Bonjour à toutes et à tous !
Voilà une nouvelle histoire que j'ai mis 1an à écrire. J'espère qu'elle vous plaira. N'hesitez pas à me laisser des commentaires pour me donner vos impressions (et conseils). Je publierai tous les mercredis et dimanches. A bientôt ! ;)
...
I WILL FOLLOW YOU
C'était durant un froid décembre, une journée sèche et venteuse. Nous avions profité de la patinoire toute la journée. Plusieurs chutes m'avait enfin suffit à apprendre à patiner correctement. Je rêvais déjà de devenir professionnelle, me voyant à la télé et dans les plus grand concours. La réalité était que je patinai comme un enfant qui apprend à marcher. Mes pas étaient incertains et mes jambes tremblaient telles des feuilles secouées par le vent orageux.
Mais toi, tu glissais. Tu glissais si bien que cela ne semblait pas être un effort. Tes jambes se balançaient et s'enchaînaient à merveille. Tel un balancier, tu étais régulière et coordonnée. Cela donnait à ton corps une forme sensuelle et dansante. Je ne sais pas si c'était la glace qui rayonnait, mais une aura brillait autour de toi telle une fleur resplendissant à la rosée du matin. J'avais l'air tellement stupide à côté de toi, ne sachant pas avancer sans trembler et tomber. Mon regard se posait sur toi dès que tu ne me regardait pas. Mais lorsque tes yeux croisaient les miens, je t'évitais. C'était stupide. A chaque fois que je venais ici pour te voir, je devenais la créature la plus stupide du monde.
Une fois fatiguée, trop fatiguée pour continuer à me battre sur cette glace, je m'installais sur les gradins. Faignant une quelconque occupation sur mon téléphone, je te regardais valser et virevolter sur la glace, tandis que je ressemblais à une baleine échouée, essoufflée et rouge. Cela faisait plusieurs semaines que je venais ici pour te voir. Après être venue pour la première fois accompagner ma mère qui finalement n'avait pas trouver cela « aussi chouette qu'on le prétend ». Je t'avais vu t'entraîner. Et depuis, je viens presque tous les jours. Mais je n'ai jamais trouvé le courage de venir te parler. Alors, je reviens le lendemain en me disant que cette fois je te parlerai, sans y parvenir.
- Allô ?
- Oui, maman ? Pourquoi tu m'appelles ?
- En rentrant de ton cours de patin, n'oublie pas d'aller faire les courses que je t'ai dit hein ? Tu es tellement tête en l'air... Je te jure... Ta tête ne serait pas accrocher à ta tête tu...
- Oui, oui maman, je n'ai pas oublier. Bon je dois te laisser, je dois aller me changer. A plus, bisous.
Je n'eus pas le temps d'entendre un au revoir, que le portable était déjà au fond du sac. Quel honte... ma mère avait le chic pour toujours appeler quand il ne fallait pas... Lorsque j'enfilai mon pantalon, la porte du vestiaire grinça. C'était Elle. Elle pénétra ainsi dans la pièce, de manière si légère qu'elle effleurait à peine le sol. Elle rejoint son sac à dos et l'ouvrit. Elle en sorti une robe bleu en laine bleue et une paire de collant noire qu'elle posa sur le banc. Elle souleva son t-shirt. Je pu voir son soutif gris. Plutôt simple, mais sur elle, le tout rendait très beau à voir. Elle sortie la tête du vêtement, et je fit semblant de chercher quelque chose dans mon sac pour ne pas partir. Elle glissa sa jupe le long de ses jambes et la plia en quatre pour l'insérer dans son sac. Elle enleva ensuite ses collants. Ses jambes étaient fines et grandes. Elle paraissait robuste et capable de se défendre et de protéger, et pourtant, en la voyant dévêtu, elle semblait plus fine et plus frêle. Elle se couvra alors de ses collants noirs et de sa robe bleue. Elle sortie une brosse et peigna ses cheveux blonds. Elle rangea le tout dans son sac et elle tira une trousse. Se dirigeant vers le miroir de la pièce, elle remit un peu de crayon noir sur ses yeux et de mascara sur ses cils. Mon regard devenant sûrement insistant, elle me tendit l'objet :
- Tu en veux ?
Je resta un moment stupide, encore, à regarder le tube sans vraiment savoir ce que je devais faire, regarder ou dire...
- Euh... Non merci.
Qu'elle idiote... Si j'avais dit oui, ça aurait été un moyen d'engager la conversation. Je fis mine de retourner mon sac, en prenant soin d'étouffer ma trousse à maquillage sous mes vêtements.
- Quoi que... Je ne trouve pas la mienne... J'ai dû l'oublier... riai-je niaisement.
- Tiens.
Elle me tendis le crayon et le mascara.
- Qu'est-ce-que je peux être bête des fois, ricanai-je. Ma mère me dit souvent que si ma tête n'était pas accroché... Je... Euh...
Elle me regardait. Ou me fixait plutôt. Attendant que je lui rende simplement son maquillage pour partir. J'étais vraiment trop stupide...
- Désolée, je te fais perdre ton temps.
Je m'appliqua rapidement les différentes encres sur les yeux et lui rendis le tout.
- En fait, non.
- Par-pardon ? Bégayai-je.
- En fait, non. Tu ne me fais pas perdre mon temps. Je n'ai rien de prévu après.
- Ah.
Cela signifiait-il quelque chose ? Voulait-elle que je l'invite à sortir ? Allait-elle le faire ? N'importe quoi... Comme si elle voulait passer du temps avec moi. Elle m'avait vu tout ce temps et ne m'avait jamais adressé la parole.
- Et toi, tu fais quelque chose ?
- Non, je n'ai rien !
Elle resta silencieuse devant son sac.
- Ca te dis d'aller boire quelque chose ?
- Oui ! Carrément !
C'était sorti tout seul. Maintenant, en plus d'être stupide, je ne me contrôlais plus. Génial... Mais cela ne m'importait guère car la voilà qui me souriait, comme si cela lui faisait vraiment plaisir. Je ne comprenais pas trop pourquoi elle m'invitait et pourquoi cela semblait lui plaire, mais « quand ce que l'on souhaite se réalise, on se contente de se réjouir et on ne pose pas de question ». C'est une phrase que disait toujours mon père.
- On y va ? Lança t-elle.
Elle partie la première en direction de la porte. Elle prit la poignée et ouvrit la porte. Au moment où je m'avança devant elle, elle reprit :
- Au fait, tu t'appelles comment ?
- Regina et toi ?
- Emma.
Quelques pas plus tard, elle me fit entrer dans un salon de thé où elle commanda un chocolat à la cannelle. Pour ma part, je pris un chocolat liégeois. Je me demandais vraiment ce que je faisais ici, en sa compagnie et pourquoi elle m'avait abordé.
- Emma, pourquoi tu es venue me parler tout à l'heure ?
Elle resta d'abord muette, traçant un cercle régulier dans son chocolat. Puis, sans lever la tête elle me répondit enfin.
- J'ai vu que tu venais presque tous les jours depuis quelques semaines. Au début ce n'était pas gagné, mais à force de persévérer tu t'es vraiment améliorée. Et j'ai remarqué que tu me regardais souvent, alors je me suis dit que tu voulais peut-être me parler. J'ai attendu, mais voyant que tu ne venais pas, j'ai décidé de le faire. Je n'aurai pas dû ?
- Euh... Si, si ! Bien sûr... Je... Je ne sais pas comment t'expliquer...
- Tu voudrais des conseils ?
Des conseils ?
- Euh, oui voilà ! Tu patines tellement bien et moi... Eh bien c'est une catastrophe.
- Non ne dit pas ça, ria t-elle.
- Tu as commencé à qu'elle âge ?
- Il n'y a pas très longtemps. Je patinais de temps en temps avec ma tante quand j'étais enfant. Après son accident, il m'a fallu quelque chose pour évacuer. Ça a été le sport.
- Son accident ?
Elle se tut, songeuse. Ou mal à l'aise. Un son survint et me fit sursauter. J'attrapai mon téléphone coincé dans ma poche.
- Regina, où est-ce que tu es ? Je t'attends depuis une demi heure à la maison !
Ma mère ! Je l'avais complètement oublié...
- Désolée, j'ai eu un soucis sur la route, mais j'arrive.
- Tu as intérêt à ne pas être loin sinon...
Je ne préférai pas savoir ce qu'elle avait à me dire.
- Tout va bien ? m'interrogea Emma, l'air inquiet.
Je n'avais tellement pas envie de mettre fin à ce rendez-vous...
- Eh bien, je dois... Je dois rentrer, c'est urgent.
- C'est grave ?
- Je ne sais pas mais je dois me dépêcher.
- Oui oui bien sûr vas-y ! On se revoit à la patinoire ! Me lança t-elle alors que je quittai la table.
Je partie sans oser la regarder, mais mon cœur s'était rempli de quelque chose d'étrange et d'inconnu. Pourquoi lui avais-je fais croire qu'il y avait une urgence ? Pour ne pas paraître stupide au fait de répondre aux ordres de sa « maman » ? Peut-être... C'te honte... Je couru au supermarché le plus proche et pris les choses inscrites sur la liste. Sur le retour, la nuit était tombée depuis longtemps, ce qui rendait l'air encore plus froid.
- Maman ! Je suis là !
- Il était temps ! Hurla t-elle de la cuisine. Viens m'aider, je ne m'en sors pas toute seule ! Si tu veux quelque chose, il faut contribuer...
- Oui maman, je sais.
Et voilà, ma vie était cent fois mieux dehors. Ici, c'était le bagne... Mais maintenant, il m 'était impossible de penser à autre chose qu'Emma... Je me demandais ce qu'elle faisait en ce moment, comment j'allais m'habiller demain, et juste au fait que j'allais la revoir... D'ailleurs, quand je suis partie, elle est restée. Et je suis partie tellement vite que... Oh non... Elle a dû payer mon chocolat parce que je me suis enfui comme une voleuse... Stupide, stupide, stupide...
- Regina ! Mais regarde ce que tu fais ! Tu as coupé les tomates en cube alors que je t'avais dit de les couper en rondelle ! C'est pas possible !
- C'est pas grave, elles seront tout aussi bonnes tu sais.
- Tu oses me répondre ? Et tu te moques de moi ? Oh mon Dieu, ton père doit se retourner dans sa tombe.
- Ne parle pas de papa ! Tu ne sais rien à propos de lui !
- Pardon jeune fille ? Mais pour qui tu te prends ? Je connaissais ton père mieux que personne. Mieux que toi et mieux que cette espèce de famille qui a voulu profiter de lui et avec qui tu persistes à être en contact. Tu me fatigues...
Elle s'arrêta un instant, ce qui me fit espérer qu'elle me ferait la tête jusqu'au couché. Ce qui pouvait être la meilleure solution, car pas de dispute et pas d'explication. Mais elle ne pu s'empêcher de se retenir et ajouta :
- Il y des jours comme ça, où je me dis qu'heureusement que ton père n'est pas là pour voir ce que tu es devenue...
- S'en est trop. Si papa avait été là, c'est moi qu'il aurait défendu. Et pas toi, sa pauvre ivrogne de femme qu'il n'aime plus !
Elle lâcha son couteau pour me gifler. Touchée, ou vexée. Peu m'importait. Je connaissais la vérité, et je tenais simplement à ce qu'elle arrête de se leurrer et qu'elle sache qu'elle pouvait avoir tort. Je couru dans ma chambre pour m'enfermer à clé. Je savais qu'elle allait me suivre pour cogner telle une bête déchaînée contre la porte. Au début, ça m'effrayait. Mais à force, je me suis habituée. J'allumai mon ordinateur et mit le son à fond. Les paroles de « Wind of change » jaillirent des enceintes et recouvrirent les cris et coups de ma mère. J'adorais les musiques des années 80. Elles apportaient un ensemble de bonnes musiques, envie de danser et de chanter, et de nostalgie à une dose parfaitement juste. Je suivis avec Queen, Cindy Lauper, Madonna et Bonnie Tyler. Je finis par somnoler comme presque tous les soirs en regardant des séries sur internet, en écoutant de la musique ou en lisant. Je sortie de mon sac les paquets de gâteaux et les tomates achetés plus tôt au supermarché. Je les ajoutai dans mon placard aux autres grignotages en tous genres qui pouvaient me nourrir lorsque ma mère me faisait trop peur pour sortir de ma chambre. Je croqua dans l'une des tomates. Bien rouge, bien mûr. Le jus coula le long de ma joue pour tomber sur mes cuisses. C'était tellement bon, une simple tomate... Je me repris à penser à Emma. Si j'avais prit son numéro, j'aurais pu lui écrire. Ça m'aurait remonter le moral... M'enfin, je n'y avais pas pensé. Rien que le fait de savoir que j'allais la voir le lendemain me réjouissait déjà suffisamment.
Je m'endormis au creux de mon lit, bercée par des chants de flûtes, de violon et de harpe dans mes écouteurs.
