Titre: Non-dits.

Auteur: Eiji Haruna.

Disclaimer: Personnages appartenant à Kazue Kato.

Genre: Romance.

Couple: RinxYukio.

Rated: MA.


Il fut réveillé par le bruit plus que dérangeant de la sonnette. Il avait toujours détesté ce son suraigu et tenta en vain de l'ignorer. Remarquant l'insistance avec laquelle l'importun s'acharnait devant la porte, Rin finit par rejeter sa couette d'un geste rageur pour se lever avec le même énervement. Il ne prit pas même la peine de s'habiller alors qu'il parcourait uniquement vêtu de son caleçon les quelques mètres le séparant du porche. Regardant par le judas par habitude, il soupira en remarquant la petite blonde derrière la porte.

- Je ne bougerai pas tant que tu ne m'auras pas ouvert, l'entendit-il prononcer.

Sachant pertinemment que la jeune fille tiendrait parole, il déverrouilla l'accès à l'appartement et s'écarta légèrement pour permettre à Shiemi de rentrer.

- Tu en as mis du temps, le disputa-t-elle.

De temps à autre, il arrivait au garçon de regretter la période où son amie était encore hésitante et peu sûre d'elle car cela lui laissait un brin de tranquillité. Désormais lorsque la blonde avait quelque chose à dire elle ne se gênait pas pour lui en faire part, quitte parfois à le descendre en flèche.

- Je suis rentré de mission hier alors je dormais, expliqua-t-il avec exaspération.

- Oui mais je t'avais tout de même laissé un message pour te prévenir que j'allais passer.

- Ah désolé, je n'ai pas pris le temps de les écouter. En rentrant je me suis déshabillé, affalé sur mon lit et bonne nuit.

- Ca me manque de partir en mission comme ça moi, souffla-t-elle avec envie.

- Est-ce que tu as fait une demande pour une nouvelle affectation comme je te l'avais conseillé ?

- Oui le mois dernier, mais je n'ai toujours aucune réponse.

Rin grimaça à l'entente de la petite voix alors qu'il appuyait sur le bouton de son répondeur.

- Parfois ils mettent du temps à étudier les dossiers, ne désespère pas.

Shiemi qui n'était pas convaincu de cette version et pensait plutôt que sa demande avait été rejetée ne dit rien tandis que résonnait dans la pièce la voix du répondeur. Son ami n'était parti qu'une semaine et n'avait donc que quelques messages à écouter qu'elle prit plaisir à suivre. Le premier était de Kaoru Tsubaki qui tenait à le remercier une nouvelle fois de son aide lors d'une mission précédente. Ensuite venait Renzo qui l'invitait à venir à une soirée passée maintenant depuis quelques jours. Le suivant était également du garçon qui, légèrement éméché, lui conseillait de venir parce qu'apparemment il y avait une brochette de jolies filles. Le quatrième était aussi de lui qui cette fois le suppliait de venir le chercher parce qu'une de ses conquêtes l'avaient planté au milieu de nulle part. Rin, comme elle, n'écoutèrent pas le suivant, trop occupés à rire et à blaguer sur le pauvre Shima qui une fois de plus s'était retrouvé dans une situation pas possible. La petite blonde rouspéta finalement en percevant sa voix s'élever, car comme la majorité des gens elle détestait s'entendre de la sorte, et accueillit donc avec joie le dernier message. Il s'agissait de Ryûji qui avait tenté de le joindre la veille au soir.

- Salut, c'est Ryûji, Koneko m'a dit que tu rentrais ce soir alors j'espère que tu auras mon message. C'est à propos de ton frère, ça ne va pas fort en ce moment alors rappelle moi vite qu'on en parle, bye.

Le message avait été court et concis et Shiemi avait parfaitement vu le visage de son ami se décomposer en entendant les paroles prononcées. Elle savait que la dispute que Rin avait eu avec son frère une dizaine de mois auparavant l'avait vraiment éprouvé et voir qu'il était toujours sensible lorsqu'on lui parlait de son cadet attristait réellement la jeune fille.

- Ça ne te gêne pas si je le rappelle maintenant ?

Bien sûr elle aurait préféré que le garçon s'abstienne, elle savait pertinemment que le brun allait encore souffrir néanmoins qu'elle le veuille ou non, il ne l'écouterait pas et prendrait contact avec Ryûji. Elle était consciente qu'il demandait uniquement par politesse et qu'il attendait avec impatience qu'elle lui réponde.

- Non va-y.

Tout en répondant, elle remarqua l'air inquiet qui s'était dessiné sur le visage de son ami. Elle ne savait pas ce qui se passait avec Yukio cependant elle ne voulait pas ramasser une nouvelle-fois l'aîné des Okumura à la petite cuillère. Lorsque le cadet était parti en ne laissant qu'une petite feuille derrière lui spécifiant qu'il ne voulait plus avoir le moindre contact avec Rin, elle avait retrouvé celui-ci anéanti et avait eu un mal fou à le faire sortir de sa dépression. Depuis il s'acharnait dans son travail, acceptant chaque mission qui passait et ne retournant à son appartement que rarement, et la plupart du temps pour un jour ou deux seulement.

Elle lui avait conseillé de changer de logement, de prendre un nouveau départ mais celui-ci refusait invariablement. Ce qu'elle ne savait pas c'est qu'il lui arrivait d'aller dans la chambre de Yukio que ce-dernier avait laissé telle quelle. Mis à part les quelques vêtements que le cadet avait emmené tout était resté à sa place et parfois, lorsque Rin se sentait trop seul et qu'il ne supportait plus l'absence de son frère, il allait dans sa chambre, s'emmitouflait dans sa couette et fermait les yeux. Retrouvant peu à peu l'odeur familière de son aimé il s'endormait là, et passait toujours des nuits agréables et sereines qui lui changeaient de ses cauchemars et tourments habituels. La seule raison pour laquelle il rentrait de moins en moins souvent était que le parfum de Yukio disparaissait progressivement et rendait Rin fou de chagrin. Son oasis se transformait alors en enfer et ramenait à son esprit l'idée qu'il avait lui-même fait fuir son cadet.

- Salut, c'est Rin, je ne te dérange pas ?

- Non c'est bon, je ne fais rien de spécial, ça va ?

La blonde scrutait la scène d'un air soucieux. Elle ne voulait pas reparler de Yukio, elle ne voulait pas que son ami sombre une nouvelle fois.

- Oui, un peu crevé, je suis rentré de mission hier. Je viens d'avoir ton message donc je voulais voir ce qu'il se passait avec mon frère.

- Tu es souvent en mission ces derniers temps, tu devrais lever un peu le pied sinon tu vas être malade. Pas que je m'inquiète hein ? Mais bon fais gaffe à toi quand même. Enfin bref, je voulais te parler de visu mais du coup j'ai eu une nouvelle affectation alors on a du se croiser. Je sais que vous ne vous parlez plus avec Yukio mais ça reste ton frère alors j'estime que tu es en droit de savoir. Il a été mis à pied, enfin ça sonne vraiment dur là, mais en gros il a dû prendre quelques vacances obligatoires. Je n'en sais pas plus mais le connaissant il doit être au plus bas alors appelle-le.

Elle aurait donné beaucoup pour entendre ce que Ryûji disait toutefois elle devait se contenter de déduire par les paroles et par les expressions de Rin, le contenu de leur discussion.

- Comment est-ce que tu es au courant ? Tu l'as vu ?

- Non, mais Shura était sur la même affaire que lui et apparemment ça ne s'est pas très bien passé. On a été boire un verre ensemble il y a deux jours et elle m'a dit que Yukio avait changé ces dernier temps et que ça l'inquiétait. Je suppose que si ça ne va pas tu es le plus à même de l'aider alors je t'ai tenu au courant.

- Tu sais où il vit en ce moment ?

- Ouaip, prends de quoi noter.

Elle tendit l'oreille, essayant vainement de percevoir la voix à travers le combiné. Quelques secondes passèrent ainsi, qui semblèrent interminable à la jeune fille, avant que le démon ne se saisissent du bloc note et d'un stylo présent sur la commode. Elle le vit gribouiller quelques lignes et l'entendit conclure l'échange par des remerciements pour raccrocher d'une pression du doigt sur le petit téléphone rouge.

- Qu'a-t-il dit ? S'empressa-t-elle de demander.

- Il faut que j'aille voir Yukio, répondit le garçon en filant dans sa chambre.

Elle ne se gêna pas pour le suivre et exposa le fond de sa pensée une fois sur le seuil de la porte.

- Ce n'est pas une bonne idée Rin, et tu le sais.

- Il a été mis à pied, tu sais ce que son travail représente pour lui, il doit être vraiment mal.

- Il ne veut plus te voir, murmura-t-elle.

Le garçon qui était en train d'enfiler son-t-shirt se stoppa net.

- Il a besoin de moi.

- Et s'il te rejette une nouvelle fois ?

- Il ne le fera pas.

- Tu n'en sais rien, tu m'as dit toi-même que tu ne le comprenais pas et que tu ne savais pas pourquoi il était parti. Tu veux le consoler mais qui te consolera toi lorsqu'il t'aura de nouveau rejeté ? Est-ce que tu te souviens dans quel état tu étais il y a encore six mois.

Elle frissonna en remarquant le regard noir qui lui répondit.

- Je suis désolé d'avoir été une gêne pour toi. S'il me repousse encore je ne viendrai pas me plaindre à toi si c'est ça qui te dérange.

- Bien sûr que non, je serai toujours là si tu as besoin. C'est juste que je m'inquiète pour toi, je ne veux pas que tu souffres comme ça a pu être le cas la dernière fois.

Elle le vit décrisper la mâchoire et lut dans ses yeux sombres une lueur d'hésitation. Il redressa néanmoins la tête et sans la lâcher du regard lui expliqua doucement :

- Si je peux l'aider en quoique ce soit alors qu'il vient de perdre la chose la plus importante à ses yeux alors je me fiche de ce qu'il peut m'arriver.

Elle aurait voulu rétorquer, elle aurait voulu qu'il renonce cependant elle le connaissait. Maintenant qu'il était décidé rien ne lui ferait changer d'avis. Elle se contint alors et dit un mince sourire aux lèvres :

- Si ça tourne au mélodrame, ma porte sera ouverte.

Et sans attendre une quelconque parole venant de son ami elle fit demi-tour et quitta le petit appartement. Elle avait fait ce qu'elle pouvait et n'avait pas la possibilité d'enchaîner Rin contre son gré alors rien ne servait de rester là plus longtemps.

Le garçon soupira alors qu'il entendait la porte se refermer. Il espérait grandement que Yukio ne le rejetterait pas comme elle l'avait prédit car il en entendrait alors parler jusqu'à sa mort. Il finit de s'habiller l'estomac noué. Il avait beau se répéter qu'il allait voir son frère pour l'aider, il doutait vraiment que sa présence arrange quoique ce soit. S'il y avait en tout cas une occasion pour reprendre contact c'était bien celle-là alors il était hors de question qu'il la laisse filer. Il se passa brièvement la main dans les cheveux en guise de peigne et enfila tout aussi vite son manteau. Saisissant son portefeuille et son téléphone, il les enfourna dans ses poches et sortit de l'appartement. Après avoir fermé derrière lui il y rangea également ses clés et partit à toute vitesse en direction de la gare.

Il était légèrement irrité du fait que son frère ait carrément décidé de changer de ville et se promit de lui en faire la remarque. Enfin si Yukio lui laissait passer le pas de la porte bien sûr. Il arriva seulement une dizaine de minutes plus tard à destination et reprit son souffle alors qu'il cherchait sur les tableaux d'affichages le prochain train pour la ville voulue. Il jura en remarquant qu'il allait devoir attendre vingt minutes et profita donc de ce temps pour aller s'acheter un billet. Il rejoignit ensuite son quai et fixa son regard avec impatience à l'horizon.

Il poussa un faible soupir en sentant la pression qu'il s'était mise retomber et songea une fois de plus à son jumeau. Dans un peu plus d'une heure il pourrait le voir, pour la première fois depuis presque un an. Après ces dix mois de torture et juste au moment où il commençait à perdre espoir, la chance lui souriait enfin. Il culpabilisait légèrement de se réjouir de la perte de travail de son frère néanmoins il ne pouvait s'empêcher de bénir cette opportunité qui s'offrait à lui. Il ne perdit pas une minute lorsque le train s'arrêta enfin près de lui pour pénétrer dans le wagon le plus proche. Il s'installa rapidement et se tritura les mains avec contrariété. « Moins d'une heure » se répétait-il constamment.

Une fois enfin à destination, il se dirigea vivement du côté réservé aux taxis et grimpa dans le premier qu'il vit. Il sortit le papier sur lequel il avait inscrit l'adresse de son frère et l'indiqua au chauffeur qui s'élança après quelques instants sur la route. Rin demanda à titre d'information dans combien de temps ils arriveraient et soupira lorsque l'homme lui répondit. Encore vingt minutes, vingt minutes et il aurait ce qu'il voulait. Il suivit distraitement le paysage défiler devant ses yeux alors qu'il sentait une pointe d'anxiété naître en lui. Il était tellement incertain de la façon dont se passerait leur retrouvaille qu'il ne pouvait éviter de s'inquiéter. Yukio était un garçon têtu et il était évident qu'il ne le laisserait pas se présenter devant lui si facilement néanmoins il n'abandonnerait pas.

Lorsqu'il arriva enfin devant le bâtiment où son frère était supposé habiter, il paya le chauffeur et descendit lentement de voiture. L'impatience qui l'avait animé jusque là avait laissé place à une appréhension profonde qui le figea devant la résidence. Il l'observa quelques instants puis, après avoir inspiré une grande bouffée d'air, se décida enfin à s'avancer. Il rejoignit la porte extérieure et chercha la sonnette correspondant à l'appartement de son frère. Remarquant le nom Okumura, il leva la main et après une légère hésitation, actionna le bouton correspondant. Il attendit le cœur battant que son frère réponde et fut vite déçu. Il appuya de nouveau, avec irritation cette fois-ci, et patienta. Il jura une première fois puis une seconde à l'idée qu'il s'était tout imaginé à part le fait que son cadet soit absent. Il fit demi-tour et se laissa mollement tomber sur les quelques marches donnant accès à l'édifice. Il réfléchit premièrement à ce qu'il devrait faire dans pareille situation pour chasser toutes idées de retour bredouille chez lui.

Il n'aurait pu dire combien de temps il était resté ainsi prostré au sol avant d'être interrompu dans ses pensées par une présence près de lui. Il releva la tête et tomba sur une vieille femme au regard rieur. Il se leva rapidement ne voulant la gêner pour monter l'escalier avant de remarquer le sac de courses qu'elle peinait à porter.

- Vous voulez que je vous aide ? Proposa-t-il.

- Ce ne serait pas de refus.

Le garçon lui sourit doucement et la rejoignit pour s'emparer de son fardeau.

- Vous habitez ici ? Demanda-t-elle en ouvrant la porte.

- Non, je suis venu voir mon frère mais apparemment il n'est pas là alors je l'attendais.

Il pénétra à son tour dans l'entrée et la suivit jusqu'aux escaliers centraux.

- Vous habitez à quel étage ?

- Au second, le même que Yukio.

Il lui jeta un regard en coin, étonné qu'elle ait compris de qui il parlait avant qu'elle n'explique.

- A part lui il n'y a que des vieux croûtons comme moi ici. Et puis il m'a déjà parlé de vous alors ce n'était pas bien difficile à deviner.

- Il vous a parlé de moi ? Répéta le garçon avec espoir. Et qu'est-ce qu'il a dit ?

La vieille femme sembla réfléchir un instant avant de laisser un sourire étirer ses lèvres.

- Je ne sais plus, j'ai la mémoire qui flanche. Si vous tenez à le savoir il faudra lui demander.

Et sans tenir compte de la déception facilement lisible sur le visage du garçon, elle déverrouilla la porte de son appartement.

- Vous voulez venir boire quelque chose en l'attendant ?

Le garçon hocha la tête de gauche à droite en signe de dénégation et signifia qu'il préférait attendre son frère devant chez lui. La doyenne tout en récupérant son sac indiqua au jeune homme le numéro affilié au logement de Yukio et lui expliqua qu'il avait juste à aller au bout du couloir pour le trouver. Le brun la remercia et après s'être assuré qu'elle n'ait plus besoin d'aide, suivit le chemin qu'elle lui avait indiqué. Voulant être sûr que ce n'était pas la sonnette extérieur qui était en panne, il frappa quelques coups à la porte et attendit sans grand espoir une quelconque réponse. Nullement surpris du silence qui s'en suivit, il s'appuya contre le mur et poussa un soupir d'exaspération.

Depuis qu'il avait appris de la bouche de Ryuji la mise à pied de son frère il s'était dépêché et s'était rendu chez lui aussi vite que possible. Et voilà qu'il se retrouvait comme un idiot devant la porte irrémédiablement fermé de son cadet. Il jura en se rendant compte qu'une fois de plus il avait agi avec impulsivité, facette de lui qu'il essayait de corriger depuis des années déjà. Réalisant finalement que s'apitoyer sur son sort comme il le faisait n'arrangerait rien, il se laissa lentement glisser au sol et prit son mal en patience.