Tôru avait suivi les conseils de son camarade et montré le chemin à sa fille pour qu'elle vienne directement au gymnase à la fin des cours. Il avait également informé le coach qui avait décalé les entraînements pour que le jeune homme puisse être là à l'heure.
La petite princesse d'Oikawa était rapidement devenue la petite protégée et chouchoute de l'équipe, chacun déployait son maximum pour impressionner la fillette qui ne manquait pas d'applaudir avec joie dès qu'une combinaison, une attaque ou une passe était particulièrement réussie. Celui qui se dépassait le plus ? Oikawa. A présent, Iwaizume retrouvait son coéquipier qui se donnait à fond sur le terrain pour ne pas décevoir Kichô et lui montrer tout son savoir-faire.
- Toujours à faire ton maximum pour impressionner les filles, Shittykawa, hein ? sourit Hajime après un service de son ami particulièrement impressionnant.
Oikawa lui retourna un sourire éblouissant et lui passa un bras autour des épaules :
- C'est quoi ton secret, Iwa-chan ?
Hajime lui lança un regard noir :
- Le principe d'un secret c'est de rester secret, imbécile.
Son ami se mit à rire avec insouciance :
- Tu as bien découvert le mien. Tu peux donc me raconter le tien.
Iwaizume repoussa le bras autour de lui :
- Tu viens de le dire toi-même : j'ai découvert tes cachoteries tout seul, tu ne m'as rien raconté du tout à la base.
Il tressaillit en voyant la lueur s'allumer dans les yeux de son ami et sentit son cœur manquer un battement. Il connaissait ce regard. Sous un couvert de malice et d'insouciance, Tôru savait aussi se montrer prodigieusement sérieux et entêté.
- Dans ce cas, je découvrirai ton secret aussi, Iwa-chan, jura le Passeur.
Tout en le regardant s'éloigner sur le terrain, Hajime sentit ses mains devenir moites sans savoir s'il avait envie que Tôru découvre son secret ou s'il devait tout faire pour lui retirer cette idée de la tête.
L'entrainement prit fin assez tard. Le coach présenta un dvd à Tôru :
- Tiens, j'ai réussi à te l'obtenir.
- Génial !
Ravi le jeune homme attrapa le boîtier et se dirigea vers les gradins pour récupérer Kichô qui le rejoignit en courant :
- C'est quoi, papa ?
- Un match que l'équipe d'Australie a donné, ce sont nos prochains adversaires.
- Ne passe pas la nuit à l'étudier, grommela Hajime en les dépassant. Sinon tu vas être mal réveillé demain et mal jouer.
- C'est pas gentil !
Oikawa s'intéressa ensuite à sa fille :
- Tu m'attends ? Je vais me changer.
Elle hocha la tête et retourna s'assoir sur un banc.
Dans le vestiaire, Hajime sortit de la douche, la serviette nouée autour de la taille et remarqua que Tôru restait assis près de leurs casiers contenant leurs affaires. Il se massait le genou avec application.
- Fais en pas trop pour impressionner ta gamine, Bakawa. Si tu te blesses, on sera mal.
Oikawa sourit en sautant sur ses pieds :
- Je gardais juste mes muscles chauds pendant que tu trainais sous la douche.
Iwaizumi se tourna vers son casier et l'ouvrit tandis que son ami retirait son T-shirt et le fourrait dans son sac de sport.
- Tu partais avant de t'être douché avant, ça signifiait que tu devais puer quand tu allais récupérer Kichô, remarqua Hajime avec un ricanement. La pauvre enfant a dû vivre un calvaire avec toi.
En réponse, Oikawa passa dans son dos en lui défaisant sa serviette :
- Avec toi ça serait pire, Iwa-chan, répliqua-t-il sur le même ton et sans écouter ses protestations.
Hajime rattrapa le malheureux bout de tissu de justesse sans trop savoir pourquoi il faisait soudain preuve de tant de pudeur. Il avait déjà pris des douches avec l'équipe et Tôru l'avait déjà vu nu. Oui, mais justement… il y avait l'équipe à chaque fois. Pas juste lui et Oikawa comme c'était le cas ce soir.
- Joli cul, lança son ami en gagnant la partie des douches.
Les joues cramoisies, Iwa se dépêcha de s'habiller et de partir avant que Bakawa ne revienne.
Une semaine plus tard, le match opposant l'équipe du Japon et l'Australie avait eu lieu. Une victoire de justesse pour le Japon et l'on murmurait déjà que sans les passes et les services exceptionnelles de Tôru Oikawa, l'équipe de l'Australie aurait pu facilement remporter le match. Avis qui n'était pas partagé par tous, chacun estimant que la victoire revenait aussi au jeu de Ushijima.
Le coach avait accordé à l'équipe un jour de repos pour leur permettre de souffler après ce fabuleux match qui leur avait donné du fil à retordre.
Hajime était en train de se diriger vers le konbini pour faire quelques courses lorsque son téléphone vibra dans sa poche. Machinalement, il attrapa l'appareil et vit avec un certain étonnement le mot « CrappyKawa » s'afficher sur l'écran. Oikawa ne l'appelait pour ainsi dire jamais.
- Allo ?
- Monsieur Iwaizumi ? fit la petite voix de Kichô.
Il s'arrêta net à l'entrée du magasin, bloquant le passage à une petite vieille qui lui rentra dans le dos. En s'excusant, le joueur de Volley s'écarta du chemin :
- Oui, c'est moi, Kichô ? Qu'est-ce qu'il y a ?
Un reniflement lui répondit d'abord :
- Papa est tombé dans l'escalier, répondit la fillette d'une voix qui se voulait ferme mais qu'il devinait tremblante sous ses efforts. Qu'est-ce que je dois faire ?
Hajime sentit son corps de glacer durant quelques instants. Si la gamine d'Oikawa était en train de l'appeler au secours, c'était que son ami ne devait pas être en état de parler. Qu'avait-il donc encore trafiqué ?
- Ecoute, fit-il de sa voix la plus douce et rassurant possible. Tu restes bien chez toi pour le moment et je vais demander aux secours de venir chercher ton papa, d'accord ? Et j'arrive aussi, pour m'occuper de toi.
Déjà, il était en train de faire demi-tour en courant.
- D'accord… murmura Kichô.
- Tu me donnes ton adresse, s'il te plait ?
Il nota mentalement les informations, la rassura encore en lui disant qu'il arrivait bientôt et raccrocha pour contacter les urgences.
Tandis qu'il se dépêchait de prendre la direction du domicile de Tôru, des centaines de questions se bousculaient dans son esprit. Pourquoi Oikawa était tombé dans l'escalier ? Que lui était-il arrivé pour qu'il ne soit pas en état de téléphoner ? Et pourquoi la gamine avait-elle décidé de l'appeler en priorité ? Elle aurait surement pu contacter un voisin ou quelque d'autre.
Il serra ses doigts autour du téléphone tandis qu'il entrait en trombe dans la rame du premier métro qui se présenta à lui.
Hajime arriva au domicile d'Oikawa alors que son ami était en train de sortir sur un brancard, sans connaissance.
- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? demanda immédiatement Iwaizumi au médecin qui suivait le brancard.
- Vous êtes… ?
- Son meilleur ami ! Sa fille vient de m'appeler pour me prévenir, répondit vivement le joueur de Volley.
Le médecin regarda par-dessus son épaule. Le joueur de volley suivit son regard et aperçut Kichô qui se tenait sur le seuil de la porte, le téléphone portable de son père serré dans ses mains.
- Ah oui, elle m'a prévenu. Monsieur Iwaizumi, c'est ça ?
- Oui. Qu'est-ce qu'il a ?
Inquiet, il regarda son ami hissé dans l'ambulance.
- A priori, une fracture du genou droit, répondit l'homme en blouse blanche. Et peut-être un traumatisme crânien étant donné la chute importante. Vous venez avec nous ?
Tenté, Hajime failli accepter. Puis, il songea à la petite fille et songea qu'il valait mieux éviter de la laisser toute seule ou de la trainer avec lui dans un hôpital.
- Non… Je passerai prendre des nouvelles tout à l'heure. Merci.
Le cœur serré, il regarda les portes du véhicule se fermer puis les ambulanciers remonter à l'intérieur et repartir à toute vitesse.
Le genou…
Tôru s'était blessé au genou droit lorsqu'ils étaient en Terminal et même s'il avait été soigné, il était connu que les blessures ne guérissent jamais tout à fait. A l'image d'un dessin au crayon ensuite effacé à coups de gommes… le dessin disparait, mais en regardant bien l'on peut voir encore des traces. Ces derniers temps, Oikawa avait donné beaucoup de sa personne entre sa fille et le sport. Etre un père presque parfait demandait certainement autant d'énergie que les entrainements et les matchs. Secrètement, Hajime avait admiré la façon dont son camarade s'occupait de sa fille dès qu'il le pouvait : sortie au zoo, sortie cinéma, sortie au parc, petits matchs improvisés avec des gosses de quartiers, promenades à vélos, kermesse de l'école… Oikawa s'amusait certainement autant que Kichô, il restait un grand gamin malgré tout, mais il savait se débrouiller. Peut-être en avait-il trop fait…
Il baissa les yeux en sentant la petite main de la fillette se glisser dans la sienne :
- Ils vont le soigner, hein… ?
- Bien sûr, répondit-il en s'accroupissant à sa hauteur avec un sourire rassurant. Ils vont le remettre sur pieds en quelques jours.
Hajime ne savait pas quoi faire. Il fallait surement distraire Kichô mais il ignorait comment, sans compter qu'il avait cours dans deux heures.
- Ne t'inquiète pas, continua-t-il. Toi, tu vas aller à l'école, d'accord ? Et je viendrais te chercher à la sortie.
L'ombre d'un sourire se dessina sur les lèvres de l'enfant qui acquiesça :
- Je vais chercher mon Bento !
Il la suivit à l'intérieur, quelque peu curieux de découvrir l'intérieur de la maison de Tôru.
Iwaizumi dû reconnaitre être surpris en bien. Il s'attendait à un bordel sans nom et découvrit à la place une petite maison propre et à peu près correctement rangé. La cuisine n'était pas sale, un bouquet de fleurs ramassées certainement par Kichô trônait fièrement sur la table, des dessins aimantés sur le frigo côtoyaient une ardoise blanche où les jours de la semaine étaient écrits au feutre effaçable avec le menu pour chaque repas. Un salon avec notamment une télé et une console de jeux vidéo, avoisinait avec une chaîne hi-fi. Un rapide coup d'œil à la salle de bain lui apprit qu'Oikawa se séchait toujours avec une serviette verte à l'effigie de petits aliens. Et il y avait un escalier menant à un étage où les chambres devaient se trouver.
Tôru était tombé dans cet escalier.
Iwaizumi soupira et retourna dans la cuisine pour voir Kichô sortir triomphalement une boîte à bento du frigo.
- C'est toi qui l'avait préparé ? demanda-t-il plus par envie de lui faire la conversation que par réelle curiosité.
- Oh non, c'est papa ! répondit la fillette. Il le prépare avant de me lever pour aller à l'école.
Plus que curieux, Iwa tendit la main :
- Fais voir ? Je ne l'ai jamais vu cuisiner !
- Papa fait les plus beaux bentos du monde ! clama fièrement Kichô en lui tendant la boite en plastique en forme de chat.
Il ouvrit avec précaution le couvercle. Ses yeux s'écarquillèrent devant les onigiri-pandas, les saucisses poulpes, la souris radis et les tortues en kiwi et grain de raisin.
- C'est ton père qui fait tout ça ? demanda-t-il en refermant la boite.
- Oui ! C'est différent tous les jours, c'est la surprise à chaque fois.
Iwa hocha la tête en lui rendant son bento. Oikawa qui faisait à manger et qui arrivait à rendre ça amusant… Quoique, à la réflexion, Hajime songea que ce n'était pas si étonnant pour un grand gamin comme lui de s'amuser à faire des animaux.
- Si tu es prête, on y va.
- Oui !
Elle courut jusqu'à l'entrée :
- Je suis en retard, la maitresse va me gronder.
- Mais non, je vais lui expliquer, répliqua-t-il en attrapant les clés posées sur le meuble de l'entrée.
Il ferma la porte avec soin tandis que sa petite protégée rangeait son bento dans son cartable. Une question lui vint alors à l'esprit tandis qu'ils cheminaient vers l'école :
- Dis-moi, pourquoi est-ce que tu m'as appelé moi ?
Kichô lui renvoya un regard étonné :
- C'est papa qui m'a dit qu'en cas d'urgence, il fallait que je t'appelle toi. J'ai fait une bêtise ?
Il secoua doucement la tête :
- Non, tu as bien fait.
Le joueur de volley s'évertua à lui changer les idées durant le trajet en lui racontant une histoire où les médecins étaient des magiciens qui réparaient les os à coup de baguettes magiques, rassurant ainsi définitivement la fillette sur le sort de son père.
Voilà pour aujourd'hui !
