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Bonne lecture !

I WILL FOLLOW YOU : Chapitre 11

Après être tombée deux fois sur le répondeur, Emma avait enfin répondu.

- Emma... tu décroches enfin... Tu vas bien ?

- Regina ? Qu'est-ce-qu'il se passe ?

- Désolée de t'avoir dérangée. Euh... J'avais besoin de te demander quelque chose.

- Fait vite Regina, j'ai pas le temps là.

Clairement, je ne pouvais pas lui en parler. Mais je n'eus pas le temps de répondre qu'elle enchérit.

- Bon, ça tombe bien que tu appelles. Je me sens mal aujourd'hui. Je n'ai encore pas dormi cette nuit et j'en peux plus. Je termine mon dossier et je rentre.

- D'accord, je t'attends. Je... Je t'aime, ajoutai-je inquiète.

- Je t'aime aussi Regina, bisous.

Elle raccrocha.

Quand Emma rentra, elle allait effectivement mal. Mais je ne pu pas lui faire entendre raison et lui faire voir un médecin. Elle était très froide et tremblait. Pendant tout ce temps, je ne pouvais pas m'empêcher de penser à ce qu'avait dit la médium. Si Emma était morte, elle ne serait pas là, vivante, en chaire et en os. Pourtant, elle allait tellement mal depuis ce jour... Et pourquoi ces cauchemars ? Tout se bousculait dans ma tête. Ma vie avait basculé dans l'horreur sans que je ne m'en rende compte. Si je pouvais au moins comprendre ce qu'il se passait...

- Regina, vint me couper Emma de mes pensées.

- Hum ? Me tournai-je vers elle.

- Tu sais, pour ce dont on a parlé l'autre week-end... Pour... Le bébé...

- Oui ?

- Je pense qu'il vaut mieux mettre ce projet de côté pour l'instant.

Un silence pesant accompagna cette nouvelle. Après avoir fait le tour des questions dans mon esprits, Emma reprit.

- Regina...

Allongée sur le lit, emmitouflée dans la couette, les lèvres pales, Emma semblait si fragile et sensible. L'idée de la médium ne pouvant quitter mon esprit dans un moment pareil, mais ne pouvant m'y résoudre. C'était impossible.

- Regina, je crois que je suis malade...

- Il faut que tu vois un médecin Emma, tu ne peux pas continuer comme ça. Pourquoi tu ne veux pas aller aux urgences ? Je ne comprends rien... éclatai-je en sanglot. J'ai l'impression que je suis en train de te perdre.

Je me réfugie dans ses bras pour y fondre en larmes. Elle me serra avec ses quelques forces contre elle et me caressa les cheveux.

- Je suis désolée Regina, je n'aurais pas dû insister...

- Ne t'excuses pas, ce n'est pas ta faute si tu ne vas pas bien.

Insister ? J'étais trop fatiguée pour en demander plus, pour en comprendre plus...

Finalement, je m'endormis dans ses bras, épuisée.

Le lendemain matin je fus surprise de ne pas avoir fait de cauchemar. Emma était dans la salle de bain de l'autre côté du couloir.

- Ah tiens, viens ici toi. Je t'attendais.

J'approchais, curieuse de ce qui m'attendait.

- Ça va mieux ? M'inquiétai-je.

- De ?

- Ta température. Tu étais mal hier soir.

- Ah ! Ma température … Oui, ça va mieux. Mais ce n'est pas de ça que je voulais te parler. Je veux t'apprendre à faire tourner ces satanées machines à laver.

- Pourquoi ? Je sais le faire !

- Tu plaisantes ? Tu te trompes tout le temps de programme, tu inverses la soupline et la lessive, tu ne sépares pas les vêtements blancs des colorés. Alors aujourd'hui je vais te montrer et tu vas mémoriser, ok ?

- Euh... d'accord. Mais on ne peut pas faire ça après avoir déjeuné ?

- Non, on le fait maintenant, me reprit-elle d'une voix autoritaire.

Après mon cours sur « comment faire tourner une machine », et avoir enfin déjeuné. Je m'aperçus que tous les papiers administratifs étaient bien rangés et triés.

Soudain, j'eus un mauvais pré-sentiment. Me revint à l'esprit ce vieil homme à qui sa femme ne lui avait pas apprit à faire tourner une machine à laver. Aussi, il portait tous les jours les mêmes vêtements. Emma sentait-elle quelque chose ? Était-ce une coïncidence ?

- Emma ?

Je l'appelais en tournant dans la maison. Mais elle était introuvable. Jusqu'à ce que j'entendis un bruit provenant du jardin. Emma était assise sur une chaise de jardin en train de téléphoner. A mon arrivée sur la terrasse elle me fit signe de me taire en posant son index sur ses lèvres.

Une fois l'appel terminé, elle m'annonça :

- Nous partons ma chérie !

- Quoi ? Nous partons ? Mais où ? Quand ? Pourquoi ?

- Nous allons en Thaïlande, demain, et parce que j'en ai très envie. Nous ne profitons pas assez. Depuis notre accident, nous continuons à aller travailler, à faire le ménage, payer les factures.

Elle se leva pour continuer en me prenant les mains.

- Regina, ce jour-là, on a failli mourir. J'aurais pu disparaître... Mais je suis toujours là... Toi aussi ! La vie nous a laissé une seconde chance, à nous deux. Je veux en profiter. Et en y repensant cette nuit, la Thaïlande, notre lune de miel... J'ai eu envie d'y retourner. Tu sais, aller là-bas pour moi, c'est comme de prendre un grand verre d'eau quand j'ai la gorge sèche. Ça me fait tellement de bien ! Et puis on pourra retrouver nos souvenirs là-bas, revivre comme un couple de jeunes mariées. Qu'est-ce-que tu en penses Regina ?

Elle me regardait, les yeux brillants, et j'oubliai toutes mes pensées futiles et folles.

- D'accord, riais-je. Partons en Thaïlande demain !

Dans l'après-midi, alors que je faisais ma valise, un courant d'air vint pénétrer dans la chambre. Un air glacial. Pourtant, dehors, il faisait bon, le soleil d'août brillait, le ciel était bleu et n'annonçait aucun nuage. Mais ce froid persista quelques instants. Un bruit vint de la porte, en levant les yeux, je vis Emma, adossée au cadrant de la porte.

- Emma ! Tu m'as fait peur.

Mais elle ignora mes paroles, et s'approcha de moi en souriant. Elle me prit dans ses bras et m'embrassa. C'était doux, c'était calme, c'était enivrant. Elle sentait le jasmin. Le jasmin fraîchement cueilli. Plonger mon visage dans son cou était comme immerger mon corps tout entier dans un champ de fleur. Emma continua ses multiples baisers jusqu'à ce que j'oublie la valise, le froid dans la pièce, le comportement étrange d'Emma. Ses mains, leurs caresses. Ses lèvres, ses baisers. Elle recouvra mon corps entier de son amour. La suite ? Elle ne concerne que nous...

Je m'endormis rapidement après ces langoureuses caressent. J'étais heureuse, sur un nuage, loin, très loin du sol.

J'étais à nouveau devant cette voiture, toujours prisonnière du goudron qui retenait mes pieds. M'empêchant d'aller voir Emma.

- Emma ! Emma ! Réveille-toi Emma !

Mais la boule dans ma gorge emprisonnais ma voix.

- Emma... sanglotai-je. Réveille-toi...

Je repris mes forces et me débattis encore plus, je frappais le sol de mes poings, je tirais fort sur mes jambes, je criai autant que je le pouvais. Mes jambes s'arrachèrent au sol... dans un cri de douleur.

- Aaahhh ! Hurlai-je.

Ma voix s'était libérée, elle aussi. Je couru de l'autre côté de la rue, atteignis la voiture, la contourna jusqu'à atteindre Emma par la fenêtre.

- Emma ! Emma ! Tu m'entends ?

Maintenant ma voix était audible. Mais Emma ne répondait pas. Elle n'ouvrait pas les yeux.

- Emma ! Entendis-je crier. Non ! Emma !

Un craquement perça mes tympans. C'était moi, mon double, dans la voiture, ma voix venait de se briser. Je pleurais. Je pleurais tellement fort que je me terrifiai. Mon double, encore assit dans la voiture prit Emma entre ses mains et la secoua, la secoua et la secoua encore. Elle criait, hurlait, pleurait, suppliait son nom. J'étais de plus en plus terrifiée. Emma ne revenait pas.

Tout cela n'était qu'un cauchemar. La réalité était différente. Je le savais. J'avais en face de moi ce qui aurait pu se produire. Mais c'était un cauchemar. Un cauchemar. Un cauchemar.

Je me réveillais en sursaut. Couverte de larme. A bout de souffle. Complètement paniquée.

Ma première réaction fut de trouver Emma. La prendre dans mes bras pour être rassurée. Être sûre qu'elle soit en vie, qu'elle aille bien. Ce cauchemar avait eu l'air tellement réaliste. J'avais besoin de ses bras, de son réconfort, de son amour et être sûre que tout allait bien.

Je la chercha alors dans toutes les pièces de la maison. Dans le jardin. Dans la voiture. Sur le parking. Rien. Nul part. Pas d'Emma. Je pris mon portable pour l'appeler. J'entendis une sonnerie et on décrocha.

- Emma ! Où es-tu ? Tu vas bien ?

Je m'attendais à ce qu'elle me réponde que tout allait bien, qu'elle me demande pourquoi je m'inquiétais comme ça, encore. A la place j'entendis : « Le numéro que vous avez composé n'ai pas attribué ». Quoi ? Pas attribué ? Mais je l'avais appelé la veille. C'était sûrement une erreur. Je repris le téléphone. « Le numéro que vous avez composé n'est pas attribué ». Je composa alors un numéro à quatre chiffres pour joindre son opérateur.

- Allo ?

- Bonjour Madame, que puis-...

- S'il-vous-plait, pouvez-vous m'expliquer pourquoi je n'arrive pas à joindre ma femme ? Le coupai-je.

- Euh.. Pouvez-vous me donner son nom et son numéro de téléphone ?

- Emma Mills 07-94-21-11-36.

Un long silence. L'homme reprit le combiné.

- Puis-je vous demander votre nom ?

- Regina Mills. Je suis sa femme.

- Madame... Je ne comprends pas. C'est une blague ?

- Une blague ? Vous croyez que j'ai envie de rire ? Ma femme ne répond pas au téléphone. Je crois qu'il lui ai arrivé quelque chose. Alors non ! Ce n'est pas une blague !

- Mais, Madame, votre femme est décédée il y a plus d'un mois...

- Quoi ? Ma femme est... quoi ? Non ! Non... Elle n'est pas... non ! Ce n'est pas possible !

Je jeta le téléphone contre le mur. Il explosa en plusieurs petits débris. Une image me revint en tête. La voiture. Le mur. Les petits morceaux de voiture. Et... . Non, ce n'était qu'un cauchemar. Ce n'était pas réel. En réalité, nous nous en étions sorties indemnes. Toutes les deux...

Je retourna dans la cuisine. Je fus terrifiée. Des dizaines d'assiettes étaient empilées les unes sur les autres. Des verres, des couverts. Des journaux. Partout. Un désordre monstrueux. Le salon était envahit du même désordre. Des vêtements, des couvertures, des livres, partout... Le Chaos. Non. Ce n'était pas possible. Dix minutes avant, avant mon appel, tout était en ordre. Emma venait de tout ranger. Emma... Mes jambes devinrent molles et se dérobèrent sous mon poids. Gisant au sol, je ne pleurais pas, je ne criais pas. J'étais là, assise, sans rien faire. Les yeux fixés sur le journal devant moi. En première page « Un grave accident de voiture », une voiture, ma voiture, encastrées dans un mur, mon mur, le mur de ma résidence. « Un mort et un blessé ». J'étais la blessée et Emma... Non... C'était encore un cauchemar, j'allais me réveiller. Plus d'un mois était passé depuis l'accident et nous avions continué à vivre ensemble, elle était toujours là, chaque seconde de chaque journée. Elle continuais à respirer, rire et parler. Elle allait au travail, je la voyais partir tous les matins et revenir tous les soirs. Je lui téléphonais. Elle préparait les repas, m'a apprit à faire une lessive... On doit toujours partir en voyage ce soir... Les billets ! Je pris l'ordinateur, l'ouvris et m'enregistra pour trouver sa réservation. La page afficha en grand caractère : « AUCUNE RESERVATION ». Non... Comment était-ce possible ? Je partis voir dans le calendrier. Trois semaines s'étaient écoulées depuis l'accident, je n'avais pas pu rêver pendant tout ce temps. Je pris le premier journal qui me passait sous la main

« Accident de voiture : deux jeunes femmes accidentées ». Je prends un autre journal.

« La conductrice s'en sort indemne, mais pas sa passagère ». Un autre journal.

« Le couple séparée par la mort ». Un autre journal !

« La femme de la conductrice morte dans l'accident » …

Je prit la première une des enveloppes près des journaux. Elle était encore fermées. Je l'ouvris : « Madame Mills,

Nous avons le regret de vous présenter toute nos condoléances pour le décès de votre épouse Emma Mills.

Compte tenu de sa volonté, vous êtes la seule personne a hériter de son assurance vie.

Nous vous prions de bien vouloir nous joindre au numéro indiqué. »

Je me jette sur le téléphone de la maison. Plusieurs appels manqués. Des amis, mon travail, le travail d'Emma, et d'autres numéro que je ne reconnais pas. J'écoute un premier, peut-être cela me donnera un indice sur ce qui se produit.

« Oui... Salut Regina. Excuse-moi de te déranger c'est Alice. On ne t'a pas vu aujourd'hui au travail. C'était pour savoir si tout allait bien et si tu peux nous tenir au courant de la durée de ton absence. Rappelle-moi quand tu as ce message ». Supprimer.

« Salut Regina, c'est Alice. Ça fait deux jours que tu n'es pas venues et on a pas de nouvelle. On s'inquiète. Rappelle-moi ». Supprimer.

« Allô Regina ? Bonjour, c'est Lucie. Euh... Comment te dire ? On a apprit la nouvelle. Toutes nos condoléances. Ne te soucis pas du travail. Reviens quand tu veux. Si tu peux juste nous donner de tes nouvelles, histoire d'être sûre que tu vas bien... Enfin, euh... pas trop mal... Bisous ». Supprimer.

« Bonjour Mme Mills. Je vous appelle au sujet de la mutuelle de votre femme. D'abord, je souhaite vous présenter mes condoléances. Je voulais... ». Supprimer.

« Allô ? … Allô ? … Ah, tu ne dois pas être là... Bonjour Regina... C'est Maman. J'ai apprit la triste nouvelle... Je suis désolée ma chérie. Je voulais te dire que je te soutiens et si tu as besoin de quoi que ce soit, tu peux... ». Supprimer.

« Coucou Chérie ! Tu dois encore dormir. Désolée je suis partie sans prévenir acheter du pain. La voiture est tombée en panne, je vais au garage. Rappelle-moi quand tu as ce message. Je t'aime ». Quoi ? J'enlevai mon doigt de la touche « Supprimer » pour relire le message. L'appareil grésilla et reprit :

« Vous n'avez pas de nouveau message. Pour revenir au menu principal, tapez... » j'arrachai le fil du téléphone. Je venais pourtant d'entendre sa voix. Elle était partie chercher du pain. Elle allait revenir. Je... Je ne comprenais plus rien. Mon ventre me faisait mal à se tordre dans tous les sens. La boule logée dans ma gorge commença à me couper la respiration. Les larmes que je gardais pourtant avec tant de force s'échappèrent. Tout s'échappa. Je criais, je pleurais, je suppliais que tout cela ne soit pas réel. Qu'Emma soit encore là. Qu'elle n'est pas disparu si soudainement. Que-que je ne l'ai pas... Non ! Que je ne l'ai pas tué! Que cet enfoiré ne me l'ai pas prise ! Ne l'ai pas arraché à la vie alors que nous avions encore tellement de projets, tellement de choses à vivre ! Non... Ce n'était pas possible. Mes pleurs, ma boule dans la gorge, le manque d'oxygène, tout m'étouffait. Je suffoquais. Allongée par terre, au milieu des journaux, je me donnais à la mort. Je suppliais qu'Emma traverse la porte de l'entrée. Je suppliais de mourir pour la rejoindre.

Le noir.