Je m'execute d'un mouvement brusque et furieux, avant de refermer la porte aussi vite que je l'ai ouverte.

Il est en maillot, un moule-bite rouge horrible — je me retiens de rire à gorge déployée — mais il a mon précieux dans sa main gauche. Il n'a sûrement pu entrer dans les vestiaires qu'au prix de cette chose rouge horrible.

« Ton maillot » me dit-il en me tendant le bout de tissu en lycra noir dont l'absence m'a causé tant de souci. « Tu l'avais oublié dans la salle de bain ».

Je ne peux pas l'attraper. Mes deux mains sont sur mes seins et si j'en tends une, je vais devoir lui en montrer un.

« Oh, épargne moi ta prétendue pudeur », devine-t-il à l'expression de mes sourcils levés. « Je t'ai déjà vue nue, je te rappelle. »

« Et alors ? » je siffle.

« Oh mon Dieu, Catherine » grogne-t-il en levant les mains. « Ta compétition commence dans cinq minutes, dépêche-toi ! »

Je tente de me retourner, mais il n'y a pas d'espace dans ces foutus cabines, surtout quand un Jeremiah Black massif en prend les deux tiers. Je finis par m'excuser de mauvaise grâce, en retirant ma culotte le plus vite possible tout en essayant de cacher tout ça avec ma longue chevelure rousse, et quand je suis à moitié nue devant lui (il fait mine de regarder ailleurs, mais on sait vous et moi qu'il est en train de me mater discrétos), il me lance :

« Tu pourrais dire merci, quand même. »

C'est vrai, je pourrais, j'ai envie de lui répondre.

« Merci, Jer », je lui réponds sincèrement, et sans réfléchir, j'accompagne ma gratitude d'une tape gentille sur le bras.

Mais ce que je voulais être une tapette « gentille » est en fait une caresse moite dans l'obscurité suggestive des vestiaires, et je sens ses yeux avides venir trouver la vision de ma poitrine nue que je n'ai pas encore eu le temps de recouvrir de lycra.

Nos yeux se croisent.

Et merde.

Il m'écrase de toute sa carrure imposante contre la porte en plastique des vestiaires individuels, et si je voulais un instant le repousser, ses lèvres brûlantes viennent sur les miennes et je change radicalement d'avis. Je pers complètement la notion du temps quand sa bouche vient s'aventurer plus bas, plus bas, plus bas, jusqu'à trouver ce qu'elle cherchait.

Quand je sors de la cabine, je suis méga en retard, mais complètement détendue.

« CATHERINE CLEARWATER ! » beugle le coach en me voyant enfin. « Où étais-tu, bon sang ? »

Je bredouille des excuses tandis qu'il me gueule encore dessus. Je suis complètement ailleurs.

« C'est toi, le maillon fort de ce relais 4x100, alors je te conseille de bouger ton joli cul sinon c'est moi que tu vas entendre ! C'est encore Boston qui domine cette saison ! »

Camille, la deuxième fille de mon groupe de relais, saute et tente, en vain, de rattraper l'équipe d'Harvard. Yale nous talonne mais Berkeley est à la traîne. Maman serait triste, car elle enseigne là-bas.

Quand c'est au tour de Jasmine de nager, la troisième de l'équipe, je ferme les yeux et tente de me focaliser sur autre chose que sur les lèvres de Jeremiah contre l'extrémité de mon corps. Mon corps est tout moite, et j'ai l'impression que je viens de courir un marathon.

Jasmine a fait du bon boulot, car Boston et nous autres californiennes sont maintenant au coude-à-coude.

Quand mon coach m'intime de me préparer à plonger, je me concentre uniquement sur la nano-seconde où les doigts de Jasmine vont venir toucher le bord du bassin, et quand je vois sa main s'abattre sur le carrelage de la piscine, je plonge, et le vide se fait entièrement dans ma tête.

Je heurte la surface de l'eau tiède et dès cet instant, mon corps se tend entièrement. Pendant les premiers cinquante mètres, je m'applique tout en me donnant à fond, et lorsqu'il ne me reste plus que trente mètres environ, j'explose tout. Je sens la bostonnaise près de moi, mais chacun de mes coups de pied, chacun de mes mouvements de bras est un pas de plus vers la victoire. Mon corps est tendu comme un arc et je sens mes muscles me faire mal tant ils se bandent. Je suis emplie d'une fureur intérieure qui me pousse à me battre comme un chat enragé.

Quand je touche le bord et que j'émerge, toute mon équipe saute de joie.

On a gagné !

J'ai gagné putain !

Pour la première fois depuis trois ans, Stanford a battu Harvard et les gradins en liesse scandent mon prénom. Je ne veux pas paraitre prétentieuse, mais j'aime beaucoup ça.

Après un « clap » géant avec mon équipe, vient le temps des récompenses et sur la première marche du podium, les jurys me remettent la coupe inter-universitaire.

On fait quelque photos, on se félicite entre nous, et je finis par rentrer, à vingt-deux heures et quelques, à la maison.

Je ne sais pas trop ce que je vais dire à Jeremiah. Je refuse de l'admettre à voix haute, mais c'est aussi grâce à lui que j'ai gagné. Grâce au maillot qu'il m'a apporté et grâce à sa …contribution pour me faire déstresser.

Quand je referme la porte, Jeremiah m'attend, assis à la table-bar de la cuisine, le diner est fait et je sens que je ne peux pas me comporter comme une connasse avec lui ce soir-ci.

Je lui dois trop, et même si je déteste ce sentiment de débiteur, je dois tout faire pour l'effacer avant de me sentir prise au piège.

« Félicitations » me dit-il en guise de bienvenue.

« Merci » dis-je en me raclant la gorge.

Je me mets à table et le silence épais et inconfortable se dissout peu à peu. On parle un peu de la compétition, des partiels, des vacances de Noël qui approchent.

Jamais de ce qui s'est passé dans la cabine des vestiaires. Jamais de ce qu'il attend de moi. Jamais de ce rien de ce qui semblerait lui importer.

On finit quand même après de long regards insistants, des regards qui sondent l'autre comme le fond de l'océan, par se jeter dessus, et par pratiquement s'arracher nos vêtements.

Une fois que Jeremiah s'est endormi bien tranquillement et que je songe à la montagne de connerie qui je viens de commettre encore une fois, je m'éclipse dans ma chambre et profite d'une insomnie précieuse pour tourner la situation à mon avantage.

Demain, les gars, je sors pour célébrer ma victoire. Mais attention, je sors sans Jeremiah !

Les semaines qui suivent, comme ce que je planifiais, tout se passe à merveille. En cours, je cartonne à mes examens oraux, et je dépense mon énergie à la piscine avant et après les cours. Et puis quand je rentre, les cheveux encore mouillés d'eau légèrement chlorée, le repas est fait, le couvert est mis, je mange comme quatre et je m'envoie en l'air après sans avoir à penser aux conséquences de mon propre lâcher-prise (oui, moi aussi je déteste ce mot, mais pour le coup ça représente parfaitement ce que je fais).

J'ai des orgasmes à répétition tous les jours, et je ne me suis jamais sentie aussi bien. Je me suis remise à sortir au minimum une fois par semaine, et je ne me sens plus obligée de niquer quiconque dans les chiottes à l'hygiène douteuse d'un bar étudiant. À la maison, il y a un mec qui connait non seulement mon secret mais qui connait aussi mon corps presque mieux que moi-même.

Ça ne m'empêche pas de chauffer des inconnus et d'embrasser langoureusement des étrangers, mais je ne veux plus connaître de sexe où je me retiens de jouir pleinement. Ce n'est pas que c'est désagréable, au contraire, c'est seulement que le plaisir que je ressens quand je vais au bout de mes performances est incomparable avec une baise dans les toilettes d'un bar.

Avec Jeremiah on s'engueule pas, et ça n'a pas l'air de le gêner que je fréquente d'autres mecs. On s'aide mutuellement en latin et en histoire et tout se passe comme sur des roulettes.

Je repense plus souvent que je ne voudrais l'admettre à cette soirée fatidique où il apprit ma … spécificité. J'ai honte en y repensant. Si ce souvenir me donne envie d'arrêter de coucher avec lui, ses doigts sur ma peau me font l'effet inverse.

Personne n'est au courant. Ni Faustine, ni Deck, ni Amerigo, ni mes frères. Surtout pas mes frères. Et encore moins mes parents.

Les jours passent tranquillement, et Jeremiah râle toujours quand je m'enfuis de son lit tard le soir. Il râle quand je le stoppe dans des câlins moites et lascifs, il râle quand je refuse qu'on aille dîner tous les deux, il râle quand je jette les cadeaux qu'il m'offre.

Je lui ai déjà expliqué cent fois que je. Ne. Veux. Pas. D'une. Relation.

Un lundi soir, je suis fatiguée, je rentre d'un examen de cinq heures en philosophie politique, et je pense que je me suis foirée. La table n'est pas mise et le dîner n'est pas fait. Même si la princesse dans ma tête demande en pinçant les lèvres : "et mon caviar d'aubergine alors ?", je prends sur moi et je lance à mon colocataire qui sort de sa chambre :

« Ça te va de la ratatouille pour ce soir ? »

Comme il ne répond pas, je me tourne vers lui, excédée.

Pourquoi il ne peut pas s'exprimer normalement, comme un être humain normal ? Pourquoi je suis obligée de me retourner systématiquement pour lire la réponse à ma question dans ces yeux ? C'est excessivement fatigant.

« Je pensais t'inviter au restaurant, ce soir. »

Je soupire.

« Jer, on en a déjà parlé. »

« Non. »

Tiens, voilà qui est nouveau. Monsieur daigne répondre.

« Si. On ne sort pas ensemble ! Je ne veux pas aller dîner avec toi. Je ne veux pas que tu m'offres des cadeaux. Je ne veux pas de jalousie, je ne veux pas te devoir quoi que ce soit, et je refuse de me sentir mal sous mon propre toit. Si tu veux coucher avec moi, très bien, mais ça s'arrête là. »

« Mais je refuse de te considérer seulement comme la personne avec qui je couche ! »

Je comprends ce qu'il veut dire. Cela dit, j'ai rencontré beaucoup de mecs à qui ça ne dérangeait pas qu'une fille leur serve de vide-couilles.

« Oh, relax, Jeremiah ! Je ne suis pas ta pute. Je suis …ta colocataire, avec laquelle tu couches occasionnellement. Je ne te prends pas pour un connard, et tu n'es pas en train de profiter de moi, pas la peine de culpabiliser … »

Il élève la voix :

« Tu es en plein déni, Catherine ! On couche ensemble tous les jours depuis des semaines ! Si ce n'est pas une relation, ça, alors je ne sais pas que c'est ! Et je ne comprends pas pourquoi tu ne te laisses pas faire, et pourquoi tu refuses que je t'invite au restaurant, pourquoi tu refuses les fleurs que je t'offre et pourquoi tu refuses les bons côtés d'une relation. Surtout si tu affirme ne pas en vouloir de mauvais ! »

Il ne comprends rien, ma parole ! Je tente de garder mon calme mais j'échoue lamentablement. Il m'exaspère au plus haut point.

« Je ne veux pas être la fille standard, ok ? je crie. Celle à qui on offre des fleurs parce qu'elle est très mignonne et qu'on entretient comme une belle plante ! Je ne suis pas une putain de fleur, tu n'as pas besoin de me soigner, de me bichonner, de prendre soin de moi, tu n'as pas besoin de me faire croire que tu attends de moi plus que du sexe parce que je m'en contre-fous de ce que tu peux bien vouloir de moi ! »

« Tu n'est pas un plan cul pour moi, je t'apprécie réellement ! Et je veux plus que du sexe ! »

« Et bien, pas moi ! Fin de la discussion »

Jeremiah, comme à son habitude, reste très calme et fais volte-face pour aller s'enfermer dans son antre. Je soupire. Je vais me la manger toute seule ma ratatouille, et pas de sexe ce soir.

Et merde. J'aurais mieux fait de ne pas lui demander s'il aimait la ratatouille.


Alors ? Team Jeremiah ou team Cathy ?

Dîtes moi comment vous auriez réagi à sa place, et si vous trouvez qu'elle exagère ou qu'elle a raison :)

Bises