Badr eut à peine le temps d'apercevoir la planète rouge qu'il restait d'Alma Toran avant d'atterrir dans une pièce dont la seule décoration était une stèle gravée de caractères trans et sans sortie. Puisqu'il n'avait qu'une seule option, il se pencha sur la pierre et la déchiffra : « Quelle est la véritable qualité d'un roi ? ». Une vie passée aux cotés d'Aladdin et de ses parents lui avait enfoncé la réponse dans le crâne : « La sagesse. ». A sa grande surprise, l'inscription se modifia pour ne former plus qu'un mot : « Pourquoi ? ». Des souvenirs de conversations avec son père, sa mère, son oncle et surtout avec Yunan, lui revinrent :

« Papy, tu as eu d'autres roi avant papa ?

-Oui. » Avait répondu le magi d'un air triste : « De gentils et grands rois qui ont changé petit à petit pour se transformer en tyran, qui n'ont pas répondre aux attentes de leurs peuples ou qui les ont opprimés sans que je ne puisse rien y faire.

-Comment ça se fait qu'ils aient tourné comme ça ?

-Le pouvoir leur est monté à la tête et les a corrompus dans certains cas, dans d'autres, ils ont été trop laxistes et ont perdu toute autorité sur le peuple qui s'est rebellé, sans oublié un certain nombre de révolutions parce que le peuple se sentait oublié et maltraité. Un vrai roi doit prendre tout le monde en compte et décider en toute connaissance de cause de quelle façon il faut agir sans céder à ses impulsions et à la facilité. Tu comprends, petit Badr ?

-Heu...

-Ça viendra avec le temps. »

Décidant de tenter le coup, le prince déclara :

« Parce que la sagesse permet de régner avec justice et droiture sans se laisser corrompre par le pouvoir. »

La dalle s'enfonça alors dans le sol et une porte s'ouvrit dans le mur d'en face. Au bout d'un long couloir, une salle aux allures de champ de bataille sous un ciel immense s'étendait devant Badr. En s'avançant, une autre stèle apparut devant lui, ornée d'une couronne en argent et d'une épée, semblables à celles que portaient une gigantesque statue de l'autre coté du champ. Sur le monument, l'inscription disait : « Deux couronnes pour un royaume. »

Apparemment, l'épreuve consistait à réunir les deux couronnes en combattant la statue, cette même statue qui représentait un géant d'une ethnie différente qui ne lui avait absolument rien fait, pour une couronne qui ne lui appartenait pas. L'attaquer aurait été contre toutes les règles que son père avait établies : « Ne pas envahir et ne pas être envahi. » La devise de la coalition des sept mers avait bercé son enfance et il y croyait sincèrement.

Sa décision prise, il saisit la couronne, laissa l'épée, se dirigea vers le colosse et la lui présenta :

« Faîtes en bon usage. » Se contenta-t-il de dire. Le géant de pierre la saisit et les deux couronnes fusionnèrent en une seule avant que leur porteur ne s'écarte pour faire coulisser un lourd rocher du mur derrière lui.

Après avoir franchi un nouveau couloir, Badr arriva dans ce qui ressemblait à une salle du trône ou à un lieu de culte, trois personnages grandeur nature en métal le fixaient : un roi, ce qui semblait être un prêtre et un homme tenant une énorme quantité d'or dans son sac. La dalle de cette chambre demandait : « Pour le compte de qui tueriez-vous les deux autres ? Le roi et maître légitime, le prêtre porte-parole de la volonté divine sur terre ou celui qui vous rendra riche ?

-Aucun d'eux, bien sûr. La vie, ça ne s'achète pas, un roi doit d'abord exposer ses raisons avant de condamner quelqu'un à mort, il n'a pas à commanditer un assassinat et je ne suis pas un assassin, et pour le prêtre... Est-ce qu'il connaît vraiment la volonté de Dieu ? Parce que je connais quelqu'un qui... » Mais la porte s'était déjà ouverte.

À Sindoria, Aladdin et David éternuèrent de concert :

« Vous vous êtes enrhumés ? Demanda Alibaba

-Non, quelqu'un doit parler de nous. Vous avez l'air inquiets, tous les deux. » Remarqua le magi en regardant ses souverains fixer la mer.

« Badr aurait déjà dû rentrer depuis longtemps, l'île où il est allé n'est pas si longue à rallier et il peut en revenir sans problème. Expliqua la reine

-Je suis tenté d'y aller pour vérifier qu'il ne lui est rien arrivé. Ajouta Sinbad.

-J'y vais, si vous voulez. Proposa le fils de Salomon.

-Merci, Aladdin. »

Le magi attrapa sa prunelle des rokhs et son turban au cas où son neveu serait blessé et s'envola par la fenêtre.

De son coté, Badr atteignait une gigantesque bibliothèque illuminée par des vitraux représentant un roi rendant un jugement devant deux femmes dont l'une pointait son doigt vers l'autre et désignait en même temps un enfant sur qu'un soldat menaçait de son épée sur l'un, un autre représentait deux hommes luttant l'un contre l'autre, de forces égales, celui de gauche portait de riches atours et avait une cité derrière lui tandis que l'autre était revêtu de fourrures grossières et se tenait devant une nature sauvage. En changeant d'angle, le prince les vit réconciliés, bras dessus bras dessous et souriants. Un troisième vitrail montrait trois juges couronnés jugeant une foule d'ombres. Il y avait encore une grande femme à l'allure divine en armure avec une chouette sur l'épaule et une tête de gorgone sur son égide terrassant un homme à l'air agressif de la même taille et avec le même genre d'armes, un homme assis en tailleur dans une fleur de lotus avec un air de profonde sérénité sur le visage, un autre qui séparait des légionnaires venus l'arrêter de ceux qui tentaient de le protéger : « Comment peut-il être coupable de quoi que ce soit ? » Se demandant Badr en l'examinant : il avait l'air résigné et déterminé de ceux qui savent qu'ils doivent mourir pour quelque chose de plus grand qu'eux.

Enfin, le fils de Sinbad et d'Alibaba se dirigea vers le fond de la bibliothèque où un grand escalier en bois menait à une salle de travail ouverte sur l'ensemble des rayonnages, sur la table se trouvait un livre ouvert à la double page centrale : « De quel couleur est le sang royal? » A peine l'eut-il lu qu'il se retrouva assis sur un trône apparu d'un coup devant le bureau, en levant la tête, il aperçut une épée retenue par un simple crin de cheval au dessus de lui. Il ne savait pas ce qui se passerait s'il répondait mal, et il ne tenait pas à le savoir.

« Rouge ! Le sang royal est rouge, comme pour tout le monde! »

Il ne se passa rien et Badr se détendit. Puis l'épée descendit brusquement !

En arrivant sur l'île, Aladdin aperçut le bateau de son neveu bien amarré sur la plage et se dit qu'il n'y avait pas de problème. Il atterrit à côté de l'embarcation et appela :

« Badr ! C'est moi. Où es-tu ? »

L'épée n'était descendue que de quelques centimètres mais le réflexe que Badr avait eu de s'écarter lui avait appris qu'il était immobilisé sur le trône. Il sentit un début de panique le gagner qu'il tenta de maîtriser du mieux qu'il put. Sur le bureau, le livre demandait désormais :

« Le roi est-il différent du peuple ?

-Non ! Ma mère descend d'une longue lignée royale fondée par un simple marchand, sa mère à elle était une servante puis une prostituée de bidonville et même si maman était devenue roi de Balbad au lieu d'en faire une république, elle aurait toujours prit en compte l'avis de son peuple et papa était un simple roturier qui a fondé son propre royaume, nos ancêtres étaient tous pêcheurs. Ils ne sont devenus roi et reine que par un travail acharné et un concours de circonstances, comme tous les autres ! » Sortit l'enfant de plus en plus vite. « Le roi n'est pas différent de son peuple, c'est pour ça qu'il doit toujours agir en pensant à celui-ci. » Enchaîna-t-il en voyant l'épée descendre encore et en constatant à quel point elle était pointue et aiguisée. Elle ne s'arrêta qu'à quelques minuscules centimètres du sommet du trône.

Le livre afficha une nouvelle question :

« Tes parents ont-ils forcément raison et auras-tu toujours forcément raison ? »

Cette fois-ci, Badr paniqua pour de bon : il avait confiance en ses parents mais ils lui avaient toujours dit de ne pas se contenter d'une seule vision du monde.

« Oui ! Non ! Je ne sais pas ! Je n'ai que douze ans ! Je ne connais pas tout ! Je n'ai pas encore visiter le monde ! Je ne sais pas ! » Cria-t-il au bord des larmes de panique. L'épée s'ébranla à nouveau.

Aladdin, en voyant que Badr ne lui répondait pas, s'était mis en quête de son prince. En trouvant la cabane, il fut d'abord surpris mais ne suspecta rien, ce ne fut qu'en s'approchant qu'il se rendit compte de la nature de celle-ci et qu'il saisit la gravité de la situation. Conservant tant bien que mal son calme, il analysa les faits : il ne pouvait pas y aller seul puisqu'en tant que magicien il ne pourrait être choisit et resterait coincé s'il n'arrivait pas à retrouver Badr à l'intérieur, il n'avait donc qu'une seule solution.

Quand, grâce à sa prunelle des rokhs, il eut prévenu Alibaba et Sinbad de sa découverte, il dut faire face à quelque chose qu'il n'avait encore jamais vu et qu'il n'aurait jamais cru voir : Sinbad perdre son sang-froid.

« Je ne peux même pas aller l'aider ! » Cria-t-il en frappant le mur de son bureau. Alibaba, elle, se sentait glacée : son fils, son premier-né, perdu dans un labyrinthe, déjà mort peut-être, comment pourrait-elle vivre avec ça ? Aladdin tentait de les calmer pour leur demander de venir sur place quand un grand bruit le fit se retourner et attira l'attention des parents du prince. Interdits, ils virent le donjon disparaître.

L'épée s'ébranla de nouveau...mais pour disparaître cette fois. Au même moment, Badr se rendit compte qu'il pouvait de nouveau bouger et se leva précipitamment avec la ferme intention de mettre ce foutu grimoire tortionnaire en pièce. Mais juste avant de l'effleurer, il hésita : c'était un donjon. Quel était le but de toutes ces épreuves ? Il resta un instant immobile avant d'effleurer le volume qui se referma d'un coup sec, l'étoile à huit branches gravée dans le métal de la couverture s'illumina alors et une gigantesque silhouette vêtue d'une cape qui ne laissait voir que le bas de son visage, nettement féminin, en surgit :

« Qui va devenir roi ? » Demanda-t-elle d'un ton solennel. Badr en resta sans voix. « Enfin, » Reprit-elle plus légèrement : « Question rhétorique, puisque mon choix est déjà fait. Badr Rashid Saluja de Sindoria, moi, Sitri, djinn du secret et de la dissimulation, te reconnais comme mon roi.

-Mais, j'ai admis ne pas savoir la réponse à la dernière question, et pour tout le reste, je l'ai fait sans vraiment y penser.

-Exactement, tu sais déjà certaines choses mais aussi que ton savoir est limité et que tu dois continuer à apprendre. En reconnaissant tes faiblesses, tu pourras avancer et t'améliorer » Lui expliqua-t-elle avant de continuer : « J'étais l'espionne de Salomon, celle qui le tenait informé de tout ce qui se passait dans notre monde avant son apothéose qui a mené à la destruction de notre monde, et je ferait de même pour toi. »

Sur ces paroles, tout le contenu des livres de la bibliothèque s'envolèrent vers le grimoire :

« Mais pour l'instant, rentre chez toi, mon roi. » Conclut Sitri en ouvrant le passage vers le monde du jeune garçon qui se sentit soulever et vit qu'il se dirigeait vers une autre pellicule dorée alors que son djinn et son livre s'envolèrent et s'installèrent dans le carnet de bord du prince.

En revenant à lui, Badr aperçut le ciel bleu et ressentit de la nostalgie sans savoir pourquoi. Il se demandait comment il allait remonter quand il aperçut son oncle le regarder, d'abord avec anxiété, puis soulagement, avant de le faire léviter jusqu'à lui et vérifier qu'il n'était pas blessé :

« Dieu merci, tu n'as rien ! Nous étions si inquiets.

-C'était surtout intellectuel et psychologique. Nous ? »

A ce moment, deux étoiles apparurent et se dirigèrent bien vite vers eux : Alibaba et Sinbad, revêtus des djinn équips d' Amon et de Baal, atterrirent et, reprenant leurs apparences normales, se précipitèrent sur leur fils qu'ils serrèrent dans leur bras :

« Tout va bien, mon chéri ?

-Ta mère et moi avons eu si peur. »

Après un silence, Badr se laissa aller à l'étreinte, laissant la tension accumulée dans le donjon retomber :

« J'ai eu peur aussi à un moment... mais...vous pourriez me laisser un peu seul ? Je rentrerai en barque. »

Maintenant qu'ils étaient rassurés, le roi, la reine et le magi lui accordèrent ce moment d'intimité et repartirent tandis que le prince reprenait son embarcation, saisit son carnet, consulta les courants marins à prendre et se calma définitivement en sentant la mer le bercer en le ramenant chez lui.

La nuit venue, seul dans sa chambre, Badr, en mettant son journal de bord à jour, se demanda :

« Au fait, qui a élevé ce donjon et quand ? » Il sursauta en voyant le contenu des pages de son carnet se modifier pour indiquer : « Le donjon de Sitri a été élevé le XX XXXX XXX par le magi Mitra. » Badr écarquilla les yeux : la date était celle d'un calendrier d'une civilisation disparue depuis des siècles et le nom de ce magi ne lui disait absolument rien.

« En ben ! S'il reste des donjons aussi anciens dans le monde...je vais bien m'amuser à les trouver ! »


Salut à tous ! Ce chapitre est l'un des plus long que j'ai écrit jusqu'ici mais je n'ai pas voulu couper en deux la conquête du donjon. C'est également celui où je fais le plus de références à des œuvres extérieures : l'épreuve des deux couronnes est tirée de la saga La Marque de Tétraskell, celle des trois personnages est une référence à l'énigme que propose Varrys à Tyrion dans Le Trône de fer (Game of thrones), et les vitraux de la bibliothèque représentent le jugement du roi Salomon, Gilgamesh et Enkidu, les trois juges des Enfers grecs : Rhadamante, Minos et Eaque, Athéna terrassant Arès, Bouddha et l'arrestation de Jésus dans le jardin des oliviers. Enfin l'épée de la dernière épreuve de Badr fait écho à celle de Damoclès qui menace le pouvoir d'un roi à tout instant.

I know it's not in my habits to ask for reviews but for this chapter I really like to know your impressions, please.