« Votre reine ! Mais je croyais que vous vous étiez juré de ne jamais vous lier à une femme pour toujours ?

-Je n'en ai jamais fait le vœux solennel et tu viens de me faire changer d'avis. Tu es la femme la plus belle, la plus forte et la plus courageuse que j'ai jamais vue et je sais que tu te soucie sincèrement de tout le monde : c'est pour ça que je te veux à mes côtés dans le nouveau monde que je vais créer. »

Cette déclaration laissa Alibaba muette : personne ne lui avait jamais rien dit de tel et pendant une seconde elle redevint la petite fille solitaire du palais de Balbad qui s'évadait dans les romans d'aventures et ne désirait rien d'autre qu'épouser Sinbad. Aujourd'hui ce rêve avait une chance de se concrétiser et pourtant :

« Si je dois régner un jour, ce que je ne souhaite pas j'ai fait de Balbad une république, ce sera en tant que fille de mon père et pas en tant que femme de mon époux. Ce n'est pas que votre déclaration ne me fasse pas plaisir mais j'ai besoin de temps.

-Je comprends. J'attendrai que tu prennes ta décision.

-Et vous devez savoir qu'aucun des neuf rois féminins de Balbad ne se sont mariées,elles prenaient des amants et personne ne s'interrogeait sur les pères des princes. »

Un nouveau silence s'installa alors que le roi et le prince se regardaient, puis :

« Ça me va. » Lança Sinbad en attirant à nouveau Alibaba à lui pour l'embrasser une deuxième fois. Cette fois-ci, elle répondit en l'enlaçant et en mêlant leurs langues.

Après plusieurs secondes d'éternité ils se séparèrent, haletants, les seins d'Alibaba tendus vers son idole d'enfance, le sexe de Sinbad de nouveau éveillé, leurs regards brûlants vissés l'un à l'autre alors que la lumière du soleil couchant projetait des éclats d'or sur la mer et le bassin. C'est cette lumière, sans doute, et la température de l'eau qui baissait qui les ramenèrent à la réalité et les fit se séparer :

« On va nous attendre. Murmura Alibaba

-Huhum » Acquiesça Sinbad.

Il nagèrent en direction de la salle de bain, laissant l'eau calmer leurs ardeurs, se séchèrent et se rhabillèrent rapidement. Au moment où Alibaba allait rattacher sa cordelette Sinbad leva son visage vers lui, déposa un dernier baiser fugace sur ses lèvres et lui dit :

« A bientôt, mon amour. » avant de quitter la pièce pour lui laisser de l'intimité pour sa transformation. Un moment plus tard, c'est le garçon que Sinbad connaissait qui sortit, un peu gêné. Avec un sourire Sinbad lui tendit la main dans laquelle le prince déposa la sienne, ils descendirent ainsi jusqu'au palais où ils vérifièrent que personne ne les verrait avant de rentrer et de dissimuler à nouveau la porte secrète. Cela fait, ils se rendirent dans la salle à manger où les huit généraux, Aladdin et Morgiana se trouvaient déjà. Les regards surpris des liges de Sinbad mirent Alibaba mal à l'aise avant de se rendre compte qu'ils étaient fixés sur le roi, la cause de ceux-ci fut expliquée par Jafar :

« Sin, tu n'as pas bu une goutte ?! »

A force de se fréquenter, le bras droit de Sinbad avait appris à détecter quand son roi avait bu – trop souvent- et en quelle quantité – souvent trop- aussi le voir parfaitement sobre après avoir disparu plusieurs heures représentait, pour lui et tout le pays, un quasi-miracle.

Loin de ces considérations, Aladdin et Morgiana s'étaient rapprochés de leur propre roi et ami et lui demandait où il était passé :

« J'avais besoin de réfléchir à certaines choses. Leur répondit le prince en souriant

-Quelle genre de choses ? Insista Aladdin

-Pour l'instant, c'est un secret. »

Les plats commençant à arriver, la discussion s'arrêta là.

Plus tard dans la nuit, alors que ses amis dormaient, Alibaba se leva et sortit de leur chambre pour prendre l'air, comme elle l'avait fait des années plus tôt après sa dernière discussion avec son père à Balbad, se dit-elle, pourtant cette fois tout était calme. La pensée de ce qui s'était passé avec Sinbad lui revint, les mots qu'il lui avait dit sonnèrent à nouveau à ses oreilles et la firent rougir : amour, reine, alliée... Alliés, ils l'étaient depuis leur première rencontre et que son secret n'y change rien lui faisait plaisir sans la surprendre : Sinbad avait toujours sut garder ses atouts dans sa manche. Cette pensée la fit sursauter, si avec le temps elle avait comprit les manœuvres politiques de Sinbad pour arriver à son but d'unifier le monde, le même que tout le monde en somme, elle savait aussi qu'il pouvait se montrer manipulateur, ses discussions avec Kougyoku l'ayant confortée dans cette idée. Dans ce cas, pourquoi vouloir faire d'elle sa reine, puisqu'elle lui serait plus utile à Balbad, sur le trône de son père ou au conseil républicain ? « Aladdin » pensa-t-elle, mais son ami et elle n'avait aucun mal à se séparer comme leurs séjours respectifs à Magnostadt et à Reim l'avaient prouvé, alors pourquoi... Un autre souvenir de Balbad lui revint, pas du palais mais des quartiers rouges et des clients de sa mère, à ce qu'on disait, chacun d'eux avait au moins une fois demandée Anise en mariage, certains soudoyaient même la complicité d'Alibaba, le tout en vain car Anise refusait systématiquement en douceur sans froisser quiconque. Ces souvenirs lointains ajoutés aux réactions de Sinbad vis à vis d'elle. Le prince de Balbad arriva à la conclusion qui s'imposait : c'était pour le sexe ! Quoique... ces hommes n'auraient eu aucune raison d'épouser une prostituée plutôt qu'une femme plus honorable donc... ce pourrait-il qu'ils aient été amoureux de sa mère ? Ce pourrait-il que Sinbad, le tombeur des sept mers jamais remis de la mort d'une femme non nommée mais dont on devinait la présence dans ses livres,... l'aime ?

Elle n'était pas une séductrice et galérait en amour en tant qu'homme, du coup elle ne pouvait pas avoir de certitude alors comment savoir...

« Alibaba ? »

Le prince se retourna pour se retrouver face à face avec l'objet de se réflections. Sinbad lui sourit :

« Je ne dormais pas et je t'ai aperçu, qu'est-ce que tu fais ?

-Je pensais à vous, Sinbad, et aux propositions que vous m'avez faites.

-Et qu'en penses-tu ?

-Que j'ignore totalement comment deviner les sentiments des hommes. »

Après un silence, ce qui devenait une habitude entre eux, Sinbad passa un bras autour des épaules de sa précieuse Alibaba, après tout elle était l'une des personnes qui comptaient le plus pour lui, et lui murmura à l'oreille :

« Veux-tu que je te montres ? »

Alibaba rougit et tourna ses yeux vers lui, songeuse, avant de lui sourire en retour :

« Eh bien ! Qu'attendons-nous ? »