Un grand merci à vous toutes pour vos reviews, vos nombreuses mises en alerte et en favoris.

Bonne lecture !


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Titre de la fiction : Sous X

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Enjoy !

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Chapitre II – Le Bal des Débutantes

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Bella avait craint le pire lorsqu'elle avait eu son malaise à la bibliothèque. Revoir ce livre avait été la goutte d'eau qui avait fait déborder le vase. Heureusement pour elle, Madame Cope ne l'avait pas bombardée de questions, ni emmenée de force à l'infirmerie.

Si cela avait été le cas, Bella ne savait pas si elle aurait pu continuer à se taire.

Encore ! Encore et toujours !

Cet affreux secret la rongeait doucement de l'intérieur. C'était de plus en plus dur de le garder, de ne rien en dire à quiconque, et surtout de faire bonne apparence devant les autres.

La douleur du deuil était pourtant de plus en plus présente dans son cœur, dans sa tête, dans son corps. Et elle n'avait le droit d'en parler à personne sous peine de haute trahison envers sa famille.

Or, elle ne pouvait plus garder tout cela pour elle.

Elle ne pouvait plus.

Elle craignait de craquer à tout moment, de s'effondrer devant ses parents ou pire encore devant des personnes étrangères au cercle familial.

Sa mère ne cessait de lui répéter inlassablement qu'elle était responsable de tous ces malheurs, qu'il fallait maintenant qu'elle les assume, que si elle souffrait c'était uniquement de sa faute, qu'elle n'aurait pas dû avoir un tel comportement et s'acoquiner avec de telles personnes... Elle lui rappelait que la souffrance était là pour qu'elle n'oublie pas les péchés qu'elle avait commis, que la douleur était là pour qu'elle fasse pénitence et qu'elle ne recommence pas.

Jamais !

Bella perdait pied : elle ne pouvait plus entendre tous ces arguments qui le broyait le cœur.

N'avait-elle pas suffisamment souffert pour qu'en plus sa mère en rajoute une couche quotidiennement ?

N'endurait-elle pas tous les jours cette absence de celui qui n'était plus ? De celui qui lui manquait tant pour vivre ?

Tout au long de la fin de l'année scolaire, à chaque fois qu'elle s'était retrouvée à la bibliothèque du lycée, Bella avait hésité à se confier à Madame Cope, à lui raconter son terrible secret pour soulager son âme et sa conscience, atténuer sa culpabilité. Mais la peur des foudres de sa mère, la peur de la décevoir à nouveau, la peur de la haine que sa génitrice pourrait avoir contre elle lui avait finalement fait fuir le seul lieu où elle se sentait presque apaisée.

Les écrits du baccalauréat littéraire s'étaient déroulés fin juin.

Bella était assez confiante en ses prouesses, même si elle n'y attachait aucune importance.

Plus rien n'avait de valeur à ses yeux depuis le deuil qu'elle avait traversé il y a quelques mois, deuil qu'elle vivait encore quotidiennement, pleurant chaque soir dans son lit sur son oreiller, à l'abri des regards, à l'abri surtout du regard haineux de sa mère.

Avoir le bac ou le manquer ne lui permettrait pas de mieux réussir sa vie ou pas. Ce sésame ne lui ouvrirait pas les portes de l'Université comme elle l'avait un moment espéré au début de sa terminale, en septembre dernier. Non, il lui permettrait simplement de satisfaire sa mère et de « sauver les apparences » devant la bonne société bourgeoise à laquelle sa famille appartenait.

C'était là l'expression favorite de Madame Swan ces derniers temps.

Il fallait à tout prix dissimuler aux autres familles de bourgeoisie la vraie raison qui l'avait éloignée de Paris avec sa fille. Même les domestiques ne pouvaient rien dire, puisqu'ils n'en avaient jamais rien su. Les seuls qui avaient été mis dans le secret, à leur corps défendant, avaient été licenciés ou alors grassement payés.

La rumeur que Renée avait lancée avant même son départ avait très bien fonctionné, d'autant qu'elle avait continué de jouer son rôle à merveille à son retour, montrant parfois quelques signes de faiblesses aux yeux de toute la bonne société parisienne. Madame Swan était devenue la meilleure comédienne pour simuler un évanouissement soudain. Certes, elle ne prenait pas de risque inconsidéré, n'ayant jamais de malaise lorsqu'un médecin était présent dans l'assistance. Toutefois, ces baisses de tension avaient contribué à enraciner cette rumeur, à la valider, d'autant plus que personne ne faisait attention à sa fille, pour son plus grand bonheur.

En effet, physiquement, Bella avait changé. Beaucoup changé. Si quelqu'un l'avait regardée avec attention, il aurait pu voir cette tristesse permanente qui marquait son regard ainsi que ses traits émaciés. Renée avait savamment expliqué ces signes comme étant les indicateurs du stress de sa fille dû au mauvais état de santé de sa mère.

Par ailleurs, pour démontrer que Bella s'inquiétait moins lorsqu'elle constatait que sa mère se portait mieux, Madame Swan avait pu mettre en évidence la brillante réussite de sa fille au baccalauréat.

Charlie Swan avait félicité sa fille, la prenant un long moment dans ses bras lorsqu'il avait eu connaissance de ses résultats. Sa fille en avait rougi de fierté d'attirer autant l'attention de son paternel sur sa petite personne. C'était la première fois que son regard s'allumait légèrement depuis le deuil qu'elle avait subi.

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Constatant l'excellence des résultats de sa fille au baccalauréat littéraire, Charlie Swan aurait été prêt à revenir sur sa promesse et à accepter d'envoyer Bella à l'Université, pour qu'elle poursuive des études littéraires si cette dernière le lui avait redemandé.

Or, ce ne fut pas le cas.

Sa fille était toujours aussi amorphe au monde extérieur, ne réagissant que si on s'adressait directement à elle.

Rien ne semblait plus lui plaire. Ni l'équitation. Ni les livres. Aucune de ses passions d'antan.

Charlie avait pourtant cru qu'elle avait été heureuse de retourner au lycée. Elle n'avait manifesté ni désir, ni répugnance. Cela avait été la même chose lorsqu'il avait évoqué l'Université.

De toute façon, son épouse était contre le fait que leur fille soit inscrite à l'Université en octobre.

Pour Renée Swan, l'Université était un monde de savoir, ce qui ne lui plaisait pas trop, mais surtout de débauche, ce qui l'horrifiait. Compte-tenu du passif de sa fille, il était impossible de l'envoyer là-bas.

Renée souhaitait que sa fille fasse son entrée dans la vie, avec le très prometteur Bal des Débutantes de la mi-juillet, qui accueillait en son sein toutes les nouvelles bachelières de la bonne société parisienne. Ce Bal, très réputé, triait sur le volet tous ses invités et permettait ainsi aux parents de trouver leur futur(e) gendre et/ou bru selon un procédé endogame.

C'était tout à fait ce que recherchait Renée pour lancer enfin son plan : « l'opération mariage à tout prix » de sa fille inconvenante et dévergondée.

Lors de ce Bal, Renée savait que sa fille aurait de la concurrence : il y aurait toutes les jeunes bachelières de son âge, mais aussi celles de l'an passé qui ne s'étaient pas encore mariées du fait d'études universitaires ou d'une liberté plus ou moins grande que leur avait toléré leurs parents.

Mais elle savait aussi qu'il y aurait force de garçons de bonne famille à la recherche d'une épouse belle, fidèle et sérieuse qui leur assurerait la poursuite de leur lignée familiale. Sa fille ferait partie de ce lot-là. Renée l'avait décrété. Elle ferait tout pour. Il était hors de question qu'elle échoue. Tout l'avenir de sa progéniture si peu reconnaissante se jouerait ce soir-là.

Renée faisait ainsi la liste des atouts que Isabella possédait mais aussi de ses défauts. La mère se devait de tout faire pour sa fille ne mette en avant que ces premiers.

- Sa fille Isabella était la parfaite icône de l'épouse idéale, de la bru idéale, de la mère idéale.

- Isabella était mince et élancée, même si elle avait perdu du poids dernièrement. Il revenait à Renée de mettre sa fille en valeur en l'habillant d'une robe qui draperait divinement son corps et qui exposerait bien en avant sa grâce et son maintien.

- Isabella avait un teint blanc parfait et un magnifique regard pétillant, même s'il faudrait très certainement dissimuler ses cernes. Un peu de maquillage parfaitement déposé fera l'affaire. En un claquement de doigt, ce problème pouvait être résolu.

- Isabella était discrète, une qualité qui pouvait fort plaire à de nombreux hommes, qui ne supportaient pas les femmes qui agissaient comme des commères médisantes.

- Isabella ne se plaignait jamais : c'était une seconde qualité, qui pouvait aussi beaucoup plaire. Quel homme supporterait une mégère acariâtre en rentrant à la maison ? Une furie qui se plaindrait de son retard ou de ses absences ?

- Isabella était serviable et obéissait à tous les ordres que lui donnait sa mère. Elle ne s'était plus jamais révoltée depuis que sa génitrice l'avait définitivement matée. Cela jouerait en sa faveur pour trouver un époux.

- Isabella avait de la conversation, elle connaissait de nombreux ouvrages littéraires et elle aimait l'art. Même si c'était des qualités que Renée Swan détestait (elle se demandait toujours à quoi cela pouvait servir à une femme d'étudier puisqu'elle serait entretenue par son mari), elle savait que cela pouvait fort plaire à certains hommes, à condition que sa fille ne les dépasse pas en intelligence. Elle se devait donc de rester modeste.

- Isabella suivait des cours de morale et savait se comporter dans la bonne société, notamment avec la gente masculine. C'était encore des points marqués en sa faveur. Une future belle-mère apprécierait fortement sa conduite et son aisance dans le cadre familial comme dans les réunions parisiennes. De plus, Isabella savait diriger un train de maison bourgeoise, voir même d'un manoir, puisqu'elle avait été mise à bonne école avec sa mère et la façon dont cette dernière dirigeait les employés et gérait leur maison.

- Isabella montait parfaitement à cheval et elle dansait bien. Ces deux atouts démontraient qu'elle était sportive mais sans en faire trop, sans déformer sa silhouette par des sports violents que certaines jeunes filles pratiquaient de plus en plus, comme le tennis, la natation ou le footing.

- Enfin, Isabella aurait une dote importante puisqu'elle était fille unique. Ses parents paieraient tout ce qu'il faudrait pour qu'elle ait un beau mariage qui éblouisse la société parisienne dans son ensemble. Cela jouerait certainement en sa faveur pour que l'un de ses messieurs demande sa main.

Renée Swan était fort satisfaite de cette longue liste, qu'elle avait développé à son maximum.

Par contre, du côté des points négatifs, elle s'efforçait de les effacer un par un et bouillait de pouvoir tous les faire disparaître, par souci d'honnêteté mais surtout de réalisme :

- Sa fille ne souriait plus depuis leur retour à Paris, ce qui lui ôtait un atout majeur car, si elle retrouvait son sourire éblouissant d'autrefois, elle pourrait charmer bien des hommes.

- Sa fille était peut-être trop intelligente, qualité qui pouvait déplaire à un homme si elle lui faisait comprendre qu'elle dirigeait leur couple. Renée avait tout fait pour placer ce point-là en avantage, mais elle savait que sa fille pouvait avoir parfois un caractère de cochon et un esprit vaniteux, n'hésitant pas à rire aux dépens d'une personne peu intelligente qui l'ennuierait.

Et surtout le pire des défauts qu'elle ne pourrait pas résoudre, ni encore moins noter dans sa liste par peur qu'elle ne soit lue par une tierce personne ou un quelconque domestique : sa fille n'était plus vierge.

Renée Swan fait tout pour relativiser ce point-là : en effet, aucun homme du bal ne pourrait le savoir avant la consommation du mariage lors de la nuit de noces. Madame Swan avait tout fait pour étouffer l'affaire et elle avait contraint Bella au silence.

Elle comptait surveiller particulièrement sa fille pendant la période des fiançailles, quitte à ne jamais la laisser seule avec son futur époux, afin qu'aucune information ne filtre à ce sujet, ni que le jeune homme ne tente un geste trop audacieux qui le mettrait au parfum avant le mariage.

Madame Swan s'était aussi bien renseignée : le jour où sa fille épouserait son fiancé, elle lui expliquerait comment pleurer, comment tromper son époux pour simuler la rupture de l'hymen, quel produit répandre pour qu'il ne s'aperçoive pas de l'absence de sang sur les draps le lendemain matin.

Elle avait tout prévu.

TOUT.

Son plan devait fonctionner.

Et il fonctionnerait !

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Tout était prêt pour le grand soir.

Bella avait été savamment briefée par sa mère sur l'attitude à adopter au cours de la soirée.

Madame Swan était entièrement satisfaite de l'apparence physique de sa fille, qui lui ferait honneur.

Isabella était délicieuse dans sa longue robe blanche, la couleur typiquement portée par les Débutantes du bal de la mi-juillet : elle lui allait comme un gant, drapant sa taille avec finesse et élégance, mettant en valeur sa poitrine par un discret décolleté. La seule fantaisie venait des broderies florales qui se déposaient avec charme sur les hanches et sur la ligne médiane du dos de la jeune fille. Elle avait également chaussée des escarpins avec un léger talon qui la grandissait tout en lui donnant une allure plus majestueuse, plus élancée, plus gracieuse.

Ses cheveux bruns avaient été relevés en un savant chignon tressé, dans lequel étaient piquetées quelques fleurs blanches rappelant sa robe et ses motifs. Ce chignon était éblouissant et avait l'avantage de dissimuler les cheveux ternis et abimés de Isabella.

Son visage et surtout ses yeux avaient été savamment maquillés par une esthéticienne, qui était venue spécialement à la maison des Swan pour s'en occuper. Elle avait passé toute la journée sur la jeune fille, utilisant des masques pour la détendre, des crèmes pour hydrater et redonner de l'éclat à sa peau. Désormais, le teint de sa fille était parfait, son regard lumineux. L'esthéticienne avait bien rempli son rôle. Même si tout n'était qu'artifice, cela serait amplement suffisant pour la soirée, pour que Bella charme son potentiel futur mari et lui donne envie de la revoir.

Renée jubilait et se frottait les mains.

Il ne manquait plus qu'un sourire sur son visage pour que sa fille soit parfaite !

Le trajet dans la voiture de la maison jusqu'à la prestigieuse salle de réception se fit dans le silence le plus complet.

Seule la respiration rapide de Bella montrait son angoisse. Elle craignait la réception, d'être maladroite et d'attirer les foudres de sa mère, de rencontrer un homme qu'elle déteste et qu'elle soit obligée d'épouser.

Bella ne voulait pas y aller, mais elle savait qu'elle n'avait pas le choix : c'était le mariage ou le couvent.

Son père lui prit délicatement la main dans la sienne pour la rassurer. Elle leva son visage vers lui : d'un regard, il l'apaisa : il veillerait sur elle tout au long de la soirée. D'un geste de la tête, Bella le remercia.

Le chauffeur ralentit puis gara la voiture le long du perron du majestueux bâtiment illuminé où se déroulait le Bal des Débutantes.

Un portier vint ouvrir la portière arrière droite du véhicule : Monsieur Swan sortit le premier puis tendit sa main à sa fille pour qu'elle sorte sans tomber, puis à son épouse qui s'accrocha fermement au bras de son époux tout en grinçant des dents vers son ingrate progéniture :

-N'oublie pas de sourire, Isabella ! Et surtout ne nous déçois pas à nouveau !

-Tout ira bien, Renée, la calma son époux. Bella sait ce qu'elle doit faire, rajouta-t-il en lançant un regard bienveillant à sa fille.

Tous trois grimpèrent les quelques marches qui les séparaient de la porte vitrée du hall, où un autre portier les salua tout en maintenant pour eux la porte grande ouverte.

Ils s'engouffrèrent dans prestigieux hall et laissèrent chacun leur veste ou leur cape au vestiaire ainsi que leur couvre-chef.

Puis ils se dirigèrent vers la salle de réception, où le parquet lustré brillait, où les multiples lustres de cristal suspendus éclataient de luminosité, où les robes blanches des jeunes filles tranchaient ardemment avec les costumes noirs des hommes, où la musique d'un orchestre rayonnait de multiples accords mélodieux qui donnaient aux jeunes couples l'envie de danser.

Un laquais les annonça :

-Monsieur et Madame Charlie Swan, Mademoiselle Isabella Swan.

Quelques visages se tournèrent vers eux pour les observer alors que la majorité des invités présents restaient concentrés sur leur conversation en cours, sur la dégustation de petits fours et de vins succulents, ou bien sur leurs pas de danse.

Ça y est ! Bella était jetée dans l'arène.

Elle n'avait plus droit à l'erreur.

Elle devait désormais sourire et séduire un jeune homme pour satisfaire sa mère.

Elle se demandait encore si elle allait être capable de réussir cela et de ne pas s'enfuir en courant.

Elle ferma les yeux, respira fortement pour se donner du courage et avança tremblante dans la salle de réception à la suite de ses parents.

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Bella suivait dans leur sillage ses parents qui s'avançaient lentement, saluant chaleureusement leurs connaissances, même celles qu'ils n'appréciaient pas. Quelle hypocrisie ! Pensa la jeune fille, qui distribuait avec grâce les mêmes salutations que ses parents.

-Madame Swan, bonjour ! S'écria Madame Stanley en accourant auprès de la mère de Bella. Comment allez-vous ? Je ne m'attendais pas à voir ce soir, on vous dit encore souffrante.

Bella leva les yeux au ciel. La rumeur courait toujours aussi bien puisque sa mère jouait parfaitement la comédie.

-Bonsoir Madame Stanley, répondit avec grâce et fausse amabilité sa mère, toujours aussi joviale avec les personnes qu'elle voulait impressionner. Et oui, je suis moi-même étonnée d'être là ce soir, mais je savais que ma présence réjouirait mon époux et ma fille, rajouta-t-elle en attrapant Bella par le coude pour qu'elle soit à ses côtés. Toutefois, il est possible que nous ne nous attardions pas.

-Chérie, je te laisse en charmante compagnie. Je vais saluer ces messieurs, annonça Charlie en lançant un regard vers la fenêtre où Monsieur Stanley et d'autres fumaient le cigare. Ne présume pas de tes forces et n'oublie pas de te reposer régulièrement.

Après avoir lui-même joué la comédie, ce qui lui répugnait contrairement à son épouse, Charlie abandonna sa femme et sa fille auprès de ses dames pour rejoindre le groupe des hommes.

Madame Stanley se tourna à nouveau en direction de Madame Swan et sa fille.

-Et bien, Bella est très en beauté ce soir !

-Tout comme doit l'être Jessica, la coupa Renée qui détestait le sous-entendu de cette affirmation.

Il était clair pour elle que Madame Stanley enviait la silhouette et l'attitude d'Isabella.

Puis elle chercha la fille de sa soit-disant amie des yeux sur le banc des jeunes filles qui attendaient d'être invitées par un charmant cavalier pour danser.

-Oh ! Vous ne la trouverez ici ! Sourit fièrement Madame Stanley. Elle danse actuellement, rajouta-t-elle délicieusement en désignant sa fille dans les bras de Mike Newton.

Elle était plus que satisfaite de faire rougir de jalousie Madame Swan. Toutes ces dames savaient que la jeune fille qui épouserait Mike Newton serait très chanceuse. Elle aurait une belle maison, de nombreux domestiques sous ses ordres, un train de vie dont toutes rêvaient.

-Isabella, se reprit Madame Swan qui pestait intérieurement de ne pas être arrivée plus tôt, je t'en prie, va donc rejoindre tes amies sur le banc. J'ai à discuter avec Madame Stanley.

Bella obéit immédiatement à sa mère et rejoignit celles qui étaient plus des connaissances que des amies.

-Oh ! Bella ! Comment vas-tu ? S'écria dédaigneusement Tanya, une grande blonde écervelée aux atouts mammaires bien mis en évidence dans un décolleté plongeant. Tu es bien ravissante ce soir. Mais moins que moi ! Rigola-t-elle.

Bella la salua à peine tellement cette fille lui tapait sur les nerfs : elle se croyait perpétuellement le centre du monde. De toute façon, qu'aurait-elle pu lui répondre ? Elle n'aurait de toute manière jamais le dessus sur cette écervelée et ses manigances.

De plus, Bella fut alpaguée par Lauren Mallory, une fille de son lycée.

-Bella ! As-tu vu la chance de Jessica ? Regarde avec qui elle danse ! Crois-tu qu'elle lui plait ? Bella haussa les épaules, elle était peu réceptive au babillage insupportable de Lauren. En tout cas, je peux te confier un secret : Jessica aime Mike. Elle ne rêvait que de cela : danser avec lui ! Elle doit être si heureuse !

-Danser avec lui ! Rigola méchamment Tanya. C'est si simple ! Personnellement, si je décide d'avoir Mike, ce ne sera pas que pour danser avec lui, mais pour l'épouser.

-Tanya ! Comment oses-tu ? Tu ne peux pas faire cela ! S'écria une Lauren outragée. Jessica est amoureuse de lui ! Tu ne peux pas le lui piquer !

-Comme si tu hésiterais à en faire autant si tu lui avais un peu tant soit tapé dans l'œil ! Tanya appuya sa moquerie contre Lauren en ricanant.

-Mais... Comm... Peux-tu... ? Lauren bégayait. Effondrée, elle fit appel à Bella pour essayer de contrer Tanya. Bella, peux-tu lui dire que ce qu'elle va faire est immoral, qu'elle n'a pas le droit de piquer le fiancé de Jess !

-Lauren, Jessica n'est pas fiancée, elle danse juste une fois avec Mike. Tanya, tu devrais être fair-play et laisser au moins Jess terminer sa danse avant de sauter sur Mike.

Bella essayait de calmer le jeu entre les deux filles. Elle trouvait ces querelles fort puériles -si elle les comparait à l'enfer qu'elle venait de vivre- et n'avait pas du tout envie de se retrouver au milieu, ni de jouer à être l'arbitre du match qui les opposait.

-De toute façon, je ne jetterai mon dévolu sur Mike Newton que lorsque j'aurai vu le fils du Docteur. Il paraît qu'il est revenu des États-Unis et qu'il est super canon, s'exclama Tanya.

-Il y a aussi James qui est trop mignon, s'enthousiasma Lauren. Tu as vu ses yeux bleus, ils sont trop envoûtants !

Les deux filles semblaient désormais réconciliées à parler garçons !

-Et toi, Bella, lequel préfères-tu ?

Bella rougit et paniqua. Elle ne savait que répondre à une telle question.

-Euh... Je ne sais pas... Je ne les connais pas tous.

-Mais si, à part le fils du Docteur, tu les as déjà dû tous les croiser au cours de repas donnés chez tes parents ces derniers mois.

-Mais non, Lauren, tu sais bien que Bella est restée cloitrée en Espagne à prendre soin de sa mère, la contra Tanya.

-Ah oui ! C'est vrai ! J'avais oublié ! Rigola-t-elle. Hey ! Tu nous dirais ce qu'elle a eu, ta mère ? Bella secoua négativement la tête. Allez ! Nous sommes tes amies ! Dis-nous tout ! Nous ne répéterons rien à personne, insistait Lauren.

-Tu peux compter sur notre silence, l'encouragea Tanya pour qu'elle parle.

Bella respira plus rapidement, ne sachant pas comment se sortir de ce guet-apens féminin et nous souhaitant pas être au cœur des ragots le lendemain du bal.

-Bonsoir Bella !

La jeune fille brune tourna sa tête vers la voix qui la salua.

-Alice ! Bonsoir ! Je ne pensais pas te voir ici.

Tanya et Lauren furent rejointes par Jessica qui leur raconta comment il était divin de danser avec Mike, comment il était trop gentil, trop adorable...

Alice et Bella en profitèrent pour s'éloigner de ces filles frivoles et se placèrent à l'extrémité du banc des jeunes filles.

-Oh si ! Je pense que tu savais que je serais ici ! C'est plutôt ta présence qui m'étonne ! Tu n'as assisté à aucune des réceptions pour jeunes filles depuis ton retour.

Bella baissa la tête, confuse. Elle s'était éloignée de sa meilleure amie sur ordre de sa mère.

De toute façon, elle avait été obligée de le faire, sinon elle aurait pu manqué à sa parole et révélé son terrible secret à Alice.

-Bella, je sais que tu ne vas pas bien depuis que tu es revenue. Je le vois bien. Si un jour, tu veux te confier, sache que je suis là, que je suis toujours ton amie, même si nous ne nous voyions plus autant qu'av...

-Isabella, les interrompit sévèrement Madame Swan, d'une voix cruelle et agressive.

-Mère ?

-Viens donc là que je te présente à la famille Newton.

Isabella se leva lentement, s'excusant d'un regard auprès de son amie, alors que Renée regardait méchamment Alice, se demandant ce que sa fille avait eu le temps de lui confier.

-Bonsoir Isabella, la salua Madame Newton.

-Bonsoir Madame Newton, répondit la jeune fille brune en la saluant d'une révérence, bonsoir Mike.

-Alors, il paraît que tu as eu ton bac avec mention ? questionna Madame Newton curieuse.

-Oui, je suis très fière d'elle ! Répondit à sa place sa mère. Surtout qu'à cause de ma maladie, elle a manqué une partie de l'année.

-Envisages-tu de t'inscrire à l'Université ? Interrogea Madame Newton.

-Je... Bella hésitait à répondre.

Elle ne savait comment formuler sa réponse. Décontenancée, mal à l'aise de sortir une phrase qui déplairait à sa mère, elle se tourna vers cette dernière pour rechercher de l'aide.

-Non, pas particulièrement, reprit Madame Swan, ravie de l'attitude de sa fille. Moins Isabella parlerait, moins elle risquait de faire des bêtises et de déplaire à sa potentielle future belle-mère. Ma fille recherche plutôt l'amour et la sécurité dans un mariage heureux. Sans compter qu'elle aime beaucoup les enfants...

À cette dernière évocation, Bella blanchit subitement. Comment sa mère pouvait-elle évoquer cette idée devant elle alors qu'elle connaissait l'épreuve que sa fille venait de subir ? Elle haletait, mais Mike eut tôt fait de la remettre dans la réalité du bal.

-Isabella, puis-je vous inviter pour une danse ? Demanda Mike.

-Mère ? La voix d'Isabella tremblait.

Elle attendait que sa génitrice approuve la demande. Elle n'avait pas particulièrement envie de danser avec Mike, mais elle agissait comme on le lui avait demandé de le faire.

-Bien sûr, mon enfant, allez-donc danser un peu ! Cela vous fera du bien ! Encouragea Madame Swan, radieuse que sa fille soit invitée par le plus beau des partis présents ce soir.

Mike prit le bras d'Isabella et la conduisit sur la piste de danse sous l'œil bienveillant de leurs mères. Plus loin, Madame Stanley rugissait de rage de voir sa Jessica ainsi écartée.

-C'est une bonne chose que d'encourager votre fille vers un mariage sérieux plutôt dans des études universitaires aléatoires, approuva Madame Newton.

Madame Swan lui sourit gracieusement, fière que sa fille envoûte Mike et danse avec lui sous les yeux de tous.

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Chapitre publié le 18 décembre 2011

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Prochain chapitre : Le Bal des Débutantes (partie 2)

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Comme dimanche prochain sera le 25 décembre, je ne pourrai pas poster. Donc je posterai la seconde partie soit vendredi, soit lundi soir.

Bonne semaine à toutes et à tous.

AliLouane

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