Allongée dans son lit, Alibaba attendait que son mari la rejoigne : elle avait bien vu que quelque chose n'allait pas chez lui ce soir et elle voulait en parler. Quand Sinbad la rejoint enfin, elle sentit que ça avait empirer et qu'elle devait agir rapidement mais en douceur. Une fois son mari couché, elle l'enfourcha et se pencha pour l'embrasser. Entre deux baisers, Sinbad murmura :
« Tu m'as manqué, mon roi.
-Tu m'as manqué aussi, mon consort, mais avant de continuer... Qu'est-ce qu'il y a ? Demanda-t-elle de but en blanc, ruinant ainsi l'ambiance.
-Comment ça « qu'est-ce qu'il y a ? » Répéta Sinbad, surpris, « C'est toi qui me saute dessus et qui t'interrompe d'un coup.
-Sinbad, j'ai bien vu que tu n'allais pas bien ce soir et que ça à empiré depuis que je suis montée. Dis-moi ce qui te tracasse.
-Ça ne te concerne pas, ne t'en inquiète pas.
-Non ! Je suis ta femme : tout ce qui te concerne me concerne » Répondit-elle presque en criant presque et les larmes aux yeux « Peu importe de quoi il s'agit, je t'aiderai.
-Alibaba. » Il n'avait jamais aimé la voir pleurer. « Tu n'as pas peur que les guerres recommencent un jour, même si c'est dans des centaines de milliers d'années ?
-Jafar m'avait prévenue que tu pourrais me dire ça un jour. » Soupira-t-elle. « Sin, je croyais que tu faisais confiance à notre fils.
-Bien sûr que je lui fais confiance, je sais qu'il sera un grand roi, un jour. Mais ensuite ?
-Ensuite nos descendants continueront à faire de leur mieux pour le monde à leur façon. Ce sera à eux d'écrire leur propre destin. Pas à nous, pas aux autres rois et surtout pas à un prophète immuable. Et puis...
-Quoi ?
-Je ne veux pas finir comme la reine Sheba. » Finit-elle en pleurant. Ce fut le coup de grâce. Sinbad se releva pour la prendre dans ses bras :
« Très bien, mon amour, je ne ferai rien qui nuirait au libre-arbitre de notre monde. » Il soupira. « Badr est aussi ton fils, après tout, il serait capable de faire disparaître l'idée même de conflit après cinq minute de discussion avec qui que se soit.
-Oui » Sourit-elle à travers ses dernières larmes. « Notre merveilleux petit garçon. »
Il y avait toute la fierté, tout l'espoir et tout l'amour du monde dans le regards qu'ils échangèrent, et toute la passion possible dans le baiser qui suivit. Alibaba fit se rallonger Sinbad, ce soir elle était son roi : elle lui fit croire qu'elle allait l'embrasser mais dévia vers l'oreille qu'elle mordilla doucement avant de faire glisser ses lèvres sur sa joue, puis sur sa bouche et enfin dans son cou. Les mains de Sinbad se posèrent sur ses cuisses, remontèrent jusqu'à ses hanches mais se firent attrapées par celles d'Alibaba :
« Non, non, mon amour, ce soir je suis la seule aux commandes. Dit-elle.
-Comme vous voudrez, mon roi. » Répondit-il avec un petit sourire en coin qui s'évanouit dans un gémissement quand elle lui titilla les tétons de sa langue. Les longs cheveux blonds lui caressèrent le corps du torse jusqu'aux cuisses mais il dut se retenir de les caresser. Son sexe s'était éveillé et Alibaba s'amusa à le taquiner en évitant de le toucher quelques secondes avant de s'installer dessus pour s'y empaler doucement et de commencer à rouler des hanches de concert avec Sinbad. Tout à coup, il se releva pour embrasser et lécher les seins de sa femmes, lui tirant un petit cri de surprise alors qu'elle s'accrochait à ses cheveux.
« Je t'aime ! Je t'aime ! Gémit-elle en pleine extase.
-Je t'aime aussi, mon amour. » Murmura-t-il en se libérant en elle.
« Reste avec moi, avec nous, s'il te plaît. » Lui demanda-t-elle en s'endormant.
Sinbad se souvint soudain du jour où son père avait été emmené, alors que lui-même avait l'âge de Badr : il ne pouvait pas mettre sa famille dans la situation où sa mère et lui avait été après ça. Il ne pouvait pas risquer que son pays subissent le même sort que son village natal après son départ. Et puis, sa propre paix, il la trouvait aux cotés de sa femme et de son fils. C'est sur ces pensées qu'il s'endormit en sentant son épouse se blottir contre lui.
L'intrus avait été repéré et arrêté par Aladdin et Magdala peu après avoir tenté de rallier Sinbad à sa cause. Les deux magiciens l'avaient intercepté et ramener sur le bateau des Ill-Illistes avant que ceux-ci ne repartent vers leur lieu de retraite spirituelle :
« Qu'allez-vous faire de lui ? Demanda Aladdin.
-Il va venir avec nous. Je le connais, je veux discuter avec lui ainsi qu'avec les autres membres de sa branche. Oh, prince, une dernière chose:qu'avez-vous fait d'Arba et d'Al-Samen, finalement ?
-Judal a traqué et détruit une grande partie de leurs clones ainsi que de leurs supports, parfois avec notre aide, aux autres magis, rois et moi, mais le plus souvent il préfère s'en occuper seul : c'est sa vengeance. En ce qui concerne Arba, une fois qu'Hakuei ait retrouvée la poupée lui servant de support, j'ai emporté le tout dans un endroit parfait pour la contenir où elle est sous bonne garde. Comme ça, elle tient aussi compagnie à son geôlier. »
Cette dernière explication étonna la prêtresse mais elle savait que poser des questions ne servirait à rien et tant que ses anciens camarades étaient hors d'état de nuire, la situation lui convenait.
« Mais quand même » Se dit-elle alors que sa caravelle repartait vers chez eux « quel gardien pourrait réussir à retenir Arba sans lui laisser une chance de s'échapper ? »
Quelques dimensions plus loin, dans le palais sacré pour être précis, Arba, coincée dans un corps de petite fille résultant des dernières ressources qui lui restaient, était figée en position assise à subir depuis son arrivée le bavardage incessant d'Ugo, trop heureux d'avoir enfin de la compagnie après tout ce temps passé seul :
« Et tu vois, de cette façon on peut inverser les rôles et surpasser Dieu. Bien sûr, je ne le ferai pas : tu m'en voudrais et je ne veux pas me fâcher avec ma dernière amie.
-C'est gentil de ta part. » Marmonna-t-elle avec le meilleure sourire faux qu'elle put faire. Intérieurement, elle hurlait à l'aide en sachant que ce serait inutile : elle était condamnée à supporter son ancien collègue et ami pour lui éviter de sombrer dans la folie.
« Aladdin, aîné David, pourquoi ? »
Dans la chambre du jeune magi, la pierre de magoi eut un soubresaut, attirant l'attention de l'adolescent :
« Qu'est-ce qu'il y a, grand-père ? Demanda-t-il en le faisant venir.
-Un éternuement. Quelqu'un doit parler de moi. Arba, probablement.
-Oui. J'espère que tout ce passe bien entre eux. »
Ils se regardèrent et éclatèrent de rire :
« Elle doit vraiment regretter ses actes, maintenant.
-Je n'ai pas fait ça pour la punir, tu sais. J'ai juste décidé de les faire se surveiller l'un l'autre pour éviter les discriminations entre les rokhs noirs et blancs.
-Du coup, le palais sacré ne sert plus vraiment à grand chose.
-Tant mieux. Il ne devrait même pas exister à la base. Personne ne devrait contrôler les rokhs.
-Si c'est ce que tu penses. C'est ton monde, après tout, comme Alibaba le rappelle tout le temps.
-C'est aussi le tien. »
David sourit :
« C'est un beau monde, je m'y suis fait de bons souvenirs mais Alma Toran reste mon lieu de naissance, celui où j'ai vécu, survécu, régné, celui où j'ai rencontré ta grand-mère et où notre fils est né et a grandi, je ne pourrai jamais l'oublier.
-Grand-père...
-Enfin ! » Coupa-t-il « Il est tard et tu dois te lever tôt demain, je te laisse. » Dit-il en retournant dans sa pierre- chambre portable.
« Grand-père, pourquoi tu ne veux jamais te confier à moi, je sais que l'a fait avec papa pourtant. »
Avec un soupir, Aladdin éteignit la lumière. Son grand-père finirai bien par lui parler de lui, un jour.
Le prochain chapitre est encore en cours d'écriture et servira de transition pour la troisième partie du récit: après la nouvelle direction du monde dans la première et son évolution dans la deuxième, la troisième sera centrée sur les aventures de Badr. J'ai de moins en moins de temps pour écrire donc l'attente sera peut-être plus longue entre deux chapitres mais je ferai de mon mieux pour que vous n'ayez pas à attendre trop longtemps.
