- Oikawa-saaaan ! Envoie !
Le jeune homme expédia le ballon en direction du garçon qui bondit dans les airs. Le ballon frôla le sommet du filet, de l'autre côté Kichô sauta en tendant les bras pour le repousser et le renvoya ainsi dans le camp adverse.
- Ouiiiii ! s'écria la fillette en tournoyant sur elle-même.
Regardant l'heure sur sa montre, Oikawa porta le sifflet à ses lèvres et siffla, annonçant la fin du cours.
- Vous avez tous bien travaillé, les enfants ! les félicita-t-il. La prochaine fois, je vous apprendrai les tempos.
- Merci Oikawa-san ! s'écrièrent les gamins en s'inclinant devant lui.
Il sourit, puis se pencha pour ramasser sa gourde. Kichô le rejoignit en courant et passa ses bras autour de sa taille en levant la tête vers lui :
- J'ai été bien, hein ?
- Oui, tu as beaucoup progressé, la félicita-t-il en lui caressant les cheveux tendrement. On a bien mérité un goûter maintenant, tu ne crois pas ? Il faut toujours se refaire des muscles après le sport !
Ravie, Kichô battit des mains et couru chercher ses affaires. Le jeune homme l'entraina ensuite vers la boulangerie voisine et s'installa en terrasse avec elle avec des gâteaux et des boissons. Aux anges, la fillette laissait ses pieds battre le vide en mangeant de bon appétit tandis que Tôru mettait ses lunettes sur son nez pour consulter ses sms. Il constata plusieurs appels manqués de Iwa et préféra les ignorer. Au même instant, son téléphone vibra dans sa main, le nom de son ami s'afficha sur l'écran. Après une seconde d'hésitation, Oikawa préféra ne pas répondre et rangea l'appareil dans sa poche.
- J'ai comme l'impression que quelqu'un m'a raccroché au nez, gronda une voix derrière son oreille.
Le jeune homme se retourna en sursautant, la main posée sur son cœur :
- Iwa ! Quelle idée de me faire une peur pareille ! Qu'est-ce que tu fais là ?
Les poings sur les hanches, Iwaizumi le regarda :
- Je te cherchais figure-toi ! Tu as oublié tes genouillères et je suis passé à la Fac pour te les rendre et devine quoi ? J'ai appris que tu n'étais plus inscrit là-bas !
Avec un temps de retard, il réalisa alors qu'Oikawa n'était pas seul et qu'une petite fille d'environ six ou sept ans le regardait avec de grands yeux curieux.
- Papa, c'est qui ?
PAPA ?!
Interloqué, Iwa darda ses yeux sur son ami dont les joues blêmir avec de se teinter de rouge.
- C'est Iwaizumi, il joue dans la même équipe que moi.
- Oooooh !
Impressionnée, la fillette regarda le nouveau venu avec admiration. Stupéfait, ce dernier ne put que lui rendre un regard étonné en se demandant dans quel monde parallèle il venait d'atterrir. Oikawa, papa ? Ces deux mots ne fonctionnaient pas ensemble. Pourtant, il ne pouvait nier la ressemblance entre la gamine et son ami : la même couleur de cheveux, les mêmes yeux…
- Papa, c'est quand que je pourrais venir voir un match ?
- Bientôt… marmonna Oikawa en évitant soigneusement le regard d'Iwa.
Iwaizumi se pinça l'arête du nez et souffla :
- Faut qu'on parle.
- Pas maintenant, répondit le Passeur en se levant. On doit rentrer, Kichô a des devoirs à faire.
Les yeux ronds, Iwaizumi regarda son coéquipier mettre le petit cartable rose sur son épaule, prendre la main de la petite fille et s'éloigner rapidement. Oikawa venait de fuir la conversation. Et Oikawa semblait avoir des responsabilités. Et Oikawa était père ! Le joueur de volley eut beau se pincer le bras pour se réveiller, il ne parvint qu'à se faire mal.
Toute la soirée, le portable d'Oikawa sonna, alternant entre coups de fil et sms provenant principalement de Iwaizumi. Le jeune homme parvint à l'ignorer durant les devoirs, également pendant le diner et durant le bain donné à sa fille, mais perdit patience en entendant la sonnerie retentir une nouvelle fois alors que Kichô dormait et qu'il prenait sa douche. Trempé de la tête aux pieds, il s'empara de l'appareil sur le rebord du lavabo et décrocha :
- C'est du harcèlement, Iwa-chan.
- Bordel, tu daignes enfin répondre !
- J'espère surtout qu'après ça tu vas arrêter de me téléphoner parce que j'aimerais bien dormir, répliqua le joueur de Volley sur le ton de la légèreté.
Il entendit son ami soupirer à l'autre bout du fil et attrapa sa serviette.
- Faut qu'on parle. Sérieusement. Tu es loin d'être con, Toto, alors il faut que tu m'expliques pas mal de choses te concernant sinon tu risques de t'embourber dans les ennuis avec l'équipe !
Le jeune homme resta silencieux. Il savait que ce moment arriverait, ce moment où il faudrait se justifier.
- Tu m'écoutes ?!
- Arrête de crier, je réfléchis. Tu as cours demain matin ?
- Je termine à 10h, pourquoi ?
- T'auras qu'à me rejoindre à l'animalerie, juste à côté du terrain de basket dans le centre-ville. Bonne soirée.
Sans attendre la confirmation, Oikawa raccrocha, reposa le téléphone sur le bord du lavabo et s'essuya. Tôt ou tard, l'équipe devrait être au courant des changements dans sa vie mais étrangement c'était la réaction d'Iwa qu'il craignait le plus.
Le lendemain matin, Hajime se demanda s'il n'était pas en train de devenir totalement fou en réalité. Hier, il avait vu Oikawa avec une gamine qu'il présentait comme sa fille, aujourd'hui il le voyait travailler dans une animalerie avec un perroquet sur l'épaule qui lançait des « T'es moche » à chaque client qu'ils croisaient.
- C'est toi qui lui a appris ça ? demanda Iwa en observant le volatile qui balançait sa tête en rythme avec la musique du magasin.
- Non, répondit Oikawa sur un ton qui indiquait nettement le contraire. Achette, dis bonjour à Iwa-chan.
Le perroquet leva la patte :
- T'veux un gateau ?
- Achette… ? répéta Iwa qui sentait le désespoir le gagner à grands pas.
Oikawa acquiesça en finissant de nettoyer la volière devant lui :
- Ouais. Je l'ai appelé comme ça, normalement son vrai nom c'est « Achette Moi ».
- C'est quoi comme espèce ?
- Un Gris du Gabon. Achette, dans ta cage, s'il te plait.
Le perroquet éclata d'un rire imitant parfaitement celui d'Oikawa et grimpa sur les doigts du jeune homme qui le déposa dans la volière dont il ferma la porte. L'oiseau s'approcha du miroir jouet et le tapota avec son bec :
- J'suis beau !
- Il imite ta voix là… Tu lui as appris combien de conneries au juste ? Et d'abord qu'est-ce que tu fiches ici ?
Oikawa eut un sourire désappointé :
- Je travaille ici depuis deux mois.
Il fit signe à Iwaizumi de le suivre.
- J'prends ma pause ! lança-t-il à l'adresse de sa collègue qui renseignait des clients plus loin, avant d'entrainer son ami hors de l'animalerie.
Oikawa s'adossa contre le mur, les mains dans les poches. Vu de près, Iwaizumi remarqua que son coéquipier paraissait fatigué.
- Tu m'expliques ? Tu sors une gamine de je ne sais où, tu te relâches au volley, tu arrêtes les études pour travailler… On dirait que tu frôles le surmenage. D'où tu t'occupes d'une gamine alors que tu n'es pas fichu de t'occuper de toi-même ?! A mon avis, elle est déjà plus mâture que toi.
- C'est méchant ça !
L'air embarrassé malgré tout, Oikawa se frotta la nuque :
- Il y a encore quatre mois, je ne savais même pas que j'étais père.
- Sans blague.
- Je t'assure. Tu sais qu'au lycée j'avais du succès auprès des filles…
Iwa acquiesça sèchement. Oh que oui, il s'en souvenait et ça avait toujours eu le don de l'agacer prodigieusement.
- Ben, en fait… une de ces filles est tombée enceinte et je ne l'ai pas su. Elle pensait de toute façon que je ne voudrais pas assumer, j'avais le volley, tout ça... En un sens, surement avait-elle raison. Elle s'est occupée de Kichô avec ses parents. Il y a quatre mois, elle l'a confié à une amie pour partir un week end avec ses parents. Ils ont eu un accident de voiture et personne n'a survécu…La fille qui gardait Kichô savait qui était le père et du coup, de fil en aiguille, on m'a retrouvé et on m'a balancé dans la figure toutes ces informations. Je suis le seul parent qu'il reste à Kichô, tu comprends ? Je ne pouvais pas l'abandonner. Alors j'ai fait de mon mieux pour la consoler et m'occuper d'elle.
- Tu as arrêté la Fac pour ta fille ?
Oikawa acquiesça, le visage inhabituellement sérieux :
- Je me suis dit qu'il fallait que je puisse lui offrir le maximum. J'ai cherché du travail pour pouvoir nous offrir un logement à tous les deux et lui payer ce qu'elle voulait. J'ai commencé par donner quelques cours de Volley dans les clubs pour enfants, ça faisait déjà un petit revenu et j'ai fini par décrocher ensuite le travail ici.
Iwaizumi se massa le front en assimilant les informations :
- Donc… tu éduques tout seul une petite fille, tu donnes des cours de volley, tu bosses ici et tu as aussi notre équipe. Tu n'as pas l'impression d'en faire beaucoup ?
- Je n'ai pas vraiment le choix, Iwa. Je fais de mon mieux, j'ai arrangé mes horaires pour que ça n'empiète pas sur les entrainements mais il suffit parfois d'un client qui pose beaucoup de questions ou d'un animal qui a besoin d'un soin à la dernière minute et j'arrive en retard.
Iwa fit un rapide calcul mental :
- Et nos entrainements s'achèvent au moment de la sortie des écoles, c'est pour ça que tu ne restes jamais avec nous.
Oikawa acquiesça. :
- Je sais, ça ne fait pas très sérieux. Et pourtant, j'ai vraiment envie de jouer avec vous, tu me connais, le Volley c'est ma vie ! Seulement, je ne peux pas demander à l'école d'arranger les horaires selon ce qui me convient.
Son ami croisa les bras :
- Tu aurais dû nous en parler, on aurait pu s'arranger. Il suffit que tu montres à ta gamine le chemin qui relie l'école au gymnase et elle n'aura qu'à venir à la fin des cours. Comme ça, toi tu continues à t'entrainer, tu ne nous ralenties pas, tu auras ta gosse sous le nez et elle sera surement ravi de voir son père se prendre des ballons dans la figure.
- Tu crois… ?
- C'est ça ou finir par flinguer ta carrière, Bakawa. Pour le reste, on pourra surement s'arranger. Pas mal de membres de l'équipe ont des frères et sœurs qui seraient ravis de garder ta fille en cas de besoin. On parlera de ton boulot et des circonstances au coach, il comprendra mieux tes retards et te les pardonnera plus facilement si tu restes après.
Oikawa hocha pensivement la tête. Iwa posa la main sur ses cheveux bruns et les ébouriffa sauvagement :
- Pourquoi tu n'as rien dit au lieu de faire le benêt dans ton coin ?
- Vous auriez pu mal le prendre en pensant que j'allais manquer de sérieux à cause de Kichô. Aïe ! T'étais pas obligé de me tirer les cheveux !
- C'est justement en ne disant rien que tu as manqué de sérieux, abruti ! répliqua sèchement son ami.
Oikawa se massa le cuir chevelu endolori en grimaçant :
- Et toi, tu n'as jamais eu des secrets difficiles à avouer, Iwa-chan ?
Le concerné fronça les sourcils sans répondre. Le jeune homme haussa les siens, soudain très intéressé par ce mutisme qui semblait tout dire.
- Dis-moi tout ! Je veux savoir !
- Pas question ! Retourne plutôt apprendre des bêtises à ton perroquet. On se voit ce soir à l'entraînement.
Sur ces mots, Iwaizumi s'éloigna à grands pas, sous le regard on ne peut plus perplexe du Passeur en train de se demander ce que son ami pouvait bien dissimuler comme noir secret pour ne pas oser lui en parler.
Voilà pour le chapitre du jour :)
Pour voir la version ponctuée par des illustrations, retrouvez-moi sur Wattpad. La fic est aussi postée et vous pourrez voir le dessin d'Oikawa sortant de la douche et Oikawa au magasin avec le perroquet sur l'épaule.
Merci vous qui lisez x)
