Bon, clairement, j'ai merdé dans mon organisation. Je sais, je sais, ça fait des mois que je n'ai pas posté ... mais je n'abandonne pas !

Pour vous donner une ou deux raisons : j'avais plus ou moins une trame d'histoire précise dans ma tête jusqu'au chapitre dernier, c'est pour ça que ça a été si dur de continuer à écrire comme je ne savais pas où j'allais. Maintenant ça va un peu mieux, j'ai une partie du chapitre prochain déjà écrite, reste à voir comment je vais coordonner tout ça avec l'histoire.

Je vous préviens tout de suite, je ne suis absolument pas satisfaite de ce chapitre, je le trouve nul à chier, mais n'hésitez à me dire ce que vous en penser pour me remotiver. Tant que c'est constructif, ça me va.

Bises


Dans quelques jours, un peu avant Noël, Jeremiah doit s'absenter deux semaines pour aller rendre visite à ses grands parents maternels qui habitent désormais en Suisse, et j'en profite pour inviter mon meilleur ami pour un week-end prolongé. Quand Jeremiah s'en va, on se fait un hug ultra maladroit et on se parle à peine.

Visiblement, il me fait toujours la gueule, mais je m'en fous. Avec Deck, on sort, on se fait des masques, on somnole devant des dessins animés de petits garçons tout le week-end, bref, comme au bon vieux temps. Le dimanche soir, quand il doit être six heures et que je commence à considérer très sérieusement l'idée de me faire livrer tellement j'ai la flemme de faire à bouffer, Deck me demande d'un air concerné :

« Dis donc, toi, ça va ? Tu m'as l'air un peu bizarre »

Deck et moi parlons rarement de choses sérieuses.

« Hein ? Bizarre comment ?

« Je sais pas, tu me parais différente »

J'hésite. J'hésite.

« Je baise régulièrement avec Jeremiah depuis la soirée d'Halloween » je dis d'un ton las, en regardant devant moi.

Je sens le coeur de Deck s'arrêter pendant une seconde, sans même le regarder.

« Tu rigoles ?! » crie-t-il en changeant de place sur le canapé pour me faire face.

Je me tourne vers lui, et je vois ses yeux briller à l'idée d'un potin.

« Personne n'est au courant » je dis, fermement. « Donc tu gardes ça pour toi. Si t'as l'envie pressante d'en parler, tu ne fais ça qu'avec moi »

Deck rit.

« Ok, pas de problème », m'assure-t-il. « Pourquoi tu m'en a pas parlé avant ? »

« Je sais pas »

J'espère qu'on va en rester là, mais Derek n'a pas l'air de vouloir lâcher l'affaire.

« Et alors, t'attends quoi pour me raconter ? »

« Il avait envie de moi, j'avais envie de lui, on était un peu alcoolisés, et voilà »

« Mets pas ça sur le compte de l'alcool, Cathy, toi et moi on sait que tu tiens mieux qu'une Russe »

Je ne réponds pas, en espérant qu'il va laisser tomber. Mais Deck sautille sur le canapé, tout content, l'air de vouloir dire « des détails, des détails ! »

Je soupire excessivement fort, juste pour l'emmerder.

« Je pensais que ça allait s'arrêter là, mais il en voulait encore… et peut-être que moi aussi »

Attends mais Cat » il compte sur ses doigts : « octobre, novembre, décembre… Ça fait presque trois mois ! »

Techniquement, ça fait un mois et des poussières, mais je réponds, en refusant de croiser son regard :

« Le temps passe vite »

« Mais tu baises d'autres mecs ? »

« J'en vois pas l'utilité » je réponds sincèrement.

Et c'est vrai que Jeremiah a une endurance hors de commun.

« C'est dingue » dit-il. « Je pensais pas que Jeremiah était du genre à entretenir une relation plan cul »

« Justement; il ne l'est pas. Il n'a pas arrêté de me faire chier pour qu'on aille dîner et tout le bordel, donc je lui ai gentiment fait comprendre que non, c'était pas mon kif »

« Donc vous n'êtes plus ensemble ? demande-t-il.

« Deck. On a jamais été ensemble »

« Pour une fois que tu tombes sur un mec qui serait parfait; et tu l'envoie chier. »

« C'est toi qui parles ? »

Il rit.

« Croie-moi, vous allez super bien ensemble » m'assure-t-il.

Je soupire, sincèrement lassée de ce ses remarques, en m'asseyant en tailleur.

« Je t'en prie, épargne moi ton opinion. J'ai pas envie de me caser »

« Je ne pense pas qu'il te plaquerait. Surtout que, si tu ne baises plus qu'avec lui depuis octobre, il connaît ton petit secret » me répond-il, alors que ça n'a rien à voir avec ma phrase d'avant.

« C'est pas le problème »

« Bien sûr que si ! » me répond-il. « Tu veux t'éclater, mais tu veux pas qu'il se produise la même chose qu'avec Samuel. »

Le nom fatidique. Merci Deck.

Je lui réponds d'un ton ultra sec :

« Je te ferais savoir, Derek, que ma conception de la vie a beaucoup changé depuis Sa- Samuel, ok ? Et je n'ai pas du tout envie de sortir avec Jeremiah »

« Okay » concède-t-il. « Je trouve juste ça dommage, puisque vous baisez régulièrement … régulièrement comment ? »

Je lève les yeux au ciel, lui donne une tape sur le bras.

« Enfin, Deck ! » je m'exclame d'une voix de vierge effarouchée.

« Quoi ? Depuis quand t'es plus une salope, toi ? »

Je ris aux éclats.

« Quoi, toutes les semaines ? » demande-t-il et j'acquiesce.

« Tous les jours ? »

J'acquiesce.

« Plus qu'une fois par jour ? »

J'acquiesce, et il plaque sa main sur sa bouche.

C'est en riant avec lui sur le canapé, ce dimanche soir de décembre, que je me rends compte à quel point il m'a manqué. Plus tard, dans le noir de ma chambre, je lui demande en chuchotant :

« Derek ? »

« Oui ? » me répond-il avec une voix étouffée.

« En quoi est-ce que Jeremiah est le mec parfait ? »

Il réfléchit, et quand je commence à sentir mes paupières lourdes, lourdes, lourdes, il me répond :

« Je crois qu'avec lui te te poses les bonnes questions. Le fait même que tu me demande ça, me conforte dans l'idée que c'est le bon mec pour toi. Et il faut dire que d'après ce que je peux constater, le mec a la patience d'un saint. J'en connais peu qui ait duré aussi longtemps. »

Une fois que cette phrase lancée comme une flèche flotte dans le silence de la ville, je n'arrive plus à trouver le sommeil.

Je laisse Deck partir à regrets après un troisième puis quatrième jour de sorties débridées, parce qu'il doit rentrer sa mère à Orlando pour Noël. Je sais que je le revois au Nouvel An parce qu'on a prévu de le fêter ensemble, mais je ne peux pas m'empêcher de me sentir un peu vide. Je retourne faire la larve dans le canapé, et je ne jette l'emballage de notre pizza du mardi soir que le lendemain matin. La semaine qui suit, je range la maison de fond en combles : je fais toutes mes machines en retard, je lave les carreaux, je récure le congélateur et je récupère mes heures de sommeil.

Je me mets à penser que depuis quatre mois je suis devenue bien plus casanière que je ne l'aurais jamais imaginé. La routine étonnamment délicieuse que Jeremiah m'a imposée m'a permis de me calmer, de devenir plus posée et moins surexcitée. Je peux désormais rester chez moi un soir sans penser que je suis en train de louper l'éclate de l'année.

Je me demande si Jeremiah m'a changée, et cette idée m'angoisse, car je ne peux accepter d'être aussi facilement influencée par quelqu'un, aussi patient soit-il. Comprenez-moi bien, j'apprécie Jeremiah, mais je n'aime pas ce qu'il produit en moi. Une sorte de dépendance sexuelle contre laquelle je lutte constamment car je redoute qu'elle se transforme en une dépendance affective, qui aurait pour conséquence que je me préoccupe réellement de lui, alors que ma seule priorité jusqu'à maintenant a été moi et moi seule, et je m'en suis toujours contentée. Je refuse de laisser Jeremiah me changer de quelque manière que ce soit. Je suis Catherine Clearwater, et je n'ai besoin de personne pour valider mon comportement ou mon attitude et encore moins mon mode de vie.

Alors pourquoi est-ce que je me sens aussi troublée, aussi hésitante ?

Dans quelques jours, Jeremiah revient et je n'ai aucune envie de me sentir comme ça avec lui. Je suis chez moi, bordel à queue !

Je retourne dans ma famille pour quatre jours où on fête Noël et l'anniversaire des triplés, qui ont 18 ans. Après plein de cadeaux reçus, deux kilos de gagnés et nombre de câlins échangés, je reviens chez moi à San Francisco. La maison est niquel et je suis ravie d'avoir tout rangé avant de partir. J'installe mes bougies près de la baignoire. Je mets de la musique espagnole douce qui susurre dans mes oreilles. Je me fais couler un grand bain bouillant qui dessine des marbrures rouges sur ma peau. Je me prélasse dans l'eau fumante en imaginant les lèvres de Jeremiah embrasser mes brûlures.

Je. Ne. Peut. Pas. Me. L'enlever. De. La. Tête.

Je décide que j'ai besoin de prendre grand soin de moi et je me fais un masque pour les cheveux, je me fais les ongles, j'exfolie et hydrate mon corps devenu presque voluptueux après les fêtes. J'imagine Jeremiah qui attraperait mes cuisses et mes seins ronds et je réfléchis sur le temps qu'il prendrait pour se déshabituer de mon corps fin et long comme une anguille. Combien de temps il prendrait pour adopter ce nouveau corps que j'ai ? L'aimerait-il davantage ? Je me demande s'il remarquerait la différence.

Et merde. Je suis accroc ou quoi ?

Ennuyée et légèrement irritée, toujours en peignoir, je me mets à défaire ma valise. La sonnette retentit et lorsque j'ouvre la porte :

« Surpriiiiise ! »

Ce sont Sonia, Clara et Faustine avec des pancakes et du champagne.

Oh, elles sont trop mignonnes.

« On a pensé que ça te ferait plaisir de passer une petite soirée pyjama entre filles avant le Nouvel An et la rentrée ! »

« Oh non les filles, vous êtes trop choupinettes ! »

Je les embrasse, et chacune m'offre un petit cadeau :

« Joyeux Noël ! »

Heureusement que j'ai des cadeaux d'avance dans la remise, sinon j'aurais été bien dans la merde. La honte.

Sonia est rentrée à Seattle, où ses parents habitent, et m'offre tous plein de masques tissus colorés qui sont pour ce soir et pour d'autres occasions. C'est une petite attention, mais ça me réchauffe le coeur. Je n'ai jamais eu d'amies, et je dois bien reconnaître que ça a ses avantages. Clara est rentrée à Hawaï, et m'offre un bracelet en argent où est scellée une toute petite ancre marine, que je trouve tout de suite à mon goût. Clara sait que j'aime les bijoux sobres et de bonne qualité, et je lui fais un énorme bisoux pour la remercier. Pour finir, Faustine me tends un plus gros paquet, celui que j'attends le plus car c'est mon amie la plus proche et qu'elle a passé ses deux semaines de vacances chez elle à Paris.

Je n'ai jamais été en Europe, et je rêverai d'y aller avec elle. Jeremiah y a été à Noël, en Suisse. Je l'imagine dans la neige, sur les montagne. Son sourire blanc et la neige doivent former le contraste le plus adorable avec sa peau dorée.

Mes doigts agrippe le paquet comme elles auraient agrippé le dos, le cou ou les bras de Jeremiah.

Je me re-connecte à la réalité.

J'ouvre le paquet avec un enthousiasme exagéré, et j'en sors une écharpe couleur écru en laine, d'une marque qui m'est inconnue, et une dizaine de petits paquets de bonbons.

« Alors l'écharpe, c'est pour affronter le froid du nord de la côte Ouest. C'est une chouette marque française, ultra chère mais ma maman bosse dans l'événementiel et elle a beaucoup d'articles de luxe en réduc', donc t'inquiète. Et le reste, ce sont des bonbons de France, qu'on peut matter ce soir devant un film. »

Je leur fais à chacune un gros câlin, et elles s'échangent leurs cadeaux entre elles pendant que je vais chercher les leurs.

Je leur offre respectivement un coffret de produits de beauté bio d'une marque britannique, Lush, un parfum Yves Saint Laurent que ma marraine Nessie m'avait envoyé il y a longtemps et un attrape-rêve artisanal de la Push, que j'adore car c'est mon père qui l'a fabriqué quand j'étais petite. La fin de la soirée se déroule dans la bonne humeur, on se fait les ongles des pieds, on se colle des masques sur la figure et on regarde Equals, une nouvelle comédie romantique à la mord-moi-le-noeud soit-disant dystopique voire post-apocalyptique, puis on d'endort dans le salon en se serrant sur le canapé lit.

Jeremiah doit rentrer demain.

Je ne sais pas comment je vais l'accueillir. J'aimerai que Derek soit là pour me conseiller. Je me sens tellement peu sûre, tellement mal à l'aise, et ça ne me ressemble pas.

Les filles partent et je retrouve ma maison vide. Je tourne en rond dans l'appart avant de m'installer sur le canapé en face de la porte et j'attends. J'attends, j'attends, et une pensée en enchaîne une autre, et je me mets à penser à Samuel.

Je pars du principe que chacun vit un traumatisme qui définit le reste de sa vie : le traumatisme c'est le point de non-retour, la goutte qui fait déborder le vase, le millimètre en trop qui fait tout changer et qui sépare l'équilibre d'une vie en deux. Un avant, et un après. Pour moi, ça a été Samuel.

Je sais que beaucoup d'entre vous pensent que j'ai toujours été cette fille sûre d'elle, confiante et prétentieuse, une image que j'aime donner car elle a du poids et j'aime m'appuyer sur de la stabilité.

Mais il y a cinq ans, je n'étais pas cette fille. J'étais la première de la classe, détestée et évitée de tout mon lycée. Je n'avais jamais eu de copain en arrivant en seconde, j'avais des boutons partout, j'étais frêle et maigrichonne, j'avais une natte jusqu'aux fesses et aucun ami. C'était horrible. Je mangeais seule, je n'étais pas invitée aux soirées.

Jeremiah me manque. Je me sens terriblement seule ici.

La sonnette retentit, et pendant deux secondes, je panique à l'idée que Jeremiah rentre plus tôt.

« C'est Deck ! » me dit mon meilleur ami dans l'interphone.

Dieu soit loué.

Je serre mon meilleur ami dans mes bras en me demandant avec culpabilité la raison de ma soudaine attaque de panique.

« Tu es de retour sur San Fran ? » je lui demande, éberluée.

« Comme tu vois » me répond-il avec un sourcil cynique levé. « Tu vas bien ? » enchaine-t-il quand il voit que je ne suis pas dans mon assiette.

Et comme ça, en un souffle, je tombe dans ses bras en pleurant.


Alors, des pensées sur Cathy ? Sur ce chapitre en général ? Comment vous voyez la suite ?