Depuis le balcon du siège des rencontres internationales, construit sur une île artificielle créée par les pouvoirs des djinns, Badr prenait plaisir à voir arriver les bateaux du monde entier et les oiseaux d'Altemyra. Ses parents et lui étaient arrivés la veille et s'étaient installés avec leurs compagnons dans la suite de Sindoria : chaque pays en avait une dans le palais blanc qui recouvrait toute l'île. Cet édifice était un mélange hétéroclite de tous les styles selon la zone réservée à tel pays ou à tel autre. Les lieux de vie se trouvaient dans les étages tandis qu'une salle de conférence en forme d'amphithéâtre et une salle de banquet et de réception occupaient le rez-de chaussé.

Badr sourit en reconnaissant le vaisseau de Reim, ceux de Balbad, Sasan et Héliohapte, l'imposant galion d'Imuchack, le navire de Kou et, il grimaça, la jonque de Kina. Ce n'est pas qu'il n'aimait pas Yamato Takeruhiko, juste que ce type qui s'était autoproclamé rival de son père, avait déclaré qu'il aurait dû être le roi des sept mers la dernière fois qu'il était venu à Sindoria pour le défier en duel – comme tous les cinq mois- avant de se faire battre par son père -comme d'habitude- l'agaçait profondément. Surtout qu'à chaque fois qu'il venait, il s'approchait trop de sa mère, l'appelait « la perle dorée des sept mers », le soit disant surnom qu'on lui donnait mais qu'il n'avait jamais entendu dans une autre bouche que celle du roi de Kina, ce que maman soulignait à chaque fois avant de se tourner vers son mari et de lui glisser « Pas de pitié » à l'oreille. Il y avait aussi cette histoire comme quoi il envisageait de quitter l'alliance mais papa disait que s'il pensait que c'était mieux pour son pays, il n'y aurait pas de problème. Il se dépêcha de rejoindre ses parents dans le hall et les trouva en pleine conversation avec les autres chefs d'états. Il était arrivé juste à temps pour voir entrer la délégation de Kina :

« Salut Sinbad, ah ! Et voilà la perle dorée des sept mers.

-Bonjour Yamato, personne ne m'appelle comme ça.

-Roi Yamato, où en êtes-vous dans votre idée de quitter l'alliance des sept mers ? Demanda de but en blanc Sinbad.

-Nous n'avons plus qu'à voir comment le peuple réagira. J'ai décidé de tenir compte de son avis comme vous le faîtes. Vous êtes une source d'inspiration, reine Alibaba. Répondit-il en s'approchant un peu plus de la reine, avant de se retrouver repousser mine de rien.

-Messire Takeruhiko, bonjour.

-Ah bonjour euh... mini-Sinbad.

-C'est Badr, messire.

-Désolé mais tu ressemble tellement à ton père...

-En cinq ans, vous auriez pu vous en souvenir. Mais c'est bien que vous preniez en compte l'avis du peuple, ça vous apprendra énormément. » Rétorqua Sinbad en souriant et en envoyant des ondes meurtrières à son homologue de Kina qui leur indiquaque le référendum aurait lieu deux mois après le sommet et qu'il les tiendrait au courant.

« En revanche, ajouta-t-il, nous continuerons à commercer avec l'alliance et le reste du monde.

-Bien, voilà qui est rassurant. Oh ! Veuillez-nous excuser, la délégation de Kou arrive vers nous.

-Pourquoi, il y a un problème avec avec eux ?

-Vous allez comprendre. » Et effectivement, il suffit à Yamato d'un seul coup d'œil sur le prince Hakuryuu pour savoir que lui aussi avait des vues sur Alibaba. Avec un sourire, l'empereur Hakuei les salua et demanda à Sinbad :

« Vous savez ce qui s'est passé chez nous, n'est-ce pas ?

-Oui, je sais absolument tout. » Répondit-il avant de se tourner Hakuryuu « S'ils savent vraiment comment découvrir et se servir de nos points faibles, il nous faudra redoubler de prudence.

-Quel genre de faiblesse ? Demanda Yamato

-Tout ce qu'ils peuvent exploiter. » Indiqua Hakuryuu.

À ce moment-là, les portes de l'amphithéâtre s'ouvrirent et les invités se dirigèrent vers leurs places. Seul Badr n'était pas prévu, il n'avait que cinq ans, mais ça ne le dérangeait pas : il comptait en profiter.

Alors que les souverains de ce monde se penchaient sur la gestion des ressources mondiales -l'histoire d'Alma Toran les avait averti de gérer les sources de nourriture et d'énergie de façon à les faire durer le plus longtemps possible et en quantité suffisante- , quelques tensions entre états et surtout sur cette secte qui se faisait de plus en plus préoccupante, le petit prince de Sindoria se glissa jusqu'au port et admira tous les bateaux, même la jonque qui sans Yamato à bord était beaucoup plus attirante, avec des étoiles pleins les yeux. Quand il serait grand, il saurait tous les piloter, se promit-il.

Soudain, un navire comme il n'en avait jamais vu surgit : fin et élancé, visiblement facile à manœuvrer, avec trois mâts et des voiles blanches, la première carrée et les autres triangulaires, le tout dans un bois si clair qu'il semblait blanc lui aussi. (une caravelle)

Alors que Badr le contemplait, il le vit franchir sans problème la barrière magique de l'île bien qu'il n'appartenait à aucun pays, ce qui lui fit se demander où il allait accoster puisqu'il n'y avait plus de place à quai avant de réaliser que ce n'était peut-être pas bon signe. Partagé entre le désir de prévenir les adultes et la peur de les interrompre, il ne vit pas le bateau jeter l'ancre et un groupe de cinq personnes en descendre par magie et voler vers la rive. Badr resta figé quand leur leader, une femme en longue robe blanche couvrant tout son corps, se posta devant lui en souriant et s'agenouilla, suivie de ses quatre compagnons, trois hommes et une femme, portant la même tenue :

« Prince Badr, c'est un honneur de vous rencontrer. »

En se reprenant et en se souvenant de ses manières, l'enfant répondit :

« Tout l'honneur est pour moi, chère madame, mais puis-je savoir comment vous connaissez mon nom ?

-Le fait que vous soyez le fils du roi Sinbad saute aux yeux, prince.

-Et que venez-vous faire ici ?

-Nous savons que les différents pays de ce monde s'inquiètent au sujet d'une branche de notre foi : nous estimons que nous devons au moins nous présenter pour éviter tout malentendu. Pourriez-vous faire savoir que nous sommes là, s'il vous plaît. »

Après un silence où Badr jaugea les nouveaux venus en réfléchissant, il finit par répondre :

« D'accord. »

Hakuryuu venait de finir son explication sur la façon dont l'homme l'avait aborder quand on frappa à la porte et que Badr entra et alla expliquer la situation à ses parents : ils l'écoutèrent, échangèrent un regard et Alibaba se leva pour aller vérifier les dires de son fils.

En sortant de l'amphithéâtre, la reine de Sindoria se retrouva face au groupe agenouillé devant elle :

« Relevez-vous.

-Reine Alibaba, votre fils, votre mari et vous êtes les seuls devant lesquels nous nous agenouillons puisque c'est vous qui avez instauré l'harmonie dans ce monde selon la volonté d'Ill-Illah.

-Et j'insiste tout de même pour que vous vous releviez. Jusqu'à preuve du contraire, vous êtes des ennemis qui se sont infiltrés dans un sommet politique. »

Pour toute réponse, le groupe émit un chant qui fit danser les rokhs et sursauter Alibaba :

« Raison de plus pour vous relevez. », dit-elle, « Ces chants nous enseignent que nous sommes tous égaux devant quelque chose de plus grand que nous.

-C'est vrai. Et puisque vous savez ce qu'ils signifient, vous devez comprendre pourquoi nous sommes là. »

Après réflexion,la reine prit sa décision :

« Entrez. » Dit-elle.