Comment ça, aucune review sur le chapitre VII ! Ça me rend toute triste de ne pas avoir eu vos petits mots.

J'espère que vous vous rattraperez sur ce chapitre. :(


Chapitre VIII : Le légilimens partie I

Les traits de son visage angélique déformés par la rage qu'il essayait de contenir malgré le grondement qui résonnait en lui, le Serpentard arpentait les couloirs, une boule amère coincée dans sa gorge en vue de se rendre à son prochain cours.

Les paroles et les images de la Gryffondor affluèrent à son esprit et résonnèrent dans sa tête comme un écho en pleine montagne, déclenchant par la même occasion une avalanche de questions, de réticences mais aussi de colère.

Dès que son esprit embrumé était sortie de ce brouillard dans lequel il avait plongé subitement, les rouages de son cerveau s'étaient mis en route tel un automate et mille et une phrases s'étaient bousculées, assaillant son cerveau déjà surchargé et lui provoquant une migraine des plus douloureuse.

À présent, sa propre marque, celle qui s'était obligé d'oublier depuis la mort de son père, lui brûlait la peau, comme chauffée à blanc. Les pulsations de son cœur meurtri se répercutaient dans tout son être, lui rappelant ainsi sa vraie nature et faisant resurgir la part de lui qu'il avait vainement tenté d'effacer.

A chaque nouvelle seconde qui s'écoulait, une part de noirceur grignotait les barrières mentales qu'il avait érigées, effaçant sur son passage le nouveau « lui » pour qu'il retourne sa veste et redevienne l'ancien roi des Serpentard, vicieux et machiavélique à souhait.

Les mains tremblantes de rage, le front recouvert d'une fine pellicule de sueur, il descendit fébrilement les quelques marches menant aux cachots et ressentit immédiatement la froideur des lieux.

Le changement brutal de température lui hérissa les poils et il prit appui sur le mur. Les paumes des mains et le front plaqués contre la paroi des murs, il tenta calmement de faire disparaitre ce sentiment de colère et d'incompréhension qui bouillonnait dans ses veines comme un chaudron sur le feu.

Contrairement à son parrain Severus Snape, il n'appréciait pas ce lieu fait de pierres froides et de recoins sombres, seul Merlin sait de quoi peuvent être peuplés pareils endroits.

Lentement, sa respiration saccadée reprit son rythme habituel et ses mains cessèrent de trembler.

Au bout de plusieurs minutes longues et interminables, le froid mordant qui régnait dans ce dédale de couloirs eut un effet apaisant sur sa colère et la diminua quelque peu sans toutefois la faire disparaître.

D'un geste maladroit, il passa ses doigts dans ses cheveux et se redressa, se sentant plus prêt que jamais.

À deux pas de la lourde porte en bois à l'aspect moisi, il prit une profonde inspiration avant de s'appuyer dessus pour la faire basculer. Un léger grincement s'ensuivit, troublant de ce fait la quiétude des lieux, et tous les regards se tournèrent vers lui dans un même mouvement.

Malgré toutes ces paires d'yeux rivées sur lui, qu'elles soient vertes, marrons, bleues ou encore noires, une seule le préoccupait. Il savait que dès l'instant où il la rencontrerait, une discussion serait inévitable.

A la seconde où son regard gris d'acier se heurta à celui noir de jais de son parrain, il se força à fermer son esprit au legilimens. D'un signe de tête presque imperceptible, il reçut la permission de rejoindre sa place.

Dans un silence d'outre-tombe, il s'installa mais ne put s'empêcher de chercher des yeux la raison de son mécontentement. Lorsqu'il constata que le siège était aussi vide que son âme, il ne fut pas surpris et reporta son attention sur le cours.


Dans les hauteurs du château, avachie sur son lit à baldaquin, Hermione déversait toutes les larmes de son corps. Le flot salé coulait abondamment le long de ses joues creuses et s'écrasait sans crier gare sur la couette sans qu'elle puisse y remédier. Tantôt colérique tantôt lasse, elle ne savait plus à présent sur quel pied danser, ses humeurs changeaient sans cesse au rythme d'un balancier mal réglé.

Durant une fraction de seconde qui fut chassée en un battement de cils, l'idée de tout dire, de se décharger de son secret mais aussi d'alléger son âme, lui traversa l'esprit, aussi bref et furtif qu'un éclair durant une pleine nuit d'orage. La seconde d'après, l'autoprotection que son mental avait mise en place à la mort de ses parents et l'irrémédiabilité de la situation en laquelle elle avait placé ses espoirs avaient repris le dessus. Face à sa faiblesse, elle sentit une boule de colère se former au creux de son estomac, elle s'en voulait de ne pas avoir su garder son calme face a ce Veracrasse. Elle en voulait à son pull devenu trop grand d'avoir glissé et découvert par la même occasion cette ignoble marque qui la reliait a cette famille de sangs-purs.

Une petite voix dans sa tête lui souffla que ce désastre avait été orchestré par sa personne et son avidité de vengeance, par la rapidité mais aussi par le manque de vigilance dans ces derniers actes depuis son retour.

D'un bond, elle se leva en plaquant ses paumes contre ses tempes.

- ça suffit, hurla-t-elle. Je ne peux plus le supporter, je ne peux plus vivre avec le poids de la mort des mes parents, il faut que ça cesse.

Sa main tâtonna sur le meuble le plus proche à la recherche d'un objet quelconque susceptible d'amoindrir sa rage. Lorsque ses doigts heurtèrent sa lampe de chevet faite de porcelaine, elle la souleva et la projeta à travers la pièce. Le bruit de verre cassé se répercuta contre les murs tapissés de doré et un morceau de mur se décrocha

à l'endroit exact où la lampe avait frappé, donnant une vue sur salon commun à Hermione. À travers le minuscule trou, notre Gryffondor observait la décoration que Drago avait réalisée durant les derniers jours.

Contrairement à ce qu'elle aurait pu penser, tout n'était pas vert et argent. Les meubles étaient bien agencés et les couleurs pastel dominaient les autres teintes mélangées avec élégance dans une pièce à l'aspect époustouflant.

Sans que sa volonté n'y mette son grain de sel, ses jambes entreprirent les mouvements de marche habituels et la portèrent vers cet endroit.

La respiration saccadée, elle posa le bout de ses doigts sur le battant de la porte et exerça une légère pression qui la fit pivoter sur ses gonds, lui laissant entrevoir le bout de paradis que le Serpentard avait créé de toute pièce.

Ses yeux noisettes scrutaient la pièce sans trop savoir quelle chose était la plus belle. D'un pas mal assuré, elle amorça le premier mouvement pour pénétrer dans cet espace et déposa délicatement son pied sur l'immense moquette couleur crème, le second suivit rapidement et la porte de sa chambre se referma derrière elle sans un bruit.

Vagabondant à travers la pièce telle une âme en peine, ses mains frôlèrent les différents tissus et objets présents, qu'ils soient doux ou rugueux, à poils ras ou longs, durs ou mous. Toutes ces caractéristiques qui définissent habituellement telle ou telle chose et qui à la fin définissent pour l'éternité à quoi ça servira.

Sous ses doigts coulaient maintenant de petites touches rectangulaires au touché froid et qui pourtant répandaient une douce mélodie à chaque pression. Les touches défilaient de plus en plus vite alors que ses doigts s'activaient suivant un rythme inaudible.

Un presque sourire au bord des lèvres, Hermione s'éloigna de ce havre de paix pour continuer son inspection.

Dans le coin gauche, perdu entre les verres et les assiettes, une cuisine aménagée du minimum revendiquait sa place. Il ne fallut pas plus de dix secondes à notre Gryffondor pour se désintéresser totalement de ce lieu qui à présent lui était inconnu.

Une porte identique à la sienne attira son attention, la chambre de ce traitre, pesta-t-elle.

Soudain, sa colère refit surface et elle rejoignit la porte à grandes enjambées avant de s'y heurter violemment et de retomber sur ses fesses.

- Saleté de Serpentard et de Mangemort, il a fallu que tu la protèges d'un mot de passe.

Dardant sur ce bout de bois son regard le plus mauvais, elle fut surprise lorsqu'une voix lui répondit : Mot de passe incorrect et je vous prierai de ne pas manquer de respect à mon créateur.

La bouche grande ouverte et les yeux exorbités sous l'effet de la surprise, Hermione ravala sa salive avant de pouvoir à nouveau prononcer le moindre mot.

- Malefoy.

- Mot de passe incorrect.

- Sang-pur.

- Mot de passe incorrect.

- Serpent.

A bout de nerfs, la rouge et or fit d'innombrables allers-retours devant la porte qui lui restait hermétiquement close.

- Ne vous fatiguez pas, Miss Granger, vous ne pourrez pas pénétrer dans cette chambre.

- Comment est-ce qu'une machine peut connaitre ce genre de détail? s'emporta la susnommée.

- Je suis pourvue d'une intelligence, tout comme vous.

- Oui mais moi je suis humaine et j'étudie pour ça alors que vous, on se contente de vous les implanter.

- Etes-vous sûre de ça ? questionna la machine.

- Sûre de quoi ? explosa-t-elle en flanquant un coup de pied à la porte qui lui faisait de la résistance.

- D'être encore humaine !

- Sûrement plus que vous.

- Je n'en doute pas une seconde, mais moi au moins je suis consciente de mes faiblesses.

- Une machine n'est pas supposée avoir de faiblesses, ses programmes sont implantés pour que justement il n'y ait aucun incident. Vous n'avez pas le droit à l'erreur contrairement à nous les humains.

Les paroles s'étaient échappées de sa bouche sans qu'elle puisse s'en empêcher, et c'est lorsque sa phrase fut finie que la réalité lui revint en plein visage comme le fouettement de la neige durant une tempête.

- Je vous laisse méditer les si bons conseils que vous venez de me donner, Miss Granger, et j'espère que vous les appliquerez sur vous-même à l'avenir.

Les jambes flageolantes, elle regagna le fauteuil le plus proche et s'y laissa choir pendant que son esprit vagabondait dans les méandres de la réalité entremêlés à ceux du rêve.

Durand ces longues minutes où elle contempla le blanc d'ivoire du plafond, elle s'autorisa une pause dans sa rancœur et son amertume, se remémorant sa vie d'avant, ses rêves, ses joies, mais aussi ses tristesse. Elle se laissa porter par le flot de ses émotions et sombra dans un sommeil paisible, une esquisse de sourire figée sur ses lèvres fines.


Dans les cachots, des couvertures de livres se refermaient brutalement tandis que les froissements de capes, caractéristiques des élèves qui quittent leurs bancs se firent entendre.

Tous les élèves de septième année pressaient le pas pour enfin sortir de ce lieu morbide et redécouvrir la lumière douce et chaude du soleil. Cependant, l'un d'entre eux était resté figé sur son siège, attendant patiemment que la classe soit vide pour enfin relever la tête.

Durant toute la durée du cours de potions, Drago n'avait eu de cesse de penser à cette marque et à la personne détentrice de ce symbole. Malgré sa passion pour cette matière et pour tous les secrets qu'elle recèle, son subconscient avait vite pris le dessus et l'avait emporté, lui faisant créer des hypothèses, toutes plus rocambolesques les unes que les autres.

Un raclement de gorge le sortit de sa torpeur et il se releva brusquement, conscient de son absence.

- Qu'est ce qui te tracasse de la sorte ? lui demanda son parrain.

- Granger.

- Intéressant.

- Qu'y a-t-il d'intéressant dans ce fait? cracha le Serpentard.

- Elle te rappelle sûrement la personne que tu étais avant.

- Je n'étais pas pareil qu'elle.

- Faux. Tu étais exactement comme elle, seulement, tu ne t'en rendais pas compte !

Le Serpentard sentit son sang bouillir face à cette affirmation qui ne lui plaisait guerre. Il ne s'était jamais aperçu à quel point il avait été odieux et hautain durant ces premières années, et lorsque son père était mort et qu'il avait eu la possibilité de changer du tout au tout, il n'avait plus regardé en l'arrière.

- Elle porte sa marque, murmura-t-il, écœuré.

- De quoi est-ce que tu parles, Drago? demanda Severus, le regard inquisiteur.

- De ça, dit-il en levant sa manche.

Les yeux de Snape suivirent les mouvements de son filleul, et lorsque que son poignet fut nu, il se rendit compte de la marque présente sur l'intérieur de l'avant bras.

Violemment, il l'attrapa et observa ces initiales devenues blanches avec le temps.

- Je n'aurai jamais dû le croire sur parole, ragea-t-il.

- Tu veux dire que tu étais au courant? demanda Drago, éberlué.

- Je te rappelle que j'étais proche de ton père et lorsque pour la première fois j'ai vu cette marque sur le poignet de ta mère, je suis allé le voir.

- C'était quand ? questionna le blond.

- Le jour de leur mariage.

- Raconte-moi.

- Ce jour là, il faisait une chaleur étouffante, nous étions en plein été et le jour que tout le monde avait attendu depuis des mois était arrivé. La cérémonie se déroulait selon la magie ancienne et chacun de tes parents devaient choisir des fils de serment qu'ils désiraient entourer aux poignets de l'autre.

Ta mère avait choisi le rouge, le bleu, le doré et l'orange, ils signifiaient l'amour éternel, la liberté, l'argent et la fidélité. Ses trois derniers choix ont été pas mal critiqués, tout le monde savait qu'ils lui avaient été imposés par Malefoy père encore en vie à cette époque.

Quant à ton père, il avait lui aussi choisi le rouge et le doré, signe de son amour et de la rente qu'il pourrait fournir à ta mère. Ses autres choix s'étaient portés sur le violet et sur le noir. Ces deux couleurs sont particulières, peu de sorciers les choisissent. Elles signifient respectueusement la tromperie et la mort.

Le cœur de Drago manqua un battement aux dires de son parrain. Enfant, son père lui était apparu comme un héros, mais plus les années avançaient et plus il se rendait compte à quel point il était odieux et méprisant.

- Par ces deux couleurs, il voulait faire comprendre à ta mère que si elle le trompait, elle en mourrait. Dans ta famille, c'est une pratique courante et en général, les pères la révèlent à leur fils le jour du mariage.

À la fin de la cérémonie, le visage de ta mère avait perdu de sa splendeur, ses traits étaient durs et tirés. Plusieurs fois, je l'ai surprise en train de se malaxer le poignet.

Quand j'ai enfin réussi à l'isoler je lui ai demandé ce qu'il se passait mais elle n'a rien voulu me dire et elle est partie.

Sans faire attention, je l'ai rattrapée par son poignet et elle s'est tordue de douleur. Sans même lui demander son accord, j'ai relevé sa manche et c'est à ce moment-là que je l'ai vue pour la première fois, sa marque ignoble.

Suite à ça, j'ai pris ton père à part et nous nous sommes expliqués. Il m'a alors juré ne plus jamais sans servir et je l'ai cru car je le pensais mon ami. Néanmoins, il y avait une ombre au tableau, à partir de ce jour, ta mère ne m'a plus jamais regardé.

Le discours de Severus était à présent fini mais ses yeux étaient encore voilés par l'image d'une femme, une femme qu'il avait toujours estimée et qui pourtant s'était éloignée de lui. Durant quelques secondes supplémentaires, il resta interdit et fixa le tableau noir qui se tenait face à lui.

- Qu'allons-nous faire pour Granger ? questionna le blond.

- Rien du tout, lui répondit-il sèchement.

- Comment ça rien ? Rien n'est pas une option, il faut que nous découvrions la vérité.

- Toi, dit-il en le pointant du doigt, occupe toi d'arriver à l'heure à tes cours, un point c'est tout.

Le blond se renfrogna quelques peu. En parlant à son parrain, il avait espéré de l'aide mais au lieu de ça, il n'avait eu droit qu'à des remontrances. Agacé, il ramassa ses affaires et sortit de la salle.

Sans le quitter des yeux, Severus décida qu'il était temps d'aller voir le directeur et de lui demander son accord pour une pratique hors du commun.


Encore un chapitre qui s'achève, alors qui aurait une petite idée sur les futurs agissements de ce bon vieux Snape ?