Le bateau où Sinbad et Hakuei se trouvaient avait fait semblant de s'éloigner de Balbad et y retournait. Dans la cabine, la première princesse de Kou avait repris conscience et commençait à paniquer, obligeant Aladdin et Sinbad à la calmer pour lui expliquer la situation et lui demander de quoi elle se souvenait. Pendant qu'elle racontait comment elle avait senti Arba prendre possession d'elle alors qu'elle apprenait la rébellion de son frère sur le plateau de Tenzan, Judal ramassait la pierre de magoi et l'observait avec curiosité :

« Fais attention. Arba est une magi, rien ne dit qu'elle ne pourra pas sortir. Le prévint Aladdin.

-Que veux-tu faire avec ?

-Continuer à l'enfermer dans du magoi jusqu'à ce qu'on trouve une solution durable. »

Jafar fit alors irruption dans la pièce :

« Nous sommes arrivés. »

Au vu des circonstances, Hakuryuu avait prétexté un entretien entre ses cousins prisonniers, les représentants d'un pays susceptible de les accueillir et sa sœur. En rentrant dans la salle, Hakuei se précipita vers son frère avant de s'arrêter net et de se tourner vers ses cousins en hésitant : elle ignorait qui de Kouen ou d'Hakuryuu ferait le meilleur empereur à Tenzan elle avait touché du doigt la meilleure solution pour le monde entier mais sa possession l'avait empêché de l'atteindre. Elle et Sinbad s'assirent en face du nouvel empereur, la fenêtre de vision ouverte sur Alibaba que tenait Morgiana aux côtés de Sinbad, Jafar et Aladdin se tenant derrière eux, ce dernier et Judal, derrière Hakuryuu, surveillaient la pierre de magoi d'Arba :

« Bien, commença Hakuryuu, roi Sinbad, Aladdin, je vous remercie de votre collaboration dans l'arrestation et la neutralisation de notre ennemie. Maintenant qu'elle est sous contrôle, je vous demande de nous la remettre.

-Malheureusement, prince Hakuryu, mous ne pouvons accéder à cette demande pour l'instant : Arba, comme l'a déjà fait remarquer Aladdin, est une magi et peut très bien s'échapper de la prison de magoi. Nous estimons plus prudent qu'elle reste sous notre surveillance, au moins jusqu'à ce que nous ayons trouvé un moyen de l'enfermer plus sûr que celui que nous utilisons actuellement.

-Insinuerais-tu que je ne suis pas capable de la maintenir enfermée, roi crétin ? Lança Judal, en colère.

-Non, j'insinue que tu pourrais très bien la libérer en cherchant à t'approprier ses pouvoirs. Répondit le roi des sept mers.

-Vous m'avez appelé « prince » ? Souligna Hakuryuu.

-Vous n'êtes pas encore officiellement empereur, il me semble.

-En pratique, si.

-Elle a une belle mine, ta pratique ! À combien montent les pertes des deux armées ? Intervint Alibaba.

-Ce ne sont pas tes affaires, Alibaba ! S'énerva à son tour Hakuryuu, contrarié de la voir intervenir contre lui.

-Elle a raison, Hakuryuu. »

Tous les regards se tournèrent vers Hakuei qui était jusque là restée silencieuse :

« Ce que tu as fait pour obtenir le trône, envoyer nos soldats à qui tu as lavé le cerveau avec tes djinns contre d'autres soldats de notre peuple, est indigne d'un souverain. Tu n'as même pas tenté de discuter avec Kouen, tu t'es laissé guider par une fausse vengeance que nos frères n'auraient pas voulue et qui aurait pu détruire le travail de notre père. Tu n'as fait que poursuivre l'œuvre de leurs assassins en agissant ainsi.

-Ma sœur, tu prends donc finalement le parti de Kouen ?

-Non, lui non plus ne doit pas devenir empereur, d'ailleurs il ne le désire pas, c'est un homme de guerre et l'empereur Hakutoku, même si personne dans cette famille ne semble s'en souvenir, a toujours privilégié les négociations et, s'il voulait unir le monde, il ne voulait pas le faire en imposant notre culture aux autres peuples comme l'a fait Koumei. »

Cette déclaration, ainsi que de voir la toujours calme et posée Hakuei élever la voix, tira un long silence à l'assemblée. Consciente de l'attention qu'elle avait et de ce que qu'elle s'apprêtait à faire, Hakuei se tourna vers l'ancien prince féminin de Balbad :

« Dame Alibaba, vous avez fait de Balbad une république parce qu'aucun des prétendants au trône n'était qualifié pour être roi, n'est-ce pas ?

-Oui, mais pas seulement. Nous étions dans une situation où le peule devait se prendre en main de lui-même. Ce n'est pas votre cas. Il y a encore un candidat au trône capable de reprendre votre pays en main.

-Kouha ?

-Vous. Vous êtes plus légitime que vos cousins et plus sage que votre frère. Maintenant c'est votre décision et les affaires de Kou ne nous concernent pas.

-Pour en revenir à Arba, intervint Sinbad en rajoutant du magoi à la pierre, dès que nous aurons trouvé le moyen définitif de l'enfermer, nous vous le ferons savoir. Si vous avez clarifié votre situation d'ici-là, nous nous ferons un plaisir de vous faire collaborer à son jugement.

-Un jugement ?

-En fait, c'est à Aladdin de décider de son sort. Elle a carrément détruit leur monde après tout. Maintenant, parlons du motif officiel de cette réunion. On a une petite île à Sindoria, un peu à l'écart des îles principales, parfaite pour accueillir des criminels exilés de leur pays.

-Je vous remercie mais nous avons également une île pour eux dans notre territoire.

-Bien, dans ce cas l'affaire est réglée. Nous vous laissons. Cela dit, nous n'aurions rien contre le fait d'accueillir Kougyoku, qui est une amie très chère de ma femme, de temps à autres, ou d'aller la voir.

-Nous verrons ce que nous pourrons faire. » Conclut Hakuryuu, mettant fin à la conversation.

Après les salutations d'usage, la délégation sindorienne repartit avec Arba, laissant les Ren discuter entre eux de la suite.

Sur le bateau qui les ramenait chez eux, Sinbad demanda à Aladdin ce qu'il pensait de la situation de Kou :

« Je dirais qu'Hakuei saura ramener son frère à la raison et le tirer de la dépravation. Le problème, c'est Judal, j'ai peur qu'il parte semer le chaos ailleurs.

-Aucune chance. Même s'il fait genre que non, il a grandi avec les Ren, j'irai même jusqu'à dire qu'il les considère comme sa famille. Il ne les quittera pas.

-Puises-tu dire vrai. »

Aladdin rajouta du magoi à la prison.

À Sindoria, Alibaba souriait en caressant son ventre :

« On dirait que tout va s'arranger à Kou, petit bout. »

Yamuraïha entra alors dans la pièce :

« Ma reine, nous avons réussi !

-Réussi quoi ?

-Eh bien, les formules pour rendre le métal imperméable aux rokhs et au magoi qu'on nous a déposées au laboratoire : elle fonctionnent.

-Puis-je les voir ? »

En les examinant, Alibaba sut avec certitude de qui elles venaient : « David ! » L'ancien tyran avait bel et bien rallié leurs camps apparemment. La reine sauta sur l'occasion qu'il lui donnait et ordonna :

« Yamuraïha, vous tous, faîtes construire un récipient métallique solide que l'on pourra fermer et sceller sans que rien n'en échappe dans les plus brefs délais et rendez-le imperméable aux rokhs et au magoi de l'intérieur comme de l'extérieur. Le roi et Aladdin en auront besoin dès leur retour.

-À vos ordres, Majesté. »

« Sinbad, mon amour, Aladdin, revenez vite et en bonne santé. »

A Rakushou, où les Ren et Judal étaient rentrés, Kouen et ses frères et sa sœur en cellule et Hakuryuu et Hakuei dans une salle de conseil, un débat avait lieu :

« Hakuryuu, que ferais-tu du monde si tu devenais empereur ?

-Je... je... n'y ai jamais vraiment pensé.

-Moi, si je devenais empereur, je rendrai leur indépendance aux pays que nous avons conquis et j'essayerai de discuter avec eux de façon plus équitable, en faire des alliés plutôt que des sujets. J'aimerai encourager notre peuple à développer son agriculture de lui-même et ne plus compter sur la guerre et l'esclavage dont nous sommes dépendants.

-Et comment peux-tu savoir si le peuple approuvera cela ?

-Parce que notre peuple est fier et comprendra que, si nous ne changeons pas tant que nous le pouvons, le pays s'effondrera, parce que nous sommes les héritiers de la volonté de notre père et de nos frères et que c'est ce qu'ils auraient voulu. Ils étaient déterminés à faire cesser les anomalies de ce monde et mon souhait a toujours été de poursuivre leur rêve.

-Et moi j'ai accompli leur dernière volonté.

-Crois-tu sincèrement à ce que tu dis ? »

Cette déclaration fit tiquer Hakuryuu : elle lui rappelait bien trop le donjon de Bélial.

« Tu sais, Hakuryuu, Kouen nous a laissé son épée » Reprit Hakuei en lui tendant l'objet. « C'est notre frère Hakuyuu qui la lui avait confié. Lui aussi voulait les venger, il te l'a dit, non ?

-...

-J'aimerai que tu réfléchisses à tout ça avant que nous décidions lequel d'entre nous doit monter sur le trône. » Finit-elle en sortant.

Quelques heures plus tard, quand le prince descendit rejoindre sa sœur et son magi, Judal resta bouche bée en s'apercevant que les rokhs de son candidat au trône étaient de nouveau blancs et Hakuei versa quelques larmes d'émotion quand il lui déclara :

« Tu avais raison, grande sœur. Je vais te soutenir quand tu seras notre quatrième empereur. »

Judal décida de faire contre mauvaise fortune bon cœur mais demanda quand même le droit de supprimer les membres restants d'Al-Samen qu'il rencontrerait. Il lui fut accordé.

Ces nouvelles arrivèrent à Sindoria en même temps que Sinbad, Aladdin, Jafar et Morgiana. Alibaba, venue les accueillir au port avec sa garde et les sept généraux restés sur l'île, les leur communiqua en vérifiant leurs états de santé et en faisant apporter l'urne destinée à enfermé définitivement Arba. Une fois les affaires graves réglées, Sinbad lui glissa à l'oreille qu'il avait libéré discrètement Kougyoku de l'emprise de Zépar. Son dernier motif d'inquiétude envolé, la reine se retira avec le roi pour célébrer leur succès et leurs retrouvailles en privé. Ce qui, dans leur langage, voulait dire : s'enfermer dans leur chambre et se blottir l'un contre l'autre sur leur lit : ça leur suffisait pour le moment et Alibaba, aussi heureuse de revoir son mari fut elle, avait trop à faire à gérer les coups du bébé qui était lui aussi très excité de ressentir à nouveau la présence de son père. Sans compter que Sinbad n'avait pas encore restauré tout son magoi et avait lui aussi besoin de repos. Quand Jafar vint les chercher, il les trouva endormis et les laissa dormir en souriant.

Après avoir étudié les formules et les composantes de l'urne-prison d'Arba, Aladdin se tourna vers celle de David et lui sourit :

« Merci grand-père. Je ne sais pas pourquoi tu as choisis de nous aider mais nous apprécions ton intervention.

-Un coup de tête, rien de plus. »

Dans le grand flot, Salomon sourit :

« Ce pourrait-il que mon père ait de nouveau une conscience ? »

Une fois de plus, le petit garçon était revenu, et comme d'habitude -Comment ça, comme d'habitude?!- il avait presque réussit à se faire passager clandestin sur un navire et Alibaba et Sinbad le grondait :

« Mais je ne suis plus un enfant, maman, j'ai cinq ans ! »

Elle allait répliquer quand elle entendit un petit rire venir de son mari, elle le vit se pencher vers lui et lui ébouriffer les cheveux :

« Tu es bien le fils de ton père.

-Alors pourquoi tu ne me laisses pas naviguer au secours des gens ?

-Et de ta mère aussi. »

Alibaba se réveilla et croisa les yeux de Sinbad. Ils s'embrassèrent :

« Mon amour.

-Oui ?

-Je crois qu'on va avoir du travail avec notre enfant.

-On s'en sortira, j'en suis sûr. »

Fin du premier arc.

A partir de là, la publication va s'espacer: mon avance sur les chapitres touche à sa fin et j'ai moins de temps pour écrire la suite. Je ferai de mon mieux pour ne pas vous faire trop attendre.