Quelques jours plus tard, les deux armées de Kou se dressèrent l'une contre l'autre dans la plaine de Kanan. Kougyoku et Kouha se retrouvèrent en première ligne avec deux des liges de Kouen face à ceux d'Hakuryuu avec les soldats renforcés par Zagan et Bélial.
Durant la bataille, personne ne remarqua le cercle d'observation magique qui permettait de suivre l'affrontement en toute discrétion. Sinbad, Alibaba, Jafar, Aladdin et Morgiana suivaient la bataille du mieux qu'ils pouvaient en notant les atouts et les tactiques des deux partis. Alors que Judal brisait le cœur de Kougyoku avec des mots cruels, un appel de détresse leur parvint : dans la fenêtre de communication, le visage d'Hakuei Ren apparut avec un air grave et coupable :
« Vous êtes des amis de mon frère, messires Sinbad et Alibaba, Aladdin. Je vous en prie, aidez-moi à le secourir. »
Elle était trop concentrée sur Sinbad et Aladdin pour remarquer son erreur sur Alibaba. Et eux étaient trop concentrés sur elle pour voir ce qui les entouraient. Ainsi, Alibaba fut la seule qui remarqua que la pierre de magoi luisait doucement : David devait avoir un message à leur transmettre. Il ne fallait pas chercher bien loin pour comprendre lequel. Elle entendit son roi et son magi accepter la requête de la première princesse de Kou et commencer à discuter de la façon dont ils devaient agir et intervint :
« C'est Arba.
-Ça ne fait aucun doute. » Répondit Sinbad. « Et c'est peut-être notre seule chance de l'avoir. Mais j'agirai seul, Aladdin, vu la façon dont elle doit te voir je préfère que tu restes loin d'elle.
-Mais comment peux-tu être sûr que c'est Arba ?
La pierre de magoi brilla plus intensément et Aladdin permit à David de se manifester, à la stupéfaction de Jafar et Morgiana qui ne durent de garder leur calme qu'à l'intervention de leurs maîtres :
-Aladdin, j'ai créé Arba et, avant ma connexion avec Sinbad, je l'ai beaucoup observée dans ce monde. Sa méthode de possession est de passer de mère en fille, une fois dans un nouveau corps, elle donne naissance au prochain et l'élève. C'est pour ça que je suis sûr que c'est elle. » « Ça et sa signature de sal... de magicienne inimitable dans les rokhs noirs. Où diable me suis-je trompé avec elle ? »
Après avoir réunis de quoi rejoindre Arbakuei le plus rapidement possible, Sinbad et Jafar disparurent et Yamuraïha créa un deuxième cercle d'observation pour suivre le déroulement de leur mission d'exorcisme, sous l'œil inquiet des autres généraux, de la reine et sa garde et du magi. David ne s'en faisait pas trop et était plus intéressé par les regards en coins de ceux qui se tenaient à ses cotés :
« Que voulez-vous savoir ? Finit-il par demander.
-Comment et pourquoi avez-vous possédé notre roi ?
-Le comment est inutile, vous étiez là,vous avez vu la mort de vos amis et ce qui est arrivé à Parthévia. » A ces mots, les généraux s'assombrirent et Alibaba, qui avait vu l'histoire à travers les rokhs de son mari, se rembrunit également. « Quand au pourquoi, lui et moi partageons une capacité semblable et des objectifs proches, la plus grosse différence étant que lui n'a pas regardé trop loin et perdu espoir et qu'il a pu recevoir une alternative aux deux flots du destin par un heureux concours de circonstance, avec des résultantes bien meilleures.
-Que voulez-vous dire ? Demanda Alibaba.
-Je termine avec Sinbad et j'enchaîne sur ta question, Alibaba Saluja. Je n'ai pas vraiment possédé Sinbad, la nature de nos rokhs était suffisamment proche pour pouvoir se mélanger et j'en avais assez de n'être qu'un simple observateur. Globalement, je ne l'ai jamais vraiment influencé.
-Et vous n'en avez aucun regret ?
-La seule chose que ça m'aurait apporté, c'est d'être associé à un idiot occasionnel avec un problème d'alcool parfaitement capable de tous nous forcer à vivre seulement vêtus de feuilles, non merci. » Après le silence provoqué par cette indéniable vérité, David enchaîna : « T'a-t-il déjà dis ce que la découverte de ton secret a entraîné, jeune reine ?
-Oui, il me l'a dit. Répondit Alibaba, surprise de l'entendre l'appeler « jeune reine ».
-Dans ce cas, saches juste que ta présence à ses côtés et l'enfant que tu portes ont profondément bouleversé le destin. S'il ne l'avait pas découvert... eh bien, le monde n'aurait pas été si mal mais je ne m'y connais pas assez en commerce pour le voir autrement que pourri jusqu'à la moelle. Sans compter que tu n'y aurais pas été, au moins au début, et qu'Arba aurait pu agir à sa guise, et ça, toute la technologie magique du monde, importée d'Alma Toran ou développée dans celui-ci, n'y changerait rien. Tout comme le fait que ça aurait détruit tout ce qui a pris tant de temps à être créé. »
Les personnes présentes échangèrent un regard interrogateur, Aladdin se dit que ça ressemblait presque à des remerciements.
Dans la plaine de Kanan, Kougyoku pleurait. Elle pleurait les morts des deux côtés. Elle pleurait cette guerre absurde. Et surtout, elle pleurait pour les mots que lui avais dis Judal. « J'ai eu tort, Kougyoku, tu n'es qu'une petite fille faible. » Elle allait se faire achevée quand le bourdonnement dans ses oreilles revint. Elle perdit conscience. Judal vit son ancienne candidate au trône lever son épée pour contrer ses attaques mieux qu'elle ne s'était jamais battu auparavant :
« Tu n'es pas Kougyoku.
-Non, en effet. » Confirma l'intrus alors que la troupe Kôga d'Hakuei arrivait par derrière et faisait capituler celles de Kouen. Hakuei arriva et Hakuryuu vint à sa rencontre alors que Kougyoku s'évanouissait à coté de Kouha. La première princesse s'agenouilla devant son petit frère :
« Majesté.
-Tu te ranges donc à mes côtés, ma sœur ?
-Kouen ne pouvait pas ne pas être au courant pour le meurtre de nos frères et n'a rien fait. Mais moi non plus. Une fois empereur incontesté, permet-moi de quitter la cour et la politique.
-Très bien. » Il se tourna vers son état-major : « Nous avons des otages, envoyez une demande de reddition à l'usurpateur pour leurs vies.
-Tu ne les tues pas ? Demanda Judal.
-Pour l'instant, je me contenterai de les exiler avec Koumei si Kouen coopère. Je ne veux pas être vu comme un tyran dès le début de mon règne.
-Tss, t'es pas marrant sur ce coup-là.
-Je suis heureuse de vous voir faire preuve de sagesse, Majesté. » Rétorqua Hakuei en souriant.
Dans la tente de commandement de Koumei, tout le monde dormait quand les troupes adverses arrivèrent. À Balbad, quelques heures plus tard, Kouen recevait la nouvelle de la prise en otage de ses frères et de sa sœur, du fait qu'Hakuei s'était rangée du coté d'Hakuryuu et, après avoir vu ses vassaux lui assurer leur loyauté, avant d'obéir à son ordre de le laisser seul, la visite impromptue de Sinbad :
« Qu'est-ce que tu fais là ?
-Voilà un ton bien froid pour celui qui a sauvé les têtes de vos frères et sœur, Kouen.
-Quoi?!
-Si je n'étais pas intervenu en renfort à la demande d'Hakuei, Kougyoku aurait été tuée par Judal, Kouha par les soldats, Koumei aurait peut-être été épargné mais rien n'est moins sûr.
-Et pourquoi t'es-tu mêlé à ça, Sindoria n'a rien à voir avec nos affaires.
-Non, en effet. C'est pour le monde dans sa globalité que j'agis actuellement.
-Ben voyons.
-Penses-tu qu'Arba, ou Gyokuen, ait vraiment disparu ?
Cette question fit un choc à Kouen qui se la posait depuis un moment :
-Non, répondit-il, non, je ne pense pas.
-Bonne réponse. Et nous avons un plan pour nous en occuper.
-Nous ?
-Yamuraïha, peux-tu établir le contact dans les deux sens, s'il te plaît ? »
La prunelle des rokhs que Sinbad avait emporté s'illumina et laissa sortir ses rokhs pour créer une fenêtre où toutes les personnes réunies dans la salle du conseil de Sindoria apparaissaient. Kouen sursauta en apercevant David.
« C'est une longue histoire, anticipa Sinbad, et ce n'est pas le moment de la raconter. Pour le moment, j'aimerais que tu acceptes de nous écouter. »
Kouen s'était rendu. Hakuryuu avait déclaré qu'il serait exécuté, Koumei, Kouha et Kougyoku exilés, tous leurs liges emprisonnés et Hakuei, pour son soutient, pardonnée. Quelques jours plus tard, alors qu'Hakuryuu s'était rendu seul auprès de l'ancien premier prince pour l'interroger sur les raisons de sa redditions et le confronter à ses choix et son inaction face à Al-Samen et Gyokuen, Aladdin et Morgiana firent irruption dans la pièce avec une prunelle où l'image d'Alibaba apparaissait et suivis de Judal qui sentait venir des développements potentiellement intéressants.
« Oncle Kouen, Hakuryuu, comme convenu, nous sommes venus suivre avec vous l'avancée de notre affaire. Déclara solennellement Aladdin.
-Quelle affaire ? Demanda Hakuryuu alors qu'Aladdin invoquait un cercle d'observation. Et pourquoi n'êtes-vous pas venue en personne, dame Alibaba ?
-J'entame mon cinquième mois de grossesse, je ne peux plus me déplacer aussi facilement. Et je te rappelle que tu m'as plus ou moins menacée, il n'y a pas longtemps.
-Et en tant que capitaine de sa garde, c'est mon rôle de la représenter et d'éliminer les menaces potentielles. Ajouta Morgiana
-Le cercle est en place. » Annonça Aladdin, attirant l'attention générale sur celui-ci et ce qu'il montrait.
Dans la cabine d'un bateau s'éloignant de Balbad, Sinbad et Hakuei discutaient :
« Merci de m'avoir aidé à secourir mon frère, roi Sinbad.
-Ce n'est rien, il m'avait lui-même demander mon soutient, il y a longtemps.
-Maintenant qu'il est assuré de devenir empereur, j'ai décidé de me retirer. Néanmoins, je rêve toujours d'unir le monde, moi aussi. M'autoriseriez-vous à travailler avec vous ? »
Dans la cellule de Balbad et la salle du conseil de Sindoria, on put entendre des hoquets de surprise et des grincements de dents.
« Comptes-tu jouer cette comédie longtemps, Arba ? Demanda le roi des sept mers, faisant sursauter Judal et Hakuryuu. La magi fut également surprise et leva les yeux vers lui.
-Tu es... David ?
-Non, je suis moi, mais il se trouve que David et moi avons des objectifs communs désormais.
Elle se rapprocha jusqu'à se coller à lui en l'enlaçant.
-Vous ne faîtes plus qu'un avec Dieu, n'est-ce pas ? Je vous en prie, utilisez mes pouvoirs.
-Arba. »
Il posa ses mains sur ses épaules... -à Balbad, Aladdin indiqua à Judal comment se téléporter là-bas, il était trop abasourdi par la scène pour refuser- … et projeta son magoi en elle, l'empêchant momentanément d'utiliser ses pouvoirs.
« Aladdin, maintenant. »
Les deux magis apparurent dans la cabine et... « Sagesse de Salomon. »
Le monde des rokhs d'Hakuei était blanc et pur, Aladdin était soulagé de voir qu'elle était encore en vie, Païmon semblait l'avoir protégé de la corruption jusqu'à maintenant. Les rokhs d'Arba étaient difficiles à manquer, même entravés par le magoi de Sinbad. Aladdin s'approcha, vérifia qu'il ne restait aucun rokh noir et utilisa la technique de la prison de magoi avant de les extraire de leur réceptacle. Une fois cela fait, il sentit Hakuei redevenir elle-même, soupira de soulagement et réintégra son corps.
