Ils n'en avaient pas reparlé. Quelques semaines plus tard, Alibaba s'arracha brutalement des bras de Sinbad dès le réveil pour se précipiter vers la salle d'eau et vomir. Cela ajouté à sa fatigue et à sa distraction de ces derniers jours poussa Sinbad à l'envoyer voir un médecin:le verdict tomba. La légende affirmerait plus tard que les cris de joie de Sinbad s'entendirent de Kina à Imutchak et jusqu'au fin fond du continent obscur et que Salomon lui-même sourit en apprenant l'arrivée prochaine de celui qui achèverait son œuvre : les générations futures racontent souvent n'importe quoi sur cette période de l'histoire.
A l'annonce de sa grossesse, Alibaba et Sinbad restèrent un instant silencieux avant que Sinbad ne se ressaisisse et ne prenne Alibaba dans ses bras en lui disant qu'il n'avait jamais été aussi heureux, à son tour le prince commença à pleurer de joie :
« Je vais de nouveau avoir une famille.
-Oui, on va former une superbe famille. »
Sinbad posa ses mains sur le ventre de sa compagne :
« Je ferai tout pour que tu naisses dans le meilleur des mondes possibles, petit bout.
-Et je ferai tout pour vous protéger tous les deux, et tout le monde. » Renchérit Alibaba.
Après avoir réunis tous leurs amis dans le réfectoire, le couple leur annonça la grande nouvelle.
Aladdin et les amis d'Alibaba lui sautèrent au cou pour la féliciter suivient des liges de Sinbad. Jafar pleura à chaudes larmes en apportant des dizaines de protections pour les femmes enceintes et les enfants, Sharkan et Pisti commencèrent à prendre les paris sur le sexe du bébé et Alibaba fit part de son intention de prévenir ses frères chez les Tranes et Kougyoku à Kou. Avant qu'elle ne parte écrire sa lettre pour son amie et préparer son voyage sur l'île Trane, Aladdin s'approcha d'elle avec une sourire :
« Tu sais, ce bébé, je peux sentir son magoi et ses rokhs et ils ont la force de ceux de Sinbad et la douceur et le courage des tiens, ce sera un grand roi, un jour.
Alibaba lui sourit et le remercia :
-Je compte aussi sur toi pour le guider, tu seras son oncle, après tout. » Ajouta-t-elle avant de s'esquiver.
Sinbad, dont les rokhs rayonnaient de bonheur, remarqua le magi, s'approcha d'Aladdin :
-Est-ce que ça te dérange ? Demanda-t-il en toute franchise.
-Il y a encore quelques jours, j'aurais dit oui mais...à cette époque vous étiez une source d'inquiétude pour moi, ainsi que pour Yunan et probablement Shérazade il me semble, mais depuis que David est sous contrôle et que vos rokhs noirs ont étés apaisés, eh bien,... Tu as bien meilleure mine, oncle Sinbad.
-Ha ha ! Merci. Mais plus sérieusement Aladdin, Alibaba veut protéger tout le monde, tu la connais, et quelque chose me dit que notre enfant sera pareil, alors, si un jour je ne peux plus les protéger, jure-moi de rester à leurs cotés quoi qu'il arrive. Dit Sinbad avec l'air le plus sérieux que le magi lui ai jamais vu.
-Voilà des paroles bien sérieuses, roi Sinbad.
-Eh ! Je vais être père, je ne peux plus fuir mes responsabilités. »
Dans l'assistance qui écoutait discrètement l'échange, les larmes de joie de Jafar redoublèrent.
« Et c'est pour ça que je vais lui redemander de m'épouser : je veux que cet enfant naisse et grandisse dans un foyer stable. » Ajouta mentalement Sinbad en partant retrouver sa compagne.
Alibaba était en pleine rédaction de ses excuses envers Kougyoku quand Sinbad arriva dans leurs chambre :
« Tu n'y vas pas un peu fort ? Demanda Sinbad après y avoir jeter un œil.
-Je suis sa première amie et j'ai séduit son premier amour, alors non, je n'y vais pas trop fort.
-Je suis persuadé qu'elle comprendra « Sans que j'ai à utiliser Zépar. » tut-il.
-J'espère, je veux donner à notre enfant un monde le plus vaste possible à découvrir et je veux qu'elle m'y aide. Pas toi ?
-Bien sur que si, j'adorerai emmener ce petit bout en voyage avec moi et lui faire découvrir tout ce que ce monde peut offrir. »
Le couple échangea un sourire complice alors qu'Alibaba caressait son ventre.
« Et je veux aussi lui offrir une vie équilibrée. Rajouta Sinbad en s'agenouillant. C'est pourquoi je réitère ma proposition : Alibaba Saluja, veux-tu m'épouser ?
Elle n'avait plus aucun doute. Au diable la tradition de Balbad :
-Oui ! Je veux t'épouser, Sinbad le marin. »
Le couple s'enlaça sous l'effet du bonheur, leur huit djinns qui les percevaient depuis leurs écrins se mirent à faire la fête, les cris de joie que poussèrent les généraux, pirates, combattantes et magi derrière la porte se répandirent dans tout Sindoria. En un rien de temps, toute l'île fêtait les fiançailles de son roi et de sa future reine ainsi que l'annonce de la grossesse.
Une fois la lettre pour Kougyoku terminée et envoyée avec une prunelle des rokhs pour qu'elle puisse la contacter, le couple rejoignit la fête, Alibaba fut officiellement présentée au peuple de Sindoria et prit place aux cotés de son fiancé sur le balcon royal. Les filles qui d'habitude se collaient à Sinbad lors de ces occasions restèrent à bonne distance jusqu'à ce que la reine ne leur fasse signe d'avancer, à la surprise de tout le monde, et ne sympathise avec elles avant de leur proposer d'aller s'amuser avec d'autres hommes qui n'attendaient que ça en leur disant qu'elles rencontreraient peut-être l'homme de leur vie ce soir. Elles s'exécutèrent en riant et Sinbad lui sourit :
« Tu peux être terrifiante dans ta facilité à faire avancer les autres, parfois.
-Est-ce mal ?
-Au contraire. » Il porta la main d'Alibaba à ses lèvres : « C'est ce qui fait de moi le plus chanceux des hommes, mon amour. »
Plus tard cette nuit-là, dans la chambre quasiment conjugale, Alibaba et Sinbad eurent une discussion sur le projet du prince féminin de se rendre chez les Tranes pour informer ses frères des grandes nouvelles du jour. Après quelques débats sur le fait que : « Non, une lettre ne suffira pas ! » et que : « Pas question que tu y ailles seule et sans personne de Sindoria à tes cotés. », il fut convenu qu'ils iraient tous les deux.
Comme l'avait prévu Sinbad, le voyage en bateau ajouté aux nausées matinales ne réussirent pas à Alibaba qui débarqua avec une mine affreuse et les sautes d'humeur auxquelles le roi s'était mentalement préparé. Cette humeur s'améliora un peu quand ses frères apparurent et les invitèrent chez eux.
« Tu es enceinte ! S'écria Sabhmad, ravi.
-Vous allez vous marier. » Répéta Abhmad, mi-figue, mi-raisin en se disant qu'au moins l'honneur des Saluja serait sauf aux yeux du monde.
« Mais c'est tout de même inattendu, nous pensions que tu suivrais la coutume des rois féminins de ne pas se marier. Poursuivit le deuxième de la fratrie.
-Tu sais, ce genre de tradition m'a toujours mise mal à l'aise, je veux dire, à chaque fois qu'on en parle, on l'illustre avec l'exemple de notre arrière-grand-mère.
-Pourquoi ça ? Demanda Sinbad.
-Eh bien, notre arrière-grand-mère, le vingtième roi de Balbad, Ali Enor Saluja... était connue pour avoir eu un harem de cent hommes environs. Expliqua Alibaba.
-Cent hommes ?
-A ce qu'on dit.
-Eh bien !
-A se demander comment elle a fait pour n'avoir que trois enfants. Enfin ! Elle aura bien vécu. »
Après ça, la discussion porta sur les recherches archéologiques d'Abhmad et Sabhmad, sur la période qu'Alibaba avait passé à Reim et se conclut sur une invitation au mariage, quelques semaines plus tard.
A leur retour à Sindoria, une surprise les attendait : Kougyoku se tenait aux cotés des généraux de Sinbad et des amis d'Alibaba. L'échange silencieux entre les deux djinnas dura un moment, jusqu'à ce qu'une nausée n'arrive en traître et ne fasse s'inquiéter tout le monde, en particulier la princesse pour qui c'était une première, Alibaba dut la rassurer sur son état avant qu'elles ne puissent parler correctement :
« Tu sais, Alibaba-chan, je ne t'en veux pas d'avoir succombé à Sinbad. »
« C'est lui/moi qui a/ ai succombé. » Pensa l'assistance
« Je veux dire que je serais honorée d'être la tante de votre enfant.
-Merci Kougyoku ! Ça me fait plaisir que tu ne m'en veuilles pas.
-Et tu sais, je l'ai dit à Hakuryuu quand je l'ai croisé l'autre jour. Je lui ai confié la prunelle des rokhs que tu m'as envoyée.
-D'accord ! Je lui parlerai plus tard. »
Alors que tout le monde vaquait à ses occupations de l'après-midi habituelles, exceptée Alibaba qui avait quasiment reçu l'ordre de se reposer pour récupérer de la fatigue du voyage, le prince et future reine profita d'être seule dans la chambre pour contacter Hakuryuu, en se demandant de quoi ils pourraient se parler après presque un an sans se voir.
La prunelle des rokhs s'illumina et le visage d'Hakuryuu apparut, Alibaba lui sourit :
« Bonjour Hakuryuu, ça me fait plaisir de te voir après tout ce temps. Kougyoku t'a tout expliqué, il me semble.
-Bonjour messire, enfin dame Alibaba. Je dois dire que la nouvelle m'a surpris, vous renoncez donc à Balbad ?
Alibaba eut un silence, puis un petit sourire avant de répondre :
-Hakuryuu , j'ai renoncé à Balbad le jour où j'ai destitué mon frère pour en faire une république, je lui viendrai en aide en cas de guerre ou de révolte mais je ne le gouvernerai pas et je n'y impliquerai Sindoria que si le pays rejoint l'alliance rejoint l'alliance des sept mers.
-Et pour votre enfant ?
-Il agira selon son cas et conscience. Je vais lui faire confiance et l'encourager, quoi qu'il choisisse de faire.
-Je vois, vous n'avez pas changé, tout en n'étant plus la même, dame Alibaba.
-Eh, je vais être mère : il est temps que je mûrisse. » Un détail attira son attention. « Qu'est-ce que Judal fait avec toi ?
Le magi noir apparut à son tour :
-Comment t'as su que j'étais là ?
-J'ai vu ton ombre. Hakuryuu, tu t'es associé à lui? Je croyais que tu voulais l'éviter.
-Nous nous sommes trouvé un objectif commun. »
Elle ne posa pas de question, elle savait de quoi il parlait, et elle savait aussi qu'elle ne pourrait pas l'en dissuader : une sorte d'intuition féminine lui disait que son ami avait sombré dans la dépravation. Avec un soupir, elle répliqua :
« Très bien ! Je ne compterai donc pas sur ta présence à mon mariage dans ce cas.
-Cela me semble effectivement compromis.
-Sois quand même prudent, toi aussi Judal. »
Les deux garçon furent surpris de cette demande, en particulier Judal, mais n'en laissèrent rien paraître. Alibaba rompit la communication et s'allongea sur le lit en caressant son ventre :
« J'espère qu'Hakuryuu sait ce qu'il fait et saura se poser des limites. »
Elle sursauta soudain : il venait de lui sembler sentir un mouvement dans son ventre, pas physique, elle n'était enceinte que d'un mois et demi, mais plutôt comme si un magoi qui n'était pas le sien s'agitait doucement pour acquiescer à ce qu'elle disait. Avec un sourire et quelques larmes de bonheur aux yeux, elle se mit à chanter une vieille berceuse qu'elle tenait de sa mère sans se rendre compte que les rokhs qui l'entouraient diffusaient en même temps une atmosphère d'apaisement, créant une bulle où seuls Alibaba et l'enfant qu'elle portait se trouvaient, avec pour seul spectateur l'oiseau-espion de Sinbad qui tenait avait toujours un œil sur sa future femme et leur futur enfant. Depuis son bureau, le roi sourit à ce spectacle et se dépêcha de finir son travail afin de rejoindre sa famille au plus vite. En arrivant dans sa chambre, il la trouva souriante, elle l'invita sur le lit, lui prit les mains et les posa sur son ventre. A son tour, Sinbad sentit le magoi de son enfant s'agiter pour saluer son père :
« Notre bébé est un génie. S'enthousiasma-t-il alors qu'Alibaba riait.
-Oui, un génie à qui tu apprendras à manipuler le magoi et le commerce et que j'entraînerai à l'escrime avec Sharkan.
-Et à qui tu apprendras à être un bon roi.
-Ça, ce sera notre travail à tous les deux. Il me tarde de le rencontrer.
- « Le » ?
-Selon ma coutume, ensuite on verra. Et tu sais, je sais déjà comment l'appeler si c'est un garçon.
-Et je n'ai pas mon mot à dire ?
-Badr. »
Un silence stupéfait fut la première réaction de Sinbad.
« Ça ne te fait pas plaisir ? J'ai vu à travers ton magoi quel genre d'homme était ton père et je veux que notre fils tienne de lui. Alibaba se retrouva soudain contre le torse de son fiancé.
-Bien sûr que ça me fait plaisir, mon amour.
-Et si c'est une fille, ce sera Ezra.
-Tu ne veux pas lui donner les noms de tes parents ?
-Peut-être pour ses frères et sœurs, si tu veux. »
Ils échangèrent un sourire complice et plein d'espoir.
A des centaines de kilomètres de là, Hakuryuu et Judal discutaient sur la route vers l'endroit où le magi convoquerait Bélial :
« Elle est belle.
-Oui, très belle, très enceinte et très bientôt mariée à Sinbad. Et tu n'étais pas amoureux de sa lige ?
-Si, bien sûr, mais je suis quand même surpris de voir qu'elle se soucie quand même de moi, et de toi aussi.
-Où veux-tu en venir ?
-Quand nous en aurons fini, tu penses qu'elle pourrait nous suivre ? »
