Dès son réveil, Alibaba attrapa sa prunelle des rokhs, elle avait un ami déchu à interroger.

Visiblement, Hakuryuu faisait les choses en grand pour appuyer son nouveau statut d'empereur : il s'était débrouillé pour lui donner une vue d'ensemble de la salle du trône de Rakushou où il siégeait désormais :

« Bonjour Hakuryuu. Salut à toi aussi Judal. Nous serait-il possible de parler en privé ?

-Bien sûr, dame Alibaba, j'arrange ça tout de suite. »

Quelques minutes plus tard, ils étaient face à face – par prunelles des rokhs interposées-, après un silence, Alibaba se lança :

« Comment vas-tu ? Ta vengeance t'a-t-elle apaisé ?

-Je vais bien, et ma vengeance n'est pas terminée. Je dois encore me débarrasser de Kouen.

-Je vois. Dit-elle en repensant à sa conversation avec le général.

-Tu vas me rejoindre pour récupérer Balbad. N'est-ce pas ?

-Nous avons déjà eu cette conversation, il me semble. Dans ce conflit que tu vas déclencher, je protégerai Balbad sans prendre parti. Mais dis-moi : tiens-tu vraiment à affronter tes cousins, ta sœur et une partie de ton peuple en en sacrifiant une autre ? Alors même qu'Al-Samen complote pour faire descendre une chose horrible sur terre contre laquelle nous devrions tous nous unir ?

-Si tu fais référence à l'histoire d'Alma-Toran, je la connais déjà : Judal me l'a transmise grâce à sa magie. Mais quand bien même, je n'ai aucune raison de m'allier avec Kouen, l'usurpateur doit disparaître.

-Hakuryuu, tu es donc bel et bien tombé dans la dépravation.

-Ça te pose un problème ?

-... Pas autant que je l'aurais cru. Vas-tu demander le soutient de Sinbad ?

-Non, j'ai Judal à mes côtés, ce sera suffisant.

-Très bien, je ne m'attarderai pas plus dans ce cas. Au revoir Hakuryuu.

-Alibaba... un jour tu seras à mes côtés toi aussi, que tu le veuilles ou non. »

La communication s'interrompit et Sinbad, Aladdin, Morgiana et Jafar entrèrent avec un air grave et un plateau de nourriture :

« Vous avez tout entendu ? Demanda la jeune femme en prenant le plateau et en commençant à manger : elle mourrait de faim.

-Oui, c'est pire que ce que je croyais. Répondit Aladdin.

-J'en suis en partie responsable, j'aurais dû rester avec lui au royaume d'Aktia. Jugea froidement Morgiana.

-Ne commencez pas. Pour le moment, tu vas rester en sécurité à Sindoria et je vais prévenir nos alliés et Kouen de ce qui s'est passé. Ordonna le roi des sept mers. Et ce n'est pas la peine de discuter. » Trancha-t-il.

Plus tard, il revint s'allonger aux côtés de son épouse. Ils ne dirent rien. Elle se blottit juste contre lui. Il passa son bras autour d'elle. Ils s'embrassèrent doucement :

« Je t'aime.

-Je t'aime. »

Ils n'avaient pas besoin d'en dire plus.

« Je crois qu'Hakuryuu a un second djinn.

-J'ai vu, j'ai déjà prévenu Kouen. Alibaba ?

-Oui ?

-Je ne te laisserai à aucun prince de Kou. Ni à Hakuryuu, ni à Kouen, peut-être à la rigueur à Kougyoku...

-Très drôle !

-Je suis sérieux. Si tu veux me tromper ou me quitter un jour, tu devras le faire avec quelqu'un de l'alliance ou de Reim.

-C'est une drôle de façon de dire que tu me protégeras de nos ennemis, Sinbad.

-Je n'ai jamais été un grand sentimental faisant serment d'être le bouclier de sa belle, malheureusement.

-Tu n'en as pas besoin, je ne t'ai pas épousé pour ton romantisme.

-Pourquoi alors ? Demanda-t-il en flirtant.

-J'avais envie de toi et je ne pensais pas que tu étais sérieux en disant vouloir faire de moi ta reine. J'ai eu tort. Répondit-elle sur le ton de la plaisanterie.

-Et en réalité ?

-Tu m'as encouragé à suivre ma propre voie, à surmonter les traditions dont j'ai hérité. Ce jour-là, tu m'as laissé le choix et je t'ai choisi, je te respectais et t'admirais déjà avant mais c'est au moment où tu m'as dis que le fait que je sois un garçon ou une fille n'importait pas que je suis tombée amoureuse de toi.

-Donc tu es tombée amoureuse de moi parce que j'ai agis une fois comme toi tu le fais toujours ?

-Pardon ?

-Tu ne t'en es peut-être jamais rendu compte mais le respect et la confiance que tu montres à chaque personne leur permet d'avancer sur leur propre voie. Tu ne guides pas les personnes comme je le fais, tu les accompagnes...

-Sinbad...

-Et c'est pour ça qu'Aladdin t'a choisis et que je suis persuadé que nous formons une bonne équipe tous les deux. Plus que tout, c'est pour ça que je t'aime.

-Sin... T'es-tu jamais demandé si nous sommes ensemble par la volonté de Salomon ?

-Ali, je peux voir les rokhs et le flot du destin et je dois te dire que quand je t'ai vu en fille pour la première fois, eh bien, c'était comme si un nouveau chemin s'était ouvert et j'ai décidé de le suivre. Notre histoire est un imprévu, je crois, elle ne dépend ni d'Ill-Illah ni de Salomon et s'est greffé sur le grand flot. À mes yeux, c'est ce qui la rend merveilleuse. »

Les hormones de la jeune femme reprirent le dessus et elle pleura de joie.

On frappa à leur porte et Jafar apparut pour leur dire qu'ils arrivaient à Sindoria.

À Rakushou, Judal se pencha vers le roi qu'il avait choisis avec un sourire teinté de folie :

« Et tu oses dire qu'elle ne t'intéresse pas.

-Elle et Morgiana seront bien mieux avec moi qu'avec un homme déjà trentenaire alors qu'elle n'en a même pas vingt.

-Tu les veux toutes les deux ?

-Je suis l'empereur de Kou, où est-le problème ?

-Et son enfant ?

-Comme son père. Notre nouveau monde n'en a pas besoin.

-Tu es vraiment un cinglé.

-Toi aussi. Pour l'instant, concentrons-nous sur Kouen.

À Balbad, les trois autres princes de Kou et leurs liges tenaient un conseil de guerre : en prenant en compte les troupes des deux côtés, les terrains dont ils disposaient et les renseignements reçus de Rakushou sur les soldats d'Hakuryuu et ceux venus de Sinbad :

« Il semble que le nouveau djinn d'Hakuryuu soit de type vie, donc il devrait être inefficace face à Phenex.

-Il faudrait que nous évitions de combattre près des villes et des habitations, combattre à Balbad forcerait Sinbad et Alibaba à intervenir pour protéger le pays et ils n'ont pas à se mêler des affaires de Kou. »

Un peu plus tard, Koumei profita d'être seul avec son frère aîné pour lui demander :

« Votre décision d'éviter de combattre à Balbad, est-ce vraiment pour tenir Sindoria à l'écart ?

-Tu le sais déjà.

-Elle aime vraiment son mari, vous savez, ça se voit, tout comme le fait que ce soit réciproque.

-Quand nous en aurons finis de cette guerre, ce sera au tour du reste du monde. Une fois Sinbad vaincu, elle verra que j'ai protégé son peuple et alors...

-Et son enfant ?

-Ça dépendra d'elle. Pour l'instant, concentrons-nous sur Hakuryuu. »

Comme le chapitre est plus court que les autres, j'y ai ajouté une petite scène bonus :

Après que Koumei ait quitté la pièce, Kouen avisa un serviteur dans un coin de la pièce : il reconnu l'homme que la femme qu'il convoitait avait regardé avec insistance et à qui elle s'était directement adressé le jour de l'audience. Pour une fois, il décida de faire preuve de curiosité envers le peuple de Balbad, d'autant que cet homme avait sans aucun doute surpris les propos échangés avec son frère :

« Eh toi ! Tu es un ami d'Alibaba Saluja, n'est-ce pas ? Rappelle-moi ton nom.

-Barkak, Votre Excellence. Et oui, j'étais assez proche du prince.

Kouen ne releva pas le fait qu'il appelle encore Alibaba « prince » et continua :

-C'était quel genre d'enfant ?

-Elle a vécu jusqu'à ses sept ans dans le bidonville et a toujours eu du mal à se considérer totalement comme un prince féminin de Balbad mais elle a toujours fait des efforts dans ses études, même ce qui lui plaisait le moins, malgré la solitude qu'elle ressentait au palais. C'est moi-même qui lui ai appris l'escrime, je l'ai vu grandir et devenir peu à peu la jeune femme qui vous a tenu tête il y a quelques jours, je suis fier de ce qu'elle est devenu, même si ce n'était pas ce à quoi nous nous attendions.

-Et qu'attendiez-vous ?

-Son père voulait lui passer le pouvoir mais elle l'a refusé en disant que ses frères étaient plus légitimes mais qu'elle continuerai à les soutenir et à tout donner pour le pays.

-Je vois. Tu peux disposer. »

Sans un mot, l'ancien chef de la garde sortit.

Que tu es admirable à ta façon, Alibaba, je ne t'en désire que plus, ma future reine.

Dans le couloir, Barkak laissa son visage exprimer la colère qu'il avait refoulé durant la conversation.

Mon prince ne sera jamais à toi,espèce de tyran, elle aime Sinbad et a suffisamment mauvais caractère quand il le faut pour éviter qu'on lui force la main dans un mariage avec l'assassin de son mari.