Milles merci à Lyly7 pour sa correction.
Je ne sais pas si ma fiction est encore suivie, si c'est le cas je compte reprendre la publication.
Chapitre XIII: cauchemars (1)
Le noir envahissait chacune des parcelles de son corps, chaque image qui se formait au fur et à mesure que ses jambes avançaient inlassablement dans ce couloir sombre où l'odeur de la mort et de la peur dominait celle de la maison qui avait été un foyer il n'y a pas si longtemps Chacune de ses inspirations étaient difficiles voire quasi impossibles; inconsciemment, il savait ce qui allait arriver et il le redoutait déjà. Derrière cette lourde porte en bois massif l'attendait un rituel auquel il devrait être habitué mais qui pourtant lui glaçait toujours les entrailles et il n'avait aucune sortie de secours, aucun moyen possible de se défiler.
Ce liquide épais et d'un rouge écarlate qu'on appelle couramment « le sang » affluait dans ses veines à une vitesse folle, faisant battre son cœur contre sa poitrine qui semblait se resserrer comme un étau, comme si son intention première était de l'étouffer, de faire qu'il n'ait plus assez de place pour continuer ses battements incessants et vitaux à tout être fait de chair et d'os.
Et pourtant, malgré toutes ses fausses impressions, il ne cessait pas et continuait ses martèlements puissants et destructeurs qui soulevaient son tee-shirt à présent imprégné de sueurs froides.
Essayant de se calmer, de le calmer, il posa la paume de sa main dessus avec l'infime espoir que ça suffirait à apaiser ses craintes ou du moins à les diminuer en partie mais rien n'y fit, et ni son angoisse ni ses craintes ne s'atténuèrent.
Sournoisement, elles s'insinuaient en lui et le dévoraient littéralement du début à la fin. Tout en marchant, il songeait aux condamnés qui comme lui avançaient dans le couloir de la mort et priaient pour qu'une quelconque intervention les laissent ressortir de cette pièce vivant, pour qu'ils bénéficient une nouvelle fois d'un temps imparti de vivre, un temps restreint et minuté auquel ils devraient se soumettre. Dans son cas, la réussite de cette option avait plus de chance d'aboutir que pour le condamné à mort , quoi que le mot réussite ne soit pas tout à fait adéquat et véridique. Impatiemment, il attendait que la petite séance de torture soit finie, peu lui importait qu'il soit mort ou vivant, il voulait uniquement ressentir ce soulagement, celui qui l'envahissait et électrisait tout son être.
Bien que dans certains moments plus que pénibles il implorait en silence que la mort vienne le prendre et l'emmène vers d'autres abîmes, que ce soit ou non l'enfer, il ne pouvait se résoudre à cette éventualité, si alléchante soit-elle. Sa mère avait besoin de lui et l'amour inconditionnel qu'il lui portait était d'une telle intensité qu'être séparé d'elle lui semblait à ce jour une souffrance bien plus sournoise et destructrice que tous les châtiments dont il était la cible. Le simple fait de caresser par l'esprit une idée aussi noire lui brouilla la vue et quelques larmes traitresses de sa faiblesse roulèrent le long de ses joues tandis qu'il les essuyait d'un geste rapide où se mêlaient rage et honte.
« Il ne faut pas qu'il te voit, qu'il aperçoive tes yeux rougis, sinon la punition n'en sera que plus grande et tu en payeras les conséquences », voilà l'unique raisonnement dont il était capable à cet instant.
À ce raisonnement déjà bien irrationnel s'en suivait un autre: peut-être était-ce ça la solution, peut-être que si je lui montrais mes faiblesses et qu'il voyait mes larmes, il me tuerait sans vergogne pour déshonneur envers le nom prestigieux de Malefoy. Cette réflexion n'avait de cesse de tourner en boucle dans sa tête telle une chanson qu'on souhaiterait réentendre encore et encore, à la seule différence que lui n'y prenait pas de plaisir. Comme à chaque fois qu'il y repensait, le visage innocent et aimant de sa mère s'imposait à son esprit torturé et tourmenté et il se résignait à ne pas utiliser cette solution qui ne conviendrait ni à elle ni à lui. Sans lui, sa mère se laisserait mourir, il était son seul fils, sa seule fierté pour ainsi dire et son mari à l'ego immensément grand ne la laisserait pas en paix et la ferait agoniser avant l'heure, ou du moins c'est ce qu'il pensait sans en être totalement sûr.
À présent, ses yeux d'un gris acier teintés à quelques endroits de bleu scrutaient la porte comme l'antre du diable en personne. Sa main moite se posa sur la poignée froide et impersonnelle, un frisson glacé parcourut sa colonne vertébrale et il se demanda une nouvelle fois quelles trouvailles ingénieuses son père avait en sa possession pour leurs petites séances de torture unilatérales.
La pièce dans laquelle il pénétra était plongée dans une obscurité quasi-totale et le goût théâtral de son paternel avait à nouveau pris le dessus. Le sol d'habitude carrelé d'un marbre beige aux reflets dorés s'était transformé en un sol crasseux où se mêlaient terre et autres détritus en tout genre. Les murs si lisses et parfaits avaient pris la froideur de la pierre, reflétant ainsi la personnalité de son créateur. Le seul point lumineux se trouvant dans cette pièce étrange et effrayante se trouvait en son centre, amplifiant de la sorte l'aspect dramatique dont il devait découler.
Les yeux plissés et les battements de son cœur ayant étrangement repris un rythme normal, il essaya de distinguer ce qui se trouvait à une dizaine de mètres de lui. Toute son attention était entièrement focalisée sur ce point lumineux qui se rapprochait encore et encore, de plus en plus près, jusqu'à ce qu'il se trouve devant, les bras ballants et les yeux écarquillés à force de scruter ce qui jusqu'à aujourd'hui semblait être tout à fait inoffensif. Des pieds en bois, une assise et un dossier aussi dur que son matériau, la chaise à mi hauteur en bois usé lui apparaissait comme un mobilier ayant fait son temps et bien plus encore. De part et d'autres couraient de nombreux fils reliés de couleurs différentes: du rouge, du bleu, du orange mais aussi du marron. Détaillant toutes ces choses, il laissa son regard couler sur les longueurs qui se rejoignaient en un même point et s'entremêlaient pour repartir de plus belle. Lentement, il regarda la main de son père et y vit le même mélange de couleurs entre ses doigts fins, il jouait avec comme un enfant fier de son nouveau cadeau. Du bout des doigts, il balançait au gré des mouvements de son poignet un petit interrupteur rouge tout à fait anodin, et pourtant.
De sa voix autoritaire et froide, son père lui ordonna d'aller s'asseoir, et dans la seconde qui suivit, il sentit la magie des sorts qu'il mettait en place se répandre tout autour de lui. Sorts d'insonorisation, d'anti-intrusion et d'anti-détection, tous ces artifices étaient présents uniquement pour qu'il ne soit pas dérangé et ne subisse pas les foudres de sa femme si jamais elle venait à rôder dans les parages.
Comme un automate programmé ,Drago prit place sur la chaise peu confortable tandis que son père attachait des liens autour de ses poignets et de ses chevilles, de son front et de sa taille. D'un sourire satisfait et narquois, il défit la lanière en cuir avec une boule intégrée qui se trouvait juste au-dessus de la nuque et la balança à l'autre bout de la pièce humide.
- Tu n'en auras pas besoin, fils, tu peux hurler tant que tu veux.
Terrifié malgré tous ses efforts pour ne rien montrer, Drago parcourait du regard tous les recoins de la pièce avec l'espoir dérisoire de trouver une solution à son problème plus qu'épineux.
Malefoy père remarqua son mal être mais se contenta de sourire sadiquement en lui disant que rien dans cette pièce ne pourrait l'aider. Et malgré le fait que les Moldus avaient des inventions bien utiles, ils devaient faire attention à ce qu'elles ne tombent pas entre de mauvaises mains, autrement dit, les siennes.
Les dents serrées pour ne pas lui faire le plaisir de hurler et les jointures des mains blanchies à force de s'agripper férocement au bois ramolli, Drago se prépara mentalement autant que l'on puisse l'être et attendit que la torture débute.
Sous l'assaut de la décharge électrique d'une puissance phénoménale, ses muscles se raidirent et malgré toute sa volonté, il ne put réprimer le cri qui était soudainement monté de ses entrailles, un cri si fort qu'il en aurait réveillé un mort. Comment faire pour survivre, pour passer outre la douleur et le déchirement que chaque membre, chaque poil et chacune des plus infimes cellules de notre corps ressentaient?
La flamme de la vengeance s'était allumée dans ses yeux assombris par la colère noire, plus noire encore que tous les actes odieux commis par un nombre indéfinissable de Mangemorts. Il en tremblait littéralement et sous le regard amusé de celui qui avait été autrefois un père aimant, son corps s'arquait au rythme des décharges dont il était la victime.
Avec le temps ,la douleur devenait moindre, plus supportable que lors des toutes premières fois et lentement, il perdit ses repères. Anesthésié et ne pouvant plus réfléchir convenablement à cause de cette douleur perpétuelle qui à la longue le transformait en légume, il plongea dans une demi-léthargie où le temps semblait ne plus avancer, comme si le balancier de l'horloge avait été arrêté et que seul le tic-tac récalcitrant résonnait dans ses oreilles, l'attirant inexorablement vers l'issue fatale, la mort.
Une fois de plus, alors même qu'il se laissait porter vers cette issue, les traits enfantins de sa mère le ramenèrent à la dure réalité des choses, mais combien de temps cela fonctionnerait-il encore avant qu'il ne meure de la main de son géniteur ?
Ereinté et à bout de force, il leva les yeux vers son bourreau et celui-ci lui annonça que la séance était terminée, qu'il pouvait repartir mais que s'il soufflait le moindre mot à sa mère, il la tuerait dans d'atroces souffrances, comme on abat un hypogriffe malveillant.
Comme si c'était vrai, comme si ce moment atroce avait été réel à cet instant, Drago se réveilla en sursaut en laissant échapper un cri où se mêlaient rage et peur. Les membres tremblants de son corps victimes une nouvelle fois de son subconscient, il resta assis dans son lit imbibé de sueur avec l'étrange sensation que les picotements dus aux décharges électriques couraient dans ses veines. Lentement, la pression de ses mains relâcha le drap. La force dont il avait fait preuve sans s'en apercevoir avait été telle que ses ongles avaient transpercé la fine soie et s'étaient enfoncés dans sa chair, maculant ainsi les draps de sang, son sang. Depuis la mort de son père, le grand et puissant Lucius Malefoy il revivait dans son sommeil les tortures dont il avait été le souffre-douleur, chacune de ses inventions machiavéliques avait laissé une cicatrice sur la peau si parfaite qu'arborait anciennement le Serpentard. Ses cicatrices, situées à des endroits précis pour qu'elles ne soient vues par aucune personne extérieure à son intimité, étaient pour lui le moyen de se souvenir, de ne jamais oublier, pour ne pas devenir à son tour un bourreau. Il savait que l'esthétique était par excellence une qualité requise pour un sang-pur descendant de sa lignée, mais ce que les autres ne voyaient pas lui importait peu. Toujours aussi tremblant, il mit les pieds à terre et se frotta le visage en prenant soin de ne pas mettre du sang partout. Il enfila rapidement un t-shirt ainsi qu'un pantalon avant d'ouvrir la porte de sa chambre qui donnait sur le salon commun qu'il était censé partager avec la Gryffondor. Drago se souvint alors des dernières paroles qu'elle avait prononcées avant qu'il ne quitte la pièce complètement hagard. Quelques minutes après qu'elle se soit évanouie, il l'avait, à l'aide d'un sort, transportée sur le divan et écoutée divaguer pendant de longues minutes jusqu'à ce qu'elle prononce les mots fatidiques. À présent, il savait que quoi qu'il advienne, elle aussi faisait partie des personnes que son père avait torturées, mais d'innombrables interrogations subsistaient: pourquoi portait-elle la marque réservée aux Sang-Pur? Avait-elle était pendant un temps plus qu'une Sang-de-Bourbe pour son père et vice-versa? Bien que l'éventualité d'une liaison entre deux personnes que rien n'aurait pu rassembler ne soit pas exclue, il sentait au fond de lui qu'un détail d'une importance capitale lui échappait, un détail qui changerait tout.
Vagabondant à travers la pièce sans lumière, il alluma l'eau froide, se nettoya les mains et mit sa tête entière sous l'eau fraîche, laissant dégouliner sur son visage et sa nuque cette fraîcheur matinale qui chassa sa mauvaise humeur. Tout en restant penché au-dessus du lavabo, il essaya d'y voir plus clair dans toute cette histoire. Inlassablement, il voulait mettre de l'ordre dans ses idées et il plaqua ses doigts trempés sur ses tempes en faisant des mouvements circulaires pour chasser la migraine qui apparaissait à chaque nouveau cauchemar.
Étouffant un bâillement, une raie de lumière provenant de la chambre d'Hermione attira son attention. Dégoulinant d'eau, il resta figé sur place, les yeux accrochés à cette porte. En l'espace d'une demi-seconde, il vit une ombre se positionner devant et dans un réflexe qu'il ne saurait expliquer, il se mit à genoux au moment où elle tourna la poignée. Caché derrière un meuble, il l'observa en silence tel un prédateur et la vision qui s'offrit à lui le frappa de plein fouet. Soudainement, il prit conscience que son mal-être était plus important que tout ce qu'il aurait pu imaginer, que tout ce que tout le monde aurait pu imaginer. Elle semblait affaiblie, le dos courbé comme si elle avait un grand âge, fragile et au bord de la rupture. Sous ses yeux s'étalaient des cernes noirs et profonds qui creusaient son visage déjà émacié.
Pour seuls vêtements, elle portait un débardeur à bretelles et un short gris, dévoilant tous les détails de son corps décharné. Ses clavicules, ses genoux, ses chevilles, tous ses os ressortaient comme sur un squelette, elle n'avait pour ainsi dire plus que la peau sur les os.
À travers la pièce, il la suivit du regard, horrifié par ce qu'il venait de découvrir. Il se rappelait lorsqu'il l'avait vue dans le train, elle semblait maigre mais ses vêtements cachaient la plupart de ses défauts. Combien de couches superposait-elle pour que sa silhouette ne la trahisse pas? Deux, trois, ou bien quatre? Pendant qu'elle se dirigeait vers la porte de la chambre du Serpentard, ses yeux gris acier la sondèrent. La respiration lente et silencieuse et le pas léger, il fit le tour du meuble pour avoir un meilleur angle de vue et vit son genou plié de faiblesse, incapable de supporter les quelques maigres kilos qu'elle pesait. De justesse, elle se rattrapa au fauteuil et continua de marcher jusqu'à pouvoir appuyer ses deux mains sur la porte en bois qui se trouvait face à elle.
Contrairement au spectateur anonyme qui se terrait derrière un meuble, Hermione respirait bruyamment et rapidement, consciente que le moindre effort devenait de plus en plus insurmontable.
Il lui fallut une minute entière pour reprendre son souffle et faire cesser les vacillements de ses jambes frêles, une minute durant laquelle ses mains étaient restées collées à la porte en guise de soutien.
Toujours à son poste, les yeux de Drago étaient à présent braqués sur le dos de la Gryffondor, détaillant et énumérant mentalement tous les os visibles: colonne vertébrale, omoplates, clavicules, genoux et chevilles. Jamais il n'avait vu pareil spectacle, si terrifiant et désolant soit-il.
Dans la demi pénombre, il la vit se redresser et se rendit compte que tous les jours, elle jouait un rôle. Matin, midi et soir, elle s'efforçait d'apparaître sous un autre angle, plus forte et combative qu'elle ne l'était réellement.
Il l'entendit murmurer et tendit l'oreille pour écouter ce qu'elle pouvait dire à cette porte close:
- Je jure que je te tuerais Drago. Je te tuerais lentement toi et ta mère. A ses paroles, il se redressa hargneusement, il voulait sortir de sa cachette et l'affronter mais il n'en fit rien et se rabaissa avant qu'elle ne détecte une présence dans son dos. Pour que votre nom soit entièrement synonyme de mort. Vous ne vous en tirerez pas aussi facilement, pas après ce que vous m'avez fait, vous n'êtes pas blanc comme neige. Le Ministère l'a peut-être cru mais pas moi. Vous étiez là et vous n'avez rien fait, à part le laisser faire. Qu'importe les souffrances d'une Sang de Bourbe et Gryffondor de surcroît du moment que ton père était fier de toi. Tu es un lâche et un animal froid et sans cœur, exactement comme lui, et par tous les moyens, je ferais ressortir ce qu'il y a de plus mauvais en toi, aussi profondément soit-il ancré. Pour moi, mes parents, Ginny et tous les morts dont vous êtes responsables, je t'enverrais en enfer.
En entendant ces menaces qui sonnaient comme une sentence, il s'était assis à même le sol et réfléchissait. Il savait qu'il n'avait pas toujours été tendre avec elle, surtout lors des premières années: les insultes, les railleries et les affrontements avaient été leur lot quotidien, et il arrivait à comprendre sa rancœur à son égard, bien que dépassée au jour d'aujourd'hui. Il savait également qu'elle avait un lien aussi anormal et écœurant soit-il avec son géniteur, de part sa marque mais aussi de part les propos qu'elle avait tenus, mais ce qu'il ignorait, c'était bien la chose qui l'unissait à sa mère et les raisons qui la poussaient à lui vouer une haine aussi féroce que s'il s'agissait de lui. Essayant de déceler le moindre indice pouvant le mettre sur une piste, il se remémora alors le nombre de fois où ils s'étaient croisés, trois fois tout au plus. Néanmoins, aucun souvenir d'une parole ou d'un geste déplacé de sa mère envers elle ne lui revenait.
- Peut-être répercute-t-elle le dégoût et la colère que je lui inspire sur elle, songea-t-il avant de réfuter sa propre hypothèse. Impossible, ce n'est pas cohérent avec ses mots, « vous ne vous en tirerez pas aussi facilement, pas après ce que vous m'avez fait ».
Une fois la porte de la rouge et or fermée, le salon commun fut replongé dans l'obscurité et il se redressa lentement avant de regagner son antre, rongé par les questions et les hypothèses qui se succédaient déjà dans sa tête.
Les premiers rayons de soleil avaient d'ores et déjà réchauffé l'atmosphère et fait disparaître toute trace de magie aux alentours de la Tour d'astronomie qui s'élevait magistralement dans les airs, surpassant tous les autres donjons présents sur la structure du château. Seule spectatrice d'une tragédie qui allait et venait à nouveau marquer une poignée d'élèves et d'enseignants, elle se dressait fièrement dans l'aube grandissante.
Les yeux fatigués et cernés de tous ceux qui n'avaient pas ou peu dormi cette nuit s'habituaient avec beaucoup de difficulté à la lumière ambiante chaude et dorée que le soleil répandait au fur et à mesure de son ascension. D'une minute à l'autre, tous allaient descendre dans la Grande Salle en se croisant, certains masqueraient leur trouble derrière des faux-semblant ou des artifices, tandis que le reste des personnes concernées joueraient franc-jeu et supporteraient sans broncher tout au long de la journée les regards inquisiteurs et les questionnements dont ils seraient la cible.
Pour le moment, aucun son ou raisonnement de pas ne vint troubler la quiétude du lieu. L'unique agitation qui animait à cet instant Poudlard émanait des quelques portraits éveillés qui communiquaient depuis un certain temps entre eux « l'incident » de la nuit passée. Des personnages se mouvaient ci et là dans un cadre qui n'était pas le leur, s'approchaient de leurs interlocuteurs avec des regards hésitants sur les côtés de la toile et livraient à voix basse leur secret.
Une fois la besogne accomplie, ils repartaient d'où ils venaient tandis que celui-là même qui était l'interlocuteur quelques secondes auparavant se retrouvait à son tour dans le rôle du messager. En se représentant mentalement la scène, on pourrait très bien imaginer un passage de relais à grande échelle, un point de départ et un point d'arrivée mais avec au milieu des centaines de relayeurs, une véritable chaîne fantomatique. Bientôt, les portraits arrêtèrent de chuchoter et l'agitation gagna rapidement tous les étages, passant de simples murmures à de longues et bruyantes conversations qui firent peu à peu sortir les plus curieux et les plus curieuses. Comme à son habitude, le nom d'Harry Potter créa une plus grande ampleur et c'est comme des centaines de grains de poussières voletant dans l'atmosphère que les élèves se répandirent dans les couloirs en oubliant leur petit-déjeuner quotidien. Certains des élèves les plus fragiles qui imaginaient déjà une nouvelle attaque cachée s'épanchèrent en larmes et gémissements tout en se faisant rassurer par leurs amis beaucoup plus réalistes. D'autres se contentèrent d'écouter le fameux ragot pour repartir aussitôt vers leurs fringales du matin, d'autres encore sous le choc restaient assis et essayaient maladroitement d'encaisser la nouvelle. On entendit rapidement de nombreuses exclamations concernant celui que la majeur partie d'entre eux considérait comme le sauveur de la période sombre. Ils ne comprenaient pas comment Harry Potter pouvait mourir d'un fâcheux accident, selon leurs termes, après avoir vaillamment survécu et vaincu le mage noir. Peu d'entre eux s'intéressaient réellement à la deuxième personne impliquée dans cette chute, son nom n'était jamais prononcé ou uniquement du bout des lèvres comme un personnage secondaire dans un livre ou un film, un de ces personnages dont personne ne s'inquiète et ne s'empresse de prendre des nouvelles. Bientôt, le nom de Ginny Weasley fut vite mis aux oubliettes face à son concurrent et le récit que tout le monde avait en bouche ne contenait qu'une personne. « T'as entendu la nouvelle? Harry Potter est tombé de la tour d'astronomie, il est sacrément amoché à ce qu'on dit », voilà ce qui à la première heure du matin préoccupait tous les élèves.
Parmi ce flot incessant d'élèves, l'une d'entre eux écoutait avec écœurement les mensonges qui se répétaient par centaines et résonnaient dans sa tête comme un manque de respect envers une de ses amies. Comme un cri faisant écho en pleine montagne, les paroles se répercutèrent dans sa tête et elle perdit les pédales en agrippant violemment l'une des nombreuses filles, menteuse et irrespectueuse, qui propageait une version erronée des faits. Ses membres tremblants de colère, elle la poussa dans un recoin et sortit sa baguette. Aussitôt après, elle sentit deux bouts de bois s'enfoncer à l'arrière de son crâne. Elle avait une cible devant elle mais se trouvait être elle-même la cible de deux autres personnes. La colère, les tremblements et l'accablement qu'elle avait ressentis en sortant de sa chambre et en entendant toutes ses divagations se dissipaient peu à peu pour laisser place au sang froid et à l'analyse de la situation. Deux iris narquois d'un noir profond l'observaient avec un air de victoire sur le visage. Les yeux rivés sur sa baguette, la Gryffondor observa celle qui était sa cible, cette inconnue à qui elle n'avait jamais accordé d'importance, si ce n'est un regard à cause de ses fréquentations. Cette Serpentard amie de Daphné Greengrass et d'une autre fille dont le nom ne lui revenait pas.
En une demi-seconde, son cerveau décida de ce qu'elle voulait faire et elle enfonça un peu plus sa baguette dans la peau laiteuse de sa cible.
Ce chapitre a était finie d'écrire y a quelques mois déjà, ma publication tardive est due au fait que je n'étais plus du tout inspiré !
