Une Liste
Castiel a fait une liste. En réalité il a fait deux listes et il espère que Dean n'a connaissance que d'une seule d'entre elles. La seconde est cachée.
La liste comprends treize items et il trouve cela ironique. Il en a cherché un quatorzième, tenté d'en supprimer un ou deux mais ce n'était plus une bonne liste. Il a laissé les treize items.
1. Marcher
« Sam a fait ses premiers pas aujourd'hui . Il a marché vers Dean. »
Si Castiel avait tenu un journal à l'instar de John Winchester, il aurait écrit ce jour là : « Jude a fait ses premiers pas aujourd'hui. Elle a marché vers Dean. »
Ils n'étaient pas dans un motel. Ils étaient dans une ferme où Castiel ne voyait que des clous qui dépassaient à bonne hauteur pour que sa fille s'arrache un œil dessus, des échardes sur les vieux planchers qu'elle allait se ficher dans les pieds ou les mains... Mais c'était chez eux.
Et ils n'étaient pas seuls bien qu'ils n'aient été que cinq dans la maison. Deux c'est de la compagnie, trois c'est un groupe. Pour Castiel, cinq c'était une famille. Une famille bien plus importante que celle qu'il avait mis des millénaires à perdre.
Jude s'était redressée en s'agrippant à la table, avait regardé ses jambes une seconde, surprise de les trouver droites et s'était tournée vers Dean avec un grand sourire. Le chasseur avait ouvert les bras et fit signe d'approcher sans bouger de sa place sur le canapé. La distance avait du paraître infinie à Jude. Castiel le savait parce qu'il lisait dans l'esprit de sa fille, et aussi parce que la distance lui avait paru infinie quand lui même avait du apprendre à se redresser et à avancer.
Mais contrairement à Castiel, Jude avait une destination.
C'était sans doute une des rares fois de sa vie où elle saurait ou elle allait, et Castiel était heureux que ce soit vers Dean.
Parler
« Apa ! »
Dean se retourna à la recherche de l'origine du bruit. Il n'y avait que Jude dans la pièce qui ne semblait pas s'intéresser à lui, les yeux posées sur un livre en tissus plein de couleurs. Puis il vit sa petite bouche bouger. « Apa ! » Répéta-t-elle et elle leva les yeux, le cherchant du regard. « Apa. »
Dean sourit et lui passa la main dans les cheveux avant de reprendre sa propre lecture. Il n'y avait pas de couleurs dans son livre et des dessins effrayants qu'il ne ferait pas voir à Jude avant au moins sa majorité. D'ici là ils auraient déménagé dans un état où la majorité était encore à 21 ans.
Jude se tint au « Apa » pendant très longtemps. L'agrémentant d'un « Duh » qui faisait rire Sam parce qu'il était persuadé qu'elle imitait Dean quand elle prononçait cette syllabe. Dean nia, protesta et finit par ne plus rien dire parce qu'il était absurdement fier.
Dean se souvenait des semaines après la mort de Mary. Il avait refusé d'ouvrir la bouche pendant des jours et des jours, peu importe que Sam pleure ou les questions que lui posait son père. Il répondait par grognements. Il ne se souvenait pas de la première phrase complète qu'il avait prononcé après la mort de sa mère, il se souvenait juste de la grosse boule dans sa gorge qui ne voulait pas laisser les sons s'échapper.
Dean était sur de ne jamais se lasser d'entendre Jude couiner « AS ! » quand elle voyait Castiel ( un jour elle l'appellerait par son nom entier et cela le désespérait d'avance). Et un jour elle dit son nom.
Castiel l'avait installée sur la chaise haute dans la cuisine et écrasait une banane pour son petit déjeuner. Cela sentait le café. Et Jude tendait les bras vers lui d'un air sérieux : « In ! » Déclara-t-elle.
Elle avait l'expression concentrée de Sam quand il tentait de se rappeler quelque chose. Elle avait la même inflexion que lui et d'un coup, Dean avait cinq ans et sa maman venait de mourir et Sam levait vers lui ses yeux de mioche désespéré.
Il prit sa fille dans ses bras et s'en servit comme prétexte pour tourner le dos à Castiel et cacher ses larmes.
L'autre ne fit jamais aucun commentaire.
Il savait.
Jouer
Jude avait huit ans et sa petite main disparaissait dans le vieux gant de baseball. Elle manquait la moitié des balles que Dean lui lançait et rageait à mi voix pour qu'il ne l'entende pas jurer. A huit ans il avait légèrement honte des insanités que sa fille connaissait déjà.
« N'attends pas que la balle vienne vers toi, tu dois tendre la main vers elle. » Expliqua-t-il en se préparant à lancer de nouveau. Elle manqua encore une ou deux fois la balle avant d'appliquer son conseil.
Dean se souvenait de Bobby, c'était lui qui lui avait appris à lancer et recevoir une balle. Ça ne servait à rien , c'était juste amusant et Dean avait par la suite regardé beaucoup de match de baseball en se disant que ces mecs là étaient payés pour s'amuser ce qui, dans sa tête d'enfant, était la vie rêvée. Il n'avait réalisé que bien plus tard que si John n'avait rien dit sur le sujet c'était parce qu'il considérait qu'attraper une balle améliorait les réflexes et la concentration. Pour John c'était de l'entraînement amusant. Pour Dean c'était deux heures de liberté avec Bobby. Il se demandait à présent si pour Bobby ça avait juste été de l'amusement.
Il lança la balle. Pas très fort ni très vite, et visa soigneusement le gant de Jude qui l'attrapa avec un sourire de triomphe. Il secoua la tête pour la vider de ses questions. Ce qu'il aimait dans ces échanges de balle avec l'enfant, c'était de la voir s'améliorer de lancer en lancer. Savoir qu'un jour, ce serait elle qui lancerait les balles et lui qui ne les rattraperait pas et que ce serait lui qui lui aurait appris ce simple plaisir.
Jouer à la balle avec quelqu'un qu'on aime.
Tirer
« Je veux savoir faire ! » Décréta Jude quand elle eut douze ans, un jour où elle avait suivit Sam et Charlie dans la salle de tir du Bunker. Ils avaient secoué la tête tout les deux.
« Pas question. » Avait décrété Dean en secouant la tête, s'attirant un regard furieux de sa fille. « Et ne me regarde pas comme ça personne ici ne t'apprendra à te servir d'un flingue ! »
S'en était suivit un combat silencieux, à qui craquerait le plus tôt. Ça avait duré des semaines et Sam et Castiel s'accordaient à dire que cela aurait prit encore bien plus de temps sans l'intervention de Charlie. Dean était toujours parti du principe que les RPG et les jeux vidéos avaient plus ou moins entraîné la jeune femme à tirer et qu'elle avait pour une raison ou une autre amélioré sa technique avec une vraie arme.
Ce n'était pas le cas et quand Charlie lui eut raconté l'histoire, Dean partit à la recherche de Jude et lui tendit un Beretta.
« Je vais t'apprendre, mais tu ne tires sur personne comprit ? Jamais ! »
« A quoi ça sert alors ? » Grogna-t-elle.
« A te protéger quand je ne serai pas là pour le faire. Mais ne tue personne. Blesse les, ne les tue pas. Tuer est une chose affreuse. »
Elle l'avait regardé un moment, tournant le revolver dans sa main. Elle n'imaginait pas qu'il serait si lourd. Elle avait hoché la tête.
Dean se souvenait que Sam avait lâché le revolver à son premier tir, son bras trop faible avait eut un mouvement de recul important quand il avait pressé la détente. L'arme lui avait échappé et leur père avait crié quelque chose que Dean avait oublié depuis. Sam avait les mains sur les oreilles et des larmes dans les yeux. « Je... Je veux pas ! » Avait il pleuré dans les bras de son frère.
« Fais pas le bébé. » Avait grogné un Dean de dix ans. Il s'en souvenait parfaitement en glissant un casque anti bruit sur les oreilles de sa fille, en serrant sa main sur son coude pendant qu'il lui indiquait comment viser, la prévenait du recul.
Elle ne toucha pas la cible. Elle ne la toucha que trois semaines et cent cinquante balles plus tard.
Il ne lui apprit jamais à viser la tête. Il savait qu'elle le découvrirait toute seule. Il espérait qu'elle n'en aurait jamais besoin.
Draguer
« Dean, juste une question ? Comment on parle aux filles? »
Sam avait dépassé depuis assez longtemps le point où il avait besoin d'indications pour draguer une fille. Bien qu'Andy prenne un malin plaisir à lui faire remarquer celles qui le regardaient du coin de l'œil sans oser l'approcher. Il se contentait désormais de hausser les épaules, pas intéressé. Mais il se souvenait de la première fois, de la façon dont, sans vraiment y réfléchir il avait demandé des conseils à Dean. Il ne lui serait pas venu à l'idée de les demander à son père. John aurait sans doute soupiré, ravalé un commentaire sur le fait que cela était une perte de temps et que de toute façon ils ne serait pas là bien longtemps, oublie cette fille Sammy. Sam se disait qu'au mieux il lui aurait jeté un préservatif sur les genoux et serait parti. A moins qu'il ne confonde et que cette scène se soit réellement produite quelques années plus tard.
Il se souvenait qu'en disant les mots il avait serré très fort le téléphone en se traitant d'idiot, Dean allait se moquer de lui, il en était sur. Et il avait tort. Dean s'était moqué bien sur, mais gentiment. Et il l'avait aidé. Il ne lui avait pas donné de fausse indication, pas cette fois là en tout cas. Sam se souvenait du meilleur conseil que Dean lui ait donné, il l'appliquait toujours : « Fais lui croire qu'elle est le centre de ton monde. »
Sam avait finit par trouver quelqu'un à qui il n'avait pas besoin de le faire croire. Andy était réellement le centre de son monde. Un centre récalcitrant et au champ gravitationnel fluctuant, mais quand même.
Jude avait treize ans la première fois qu'elle tomba amoureuse et aucun d'entre eux n'avait la moindre idée de quoi lui dire. Charlie avait levé les mains en l'air en déclarant que draguer les garçons ça lui avait passé avant de la prendre, Castiel n'avait rien à dire sur le sujet, Dean et Sam s'étaient entre regardés et avaient soupiré.
Dean se dit que des hommes normaux auraient simplement expliqué à Jude ce qui marche sur les hommes. Des toutes petites choses en général. Mais ça faisait très longtemps qu'ils ne se considéraient plus comme normaux et même lui avait finit par oublier ce qui l'attirait chez les filles à l'âge de Jude. Leurs cheveux peut être, leur poitrine, leur démarche, leur rire... toutes ces choses qu'il était difficile de faire comprendre à une gamine de treize ans. Et toutes ces choses que Dean savait totalement secondaire face à la marée d'hormones qu'était l'adolescence.
Il ne savait pas comment lui expliquer que de toute façon , tout les garçons de treize ans étaient attirés par toutes les filles du monde et qu'il suffisait juste d'être audacieuse et que ça marchait à tout les coups... ou alors c'était juste lui ?
Andy leur avait plus ou moins sauvé la vie en prenant d'autorité sa nièce par la main.
« La seule personne ici qui sait draguer les garçons c'est moi ! » Déclara-t-elle. « Si les homo sapiens voulaient bien quitter la pièce on pourrait avoir une conversation entre filles ! ».
Sam l'avait embrassée avant de tirer Dean par la manche hors de la pièce. « Hé mais je veux rester moi ! »
« DEHORS ! » Avait crié Andy en lui jetant un coussin du canapé à la tête.
Boire
Jude aimait les histoires amusantes. Elle les avait toujours préférées aux histoires tristes à la grande déception de tante Andy. C'était sans doute pour ça qu'elle aimait les histoires de beuveries. Probablement parce que ni Sam ni Dean ne lui racontaient jamais les histoires tristes.
Ils ne lui parlaient jamais de l'année où Dean n'avait presque jamais été sobre, ils ne lui parlaient que de la créature qu'ils ne pouvaient voir que quand ils étaient saouls et de la quantité hallucinante de whisky qu'il fallait à Sam pour se torcher réellement.
Ils ne lui parlaient pas des fois ou le goût de la tequilla avait été la seule chose qu'ils avaient en commun. Ils lui parlaient d'un mémorable voyage à Vegas où Charlie avait tellement bu qu'elle s'était fait mettre à la porte du Flamingo parce qu'elle comptait les cartes à voix haute et, assise à une table de black jack avait expliqué à tout l'auditoire comment tricher efficacement.
Quand elle eut seize ans, ils l'autorisèrent à boire. Ils savaient tous qu'elle l'avait déjà fait en cachette, et elle savait que le contraire les aurait tous sévèrement déçus ! Sauf peut être Castiel.
Elle prit sa toute première cuite avec sa famille.. Quelque part au fond d'elle, l'adolescente normale se disait qu'elle aurait du être en train de faire le mur, de boire avec ses amis jusqu'à en perdre la mémoire. Mais c'était assez difficile de se rebeller normalement dans une famille composée presque exclusivement de criminels.
Ils n'en parlaient jamais mais elle savait que leur argent venait de triche au poker, de fraudes à la carte bancaire et de divers détournements de fonds gouvernementaux effectués par Charlie.
Castiel créait des fleurs dont la renommée avait rapidement franchi les frontières de l'état puis du pays, tout l'argent qu'il récoltait en les vendant servirait aux études de Jude, à la faire partir dans la vie comme une fille normale. Charlie développait des logiciels pour le compte d'une société qui entrerait bientôt en bourse. Mais tante Andy était la seule d'entre eux à toujours avoir eut un métier honnête. C'était difficile d'être une ado rebelle dans une famille qui avait porté la définition de la rébellion au delà de toutes les limites.
Se battre
Jude n'aurait pas su dire quand exactement son entraînement avait commencé. Personne n'aurait pu le dire parce que personne ne voulait admettre qu'ils l'avaient tous plus ou moins inconsciemment élevée pour être une tueuse. C'était dans leur nature. Sam lui avait appris à courir plus loin, plus vite et plus longtemps que tout les gens qu'elle connaissait, il lui avait appris sans s'en rendre compte comment parer les coups quand ils se battaient pour jouer dans le champ près de la ferme. Jude devait avoir dix ans.
Castiel lui avait appris quels étaient les organes vitaux et comment ils fonctionnaient. Ce qui n'était qu'une leçon d'anatomie se mua au fil du temps en leçon sur les faiblesses du corps humain et à douze ans, Jude savait théoriquement où frapper pour faire le plus de dégâts possible. Et comment.
Dean lui avait appris à faire peur. A regarder les gens dans les yeux, sans ciller jusqu'à ce qu'ils soient mal à l'aise et tournent les talons. Et il lui avait involontairement appris à protéger ceux qui ne pouvaient se protéger eux même.
C'était sans doute la leçon à laquelle elle avait été le plus attentive. Et quand le collège puis le lycée se mirent à les appeler pour se plaindre du comportement violent de leur fille, ni Dean ni Castiel n'eurent le courage de la sanctionner. On ne sanctionne pas une gamine de quinze ans qui vient de mettre au tapis un gros tas qui brutalisait un premier de la classe.
Pas chez les Winchester en tout cas.
Mentir
Personne ne lui avait enseigné ça. En tout cas Dean était sur de ne pas avoir appris à mentir à sa fille. Mais il savait lire sur les visages des gens et il connaissait Jude comme s'il l'avait peinte. Elle le regardait droit dans les eux, son menton levé en un signe de défi. Elle ne cillait pas, son attitude n'avait rien de différent par rapport à d'habitude. Elle mentait en se persuadant de la véracité de son mensonge. Il savait que s'il avait pu analyser son pouls il l'aurait trouvé régulier et normal. Elle ne transpirait pas, n'avait pas plus ni moins de tics que d'habitude.
Il savait qu'elle mentait et n'avait aucun moyen de le prouver. Elle en était consciente et cela renforçait encore son aplomb. Dean soupira et la punit quand même.
« Mais c'est injuste ! » protesta-t-elle.
Il fronça les sourcils. « La vie est injuste Jude, il faudra t'y faire ! »
Mais elle accepta la punition. Après tout elle l'avait méritée et ils le savaient tout les deux.
Ce ne fut que bien plus tard que Dean comprit d'où Jude tenait son incroyable capacité à mentir. Quand il vit Sam jouer au poker...
Réparer un moteur
A dix huit ans, Jude ne savait pas conduire mais elle savait démonter un carburateur. Elle savait reconnaître un arbre de transmission et pouvait reconnaître au bruit un nombre impressionnant de voitures de collection. Dean regardait sa fille penchée dans les entrailles de sa voiture, pestant après l'abruti qui serrait les écrous comme si le monde reposait dessus. Cet abruti ça devait être lui. Sam n'avait pas touché à la voiture depuis des années et roulait dans une Camaro que Jude avait automatiquement surnommée « le tas de boue d'oncle Sam » à la grande fierté de son père.
Il se souvenait d'avoir appris à Sam ce qu'il avait appris de son père sur la mécanique. Jude s'était contentée de le regarder bricoler des années durant avant de lui prendre les outils des mains le jour où il avait eut besoin de doigts plus fins que les siens pour déloger une pièce récalcitrante du moteur.
Elle se redressa avec précaution pour ne pas se cogner au capot relevé au dessus d'elle et passa une main graisseuse sur son front pour en retirer la sueur. Dans l'habitacle, Dean donna un tour de clef puis d'accélérateur tandis qu'elle reculait en s'essuyant les mains sur son jean. L'Impala ronronnait un peu plus fort que d'habitude et ils échangèrent un regard avant qu'il n'éteigne à nouveau le moteur et qu'elle replonge sous le capot en réfléchissant à voix haute sur la pièce qu'elle devait manipuler pour effectuer son réglage.
Recoudre une plaie
Quitter la chasse était du domaine de l'impossible. La chasse les rattrapait toujours, le métier semblait avoir un faible pour les Winchester. Avec elle venaient les blessures. John avait appris à recoudre une plaie chez les marines et avait pas mal expérimenté sur son aîné. Dean avait expérimenté sur lui même et sur Sam. Qu'ils ne soient pas morts d'une infection généralisée relevait du miracle. Qu'ils ne soient pas couverts de cicatrices avait tout à voir avec Castiel.
Jude devait avoir neuf ans la première fois qu'elle les vit rentrer couverts de sang et claudiquant après avoir affronté un esprit vengeur. Elle s'était demandé pourquoi ils n'allaient pas à l'hôpital et Charlie lui avait expliqué que ce genre de blessures feraient poser trop de questions aux médecins. C'était dangereux pour eux.
Recoudre une plaie c'était exactement comme de coudre un ourlet apprit elle quelques années plus tard. Son père lui montra sur son oncle dont le dos était traversé d'une longue estafilade dont le sang suintait à chaque inspiration. Elle regardait l'aiguille aller et venir dans et hors de la peau de Sam et frissonnait rien qu'à imaginer la douleur.
Elle s'entraîna sur des peaux d'orange, tentant de recoudre les morceaux sans que la couture soit visible, sans qu'on puisse soupçonner que le fruit avait déjà été pelé.
Elle espérait n'avoir jamais à coudre sur un vrai être humain, le jus de l'orange qui lui poissait les mains était déjà bien trop réel pour elle.
Se lever le matin alors que tu aurais envie de mourir
Dean se souvenait d'innombrables matins où il s'était levé sans en avoir envie. Il lui semblait qu'ils représentaient la majorité de sa vie. Il pouvait en citer des dizaines ou seule la force de l'habitude avait poussé Sam à émerger des couvertures. Et quelques occasions où ils ne l'avaient pas fait. C'était une des rares choses que ni lui ni Castiel n'avaient su apprendre à leur fille par l'exemple.
Elle avait du apprendre seule à se lever les jours où rien n'allaient et à se battre pour se coucher moins triste, moins seule, moins désespérée. Il aurait voulut l'avertir que parfois le combat était vain , mais la main de Castiel sur son bras l'en avait empêché.
Il y avait certaines choses que les enfants devaient apprendre seuls, tout comme lui avait appris seul à avencer, un pas après l'autre, tout les jours.
Même les jours où on aurait envie de tout laisser tomber et simplement mourir.
Être un homme
Quand Jude eut vingt et un ans, Dean se sentait presque un vieil homme comparé à la jeunesse de sa fille. Ses cheveux blonds étaient emmêlés, brûlés par le sel et le soleil. Son sourire pouvait éclairer tout le Kansas quand elle se jetait dans leurs bras en riant avant même d'éteindre le moteur de sa jeep ou que la poussière soulevée par son passage ne retombe.
Elle avait toujours un couteau dans son sac, deux perles aux oreilles qui contenaient chacune un émetteur/récepteur minuscule bricolés par Charlie en cas de danger. Elle portait des vieilles chemises à carreau héritées de chacun d'eux et ses jambes musclées étaient toujours fermement plantées dans la même paire de santiag depuis des années.
Elle parlait de sa vie, de son travail avec des yeux brillants et des grands gestes. Dean la regardait émincer des légumes en racontant sa vie à Castiel.
Elle avait grandit, était devenue une femme et une sacré femme. Bien sur il avait suffit d'attendre un peu, de la pousser dans la bonne direction et de lui donner quelques conseils. Bien sur il ne pouvait pas réellement enorgueillir d'un travail qu'elle avait majoritairement accomplis elle même.
Mais il était quand même fier. Plus fier que d'avoir sauvé le monde, plus fier que d'avoir élevé Sammy, plus fier que du bien qu'il avait pu faire ou des gens qu'il avait pu sauver. Il était fier d'elle.
Ce soir là, il le lui dit tandis qu'ils partageaient une bière, assis sur le perron de la ferme. Elle sourit et le prit dans ses bras.
« Je t'aime papa. »
Vivre sans toi
Dean avait finit par trouver la liste que Castiel avait oubliée depuis le temps. Treize items poussiéreux cachés au fond d'un tiroir qu'il lut avec un petit sourire, assis sur leur lit.
« C'était quoi cette liste ? »
Castiel se pencha par dessus son épaule, son menton au creux de son cou pour lire la liste.
« Comment devenir humains. C'est ce que tu nous as appris à tous. »
« Tu as écrit ça quand ? »
« Il y a une vie de ça. »
« Et le treizième item ? » Demanda Dean en repliant le papier pour le poser sur la table de nuit.
« J'espère ne jamais l'apprendre. » Répondit solennellement l'homme aux yeux bleus.
