CHAPITRE 7
Les jours se succédaient et se ressemblaient, longs et monotones depuis maintenant plus d'une semaine et toujours aucune réaction de Kaya.
Kamijo commençait à perdre espoir, les nerfs à fleur de peau et même ce café chaud qu'il buvait à petites gorgées ne l'apaisait pas. Pas plus qu'il ne lui faisait envie. Il le terminait malgré tout.
-Bonjour, lui parvenait une voix douce après que quelques coups se soient fait entendre contre le battant de la porte qui s'ouvrait sur un visage aux traits fins, encadré par des cheveux châtain.
-Nomico... reconnût Kamijo en relevant la tête cependant qu'elle refermait la porte derrière elle et s'avançait vers lui.
-J'ai appris pour mon petit frère... Comment va-t-il ?
-Son état n'empire pas... Mais il n'évolue pas non plus. Comment avez-vous su ? demandait curieusement Kamijo.
-Les médias, répondait Nomico en venant prendre la main de Kaya. Ils sont toujours à l'affût de la moindre information.
Un soupir échappait à Kamijo. Les médias... Il ne savait que trop bien ce dont ils étaient capables, lui-même en ayant fait les frais à maintes reprises avant qu'ils ne décident de passer à autre chose.
-On raconte qu'il a été agressé... reprit Nomico. Qui voudrait faire du mal à mon frère ?
-Je ne sais pas, avouait Kamijo en caressant la main de son amant. Il commençait seulement à se remettre, à retrouver le sourire... Le destin s'acharne.
-J'ai entendu dire que sa vie n'était pas aussi belle qu'il l'avait souhaité.
-Il a beaucoup souffert.
-Je suis en partie responsable de sa souffrance. Mon rejet l'a conduit à avoir un mauvais comportement jusqu'à ce qu'il décide de quitter la maison familiale.
-Où est-il allé, ensuite ? voulut savoir Kamijo, curieux.
-Dans un hôtel... soufflait Kaya d'une voix lointaine.
Jamais Kamijo n'avait été aussi heureux d'entendre sa voix. Soulagé, les larmes perlaient aux coins de ses yeux et il ne les retenait que difficilement.
-Que faisais-tu dans un hôtel ? s'enquit Nomico.
-Après avoir fui la maison, je n'avais aucun endroit où aller...
-Tes amis n'ont-ils pas été là pour toi ?
-Je ne voulais pas m'imposer... avouait Kaya, ses yeux noisette croisant le regard bleu et perlé de Kamijo. Pardonne-moi de t'avoir fait attendre... Embrasse-moi...
Kamijo n'eut pas besoin qu'il lui demande une seconde fois. Quittant son siège, il vint sceller ses lèvres à celles de son amant au cœur d'un baiser tendre et chaleureux, empli d'amour. Cette douce caresse faisait naître en lui une sérénité qu'il pensait perdue.
-Des jours à espérer que tu me reviennes... murmurait Kamijo en soutenant le regard de Kaya.
-Te savoir près de moi m'aidait, répondait-il, plus lucide qu'ils ne l'auraient cru, embrassant de nouveau son compagnon.
-Comment te sens-tu ? s'enquit-il.
-Un peu mieux, maintenant que je peux te regarder.
-As-tu mal quelque part ?
-Non. Je me sens juste un peu engourdi...
-Tu es resté inconscient presque deux semaines, l'informait Kamijo. Et tu as toujours une perfusion de morphine.
-Deux semaines ? répétait Kaya, perplexe. Es-tu vraiment resté tout ce temps auprès de moi ?
-Chaque jour et chaque nuit à te veiller.
-Tu es tellement attentionné que jamais je n'aurais assez de ma vie pour te remercier.
-Je ne souhaiterais rien de plus que ta présence à mes côtés, murmurait Kamijo en venant embrasser son front.
-Je t'aime, lui soufflait son amant en un délicat sourire.
-Bonjour, s'élevait une nouvelle voix, masculine et suave.
Elle appartenait à un homme d'âge mûr, le visage fin encadré d'épais cheveux noirs. Son teint quelque peu clair était rehaussé de ses yeux d'un subtil regard émeraude irisé et d'une discrète paire de lunettes. Il avançait vers eux de sa silhouette élancée.
-Bonjour, docteur, dit Kamijo, se redressant poliment.
-Je suis ravi de voir que vous êtes revenu à vous, reprit le médecin à l'attention de Kaya qu'il auscultait avec des gestes assurés mais doux.
Son expression semblait de bonne augure bien que l'anxiété ne disparaissait pas malgré tout.
-Alors ? s'impatientait Nomico, restée légèrement en retrait.
-Le diagnostic est très bon. Je n'imaginais pas qu'il puisse se remettre si rapidement, avouait le médecin en souriant.
-Quand pourra-t-il sortir ? voulut savoir Kamijo.
-Incessamment sous peu s'il continue à se porter aussi bien. S'est-il plaint d'une quelconque douleur ?
-Non, aucune depuis son réveil.
-Nous allons donc pouvoir envisager de débrancher la morphine.
-Êtes-vous certain qu'il ne ressentira aucune douleur ? Demandait Nomico de sa voix cristalline.
-Si tel est le cas, nous le perfuserons de nouveau, le rassurait l'homme. Bien, je m'en vais préparer quelques formulaires pour votre sortie prochaine.
Sur ces quelques mots, il quittait la chambre, laissant derrière lui Kamijo qui souriait à la simple idée des dernières heures à passer à l'hôpital. Bientôt, il ramènerait son compagnon. Il s'en réjouissait déjà.
-Il me tarde de rentrer, disait Kaya, ravi.
Un grand sourire illuminait son visage et ses yeux semblaient pétiller de bonheur. Un petit rire lui échappait même lorsqu'il glissait ses doigts dans le décolleté d'une belle chemise blanche que portait Kamijo pour venir l'attirer jusqu'à lui, scellant ses lèvres aux siennes d'un tendre baiser.
-Il y avait longtemps que je ne t'avais pas vu sourire ainsi, fit Nomico, venant prendre place sur le bord du lit. Kaya, je voudrais que tu me parles de toutes ces années que tu as passé sans donner la moindre nouvelle...
-Il n'y a rien à en savoir, répondait doucement Kaya en détournant le regard.
-Au contraire, je pense qu'il y a beaucoup à en dire...
-Ce n'est pas le plus beau moment de ma vie...
-Je suis malgré tout prête à écouter.
Pendant un instant, Kaya semblait hésiter. Pourquoi tenait-elle tant à ce qu'il lui dévoile ce fragment de sa vie ? D'autant plus qu'il n'en était pas fier. Il en avait honte.
-J'ai vécu dans un hôtel, reprit le jeune homme, le regard lointain comme si il se rappelait. Personne n'en a jamais rien su.
-N'y avait-il vraiment personne pour t'accueillir ? demandait Nomico.
-Je ne voulais pas déranger. Et je n'avais pas vraiment envie de leur parler de ma situation.
-Ils auraient pu t'aider.
-Comment faisais-tu pour vivre ? voulut savoir Kamijo, ne sachant pas vraiment à quelle réponse s'attendre.
-Je vendais mon corps... avouait Kaya, d'une petite voix.
-Tu te prostituais... réalisait Nomico.
-Ce que je gagnais ne me permettait pas de payer plus que la chambre d'hôtel que je louais.
-Et pour manger ? Te laver ? Comment faisais-tu ?
-Je me contentais d'un petit savon laissé à ma disposition pour me laver. Manger était un peu plus difficile... Il m'arrivait parfois de rester plusieurs jours sans rien avaler. Ochi a été celui qui m'a sorti de mon malheur.
-Comment l'as-tu rencontré ? s'enquit sa sœur sans le quitter un seul instant de ses yeux qui n'exprimaient plus que de la tristesse et sûrement que la culpabilité s'y mêlait.
-Il était l'un de mes clients réguliers... Les liens se sont tissés au fil des nuits que nous passions. J'ai commencé par l'aimer en secret jusqu'au jour où il m'a avoué la réciprocité de ses sentiments. Mais même si je l'aimais, mon cœur n'a jamais cessé de battre pour Kamijo... Je n'ai jamais réussi à l'oublier malgré la douceur dont Ochi faisait preuve avant que notre relation ne se dégrade...
-Dans quel sens se dégradait-elle ?
Cette question enfermait Kaya dans le silence. Son regard, toujours aussi lointain, se perlait de larmes. Heureusement, la main réconfortante de Kamijo l'aidait à ne pas craquer.
-Jamais vous ne pourrez imaginer la torture qu'a enduré votre frère, répondait Kamijo après un instant d'hésitation. Son corps n'est que le reflet de ses souffrances. De longues années à laisser Ochi le frapper, le séquestrer et le blesser, tant physiquement que mentalement. Ces violences ont entraîné plusieurs tentatives de suicide.
-Mais... Pourquoi ? parvint à demander Nomico, abasourdie.
-Le soumettre et le détruire.
-Il a toujours soupçonné mon amour pour Kamijo jusqu'à ce qu'il apprenne la vérité, continuait Kaya.
-Une vérité qu'il a eu du mal à accepter, reprit Kamijo.
-Je te dois la vie. Sans toi, je ne sais pas si j'aurais réussi à me sortir de ses griffes.
-Je l'ai fait simplement parce que je t'aime, Kaya... Et que je tiens à toi plus que tu ne saurais l'imaginer. Te voir souffrir est insupportable.
-Je t'aime tout autant... mon tendre prince...
Ses mots étaient emplis de douceur alors qu'il relevait la tête vers lui, cherchant la délicate caresse de ses lèvres que son compagnon lui offrait sans attendre sous le regard attendri de Nomico et du médecin qui venait à leur rencontre.
-Les documents sont prêts. Il ne vous reste plus qu'à les signer, s'élevait sa voix, devenue familière.
L'homme tendait à Kaya quelques feuilles imprimées d'une encre noire. Il les lisait attentivement avant d'y apposer sa signature aux emplacements correspondants et lui rendre. S'il avait bien compris ce qu'il avait lu, sa sortie était prévue dans les deux prochains jours, ce qui le ravissait.
-Les visites sont bientôt terminées. Profitez des dernières minutes, leur sourit le médecin qui laissait la chambre derrière lui en refermant la porte avec douceur.
-J'espère que nous pourrons nous revoir après ta sortie, dit Nomico.
-Si tu es prête à accepter certaines choses, oui, nous nous reverrons, répondit Kaya, un léger sourire flottant sur ses lèvres.
-J'ai conscience d'avoir mal agi à ton égard et je veux rattraper tout ce temps. Tu resteras mon frère à jamais. Quoi qu'il arrive.
La seule réponse que Kaya lui offrait fut un sourire réservé, néanmoins chaleureux mais épuisé. Ses yeux papillonnaient parfois jusqu'à se fermer. Il ne lui faudrait plus longtemps pour sombrer, les voix lui semblant déjà lointaines et son esprit s'embrumait peu à peu sur la dernière sensation douce et apaisante des lèvres de Kamijo.
-Toutes tes affaires sont prêtes, annonçait Kamijo, revenant près de son compagnon qu'il embrassait tendrement, le tirant de ses pensées, ses yeux noisette ayant parcouru la moindre de ses formes. Je serais curieux de connaître tes pensées...
-Te montrer serait plus simple que t'expliquer. Mais je risquerais de ne pas être sage, sourit Kaya qui quittait son lit, vêtue d'une élégante robe victorienne bleue à dentelle noire.
Son entrain était communicatif et ce fut avec un plaisir non dissimulé que Kamijo le contemplait tout en prenant sa main dans la sienne, un grand sac dans l'autre. Ainsi, ils laissèrent la chambre et l'hôpital derrière eux, témoins de longs instants d'angoisse et de tristesse pour retrouver la clarté chaleureuse des derniers rayonnements du soleil.
Retrouver la chaleur de leur appartement leur fit le plus grand bien et propice aux retrouvailles charnelles qui commençaient à manquer à Kaya, le jeune homme ayant bien vite oublié la venue de sa sœur qu'il avait trouvée étrange, préférant plutôt la délicatesse des lèvres de son compagnon qu'il enlaçait tout en le faisant reculer contre le mur le plus proche.
-Je t'ai manqué ? sourit Kamijo, se laissant faire.
-Plus que tu ne peux l'imaginer, soufflait Kaya dans le creux de son cou, lui volant un léger frémissement.
Il n'attendit pas pour le dévêtir, ses doigts ouvrant progressivement la belle chemise blanche qu'il portait, dévoilant peu à peu son corps que ses mains parcourait.
Ses caresses, douces, l'emportait au cœur d'un désir naissant. Et fermer les yeux ne faisait qu'intensifier cette sensation encore plus présente dès l'instant où Kaya déposait de légers baiser sur sa poitrine.
-Ne joues pas ainsi... murmurait Kamijo qui, à son tour, le dévêtait de sa robe, dévoilant entièrement son corps.
-Tu joues, toi aussi... sourit Kaya, son souffle l'effleurant une nouvelle fois cependant qu'il laissait sa langue le provoquer.
Kamijo était loin d'y être indifférent et cette simple provocation continuait d'intensifier un désir déjà intense et auquel il ne pourrait résister très longtemps. De ce fait, son étreinte devenait plus ferme, le rapprochant davantage contre lui. Sa main glissant sur la cuisse de son compagnon, Kamijo le faisait reculer avec délicatesse jusqu'à la chambre où il l'allongeait tout en l'embrassant, profitant de ce moment pour, lui aussi, le provoquer. Cependant, son jeu était plus prononcé que celui de Kaya, lui rendant certes ses caresses et ses baisers mais sa main était plus désireuse, s'approchant progressivement de son intimité.
Doux et délicat, il en devenait toujours un peu plus intense à chacun des gémissements que le jeune homme laissait échapper jusqu'à ce qu'il l'emmène rapidement dans ses dernières limites et qu'il scelle enfin leur corps l'un à l'autre dans un élan de tendresse.
A présent, le destin leur appartenait...
