Pour la première fois depuis bien longtemps, ils avaient pu passer un peu de temps en famille sur l'île où ses hommes aimaient camper ensemble, le garçon avait grandi, lui et l'homme allaient une fois de plus se balader en barque dans l'archipel alors qu'elle-même se prélassait sur la plage :

« C'est pas juste ! » Protesta la petite fille « Vous partez toujours seuls en mer tous les deux, je veux venir aussi ! »

Elle sourit devant la scène alors que l'autre petite fille à coté d'elle lui demandait d'un air un peu triste :

« Dis, maman, pourquoi voulez-vous tous toujours partir ?

-Pour pouvoir revenir avec des histoires, quelle question ! »

Alibaba s'éveilla sous les bonds de son fils, rattrapé vite fait par Sinbad qui le prit sous le bras pour aller faire leur toilette, elle sourit à ce spectacle et repensa à son rêve : la dernière fois qu'elle en avait fait de ce genre , elle était enceinte de Badr. « Ce pourrait-il... » se demanda-t-elle en portant sa main à son ventre : elle devrait surveiller ça.

À la fin du discours de clôture du sommet, Sinbad demanda à l'assemblée de faire fouiller les bateaux deux fois avant de partir. Cette demande surprit tout le monde mais fut tout de même exécutée : une heure plus tard, Hakuei redescendit de son vaisseau en tenant Badr par la main :

« Prince Badr, si vous tenez vraiment à visiter notre pays, nous serons heureux de vous accueillir quand vous serez un peu plus grand et seulement avec la permission de vos parents. »

Badr se tourna vers eux :

« Maman, papa, je peux...

-Non ! »

Il bouda un peu sur le trajet du retour, jusqu'à ce que son père lui propose de tenir un peu la barre avec lui : le père comme le fils ne pouvaient naviguer sans tenir au moins une fois les commandes, de préférence au milieu d'une tempête où ils pouvaient lire les vagues et le vent. « Des marins dans le sang », disait souvent Alibaba en référence à l'une des rares discussions qu'elle avait eu avec son propre père après l'un de ses cours d'économie :

« Le sang royal n'est qu'une invention pour conserver le pouvoir. Le premier roi de Balbad, Al-Saluj, a fondé notre pays grâce au négoce et à l'achat de terres, et ce qui était à la base le quartier général d'une guilde commerçante est finalement devenu ce royaume. C'est parce que notre famille a toujours mis un point d'honneur à conserver son héritage mercantile que mous avons pu régner en gérant correctement les ressources de notre pays. Parce qu'au final, nous sommes des marchands dans le sang. »

Son regard était alors tombé sur Abhmad et Sabhmad en train de « refuser de se comporter comme de la populace » :

« Enfin, certains d'entre nous. »

Elle sortit de ses souvenirs pour voir ses deux hommes rirent en évitant une vague assez haute et sourit.

Une fois de retour à Sindoria, après avoir pris connaissance de ce qu'il s'était passé durant leur absence, Sinbad fut poussé dans son bureau par Jafar, Sharkan proposa un petit entraînement à Badr et Alibaba demanda à parler seule à seul à Aladdin. Une fois dans son bureau, Aladdin l'interrogea :

« Qu'est-ce que tu veux me dire ?

-Je te demande de vérifier mes rokhs. Je crois que je suis enceinte. »

D'abord surpris, le fils de Salomon s'exécuta et finit par trouver une minuscule source de magoi. Non ! Pas une. Deux ! Deux toutes petites choses qu'il ne pouvait pas encore identifier, quelques semaines seraient nécessaires pour ça. Avec un sourire, il se tourna vers sa candidate au trône et confirma son intuition.

« Ça doit rester un secret entre nous pour le moment, d'accord ?

-D'accord. Mais quand comptes-tu le faire savoir, alors ?

-Quand les premiers signes apparaîtront, probablement après mon retour de Balbad.

-Tu retournes à Balbad ?

-Badr a tenté de détourner notre bateau pour y aller, tu te souviens.

-Ça, oui.

-J'ai décidé de l'y emmener. Comme ça, il aura son voyage et verra un peu le pays de ses ancêtres.

-Je vois, c'est une bonne idée. »


Quelques semaines plus tard, les deux Saluja s'amusaient sur une plage du pays natal d'Alibaba : Badr jouait à éviter les vagues en faisant la roue, ramenant sa mère au premier rêve où elle l'avait vu . Soudain, elle fut prise de vertige, ce qui attira l'attention de son fils :

« Tout va bien, maman ?

-Oui, ne t'inquiète pas. J'aurai juste une annonce à faire quand nous rentrerons à la maison. »

La nouvelle de sa future deuxième paternité avait enthousiasmé Sinbad, l'agrandissement de la famille royale avait réjoui tout le monde à Sindoria, l'idée de devenir grand frère avait dérouté Badr : il était prêt à tout partager avec les nouveaux venus, puisqu'apparemment il y avait deux bébés, mais est-ce que ça voulait dire que son père et sa mère allaient moins l'aimer. Ses parents avaient beau l'assurer du contraire, il ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter.


Quand finalement le jour vint, ce ne fut pas dans la discrétion : les souverains alliés de Sindoria étaient venus en personne sur l'île pour parler affaire – et, dans le cas d'Armakan, voir le fils nouveau-né de Sharkan et Yamuraïha : Rahakan, dont seuls les cheveux bleus trahissaient le métissage.

Au beau milieu des discussions, le travail commença et au lieu des quelques pistes de réflexion qu'elle voulait avancer, Alibaba, aussi surprise que tout le monde, déclara :

« Je perds les eaux ! » avec la dose nécessaire de panique pour faire perdre tous ses moyens à l'assistance qui tenta vainement de garder son calme jusqu'à l'irruption de Jafar qui ramena tout le monde à l'ordre et fit conduire Alibaba dans sa chambre.

Contrairement à son frère aîné, le premier bébé arriva assez rapidement : il ne fallut que quelques heures pour que le général annonce à son roi et à sa reine :

« C'est une fille. »

Cette annonce stupéfia Sinbad : une seconde avant que la joie ne l'emporte, il se dit : « Je vais devoir la protéger des hommes comme moi. », puis il la regarda et s'émerveilla devant l'adorable petite bouille surmontée des mêmes cheveux violets que Badr, les mêmes que les siens. En fait, comme son frère, elle avait tout pris de lui à l'exception des yeux et de l'épi de sa mère. Alibaba la lui tendit en souriant :

« Ezra Anise Saluja de Sindoria, je te présente ton père. »

Avec un sourire, il la prit dans ses bras et ressentit exactement la même chose qu'avec Badr : de la fierté et un amour inconditionnel.

À ce moment-là, les contractions reprirent et un quart d'heure plus tard une deuxième petite fille poussa son premier cri. Une petite blonde, cette fois.

Après sa délivrance et avoir reçu les soins nécessaires, Alibaba put reprendre ses filles dans ses bras et les nourrir en souriant devant ses petites Ezra et …

« Sinbad, elle n'a pas de prénom !

-Oui, j'y ai pensé et... j'aime bien Haruna.

-Haruna ? C'est la féminisation du pseudonyme de mon père ?

-Oui, je me suis toujours dit que je le donnerai à l'un de nos enfants.

-Haruna. » Répéta-t-elle en regardant sa benjamine. Plus elle y réfléchissait, plus ça lui plaisait. Mais il manquait encore quelque chose :

« Le féminin de Sinbad, c'est bien Sidra ?

-Oui, une particularité de mon village natal, ...attends une minute, tu ne vas pas...

-Haruna Sidra Saluja de Sindoria, bienvenue parmi nous. » Trancha la reine avant de s'évanouir brusquement de fatigue, laissant son mari annoncer la naissance des filles à leur peuple et aux invités. Quelques heures plus tard, Alibaba se réveilla et aperçut les jumelles blotties l'une contre l'autre dans leur berceau, pas du tout décidées à être séparées. Elle sourit à cette vue et prit le temps d'en apprécier les moindres détails. Ezra avait trouvée la main d'Haruna quand, après avoir frappé, Sinbad entra en tenant Badr par la main :

« Maman, ça va ? Tu es malade ?

-Non, tout va bien. Je dois juste me reposer. Tu ne veux pas rencontrer tes petites sœurs ? »

Le prince se tourna vers les nouveaux membres de sa famille et s'en approcha avec curiosité : il sut immédiatement qu'Ezra serait comme lui et qu'ils s'entendraient bien, Haruna serait celle qu'il leur faudrait protéger.

Alors qu'il les observait, on frappa de nouveau à la porte et Aladdin, les liges et les souverains alliés entrèrent pour prendre des nouvelles d'Alibaba et des jumelles, chacun y allant de son commentaire jusqu'au fatidique :

« Et vous comptez les marier avec qui ? » Qui fit réagir Sinbad :

« Nous ne comptons pas les marier...avant qu'elles nous présentent quelqu'un qu'elles estimeront digne d'elles. Dus-je les envoyer définir leurs critères à Altémyra. »

Ça voulait dire que les prétendants éventuels des filles allaient souffrir.

« Avec plaisir. » Conclut la reine Mira Dianus Artemina d'Altemyra.

« Par souci d'équité, il faudra envoyer Badr dans nos pays, vous savez.

-Nous avons prévu de lui faire faire le tour de vos pays quand il sera plus grand.

-Ouais ! » Réagit l'intéressé.


Les années passants, les caractères des enfants s'affirmaient : Badr, désormais âgé de douze ans, restait le digne héritier de ses parents : un dauphin studieux et appliqué qui se transformait en aventurier dès que ses professeurs avaient le dos tourné, exemple allègrement suivit par le prince féminin Ezra : véritable garçon manqué qui avait réclamé ce titre quand sa mère lui avait expliqué ce que ça voulait dire. Du haut de ses six ans, elle suivait Badr, les enfants de Masrur: Sadi et ses frères Hori, Teka et Iztec, les fils de Toto et Olba : Albus et Shan, et Rahakan dans toutes leurs aventures autour de Sindoria et dans les voyages diplomatiques de ses parents. Plus discrète, Haruna préférait les guirlandes de fleurs que leur mère leur avait apprises à faire aux armes en bois de ses frère et sœur et la lecture aux aventures, elle avait d'ailleurs préféré être une princesse qu'un prince.

Tout ce petit monde grandissait sous les yeux fiers et bienveillants de Sindoria.


Pour ses douze ans, Sinbad avait offert à Badr un carnet épais, en cuir brun et orné de métal aux coins et au centre où était gravés des motifs de vagues et de roses des vents, dans lequel le pré-adolescent avait commencé à tracer les cartes du royaume et de l'archipel ainsi que celles des pays qu'il avait déjà visités : cartes terrestres, maritimes et même climatiques avait commencé à occuper ces pages. La plupart d'entre elles avaient été réalisées avec l'aide de son père et des alliés et amis de ses parents, il y avait également rajouté des notes sur les lieux, les coutumes et les gens. Bref, un véritable journal de bord qui n'en était pourtant qu'à ses débuts : le vrai travail commencerait dans quelques mois, quand il aurait treize ans et partirait seul pour se former dans les pays alliés. Mais pour le moment, il terminerait sa carte de l'archipel sindorien : son père l'avait enfin autorisé à naviguer seul, sur sa propre barque qu'ils avaient construit ensemble, et il comptait se rendre sur l'île la plus petite et la plus éloignée de la principale. Avec l'aide des courants marins, il y fut en un rien de temps. Une fois qu'il eut accosté et amarré son bateau, il sortit son carnet et de quoi noter et indiqua les courants qu'il avait utilisés pour venir avant de faire le tour de l'île, assez rapidement d'ailleurs, pour en tracer la côte avant de s'aventurer dans la forêt centrale, qui tenait plus du bosquet que de la jungle.

Il fut donc surpris d'y trouver une vieille cabane délabrée, d'autant qu'il n'y avait aucun signe de vie quelconque sur l'îlot. Il s'approcha et jeta un coup d'œil à travers les planches : elle était vide. Comme pour tout ce qu'il observait lors de ses explorations, Badr la dessina puis, curieux, en poussa la porte et se retrouva face à une pellicule dorée qui lui sembla familière sans savoir d'où. Ce ne fut qu'au moment où il l'effleura et se fit attiré que ça lui revint : les histoires de ses parents et d'Aladdin ! Il venait de découvrir et d'être happé par un donjon !


À part pour Sadi qu'Ohtaka avait nommée dans un de ses bonus, tous les noms des enfants sont de moi : Rahakan a été improvisé à partir du nom du dieu égyptien Râ, même chose pour Hori qui vient d'Horus, Teka et Iztec sont basés sur le nom du peuple Aztèque (le continent Istecas où vivaient les fanalis d'Alma Toran à la même origine) et pour Albus et Shan, je me suis basée sur les noms de leur père et de maître Shambal.