Sérieusement, j'ai l'impression que tous mes chapitres vont commencer comme ça : JE SUIS VRAIMENT DÉSOLÉE !
Ça fait encore des mois que je n'ai rien posté. C'est vrai que je vis à l'étranger maintenant et je ne suis plus aussi disponible qu'avant. En revanche, je vous le dis depuis le début, cette histoire aura une fin ! Je ne vais pas la laisser inachevée, même si ça me prend encore un an pour la finir (je vous rassure, ça n'arrivera pas.
Alors, ce chapitre a été écrit à Noël, dans l'avion, et je l'aime déjà mieux que le précédent.
Dîtes moi ce que vous en pensez !
Je passe toute la nuit dans les bras réconfortants de mon meilleur ami. On sort toute la journée parce que San Francisco à Noël, c'est franchement cool, on se bouffe des gaufres à la chantilly et on fait des attractions pour les enfants, avant de rentrer à la nuit tombante, bras dessus bras dessous.
Jeremiah est là quand nous rentrons, et contrairement à ce à quoi je m'attendais, il me serre dans ses bras longtemps, et me donne un sourire sincère.
« Comment était La Push ? »
« Super » je réponds, surprise.
Il me tend du courrier en me notifiant d'un sourire en coin :
« C'était sur le paillasson. Bonsoir Deck » enchaîne Jeremiah en lui tendant une main chaleureuse.
J'ai super chaud d'un coup, parce que vous savez, quand vous passez un long moment dans le froid et que vous rentrez dans un endroit chaud, le sang afflue dans vos membres et ça fait du bien.
Je dois avoir le bout du nez et les joues roses, parce que Jeremiah me sourit d'un air moqueur, et je me rends compte à quel point, paradoxalement, il m'a manqué.
Pas sa répartie inexistante, ni vraiment son corps, ses mains, sa bouche, sa peau, mais vraiment, sa présence. La certitude qu'il sera là quand je rentre à la maison tard le soir, qu'il aura fait le dîner et qu'on pourra discuter et rigoler tous les deux.
On a fini l'année sur de mauvaises pensées, sur des paroles dures, et je n'ai plus envie d'instabilité chez moi. Je veux retrouver la bonne entente d'avant.
Je lui rends son sourire.
Jer, Deck et moi dînons ensemble en se racontant chacun nos séjours chez nos familles respectives, et, autour d'une bonne bouteille française que Jeremiah a rapporté d'Europe, on se marre bien.
Quand Deck se lève pour apporter le dessert (on a rapporté des beignets autrichiens du marché de Noël), j'en profite pour ouvrir le courrier que Jeremiah m'a donné quand il rentré.
Je grimace en ouvrant la première, et Deck m'arrache le carton des mains.
« Oh, une réunion d'ancien ! C'est pour Sheldon ? » me demande-t-il, en faisant référence à mon ancien lycée. « Oh non, c'est pour West Campus. »
Il fait une grimace embarrassée.
Je me suis toute rembrunie.
« Un autre verre ? » me propose Jeremiah. « Qu'est-ce que tu as contre les réunions d'ancien ? »
« Merci » je réponds en soupirant de soulagement, quand il me tend mon verre plein. « Je suis pas hyper fan » j'enchaîne simplement, pour répondre à sa question.
J'espère que mon ton froid va mettre un terme à l'interrogatoire, mais Jeremiah en rajoute une couche.
« C'est super, les réunions d'anciens élèves ! Tu peux voir ce que tout le monde est devenu, et comment tout les rejetés ont évolués … »
« Évolué ? » je m'étrangle presque, le nez dans mon verre.
Deck lui jette un regard lourd de sens.
« J'ai dit une connerie ? » demande-t-il, constatant la mauvaise atmosphère qui flotte dans la pièce.
« C'est moi la rejeté » je dis, en reposant mon verre.
J'ai désespérément envie d'une clope.
« Quoi ? » me demande Jeremiah.
Deck se tourne pour commencer la vaisselle, car il sait que je déteste en parler.
« On ne se voyait pas à l'époque, mais j'étais la pire intello de la planète. J'avais pas d'ami, j'étais seule pour manger tous les jours, j'étais pas invitée aux fêtes … »
Quand je suis sortie du collège, ou j'étais une gosse plutôt normale, mes parents ont déménagé à Sacramento, et je suis rentrée en seconde dans un nouveau lycée où je ne me suis pas du tout bien adapté. Les intellos étaient vus comme des cibles, et je n'avais clairement pas la carrure pour encaisser tout ça.
Jeremiah fait une tête bizarre. Au départ, je prends ça pour de la confusion, mais il a l'air complètement tendu. Il est furieux.
Je ne comprends pas vraiment, et je continue :
« Les filles me détestaient et se moquaient de moi, et les garçons me poussaient dans les couloirs. »
« Je crois avoir compris » me dit Jeremiah, les mâchoires serrées.
Après quelques instants, il me dit :
« Regarde toi maintenant ! Tu mènes les mecs par le bout de la bite ! Et je parle objectivement, hein, Derek ? »
Je vois mon meilleur ami acquiescer et faire semblant de ne pas savoir du tout que Jeremiah et moi on a couché ensemble pendant super longtemps. Jeremiah reporte son attention sur moi :
« Comment tu t'en es tirée ? Comment tu as rencontré Deck et tous tes potes du lycée que j'ai vus à Halloween ? »
« J'ai changé de lycée après la seconde. Et j'ai rencontré Deck par mes frères »
Deck ajoute :
« Et parce qu'elle était belle ! La même qu'aujourd'hui, sans le caractère de cochon, et avec une dégaine de merde. »
Je lance ma serviette de table sur Deck, pas ravie qu'il se foute de ma gueule. Surtout qu'avec ma « dégaine de merde », j'aurais tout donné pour faire partie des cool kids et être invité aux soirées du lycée.
« Quoi ? me demande mon meilleur pote. Sinon, t'aurais pas réussi à te taper Samuel ! »
Je me tends immédiatement, comme à chaque fois qu'on parle de lui. La seule mention de son prénom me donne envie de pleurer. C'est la seule personne qui me fait perdre tout mes moyens. Je hais le fait qu'il soit capable de me faire pleurer, encore maintenant.
« Mais ta gueule ! » je crie. « Ok pour que tu te foute le gueule de celle que j'étais avant, mais parler de Samuel ? Va te faire foutre ! »
Je repose mon verre de vin vide avec fracas, et je décide de carrément me barrer. Il sait très bien que je déteste parler de Samuel, et, les yeux déjà brouillés de larmes qui trahissent une fragilité que je me donne tant de mal à cacher, je quitte la pièce pour directement foncer dans la salle de bain.
Je lâche un grognement de frustration alors que je me fais couler un bain. Pendant que l'eau coule, je m'arrache presque les vêtements, et finalement, je plonge dans l'eau chaude dans l'espoir illusoire de détendre mon corps crispé.
Samuel s'est foutu de ma gueule pendant un an. Et je suis resté un an avec lui. UN AN !
Quand on s'est finalement séparés au bout de treize mois, je suis allée à une fête à laquelle mes frères étaient invités, je me suis foutue une grosse mine et je me suis jetée sur Derek, que je ne connaissais pas. Comme la pathétique chose que j'étais, je lui ai raconté tous mes problèmes, mon secret, et toute ma vie, en fait. Il m'a foutu au lit, m'a dit que j'étais très belle, m'a donné son numéro et le lendemain, je l'ai appelé, et on a couché ensemble. On s'est envoyé en l'air pendant quelques semaines, et puis il m'a emmené me refaire une vie. Chez l'esthéticienne, le coiffeur, la manucure, faire du shopping, toutes ces choses que je ne connaissais pas. Et j'ai commencé à vivre comme je le fais maintenant.
Entre Derek et moi il n'y a jamais eu plus rien de romantique ni de sexuel. J'ai trouvé en lui un égal, et j'ai avec lui la relation équilibrée qui me manquait du temps où je sortais avec Samuel.
Dans mon bain, je repense à la violence du regard de Samuel quand on s'est rendue compte que j'étais une femme fontaine, à l'injustice avec laquelle il m'a traitée, à la façon cruelle avec laquelle il a petit-à-petit réduit mon ego à la taille d'un microbe. Les larmes me montent aux yeux encore, et je frotte mes jambes, mes cuisses et mes fesses avec un gant de crin et mon gommage au sucre pour évacuer la douleur d'avoir été réduite en bouillie par le garçon que j'aimais à la folie et dont une partie de moi cherche toujours inconsciemment à obtenir n'importe quelle sorte d'accord, d'approbation, de reconnaissance.
J'exfolie ma peau avec la violence avec laquelle j'aurais frappé Samuel, celle, interdite, impuissante, impossible, avec laquelle je l'aurais réduis en poussière.
Je contemple ma peau rouge après le frottement que je lui ai infligé, et m'applique de l'huile végétale sur le corps pour panser et comforter ma peau agressée. L'enveloppe charnelle rougie commence tout juste à perdre la couleur de l'irritation quand Jeremiah toque à la porte.
« Excuse moi, Catherine. Je ne voulais mettre le sujet sur le tapis. Je ne savais pas. »
Je ne réponds rien, laissant le silence éloquent faire résonner la culpabilité dans sa poitrine.
« Cathy ? »
Je ne sais pas quoi dire. Que pourrais-je ajouter ? Je ne veux pas parler.
Jeremiah ouvre la porte de la salle de bain et entre dans la pièce. Il ne dit rien. Le silence est pesant, lourd, presque palpable, il emplit la pièce comme de la vapeur blanche et étouffante.
Je le regarde, et je me lève du fond de la baignoire, nue, ruisselante, dans la légère buée de la salle de bain.
Jeremiah semble paralysé.
Seulement maintenant, je remarque sa chemise blanche immaculée, son pantalon à pince bleu marine impeccable, ses chaussures en cuir flambant neuve, ses cheveux épais et noirs coiffés aux doigts vers l'arrière. J'enjambe la baignoire, et m'approche de lui.
Chaque pas projette de l'eau sur le sol, et la fraîcheur soudaine de la pièce, contrastant avec la chaleur de mon bain, raffermis ma peau et durcis mes tétons.
Il m'observe, fait glisser son regard inquiet sur mon corps trempé, s'attardant sur les lignes de mon cou, le galbe de ma poitrine, la rondeur de mes hanches, le mystère de mon sexe, la longueur de mes jambes.
Quand je me trouve à quelque centimètres de lui, il m'attrape dans ses bras avec une brusquerie et une urgence presque frénétique, qui me surprend.
Il colle son corps au mien, et quand il saisit le bas de mes fesses avec ses grandes mains calleuses pour me soulever de terre, je lui dis, entre deux grandes respirations rapides que les battements de mon corps m'imposent :
« Je vais te salir : je suis pleine d'eau, d'huile et de savon »
Il me hisse sur ses hanche, et je sécurise ma prise autour de son bassin en croisant mes chevilles dans le bas de son dos.
Jeremiah me pose sur le rebord de la commode, à moitié sur le lavabo, et plonge ses yeux dans les miens. Sa fossette fourbe sur la joue gauche précède sa voix qui me susurre :
« Tu pourras …me laver »
Il m'embrasse dans le cou et je me redresse, la tête en arrière. Ses baisers trouvent leur chemin vers mes seins.
Il commence à déboutonner sa chemise, mais je l'arrête.
« Non » je dis simplement en le reboutonnant.
Je caresse la bosse de son pantalon et en ouvre simplement la fermeture éclair, avant de baisser juste un petit peu son caleçon, pour faire sortir ce que je cherchais.
Et quand nous faisons l'amour sur la commode, moi, toute nue et toute mouillée, lui, tout habillé et impeccable, quand il me chuchote des mots doux dans l'oreille, quand je le sens à l'intérieur de moi, encore et encore plus loin à l'intérieur de moi, quand il caresse ma peau douce et humide et qu'il embrasse mes épaules comme des trésors, alors l'estime que j'ai de moi-même grandit un tout petit peu.
Lorsque je me réveille, Jeremiah et moi sommes nus, dans son lit, et nos membres emberlificotés.
Et merde.
Je me faufile hors du lit et je file m'habiller parce que j'ai rendez-vous à la bibliothèque à 11h avec Faustine pour bosser sur un projet linguistique de français.
Ni vue ni connue, je m'habille en vitesse dans ma chambre, ne repasse pas par la salle de bain (je me brosserai les dents ce soir) et file avant que Jeremiah ne se réveille.
À la bibliothèque, je croise Derek dans l'entrée principale, qui se précipite sur moi pour me demander pardon.
Vu les 15 messages sur mon répondeur que j'ai écoutés sur le trajet, je pense avoir saisi l'idée de son petit discours.
« Ma Caaaaat, je suis désolé d'en avoir parlé devant Jeremiah. Je sais que tu déteste quand on en parle » me dit-il d'une voix plaintive, en venant marcher à mes côtés.
Ça m'arrête net dans mon trajet à pied jusqu'à l'ascenseur.
« Je t'ai raconté tout ce qu'il se passait avec Jeremiah. Comment tu as pu m'humilier devant lui comme ça ? Surtout si tu savais si bien, comme tu viens de me le faire remarquer, que je déteste quand on en parle ? »
Il baisse les yeux, et je vois qu'il s'en veut vraiment.
« Excuse moi, Cathy. Je ne voulais pas te blesser. Je voulais juste remonter un peu ton estime de toi en parlant de lui. »
« Mon estime de moi n'a pas besoin d'être remontée » je siffle.
Il me fixe d'un regard bleu froid, dans lequel je lis toute l'honnêteté de mon meilleur ami.
« Tu sais que je t'en veux pas tant que ça. Tu es mon meilleur ami, Deck. Mais toi et moi on est une équipe. On est pas censés se tirer dans les pattes. »
Il expire lourdement.
« Je te demande pardon. Ce n'était pas mon intention. »
Je le serre dans mes bras, et je me félicite intérieurement pour le calme et la maturité dont je viens de faire preuve. Ce n'est certainement pas la Cat de cet été qui aurait pu réagir comme ça.
Quand je me détache de lui, je remarque ses yeux fixés au loin. Je me retourne, et c'est sur une silhouette minuscule et sautillante que mon attention est retenue.
Faustine.
« Hello » me dit-elle, son grand sourire et ses yeux pétillants tournés vers Derek.
« Salut » je lui dit en lui faisant la bise. « Faustine, Derek; Derek, Faustine » j'enchaîne en faisant les présentations.
Ils se sourient. Je sais par expérience que Deck a envie de se la faire, mais Faustine est mon amie et elle est plus vulnérable que ce qu'elle veut faire croire à tout le monde. C'est mon amie, et je la protègerai de mon meilleur ami, parce que je sais exactement de quoi il est capable.
Je vous promets ! Je l'ai vu à l'oeuvre.
Avec Faustine, on finit par s'installer, on bosse jusqu'à la fermeture de la bibliothèque (2h30 du matin) mais on boucle le projet.
Sur le trajet du retour, je sens enfin l'épuisement gagner mes membres, et des étoiles dansent devant mes yeux. Mais je suis heureuse. Ce soir, je vais sûrement encore molester mon colocataire jusqu'au bout de la nuit. J'aime bien Jeremiah. C'est un super coup, et je m'entends bien avec lui. Il sait bien me manier. Mais ça, je ne lui avouerai jamais de la vie !
Je me demande ce que ce serait d'être amoureuse de lui.
J'ai jamais dis « je t'aime » à personne. En fait, je n'ai dis « je t'aime » qu'à une seule personne, et je le regrette toujours aujourd'hui. Avec Samuel, j'aimais penser que dire « je t'aime » c'était exprimer l'engagement, la loyauté, le dévouement. L'amour pour moi, c'était le serment d'un vassal à son seigneur. L'amour, c'était la soumission extrême, l'abandon total et le don absolu. Dire « je t'aime » c'était dire : « je te fais une confiance aveugle, et tu peux compter sur moi à toutes les heures du jour et de la nuit parce que sans toi, je ne peux pas exister. »
Cependant, il n'y a rien de pire à mes yeux que l'effritement du sens d'un « je t'aime ». Quand tu le dis encore et encore, et, à chaque fois que tu prononces ces deux petites syllabes, elles perdent toute la charge de sens qu'on essaye d'y mettre et finalement, elles ne veulent plus rien dire du tout.
C'est pour cela que ces mots n'ont plus jamais franchi mes lèvres. C'est pour cela que quand je rentre, vers 2h50, épuisée, après plus de huit heures de boulot, et que j'ai la ferme intention de baiser mon colocataire sauvagement sur la table de la cuisine avant d'aller prendre un bain et de me coucher comme un bébé, et qu'au lieu de ça, je vois Jeremiah se lever du canapé pour me faire face et me dire calmement « je suis amoureux de toi », je lâche tous mes cahiers par terre et mon coeur rate un battement.
Qu'est-ce que vous imaginez comme réaction pour Cathy ? Je suis déjà curieuse de voir vos réponses :)
